Chapitre 163
Chapitre 163
Chapitre n°163 – Étoiles Sauvages
Traducteur/Checker : SP76
Mlle Miranda traça une route rapide qui les conduisit à Mancroft en 17 jours. Elle souhaitait alterner entre des sauts courts et longs, afin de tester et de calibrer le tout nouveau moteur PRL.
« Le cœur de la galaxie connaît bien cette génération, mais pour nous, c'est une nouvelle technologie. Nous devons établir une base de référence, afin de savoir jusqu'où nous pouvons le pousser. Les vaisseaux de classe Corvette sont particulièrement connus pour avoir un seuil généreux. »
« Et qu’est-ce qu’un seuil ? »
« La distance à laquelle nous pouvons nous approcher d'un système stellaire. Le seuil dépend principalement de la masse relative entre le vaisseau et l'étoile de destination. »
« Cela semble assez dangereux. » fit remarquer Ves, avec appréhension.
« Heureusement, nous avons une ingénieure de première classe, monsieur. Ushra a beaucoup d'expérience dans la poussée des moteurs PRL à leurs limites. Nos anciens clients aimaient le frisson des sauts en profondeur. »
Ves la crut sur parole. Il les avait engagés précisément parce qu'il voulait avoir plus d'options, au cas où ils rencontreraient des difficultés.
Alors que tout l'équipage était absorbé par ses tâches, Ves et Melkor avaient beaucoup de temps libre. Melkor soupira en suivant Ves hors de la passerelle.
« Raella aurait probablement adoré se lier d'amitié avec ton équipage. »
Étant les deux seuls hommes à bord du vaisseau, ils se sentaient tous deux un peu déplacés. Ves soupira. « Je suppose que nous sommes relégués au rang de passagers. Préparons-nous pour l’expédition. Je ne sais pas quel rôle tu pourras jouer, mais assure-toi d'être prêt à intervenir si nécessaire. »
Ils passèrent le temps tranquillement. Melkor passa la plupart de son temps dans la soute. Il utilisait le cockpit de son Mécha fusilier comme simulateur et s'entraînait fébrilement à tirer en apesanteur.
Contrairement au Harrier de Dietrich, le modèle Stanislaw de Melkor ne disposait pas d'un système de vol. Contrairement à l’Âme Ancienne, le fusilier de Melkor était destiné à mener des combats mobiles. Il était équipé d'un moteur robuste et puissant, permettant au Stanislaw de slalomer entre divers obstacles tout en perturbant la visée de ses adversaires. Son fusil laser à tir rapide excellait dans l'épuisement des Méchas à moyenne portée.
« Celui qui était chargé de son entretien a fait du bon travail. » déclara Ves, après avoir inspecté le Mécha. Il ne nécessitait pratiquement aucune modification.
« Les Larkinson connaissent bien leurs Méchas. Nous employons certains des meilleurs techniciens de Rittersberg, tu sais. »
Comme Ves n'avait rien d'autre à faire pour le moment, il retourna dans sa cabine, et navigua paresseusement sur le réseau galactique. Lucky, qui s'ennuyait, sauta sur ses genoux et s'installa confortablement.
Le nœud d'intrication quantique du vaisseau permettait à Ves de rester en contact avec le reste de la galaxie. Il suivait de près l'actualité sur Cumulonimbia. Les événements récents et sa première conférence de presse laissèrent les gens en quête de réponses
La complaisance des Colombes et des Verts les laissa mal préparés, face au revirement soudain de l'opinion publique. Une grande partie des citoyens neutres qui ne s'intéressaient jamais à la politique s'impliquèrent passionnément, dès lors que l'un des leurs fut blessé.
Ves trouvait plutôt amusant d'être mieux classé que les dirigeants qui avaient gouverné la planète pendant de nombreuses générations. Les pacifistes, avec le soutien des consortiums, avaient fondé Cumulonimbia et en avaient fait une planète agricole tranquille et idyllique pendant plus de 2 siècles. Même aujourd'hui, ils employaient directement ou indirectement plus de la moitié de la population.
Malgré tous leurs efforts, les élites fondatrices ne suscitaient guère l'admiration du peuple. Leur cupidité et leurs tentatives pour freiner le développement de ce qu'elles considéraient comme leur terrain de jeu privé avaient cette fois-ci joué en leur défaveur.
Tout cela à cause des Méchas. Tout dans cette époque tournait entièrement autour de la gloire des Méchas. Même les plus humbles fermiers et ouvriers étaient influencés par leur besoin primitif d'adorer ces dieux de l'ère moderne.
« Pourquoi Bentheim attire-t-il toute l'attention ? Nous n'avons même pas notre propre arène ! »
« Je t'ai dit que cet homme ne cesse de nous opprimer ! Les gros bonnets dans leurs tours boivent chaque jour des vins à un million de crédits, tandis que les gens ordinaires comme toi et moi n'ont pas les moyens d'acheter une maison ! »
« Des Méchas ! Des Méchas ! Des Méchas ! Je veux voir plus de Méchas ! Je veux les voir de mes propres yeux ! »
« Tous ces fans de Méchas sont devenus fous ! Je peux à peine promener mon chien ces jours-ci sans entendre constamment parler de Méchas. »
Même les Pionniers commencèrent à se joindre au mouvement. Ils reprirent sa cause à leur compte, comme s'ils n'avaient jamais essayé de profiter de lui. Ves ne savait pas quoi penser de leur soutien, mais il salua tout de même leurs efforts.
Quoi qu'il en soit, les Colombes et les Verts commençaient à riposter contre la vague montante. Peut-être conscients pour la première fois qu'ignorer la foule était une mauvaise idée, ils commencèrent à parler de leurs projets à venir visant à augmenter les dépenses d'infrastructure de la planète.
Selon eux, la réforme fiscale était nécessaire pour financer de meilleures écoles et de meilleurs hôpitaux. Toutes les entreprises riches devaient faire des sacrifices afin d'améliorer la qualité de vie sur la planète.
Mystérieusement, de nombreuses exemptions disparurent. En échange, le projet de loi soumettait de nombreuses industries à un taux d'imposition maximal moins exorbitant. Cette manœuvre habile rendit plus difficile d'affirmer que les Colombes et les Verts favorisaient leur petit cercle d'amis, plutôt qu'un outsider comme Ves.
Cela ne changeait rien au fait que la Living Mech Industries devra verser 40 % de ses bénéfices au Trésor public de la planète. Même si ce taux semblait un peu plus raisonnable que le précédent, il restait supérieur à celui de Bentheim.
« Ces types ne savent vraiment pas quand abandonner. »
Rien ne pouvait rivaliser avec des cadeaux gratuits. Même l'attrait des Méchas pouvait passer après les avantages personnels.
« Nous devons battre le fer tant qu'il est chaud. » conclut Ves, et ses employés approuvèrent. Ils avaient déjà pris rendez-vous avec le commissaire républicain. ‘Espérons que son obligation de préparer la planète à la guerre l'emportera sur sa réticence à favoriser un camp plutôt qu'un autre.’
Le seul moment où tout le monde se réunissait était lorsque Jenn servait le dîner. En tant que plus jeune spationaute du vaisseau, elle s'occupait généralement des tâches qui ne nécessitaient pas de spécialiste, y compris la cuisine.
Jenn savait certainement ce qu'elle faisait, car chaque dîner était somptueux et copieux. Tout le monde se détendait un peu, à ce moment-là, suffisamment pour que Ves puisse leur soutirer les raisons pour lesquelles ils avaient décidé d'accepter ce poste. Il apprit qu'ils avaient tous gagné de généreux pourboires dans leurs emplois précédents.
« Ce n'est pas censé être permanent. » dit Ushra. « Nous savions dans quoi nous nous engagions. C'est l'une des rares occasions pour des gens ordinaires comme nous de pouvoir se payer une formation. Savez-vous combien coûtent mes cours d'ingénierie ? Je suis reconnaissante à mon ancien patron de les avoir payés. »
Toutes les autres femmes avaient des histoires similaires. Même si elles avaient un peu de talent, elles n'avaient pas la possibilité d'intégrer une école décente.
« Vous n'avez pas à nous plaindre. Notre ancien patron prenait grand soin de nous. C'est dommage qu'il se soit fait prendre pour avoir accepté des pots-de-vin. Quand plusieurs d'entre nous ont été licenciées, nous avons décidé de quitter le secteur des services. »
« Pourquoi avoir choisi de rejoindre l'équipage du Barracuda, plutôt qu'un navire plus grand ou plus professionnel ? »
Le capitaine Silvestra sourit à son équipage. « Nous aimons rester ensemble. Notre expérience sur des vaisseaux de plaisance nous a laissé très peu d'opportunités professionnelles. Nous n'avons pas les qualifications requises pour occuper des postes à responsabilité sur des navires de passagers, ou des transports. Ceux qui nous ont proposé de nous embaucher s'attendaient tous à ce que nous reprenions nos anciennes fonctions. »
Angie, leur responsable de la sécurité, renifla d'agacement. « Ces crapules sont 10 fois pires que notre ancien patron. Au moins, il dirigeait son entreprise de manière irréprochable parce qu'il voulait se mettre les gros bonnets dans la poche. Les autres sont soutenus par de puissants gangs. Cela leur permet de s'en tirer à bon compte, dans certaines situations. »
Personne ne donna d'exemple, mais Ves pouvait imaginer quelques scénarios. Les principaux gangs qui régnaient sur la plupart des bas-fonds de la République Brillante ne se comportaient pas du tout comme les Baleiniers de Walter. Ce n'étaient pas des héros locaux sympathiques qui ne frappaient les gens qu'une fois par mois.
Non, ces entreprises louches régnaient sur un vaste réseau clandestin qui leur rapportait des milliards de crédits chaque année. Avec autant d'argent en jeu, aucune de ces organisations ne ménageait ses efforts.
« Eh bien, je suis heureux de vous avoir avec moi. » admit Ves, ressentant le besoin de rassurer son équipage sur le fait qu'il n'avait pas l'intention de fonctionner de la même manière que le secteur des services. « Je ne pense pas voyager beaucoup avec le Barracuda, mais chaque fois que je le ferai, nous risquons de nous exposer au danger. »
« Cela ne nous pose aucun problème. » répondit Silvestra avec un air désinvolte. « Notre formation, combinée aux capacités de votre corvette de classe Arkon, nous permettra de nous en sortir. »
Ves avait le sentiment qu'ils pourraient même finir par apprécier les crises qui pourraient survenir. Résoudre des situations difficiles prouverait certainement qu'ils étaient capables de faire autre chose que de flirter avec les riches.
Personnellement, cela ne le dérangeait pas qu’elles veuillent étoffer leur CV. Tant qu'elles restaient quelques années, Ves était prêt à leur accorder plusieurs avantages. Il savait qu'il ne pourrait pas les motiver avec son charme, il ne pouvait donc utiliser que des incitations évidentes pour motiver son équipage.
« Connaissez-vous le port indépendant de Mancroft ? » demanda Ves.
« C'est un repaire typique de la frontière, situé dans le coin le plus reculé de la galaxie. Une bande d'anciens pirates, de mercenaires et de marchands désespérés s'y sont installés. Ils gagnent leur vie en explorant les étoiles inconnues des deux côtés de la frontière. »
« Et les Hommes-sable ? » insista-t-il, mentionnant cette fois les extraterrestres qui occupaient les étoiles juste au-delà de la frontière, à côté de Mancroft. « Ces formes de vie à base de silicium sont connues pour être extrêmement agressives envers les humains. J'imagine qu'ils seraient furieux, si une bande d'aventuriers venait fouiller leur territoire. »
« Vous n’avez pas tort, mais la situation est un peu plus complexe. » répondit Silvestra avec un air sérieux. « La race humaine a tendance à considérer l'espace comme quelque chose qui nous appartient, ou qui appartient à d'autres races. C'est une façon incroyablement simpliste de considérer le territoire effectif que nous possédons. »
« Comment voyez-vous l'espace, alors ? »
« Une vaste mer aux distances inimaginables, parsemée d'îles, de temps à autre. Chaque île est une étoile. Chaque race ne peut réellement exercer son influence que sur la terre ferme. Personne n'est en mesure de revendiquer les vastes mers. »
« Je vois. Les Hommes-sable ont donc une perspective différente de la nôtre sur la frontière ? »
« Ils sont assez étranges à bien des égards. Que dire d'autre d'une immense collection de minuscules créatures ressemblant à du sable ? Quoi qu'il en soit, nous soupçonnons que les Hommes-sable ne connaissent même pas leurs propres frontières. »
Personne ne savait comment ils s'organisaient. À peine plus gros qu'un grain de sable, ils agissaient un peu comme des ruches. Individuellement, ils étaient faibles et insignifiants. Ils devenaient beaucoup plus effrayants lorsqu'ils se rassemblaient en une colonie de la taille d'une montagne.
Les chercheurs avaient découvert que les Hommes-sable combinaient leur puissance de traitement pour former un esprit collectif, lorsque cela se produisait. Plus le groupe était grand, plus leurs pensées étaient effrayantes. Malheureusement, ils ne semblaient jamais éprouver d'émotions, et leur intelligence était à peine supérieure à celle d'un enfant humain de 6 ans.
Leur technologie native, incompréhensible, était la seule raison pour laquelle l'humanité les prenait au sérieux. Certains Hommes-sable anormaux, centrés autour d'un noyau composé de divers matériaux exotiques, avaient réussi à développer une forme viable de PRL.
Cela transformait la course en une véritable menace, car chaque invasion majeure voyait des planètes entières envahies par des vagues d’Hommes-sable qui se propageaient facilement. Ils se multipliaient normalement lentement en absorbant l'énergie d'un soleil, mais dès qu'ils rencontraient une source d'énergie active, leur nombre augmentait considérablement.
« Les Hommes-sable ne s'intéressent généralement pas aux petits vaisseaux. L’AFC pense qu'ils évaluent constamment l'énergie qu'ils doivent dépenser par rapport à ce qu'ils pourraient gagner. Tout ce qui entraîne une perte nette d'énergie signifie qu'ils ne lèveront pas le petit doigt. »
Ves trouvait l'explication du capitaine Silvestra fascinante. Malgré l'état de guerre totale entre leurs deux races, les Hommes-sable ne représentaient pas souvent une menace. En dehors de leurs invasions majeures menant à l'extinction, ils se contentaient de conserver leurs territoires existants.
« Il est probable que ma mission nous mènera dans leur espace. Avez-vous des conseils à me donner ? »
« Oui. Observez bien la flotte dont vous allez faire partie. Plus les vaisseaux sont grands, plus vous risquez de provoquer une réaction de leur part. Personne ne sait pourquoi, mais ils sont tout aussi capables de détecter les vaisseaux en PRL que l’AFC. Ces petits monstres ont probablement pris le contrôle d'un vaisseau amiral et ont procédé à une rétro-ingénierie de notre technologie. »
Peut-être que le Barracuda serait capable de distancer les Hommes-sable, mais si son client voulait que Ves reste sur son propre vaisseau, alors il risquait de se retrouver coincé avec les autres.