Chapitre 1 658
Une flotte d’hommes-sables pénétra dans le Système du Rideau Nuageux !
Cela aurait dû être impossible, ou du moins extrêmement improbable !
Après la chute de Sydney Superior, une partie de l’intérieur de la République Lumineuse était devenue vulnérable. Les flottes d’hommes-sables pouvaient désormais rejoindre Bentheim bien plus facilement.
Le système portuaire avait déjà repoussé une douzaine d’incursions d’hommes-sables, et ce n’était que le début.
Bien que le Rideau Nuageux se trouvât près de Bentheim, ce dernier attirait bien davantage l’attention des hommes-sables.
Rares étaient les hommes-sables qui auraient dû s’intéresser à un système stellaire insignifiant, doté d’un soleil ordinaire et dépourvu de gisements de minéraux exotiques. C’était l’un des systèmes stellaires les moins attrayants de la région de Bentheim parmi ceux qui abritaient une population humaine.
« Quelle est la puissance de cette flotte et d’où vient-elle ? » exigea Ves en entrant dans le centre de commandement des Sentinelles Vivantes.
La commandante Magdalena Larkinson, assise dans le fauteuil de commandement, répondit à sa question.
« La flotte d’hommes-sables que nous avons repérée est apparue à Bentheim, monsieur. Contrairement à toutes les autres flottes qui y ont émergé, elle a résisté à l’incroyable tentation de se rapprocher de la planète riche en énergie du système intérieur et a repris son voyage en vitesse supraluminique avant que la force de défense la plus proche puisse atteindre sa position. »
« C’est beaucoup trop anormal ! Les amiraux hommes-sables ne résistent jamais à la tentation d’absorber davantage d’énergie ! »
La Guerre des Sables avait levé le voile qui dissimulait les hommes-sables. Auparavant, bien des gens ne connaissaient que quelques détails sur cette race extraterrestre. À présent qu’elle était devenue une menace, tout le monde commençait à savoir à quoi elle ressemblait.
Peut-être pour renforcer la confiance de la population dans la victoire, la République Lumineuse avait révélé de nombreux détails sur cette race.
Dans son ensemble, l’homme-sable tenait davantage du superorganisme que d’une véritable civilisation d’êtres doués de raison.
Les hommes-sables savaient traiter des données comme des ordinateurs, mais ils n’avaient guère de personnalité.
Ils ressemblaient donc à la version naturelle des robots. La plupart étaient si simples et stupides qu’une fois isolés, ils n’éprouvaient aucune envie d’agir.
Seule la présence d’hommes-sables de caste supérieure changeait un peu la donne. Plus intelligents et plus capables de penser par eux-mêmes que leurs congénères de rang inférieur, ils pouvaient prendre leurs propres décisions et commander à des milliers de milliards d’hommes-sables d’obéir à leurs ordres.
Bien sûr, cela ne signifiait pas qu’un amiral homme-sable était aussi intelligent qu’un commandant de flotte humain. À maintes reprises, les amiraux hommes-sables avaient montré qu’ils manquaient d’imagination et suivaient généralement leurs ordres à la lettre.
Aucun amiral homme-sable n’aurait dû prendre l’initiative de délaisser une cible juteuse au profit d’une cible dérisoire, et encore moins plusieurs à la fois !
« Combien d’amiraux hommes-sables y a-t-il dans cette flotte ? » demanda-t-il ensuite.
« Entre trois et cinq. La flotte de défense locale est tout à fait capable de faire face à cette menace, monsieur. »
Ves poussa un soupir de soulagement. Repousser l’ennemi en comptant sur les Avatars du Mythe et les Sentinelles Vivantes stationnés au Rideau Nuageux serait un peu pénible, mais ils ne seraient pas seuls.
Le Corps de méchas avait déployé une petite force dans le système stellaire. Le Corps de chasseurs stellaires avait également fourni quelques escadrilles de chasseurs stellaires qui serviraient de chair à canon.
Le gouvernement engagea en outre des corps mercenaires pour renforcer les défenses. Avec les Baleiniers de Walter, ces groupes privés pouvaient sans problème vaincre la moitié de la flotte d’hommes-sables, à condition de ne pas prendre la fuite.
« Ne comptez pas trop sur les escadrilles de chasseurs stellaires, avertit la commandante des Sentinelles. Il n’y en a que deux ici et elles sont toutes composées de matériel déclassé. »
Ves tendit la main vers un panneau de commande voisin et afficha une page présentant les forces disponibles pour faire face à la menace imminente.
Comme Magdalena l’avait dit, les chasseurs stellaires qui patrouillaient dans l’espace étaient tous des modèles obsolètes de première génération. Leur blindage fragile ne résistait plus très longtemps aux hommes-sables.
La flotte d’hommes-sables qui avait décidé d’envahir le Rideau Nuageux cette fois-ci avait adopté la redoutable formation en essaim !
Autrement dit, ils allaient presque certainement essuyer une tempête de tirs laser !
« Les pilotes de chasseurs stellaires devront se préparer au pire », marmonna-t-il.
« Je n’en suis pas si sûre, Ves. Le Corps de méchas vient de nous envoyer un avis. Il compte repousser les hommes-sables sans engager de chasseurs stellaires. »
« Quoi ? s’inquiéta Ves. C’est absurde ! Qui détournera les tirs de nos méchas si les chasseurs stellaires ne sont pas là pour servir d’appâts ? »
« La Capitaine Xera Monlin estime qu’il n’est pas nécessaire de compter sur un écran de chasseurs stellaires. Les escadrilles seront tenues en réserve afin de fournir un appui-feu à longue portée et d’intervenir au besoin. »
« Et nous, alors ? »
« Nous sommes censés déployer nos nouveaux Brise-Aube en première ligne. Avec les Brise-Nova du 2ᵉ détachement des Équinoctes Cinglants, nos méchas devraient encaisser l’essentiel des tirs, du moins jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus tenir. »
Ves eut envie de vomir. À quoi bon déployer de la chair à canon si l’officier responsable tenait trop à la vie de ses soldats ?
Cependant, étant donné les piètres performances des chasseurs stellaires de première génération face aux formations en essaim, les ordres du capitaine des méchas avaient un peu plus de sens.
Contrairement aux chasseurs stellaires, les modèles Brise-Aube et Brise-Nova avaient été conçus après que le potentiel destructeur des hommes-sables eut été mis au jour.
Leurs systèmes de blindage étaient tout sauf ordinaires. Ces méchas possédaient déjà d’importantes propriétés d’atténuation des dégâts afin de préserver la vie de leur pilote. Avec une couche convenable de blindage compressé, il fallait une puissance de feu considérable pour percer leur coque !
Malgré tout, Ves répugnait à exposer ses Brise-Aube au danger. Une flotte d’hommes-sables dirigée par au moins trois amiraux représentait une menace sérieuse, qu’on ne pouvait repousser sans pertes !
La supériorité relative des forces de défense leur garantissait la victoire, mais la vraie question était le prix qu’ils devraient payer pour l’obtenir.
Chaque Brise-Aube était un mécha haut de gamme. Ils coûtaient aussi cher qu’un Blackbeak et la réparation de leur blindage endommagé était très onéreuse.
« Nous n’avons pas à trop nous en inquiéter, fit remarquer Magdalena. Le Corps de méchas nous a déjà promis de financer au moins la moitié des réparations. Nous gagnerons aussi beaucoup plus de mérites et leur reconnaissance si nous suivons les ordres. »
Ves grogna, frustré. « Tu commandes nos Avatars et nos Sentinelles, à présent. Je m’en remets à ton jugement. »
« Dans ce cas, je compte suivre les instructions. »
Il s’y attendait. Elle avait servi dans le Corps de méchas, après tout.
« Tu peux m’expliquer pourquoi ? »
« Même s’il est un peu anormal que les amiraux hommes-sables aient décidé de dévier leur route vers le Rideau Nuageux, nous ne pouvons pas supposer qu’il s’agit d’une exception isolée. Aucun système stellaire de la République Lumineuse n’est à l’abri. Nous devons nous préparer au pire, ce qui signifie que nous devons prendre nos décisions en tenant compte d’une guerre d’usure. »
Les hommes-sables raffolaient de la guerre d’usure. Ils n’accordaient aucune valeur à leur vie et étaient tout à fait prêts à sacrifier des centaines de flottes pour épuiser les défenseurs d’un seul système stellaire !
« Si c’est le cas, alors nous devrions sacrifier d’abord nos ressources les moins précieuses. Je ne vois pas en quoi il serait plus avantageux d’infliger des dégâts considérables à nos méchas les plus puissants. Les chasseurs stellaires ont bien moins de valeur ! Nous devrions les envoyer en première ligne ! »
« Je comprends ton point de vue, Ves, mais… pour l’instant, le capitaine Monlin préfère sacrifier du matériel plutôt que de précieuses vies humaines. Même si les chasseurs stellaires de l’ancienne génération ne sont pas équipés du nouveau système d’armes Sandbreaker, leurs affûts de canons balistiques restent redoutables. Il sera payant d’en préserver le plus grand nombre possible pour les batailles à venir. »
Un système stellaire relativement insignifiant comme le Rideau Nuageux n’attirait guère l’attention du Corps de méchas et du Corps de chasseurs stellaires. Il n’était donc pas étonnant que les Équinoctes Cinglants veuillent préserver autant de machines que possible.
« Nos forces intercepteront-elles les hommes-sables ou les laisseront-elles approcher de la planète ? »
Le gouvernement avait déjà installé une ceinture lâche de plateformes défensives en orbite géosynchrone autour de la planète. Leur puissance de feu était considérable, mais les hommes-sables auraient déjà parcouru la dernière ligne droite lorsqu’ils entreraient à portée des défenses ultimes.
« Le capitaine Monlin ne mettra jamais en danger la population du Rideau Nuageux pour réduire les pertes des forces sous son commandement. Elle a reçu ses ordres. Elle doit protéger les habitants bloqués sur le Rideau Nuageux. Pas un seul grain de sable animé ne doit passer et atteindre le sol ! »
Finalement, le Corps de méchas obtint gain de cause. Toute la base des Sentinelles d’Argent devint une véritable ruche. Même si tous les Sentinelles ne brûlaient pas d’envie de combattre, cette fois, chaque pilote de mécha apte au combat devait prendre les armes !
Si la flotte d’hommes-sables parvenait à enfoncer les défenses, des milliards d’êtres humains seraient en danger !
Tout pilote de mécha qui se déroberait à son devoir et éviterait le combat serait immédiatement traduit devant la police militaire à la fin de la bataille !
Des porte-vaisseaux légers se posèrent directement dans la base des Sentinelles et acheminèrent en orbite de nombreux Brise-Aube, Soldats désolés, Titans de l’Aurore et autres méchas spatiaux.
Plus d’une centaine de pilotes de mécha à l’air grave embarquèrent également à bord des vaisseaux.
Si Ves avait pu rassembler toutes ses forces, il aurait facilement aligné plus de trois cents méchas. Hélas, il avait envoyé une partie de ses Avatars et de ses Sentinelles au front. Il avait aussi dépêché ses Battle Criers pour quelques missions.
En réalité, il aurait pu engager encore davantage de défenseurs, mais Ves ne voulait pas laisser la Pouponnière de méchas sans protection. Il y avait beaucoup trop de ressources à protéger là-bas.
Tandis que Ves attendait son propre transport, la commandante Magdalena aborda un dernier sujet avant d’accompagner ses Sentinelles dans l’espace.
« Pouvons-nous compter sur le Bataillon de Gloire, monsieur ? »
Il secoua aussitôt la tête. « Ne te fais pas d’illusions. Leur mission principale est de protéger Gloriana. Nous savons tous que le détachement chargé de l’accompagner est assez puissant pour écraser les extraterrestres, mais le Bataillon de Gloire ne se battra jamais pour nous. »
Gloriana était toujours inconsciente et le resterait au moins un jour. Tant qu’elle demeurerait dans les vapes, elle ne pourrait pas s’opposer à ce qu’on l’emmène loin du Rideau Nuageux.
« C’est dommage. »
« Voilà pourquoi il est important de développer notre propre force de méchas de deuxième classe, commandante. Si nous avons suffisamment de puissance, nous n’aurons pas à compter sur les autres pour nous aider. »
Ils finirent par se séparer. La commandante Magdalena comptait diriger les Avatars et les Sentinelles depuis l’un de leurs porte-vaisseaux, tandis que Ves décida d’observer la bataille à bord du Barracuda.
Il était tenté de rejoindre Magdalena, mais ne voulait pas la gêner. De toute façon, il ne pourrait pas apporter grand-chose.
Quelques instants plus tard, il embarqua à bord du Barracuda avec Nitaa, Crindon et Lucky. Il songea à emmener Gavin et Raymond aussi, mais ils ne seraient d’aucune utilité au combat.
« Bienvenue à bord du Barracuda, monsieur Larkinson », le salua la capitaine Silvestra.
« Cela faisait un moment que je n’avais pas remis les pieds sur mon vaisseau », remarqua Ves avec un sourire, Lucky dans les bras.
« Miaou. »
« Oh, tais-toi. Si le pire devait arriver, je n’aurais pas à ordonner au Barracuda de redescendre à la surface pour venir te chercher ! »
Cela n’avait pratiquement aucune chance d’arriver, à moins que les hommes-sables ne maîtrisent d’une manière ou d’une autre la technologie furtive.
Le groupe se dirigea vers la passerelle, qui devint rapidement un peu encombrée : elle n’avait pas été conçue pour accueillir tant de monde.
« Crindon, veuillez surveiller les canaux de communication. Si quelque chose se trame dans notre dos, je veux le savoir immédiatement. »
« Oui, monsieur. »
Tandis que le Barracuda décollait et montait en orbite, Ves s’installa sur un siège libre pour observer les opérations.
Il avait déjà regardé quantité d’enregistrements de batailles contre les hommes-sables, mais cela ne suffisait pas !
S’il voulait vraiment comprendre les hommes-sables et voir en quoi ils avaient changé depuis ses précédentes rencontres avec eux, il devait se rapprocher de l’action !
Il devait être assez près pour sentir son cœur battre comme un tambour de guerre !