Chapitre 166
Chapitre 166
Chapitre n°166 – Client
Traducteur/Checker : SP76
Deux jours plus tard, le système Mancroft accueillit une flotte impressionnante de vaisseaux. Plus d'une dizaine de vaisseaux de différentes tailles tournaient autour d'un vaisseau imposant, de la taille d'un transporteur jumbo.
Le vaisseau amiral était un véritable transporteur de Méchas. Sa capacité de transport surpassait celle de tous les autres vaisseaux du système. Tel une reine retournant à la cour, le transporteur se dirigeait lentement vers le système interne, précédé de ses escortes.
Ves reçut une alerte du capitaine Silvestra, et entra dans la passerelle. « C'est un très gros vaisseau. »
« C'est un transporteur militaire excédentaire. Il est destiné à transporter plus de deux compagnies de Méchas. »
Sa longueur, de la proue à la poupe, atteignait deux kilomètres. Il avait un profil long mais assez trapu, ce qui réduisait son efficacité lors de la transition vers le PRL, mais lui permettait de transporter de grandes quantités de Méchas et de marchandises dans ses soutes abondantes.
« Franchement, ce n'est pas un vaisseau qui devrait venir ici, dans la périphérie. » ajouta Silvestra, le désaccord se lisant clairement sur son visage. « 3 ou 4 grands transports civils peuvent transporter la même charge que ce transporteur pour un coût bien plus réduit. L’argent pour le carburant et l’équipage pour faire fonctionner ce gâchis au quotidien doit se chiffrer en millions de crédits. »
Cela amena Ves à considérer l'ancien transporteur de flotte sous un autre angle. Son revêtement orange et rose flamboyant indiquait clairement qu'aucune autorité gouvernementale ne commanditait actuellement le vaisseau. Une organisation privée avait dû s'emparer du navire et le transformer en base mobile.
Il devait y avoir des milliers de personnes, à bord du vaisseau et de ses nombreux Méchas. Même dans un système densément peuplé comme Bentheim, le grand nombre de Méchas pouvait certainement constituer une menace.
Environ une demi-heure après l'apparition de la flotte de transporteurs, le Barracuda reçut un nouvel appel. Le vaisseau amiral envoya directement des codes, accompagnés d'un message indiquant clairement que les nouveaux arrivants avaient un lien avec la mission.
« Acceptez l'appel. Voyons voir si ce sont ceux que je suis censé rencontrer. »
Le projecteur central s'alluma et afficha le haut du corps d'un officier de pont en uniforme. « Bonjour. Ai-je l'honneur de parler à M. Larkinson, du Barracuda ? »
« C'est exact. »
« Le Seigneur Jeremiah Kaine attendait votre arrivée. Nous aimerions vous inviter cordialement à assister à un banquet, à bord de l'Ark Horizon. Notre vaisseau enverra une navette à l'heure prévue, veuillez donc maintenir votre orbite actuelle. »
« Compris. Je serai prêt à assister au banquet. »
L'officier coupa la communication après un au revoir de circonstance. Ves fixa l'écran et compta le nombre d'escorteurs qui volaient autour de l'Ark Horizon. Combien d'autres vaisseaux rejoindraient la flotte, dans les jours à venir ?
« Qu'en pensez-vous, Silvestra ? »
Sa capitaine secoua la tête, en signe de désaccord. « Un chercheur de fortune conventionnel a rarement besoin d'une flotte entière, pour explorer la frontière. On ne peut pas faire de profits si l'on est encombré par trop de monde. Cela ne ressemble pas du tout à une expédition normale. Il me semble qu'ils sont prêts à mener un raid en règle dans un territoire hostile. »
Cela semblait logique, mais Ves pensait qu'il devait y avoir une autre raison. « Le Seigneur Kaine a besoin des services d'un créateur de Méchas, et je doute que ce soit parce qu'il veuille que j'optimise ses Méchas contre les Hommes-sable. Il existe de nombreux Méchas spécialisés sur le marché qui font mieux l'affaire. »
Personne n'engagerait un créateur sur un coup de tête. Pour qu'un créateur fasse du bon travail, le client devait lui fournir une compréhension approfondie de la disposition actuelle de ses Méchas. Si leurs plans et autres données essentielles tombaient entre de mauvaises mains, ils seraient vulnérables à des attaques ciblées.
Quoi qu'il en soit, son patron l'avait convoqué sur son vaisseau, Ves n'avait donc pas d'autre choix que de s'y rendre. Il quitta la passerelle, et informa Melkor qu'il devait s'habiller de manière appropriée.
Ves avait l'intention d'emmener son cousin comme garde du corps. Pour être honnête, il était inutile que Melkor joue ce rôle, car dès qu'ils entreraient dans le ventre de la bête, ils seraient complètement à la merci du contingent de sécurité du Seigneur Kaine.
« Je veux juste faire une déclaration à mon client. Où que j'aille, tu me suivras de près. Si je dois travailler sur les méchas du Seigneur Kaine, je resterai probablement à bord de l’Ark. Je demanderai à ce que ton Stanislaw soit transféré vers l'Ark Horizon, s'il reste de la place.
« Et le Barracuda ? » demanda Melkor, avec une pointe d'inquiétude. « C'est un vaisseau extrêmement cher. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de perdre notre seul moyen de dissuasion contre les mauvais groupes. »
Bien que son cousin ait peut-être raison, Ves avait d'autres considérations. « Ton Mécha fusilier n'a pas de système de vol, il ne sera donc pas très utile pour défendre ma corvette. Le Barracuda est rapide, agile et vigilant. Il ne laissera personne s'approcher. »
En plus d'avoir un membre de sa famille digne de confiance à ses côtés, Ves voulait également profiter de sa perspicacité. Son cousin remarquerait peut-être quelque chose.
« Ils confisqueront ma visière, si je l'apporte à bord de leur vaisseau. Il est d'usage que les invités n'apportent qu'un minimum d'appareils électroniques, lorsqu'ils visitent le vaisseau spatial de quelqu'un d'autre. Je remplacerai ma visière actuelle par une version low-tech qui passera leur inspection. »
Ves ne savait même pas que Melkor possédait une autre visière. « Si c'est ce que tu penses, alors vas-y. »
Ils retournèrent dans leurs chambres respectives pour se préparer pour le banquet à venir. Ves portait déjà ses vêtements antigravité, il se contenta donc de changer leur configuration pour une tenue plus élégante. Il s'assit ensuite sur son lit, et caressa Lucky, qui s'était installé sur ses genoux.
« Je vais devoir t'emmener avec moi. » dit-il à son chat. « Reste près de moi, et ne va pas trop fouiner. Je doute que nos hôtes apprécient ta présence, si tu fais des histoires. »
Lucky miaula avec indignation, mais se remit rapidement à ronronner, lorsque Ves lui caressa le dos.
Bien qu'il semblait calme, Ves avait en réalité beaucoup d'inquiétudes. Une expédition de cette envergure faisait beaucoup de bruit partout où elle passait. « Une chose est sûre. Le Seigneur Kaine a beaucoup d'argent à dépenser. »
Son client avait dû promettre beaucoup de choses à la Société Clifford, pour que celle-ci accepte d'envoyer ses Chevaliers en mission. Cela donna à Ves une idée du genre de retour sur investissement que le Seigneur Kaine espérait obtenir. On ne finance pas un énorme porte-vaisseaux pour ramasser quelques cailloux.
Ves pouvait spéculer toute la journée, alors il s'occupa à relire le dernier manuel du Maître Olson. Même s'il maîtrisait la plupart de la théorie, il souhaitait tout de même rafraîchir ses connaissances sur les concepts les plus abstrus. Le livre suggérait de nombreuses directions possibles qu'un créateur pouvait choisir de suivre.
Par exemple, Maître Olson recherchait les limites de l'endurance. Ves ne comprenait pas très bien sa philosophie, mais d'après les exemples qu'il avait parcourus, elle préférait manifestement créer des Méchas qui duraient longtemps et pouvaient encaisser les coups.
En tant que Maître récemment promu, elle commençait tout juste à déployer ses ailes dans les hautes sphères de l'industrie. Ves savait qu'une fois qu'un Maître atteignait le sommet de son domaine, il renforçait ses autres compétences afin d'élargir ses connaissances.
Maître Olson n'avait pas encore terminé cette étape, de sorte que la plupart de ses modèles restaient assez unidimensionnels, dans leurs propriétés.
Néanmoins, son extrême concentration sur cet aspect avait déteint sur Ves. Après avoir assisté à une conférence et lut un manuel qu'elle avait personnellement rédigé, il avait acquis de nombreuses connaissances sur la manière de prolonger la durée de fonctionnement d'un Mécha.
Compte tenu de l'ampleur de cette expédition, Ves avait le sentiment qu'il aurait du mal à appliquer ses nouvelles méthodes.
Le temps passa lentement, tandis que le convoi de vaisseaux atteignait Mancroft I et se plaçait en orbite haute autour de la planète sans vie. Une douzaine de navettes différentes sortirent du hangar de l'un des transporteurs, et s'approchèrent des vaisseaux qui continuaient à surveiller le vaisseau amiral.
L'une des navettes s'approcha du Barracuda. Le vaisseau spatial mince et à courte portée s'arrêta en douceur à côté de la trappe d'amarrage de la corvette. Une fine passerelle télescopique se déploya sur les côtés de la trappe, et s'accoupla soigneusement avec la trappe sur les côtés de la navette.
Ves et Melkor se dirigèrent vers la trappe d'amarrage. Melkor comprit le fonctionnement de sa nouvelle combinaison antigravité, et adopta un look similaire à celui de Ves. Comme promis, il avait également échangé sa visière sophistiquée contre un modèle plus basique qui, néanmoins, masquait correctement son visage.
Lucky les accompagnait également. Il était actuellement affalé sur les épaules de Ves.
Angie Sipos, son officier de sécurité, se tenait de l'autre côté de la trappe renforcée. Elle portait une combinaison spatiale blindée, et tenait un fusil de chasse menaçant.
« Holà. On ne part pas en guerre aujourd'hui. »
« Monsieur, je veux juste m'assurer que tout se passe correctement. C'est comme ça que je gagne ma vie. »
Ves comprenait cette précaution, mais il ne s'attendait pas à avoir de problèmes. Une fois que la passerelle eut fini de relier les deux vaisseaux, la trappe intérieure s'ouvrit, permettant aux deux Larkinson d'entrer.
Une fois qu'ils eurent quitté le vaisseau, la trappe intérieure se referma, et la trappe extérieure s'ouvrit. Cela permit au duo de glisser le long de la passerelle. Ves eut un moment une impression surréaliste, surtout lorsque son corps cessa d'être soumis à la gravité artificielle.
La passerelle offrait des fenêtres transparentes donnant sur l'espace. Alors que Ves flottait en apesanteur, il eut l'impression de ne jamais avoir vraiment compris l'espace profond, jusqu'à présent.
« Il n'est pas naturel pour les humains de vivre dans l'espace. »
« Les nés de l'espace ne sont pas de cet avis. » répondit Melkor, en laissant sa combinaison antigravité le propulser vers l'autre extrémité de la passerelle. « L'humanité règne sur la moitié de la galaxie. Notre race a cessé de dépendre de la terre et du sol pour survivre. »
Les humains nés dans l'espace avaient une perspective différente des autres. Les plus extrêmes d'entre eux n'avaient jamais mis les pieds sur une planète, ni même sur une lune. La plupart d'entre eux avaient développé une phobie des grandes masses planétaires. Ils craignaient constamment d'être écrasés par leur immense masse, même si les lois de la physique ne permettaient pas une telle absurdité.
Ves secoua la tête et tapota la tête de Lucky. Le chat regardait lui aussi avec curiosité par la fenêtre. « Il n'y a rien de mal à être un terrien primitif. Peu importe le chemin que nous avons parcouru, nous ne pouvons pas oublier nos racines. »
Son court passage prit fin lorsqu'il atteignit l'autre côté de la navette. La trappe extérieure s'ouvrit, laissant entrer les deux Larkinson. Une fois la trappe extérieure refermée, l'air commença à circuler, tandis qu'une multitude de scanners se mirent en marche. Tous deux s’étaient attendues à ces scans, et les laissèrent faire leur travail sans broncher.
Certains modules émirent un bip et se concentrèrent sur Lucky, avant de passer à autre chose. Une fois les scans terminés, ils entrèrent enfin dans la navette. L'air et la température changèrent brusquement, lorsqu'ils pénétrèrent à l'intérieur.
Un agent de sécurité vêtu d'un uniforme bleu familier salua Ves. « Messieurs Larkinson, je suis ravi de vous rencontrer. Entrez et installez-vous. Le trajet jusqu'à l'Ark Horizon sera court. »
« Merci. Je suis impatient de rencontrer le Seigneur Kaine en personne. »
Alors que les Larkinson s'attachaient à leur siège, l'agent de sécurité reçut un autre message. « Ah, je vous prie de m'excuser, monsieur, mais je viens d'être informé que votre animal de compagnie est susceptible de représenter une menace pour les autres passagers, à bord. »
« Mon chat est là pour assurer ma sécurité. » répondit Ves d'un ton ferme. « Il m'a sauvé la vie à plusieurs reprises. Je ne souhaite pas être séparé de lui. »
« Je vous assure que nous maîtrisons parfaitement la sécurité et la sûreté de notre vaisseau. Mes collègues à bord de l'Ark souhaitent vous informer que votre chat devra porter un harnais spécialisé que nos techniciens sont en train de fabriquer en ce moment même. Cela n'affectera pas les mouvements de votre animal, mais cela limitera ses griffes, et nous permettra de le suivre à la trace. »
Ves accepta le compromis. Il était convaincu qu'il pourrait démonter le harnais, s'il avait besoin que Lucky fasse preuve de ses talents meurtriers, mais cela prendrait du temps. Pour l'instant, Ves n'avait d'autre choix que d'accepter ces restrictions raisonnables.
Alors que la navette quittait le Barracuda, Ves regarda autour de lui et remarqua qu'elle s'approchait d'un autre vaisseau. Dans sa configuration actuelle, la navette pouvait transporter confortablement environ 16 passagers.
Au cours de l'heure qui suivit, un petit nombre d'hommes et de femmes vêtus de manière étrange montèrent à bord de la navette. Ils portaient un mélange de vêtements flamboyants par-dessus des combinaisons spatiales moulantes. Dans l'espace, personne n'osait vivre sans porter une combinaison spatiale ou quelque chose de similaire. En cas de décompression explosive, il fallait encore survivre dans le vide spatial hostile, une fois que la combinaison spatiale avait recouvert votre tête.
La plupart des nouveaux arrivants semblaient être les capitaines de vaisseaux et les commandants de corps des différentes forces d'escorte. Leurs regards endurcis se posèrent sur Ves, et le rejetèrent comme une menace dès qu'ils eurent pris conscience de son physique. Il ne se comportait pas comme un soldat ou un pilote.
Ves avait des sentiments mitigés d'avoir été écarté si facilement. Au lieu de cela, ils tournèrent un regard méfiant vers Melkor. Son cousin répondit à leurs regards avec une expression froide, ou du moins c'est ce que Ves imaginait derrière sa visière.
Les deux camps continuèrent leur confrontation silencieuse, au point où tout le monde cessa leurs conversations futiles.
Une commandante de corps grisonnante hocha la tête la première, incitant Melkor à faire de même. Tout le monde tourna la tête, et reprit leurs conversations amicales.
« C'était quoi, ça ? » murmura Ves avec colère.
« Nous, les pilotes, avons nos propres moyens d'évaluer nos forces respectives. Je m'en suis bien sorti. » répondit Melkor avec fierté. « Je ne suis pas un Larkinson pour rien. »
En tant qu'élite ayant grandi dans une famille militaire, Melkor surpassait largement la populace qui n'avait reçu qu'une formation standard. Malgré son jeune âge, ses bases solides lui permettaient de rivaliser avec de nombreux mercenaires plus âgés dans un duel.
Ves se doutait qu'il allait voir beaucoup de situations comme celle-ci, à bord de l'Ark Horizon. Même à bord d'un vaisseau amiral, les pilotes régnaient toujours en maîtres.