Chapitre 165
Chapitre 165
Chapitre n°165 – Mancroft
Traducteur/Checker : SP76
Ves appris beaucoup, grâce au cours personnel de Maître Olson. Elle avait adapté son enseignement à Ves de manière à remettre constamment en question ses idées préconçues, sans jamais dépasser ses capacités.
Elle aimait illustrer ses propos à l'aide d'exemples. Elle lui présentait souvent différents modèles, et soulignait leurs points forts et leurs points faibles. Elle passait ensuite à un modèle différent, mais similaire, et demandait à Ves de faire de même.
Même s'il ne répondait pas toujours correctement, la vitesse à laquelle il assimilait ses leçons dépassait ses attentes. Ses progrès rapides lui avait permis d'aborder beaucoup plus de sujets.
« La mécatronique de combat est l'étude et l'application des machines destinées à la guerre. » avait-elle précisée. « Dans l'industrie, cela fait spécifiquement référence à la création et à l'optimisation d'un Mécha pour le combat au corps à corps. »
Tout créateur de Méchas ayant l'ambition de créer un Mécha original devait posséder certaines connaissances en mécatronique de combat. Cela leur fournissait une certaine approche sur la manière de modéliser et de façonner la structure globale, de manière à maximiser sa puissance et son efficacité.
Ves apprit de nombreuses méthodes différentes, pour appliquer ses nouvelles connaissances. Il apprit à regarder les Méchas d'un œil différent. Il pouvait déterminer la vitesse à laquelle un Mécha pouvait courir en fonction de la longueur et de la configuration de ses jambes. Il pouvait également estimer la puissance qu'un Mécha serait capable d'exercer à partir des proportions de ses différents membres.
En plus de rafraîchir ses connaissances de base, Maître Olson consacrait une grande partie de son temps précieux à lui enseigner comment renforcer un Mécha. Ves avait déjà appris à augmenter l'intégrité d'un Mécha en augmentant sa redondance et son isolation. Ces techniques étaient particulièrement efficaces pour atténuer les dégâts à distance.
Peu importe à quel point il augmentait la FR et le FI d’un modèle, cela ne servait à rien si un impact important secouait les composants internes fragiles. Certaines pièces sensibles, telles que les processeurs et les minuscules composants mécaniques, s'usaient très rapidement si elles étaient soumises à des chocs violents.
Maître Olson lui apprit donc à atténuer ces impacts en renforçant les composants les plus sensibles. En plus d'ajouter une grande quantité de matériaux tampons, il apprit également quelques astuces de modélisation ingénieuses, qui pouvaient amortir et neutraliser les impacts violents.
À la fin de la session, son Maître le regarda d’un air fatiguée mais satisfaite. « Tu as un esprit très vif et concentré. Tu es un élève parfait. Il est regrettable que tu aies dépassé l'âge optimal pour que je t'initie en tant que disciple principal. Tu dois suivre ton propre chemin. »
Ves ne s'offusqua pas de ses paroles empreintes de regret. Il chérissait sa liberté. Devenir disciple principal lui aurait permis d'obtenir de nombreuses opportunités, ainsi que des cours particuliers réguliers dispensés par l'une des plus grandes créatrices de Méchas. N'importe qui d'autre aurait tué sa mère pour une telle chance.
« Je vous suis reconnaissant pour vos efforts, Maître. Vos enseignements m'ont ouvert les yeux. »
Le contenu de son cours allait bien au-delà des bases qu'il aurait pu apprendre dans un cours à Leemar. Maître Olson ajoutait beaucoup de ses propres idées, à ses enseignements.
En tant que spécialiste en mécanique et en conception de moteurs, elle avait une philosophie unique, sur la création de Méchas. Maître Olson privilégiait fortement les modèles construits pour durer. Peu de créateurs avaient le privilège de bénéficier d'une telle perspective, de la part d'un Maître éminent. Il avait donc une longueur d'avance sur ses concurrents.
Une fois que Maître Olson eut mis fin à l'appel, Ves s'assit dans sa cabine, et intériorisa ce qu'il avait appris. Son Maître lui avait également remis un manuel supplémentaire qui lui fournissait les données et les formules sous-jacentes nécessaires pour appliquer les différentes méthodes.
Heureusement, celui-ci n'était pas assorti des mesures de sécurité ridicules que la Société Clifford aimait appliquer. Comme Ves comprenait déjà l'essence du domaine, il ne lui fallut qu'une semaine pour en maîtriser le contenu. Il consulta son statut.
[Statut]
Nom : Ves Larkinson
Métier : Créateur de Méchas Apprenti
Spécialisations : Aucune
Points de Création : 33 216
Statistiques
Force : 0.8
Agilité : 0.8
Endurance : 0,8
Intelligence : 1,8
Créativité : 1
Concentration : 1.7
Aptitude neuronale : F
[Compétences]
[Assemblage] : Apprenti – [Maîtrise des imprimantes 3D III] [Maîtrise de l’assembleur III]
[Mécatronique de Combat] : Apprenti
[Affaires] : Apprenti
[Informatique] : Incompétent
[Ingénierie électrique] : Apprenti – [Configuration des voies structurelles II]
[Mathématiques] : Apprenti
[Mécanique] : Compagnon – [Bricolage II] [Optimisation de la vitesse III]
[Métallurgie] : Compagnon – [Compression d’alliages II]
[Métaphysique] : Incompétent
[Physique] : Apprenti - [Optimisation des armures pour poids léger I] [Optimisation des armures pour poids moyen III] [Optimisation des armes de mêlée II] [Optimisation des armes énergétiques II]
Capacités
[Superpublication] : Disponible. Peut-être activé une fois par an
Évaluation : Un jeune créateur de Méchas téméraire qui brave le danger, tel un papillon attiré par la flamme.
Son statut n'avait pas beaucoup changé. Il avait surtout remarqué qu'il gagnait pas mal de PC. Ses ventes de Méchas virtuels continuaient de croître rapidement, depuis qu'il avait quitté Cumulonimbia. Alors que les ventes du Sang Neuf avaient déjà ralenti, l’Âme Ancienne commençait à acquérir un statut culte.
« Les cadets considèrent votre modèle comme une étape importante qu'ils doivent maîtriser. » lui avait dit Gavin, dans un rapport régulier. « Quiconque n'est pas capable de l'utiliser dans son rôle prévu est considéré comme un bon à rien. »
Ves ne savait pas quoi penser, de ses paroles. Il savait que Gavin avait contribué à encourager ce comportement. Sa tâche consistait à faire grimper les ventes du modèle.
Quoi qu'il en soit, cela ne semblait pas très grave, et cela pourrait profiter aux jeunes pilotes à l'avenir, s'ils maîtrisaient le style de pilotage patient de l’Âme Ancienne.
Ves remarqua ensuite dans son statut que la mécatronique de combat s'avérait être une compétence principale. Techniquement, elle intégrait de nombreuses connaissances issues de la mécanique, de l'ingénierie électrique, et même de l'informatique, afin de fournir une base sur la manière de créer un Mécha à partir de zéro.
Ves considérait donc qu'il s'agissait d'une compétence fusionnelle, en quelque sorte. Sans une base suffisante dans les 3 compétences fondamentales, il n’aurait jamais été capable de maîtriser aussi facilement la mécatronique de combat. Néanmoins, même si sa compétence en informatique était à la traîne, son objectif actuel, qui consistait à renforcer les composants internes, ne nécessitait que peu de connaissances dans ce domaine.
Il envisagea d'utiliser une partie de ses nombreux PC pour combler cette lacune, mais secoua la tête. « Je ne pense pas que j'aurai besoin de m'occuper de la programmation d'un Mécha de sitôt. Ce sera important lorsque ce sera un Mécha original, mais pour l'instant, cela ne me sert pas à grand-chose. »
Un jour après avoir atteint le niveau d'apprenti en mécatronique de combat, le Barracuda arriva enfin dans le système Mancroft.
Une naine rouge faiblement lumineuse au centre du système fournissait une quantité dérisoire de lumière à ses deux planètes anémiques. Les naines rouges étaient considérées comme les plus petites étoiles de la galaxie, des étoiles bon marché produites en série, qui brûlaient extrêmement lentement, mais qui duraient assez longtemps.
Tout cela n'avait pas grande importance, si ce n’était pour illustrer le manque de valeur global du système stellaire. Le seul véritable satellite d'importance était sa géante gazeuse. Cette planète jaune semblable à une perle contenait des traces significatives d'un ingrédient essentiel à la synthèse d'un carburant de haute densité destiné aux vaisseaux spatiaux.
Le fait qu'une naine rouge aussi commune possédait une géante gazeuse aussi précieuse laissait beaucoup de gens perplexes. C'était comme si un vieux fermier avait épousé une top-modèle.
« C'est la station-service de l’AFC. Mieux vaut ne pas s'approcher de cet endroit. » fit remarquer Silvestra, en passant l'écran principal en mode gros plan sur la station en question. Elle orbitait paresseusement au-dessus de la géante gazeuse. Un bon nombre de vaisseaux récolteurs descendaient vers les couches supérieures de la géante gazeuse, et récupéraient délicatement du gaz avant de rentrer chez eux.
Une petite patrouille de navires de guerre veillait à ce que personne n'ait de mauvaises idées sur la station. Elle se composait de deux destroyers, et d'une petite flottille de frégates, suffisante pour dissuader toute incursion pirate occasionnelle. Peu importe le nombre de Méchas qui attaquaient la patrouille, les navires de guerre les réduiraient rapidement en miettes, grâce à leurs tourelles à tir rapide.
Il ne fallut que quelques heures au Barracuda pour traverser l'orbite de la géante gazeuse et entrer dans le système interne. La naine rouge était assez légère, ce qui signifiait que tous les types de vaisseaux pouvaient se rapprocher du centre. Cela permit à tout le monde de gagner beaucoup de temps.
La capitaine Silvestra fit son rapport à Ves. « Nous sommes à 30 minutes du port indépendant de Mancroft. Ce qui leur sert de contrôle du trafic nous appelle déjà. »
« Quelqu'un d'autre nous a-t-il envoyé un message ? »
« À part les sollicitations indésirables habituelles, non, monsieur. »
« Alors faites ce que vous jugez bon. »
Elle lui fit un signe de tête, et se retourna pour envoyer une brève réponse. « Nous allons nous mettre en orbite autour de Mancroft I et garder nos distances avec les autres. Je vous suggère de vous assurer que votre cousin soit prêt à entrer dans son Mécha à tout moment. Nous pourrions avoir besoin de montrer nos muscles de temps en temps, afin de dissuader la racaille d'avoir des idées. »
La station spatiale délabrée était la seule autre présence peuplée du système. Personne ne se donnait la peine de coloniser la laide planète grise qu'elle orbitait, alors tous les vaisseaux du voisinage affluaient vers ce soi-disant port indépendant.
La station spatiale avait une histoire banale. Peu après que l’AFC eut construit sa station-service, un gang surgit de nulle part, et finança la construction d'une station spatiale passable. Dirigé par le clan Bosey, ce groupe possédait suffisamment de force et de clairvoyance pour conserver le pouvoir, et transformer sa petite station spatiale en un point d'arrêt régulier pour les chercheurs de fortune.
« Toutes sortes de personnes affluent vers la périphérie galactique. » expliqua Silvestra d'un ton patient. Ves n'aurait pas arrêté de poser des questions, si elle n'avait pas répondu. Elle fit apparaître quelques projections auxiliaires qui montraient les autres vaisseaux en orbite. « La frontière entre le pillage et la piraterie est souvent floue, aussi loin de toute autorité centrale. Même l’AFC ne peut pas faire grand-chose, pour faire respecter la loi dans ces régions. »
La périphérie galactique englobait des milliards d'étoiles et plusieurs années-lumière d'espace. La partie qui relevait des frontières purement administratives du secteur stellaire de Komodo comprenait déjà plusieurs millions d'étoiles. Même si la densité des étoiles était faible, on pouvait trouver de nombreux trésors, à condition de choisir la bonne étoile.
« Comment les Boseys peuvent-ils encore être au pouvoir ? » demanda Ves avec curiosité. Certains des vaisseaux en orbite semblaient assez grands pour accueillir des compagnies entières. Si tous les vaisseaux en orbite déversaient leurs Méchas, ils seraient sûrement capables de submerger la station spatiale.
« Ils n'ont jamais dépassé les limites. Les Boseys savent que les gens peuvent facilement choisir d'aller ailleurs pour exercer leur métier, alors ils ne prennent même pas la peine de prélever une commission. Ils gagnent bien leur vie en achetant à bas prix aux chasseurs de trésors et en revendant à prix fort à leurs contacts dans l'espace civilisé. »
Leur générosité leur permettait de se faire beaucoup d'amis.
« Le système Mancroft est assez proche de la frontière. La station spatiale a-t-elle déjà été attaquée par les Hommes-sable ? »
« Jamais. Les naines rouges sont monnaie courante. Elles sont peu lumineuses, donc elles ne leur fournissent pas beaucoup d'énergie. Leur faible masse les rend également difficiles à naviguer. De plus, elles sont pauvres en ressources. C'est pourquoi les Hommes-sable se donnent rarement la peine de visiter les naines rouges comme Mancroft. »
Pas étonnant que les Bosey aient choisi de construire leur station spatiale dans ce système. Non seulement elle offrait un accès facile à un carburant de qualité, mais elle constituait également un refuge sûr contre les Hommes-sable.
Comme personne d'autre n'avait contacté son vaisseau, cela signifiait que son client devait être ailleurs, pour le moment. Ayant quelques jours devant lui, Ves envisagea de rendre visite à la station spatiale. C'était la véritable frontière de l'espace humain.
« Est-il sûr de visiter le port ? » demanda-t-il, en désignant la grande station spatiale vieillissante et la poignée de vaisseaux actuellement amarrés à ses quais.
« Pas sans escorte ou sans garantie. » répondit le capitaine. « Les Boseys contrôlent peut-être la station, mais malgré leurs prétentions à déclarer le port comme un État de quatrième rang, c'est toujours un repaire de voleurs. »
« Dommage. » Ves savait qu'il ne fallait pas tenter le diable. Il sentait déjà des regards invisibles fixés sur son tout nouveau vaisseau. Une corvette brillante de classe Arkon représentait un bien très précieux, pour ceux qui appréciaient la vitesse absolue. « Tenez-moi au courant de tout appel entrant. »
N'ayant rien d'autre à faire qu'attendre, Ves retourna dans sa cabine et reprit ses préparatifs. Depuis que son Maître l'avait mis en garde contre les dangers, il avait cessé de considérer cette mission comme des vacances.