Chapitre 162
Chapitre 162
Chapitre n°162 – Équipage
Traducteur/Checker : SP76
Le voyage vers le port indépendant de Mancroft dût être décalé. Ves et l'ensemble du site avaient dû être nettoyés afin d'éliminer toute trace de Molgon. Dès qu'il eurent terminé, il monta à bord d'une navette plus lourdement armée avec Melkor pour se rendre au quartier général de Sanyal-Ablin.
Voir le corps immobile et vulnérable de Raella être scanné et sondé par divers instruments médicaux les plongea dans une certaine torpeur.
« Est-ce qu'elle va s'en sortir ? » demanda Ves doucement.
L'un des médecins acquiesça. « Mlle Raella est une pilote résistante. Ses implants et ses traitements génétiques ont également contribué à sa survie. Heureusement que vos différentes contre-mesures se sont activées si tôt. Elle se remettra complètement après 6 mois de traitement. »
Diverses coïncidences avaient permis à Ves de survivre à cette attaque sans encombre, mais il ne pouvait pas en dire autant de Raella. Il décida d'offrir à ses cousins au moins un ensemble de vêtements antigravité de rechange. Il en avait déjà une armoire pleine, cela ne ferait donc pas une grande différence.
Ves dût débourser 2 millions de crédits pour payer le traitement de Raella, et cela incluait une forte réduction. Le SASS devait se sentir un peu désolé d'avoir été pris au dépourvu par la tentative d'assassinat. Quoi qu'il en soit, c'était de l'argent bien dépensé, car Mlle Robyn lui assura qu'ils avaient traité Raella avec la technologie standard de la Coalition.
« Maintenant que Raella est hors service, tu veux que je prenne sa place ? » demanda Melkor, d'un ton qui suggérait qu'il préférait veiller sur sa cousine.
« Non. Je suis sûr que mon client a pris ses propres dispositions en matière de sécurité. Tu ferais mieux de surveiller mon atelier. Je ne veux pas que quelqu'un touche à mes affaires pendant mon absence. »
Même si Ves forçait Melkor à l'accompagner, le pilote s'inquiéterait constamment pour Raella. Il décida de le laisser à la maison, et d'emmener quelqu'un d'autre. Le seul problème était que Ves ne connaissait personne d'autre qui puisse remplacer Raella.
Étonnamment, Melkor rejeta sa suggestion. « Tes locaux sont déjà bien sécurisés, et je suis sûr qu'il n'arrivera rien à Raella. Je sais que tu as besoin de quelqu'un pour vous protéger, alors ne refuse pas ma présence. »
« ...Très bien. Je vais faire en sorte que ton Mécha soit transféré sur ma corvette. »
Quelques instants plus tard, ils entrèrent dans une salle de presse. Plusieurs journalistes locaux s'étaient rassemblés, après avoir passé des contrôles de sécurité rigoureux. Leurs robots caméras flottaient derrière leur tête, prêts à diffuser la conférence à venir dans toute la planète.
L'attaque de son atelier était l'un des événements les plus dramatiques de la planète. Tous les citoyens de Cumulonimbia colportaient fébrilement des rumeurs, en attendant une réponse officielle.
Les services de police locaux, impuissants, se contentèrent de publier un communiqué laconique, tout en courant dans tous les sens comme des poulets sans tête. Cela donna involontairement à Ves l'occasion de façonner le récit, selon l'instinct médiatique avisé de Gavin.
Ves fit un signe de tête à Gavin, en s'approchant de lui. « Comment le public a-t-il réagi, jusqu'à présent ? »
« Agité, excité et indigné. » Gavin sourit, comme si la tentative d'assassinat lui faisait réellement plaisir. « Les médias alignés sur la coalition au pouvoir appellent déjà au calme, mais presque personne, à part leurs partisans inconditionnels, ne prête attention à ces chaînes. Une grande partie de la population est prête à s'accrocher à vos paroles. »
Bien que Ves trouvât déplaisant de profiter de cette situation, la nécessité l'obligeait à suivre les suggestions de Gavin.
Ils étaient dans la lumière, et leurs ennemis dans l'ombre. Personne ne revendiquait la responsabilité de l'attaque. De plus, les événements qui se déroulaient à Bentheim et au-delà pouvaient tout aussi bien se passer à l'autre bout de la galaxie, en ce qui concernait Cumulonimbia.
« Bonjour. » Ves salua les caméras, en montant sur le podium. « Merci d'assister à cette conférence de presse. Je m'appelle Ves Larkinson. Je suis apprenti créateur de Méchas sous la tutelle de Maître Carmin Olsen, du groupe Vermeer. J'ai récemment fondé la Living Mech Industries ici, sur ma planète natale, Cumulonimbia. »
Tous les journalistes connaissaient déjà son parcours, mais beaucoup de téléspectateurs n'en avaient peut-être pas conscience. Il mentionna délibérément le nom de son Maître afin de profiter de son prestige. Cela obligea ceux qui avaient l'habitude de mépriser les créateurs de Méchas de bas niveau à le prendre au sérieux.
« Pouvez-vous nous raconter ce qui s'est passé ce matin ? »
« Bien sûr. »
Ves donna un bref compte rendu de la matinée. Divers enregistrements avaient déjà fuité, sur le réseau, donc personne n’appris quoi que ce soit de nouveau. Il omit également de mentionner son générateur de bouclier et ses vêtements antigravité. Inutile de donner des idées à ses ennemis.
« Qui est responsable de cette attaque ? »
Ves s'efforça de garder son sang-froid. « Je ne sais pas, mais plusieurs groupes me viennent à l'esprit. Beaucoup de gens aimeraient me voir disparaître. Par exemple, la coalition au pouvoir a tout mis en œuvre pour faire adopter par l'Assemblée planétaire une nouvelle loi fiscale qui me mettra hors jeu. »
Techniquement, il ne mentait pas. Il laissait les journalistes et les téléspectateurs qui regardaient l'émission faire eux-mêmes le lien. Même si c'était pour des raisons fallacieuses, tout le monde aimait les théories du complot.
Les Verts et les Colombes Blanches pouvaient nier autant qu'ils le voulaient, cela ne changeait rien au fait qu'ils lui étaient hostiles. Étaient-ils responsables de l'attaque ? Ves ne le pensait pas, mais il était prêt à les traîner dans la boue quand même. ‘Laissons le public juger par lui-même.’
Il continua à répandre le récit trompeur que Gavin avait soigneusement construit. Ves avait déjà reçu des conseils sur ce qu'il devait dire et ce qu'il devait omettre. Tout ce qu'il disait semblait vrai, et devrait donc passer le test si quelqu'un utilisait un programme sophistiqué de détection de mensonges.
À la fin de la conférence, il laissa une dernière déclaration. « Si j'ai survécu aujourd'hui, ce n'est pas grâce à la chance, mais parce que je suis chez moi. Ne croyez pas les détracteurs et les pessimistes qui prétendent que nous ne sommes bons qu'à nourrir Bentheim. La présence de Living Mech Industries ici représente ma conviction que nous pouvons être forts. »
Ses paroles surprirent tout le monde. Ves laissa les journalistes derrière lui, pendant qu'ils digéraient sa réponse éloquente. Il fit un signe de tête à Gavin, qui souriait jusqu’aux oreilles.
« Vous avez fait un excellent travail, patron. Vous n'avez pas du tout bafouillé. La seule faute que je puisse trouver, c'est que vous vous êtes montré un peu trop vif, pour quelqu'un qui a survécu à une tentative d'assassinat. »
« Je n'y peux rien. » Ves rit doucement. « Je n'arrête pas de penser à toutes ces verres de vin que ces politiciens répugnants vont recracher, quand ils verront ma performance. »
Cela coupait tous les ponts qu'il avait entre lui et la coalition au pouvoir, mais Ves s'en moquait. Il s'était acheté un peu de temps. Selon Gavin et Calsie, sa performance devrait définitivement mettre un terme au projet de réforme fiscale.
Un jour plus tard, un convoi lourdement armé escorté par deux Méchas aériens atterrit dans une zone bouclée du spatioport. Plusieurs agents de sécurité accompagnés de nombreux robots surveillaient attentivement les alentours.
L'une des navettes centrales ouvrit sa trappe, permettant à Ves, Melkor et Lucky de sortir. Il se tourna vers un garde, et hocha la tête. « Merci de nous avoir conduits. »
Ves se tourna de l'autre côté du terrain et se dirigea vers la corvette garée. Le Barracuda avait retrouvé sa gloire d'antan, après avoir été réparé. Ses propulseurs arrière semblaient aussi impeccables que le jour où il en était devenu propriétaire.
Il rencontra également l'équipage du Barracuda pour la première fois. Un groupe de 5 femmes magnifiques s'offrit à ses yeux. Même Melkor s'arrêta un instant, après les avoir vues ensemble. Même vêtues d'un uniforme bleu informe avec le logo du LMI sur leur manche, elles ressemblaient toujours à des anges.
« Bonjour. » dit Ves maladroitement. « Je suis votre nouveau patron. »
« Nous savons qui vous êtes. » répondit une rousse portant le seul chapeau. « Capitaine Amber Silvestra, à votre service. »
« Ingénieure de première classe Ushra Jacobson, à votre service. » dit une femme à la peau mate.
« Pilote de première classe Miranda Pham, à votre service. »
« Officier de sécurité du navire Angie Sipos, à votre service. »
« Spécialiste spatiale Jenn Malcom-Stahl, à votre service. »
La façon dont elles prononçaient “à votre service” révélait qu'elles avaient reçu une formation approfondie. Ves pouvait dire qu'elles avaient l'habitude de prononcer ces mêmes mots avec des voix charmantes et des sourires séduisants.
Aujourd'hui, aucune de ces femmes ne se comportait autrement qu'en professionnelle. Ves avait déjà obtenu des informations de Marcella.
De toute évidence, ces femmes travaillaient pour une société qui exploitait des yachts de luxe. Outre leurs tâches habituelles, consistant à maintenir les navires à flot, elles choyaient également leurs clients. Une grave chute de fortune de cette société peu scrupuleuse les avait contraintes à licencier la moitié de leurs employés, dont ce groupe soudé de femmes hautement qualifiées.
Ves pouvait s'estimer chanceux de les avoir recrutés sans faire trop de concessions. Leur salaire mensuel total ne s'élevait qu'à 35 000 crédits, plus quelques primes de risque supplémentaires. Il dépensait beaucoup plus d'argent pour maintenir le Barracuda en parfait état.
Le capitaine Silvestra lui laissa suffisamment de temps pour observer son nouvel équipage, avant de reprendre la parole. « Pour être honnêtes, monsieur, nous nous attendons à être traités avec respect. Les lois en vigueur en matière d'emploi nous donnent le droit de refuser tout ordre illégal ou inapproprié. »
« Je n'ai aucune arrière-pensée. » répondit Ves d'un air penaud, en levant les mains. Toute la confiance qu'il avait affichée lors de la conférence de presse avait disparu. « La seule chose que j'attends de vous, c'est que vous pilotiez le Barracuda. »
« Votre corvette est un vaisseau extraordinaire. Elle est entre de bonnes mains. Vous pouvez monter à bord. »
Alors qu'ils franchissaient la trappe, Silvestra fit le point sur l'état du vaisseau. Ves comprit à peine ce qu’elle disait. Néanmoins, ils étaient bien approvisionnés et prêts pour un voyage qui pourrait les emmener loin de l'espace civilisé.
« Quelle est notre situation, en matière de carburant ? » demanda-t-il, une fois qu'ils furent dans le couloir central. L'équipage se dispersa vers ses postes.
« Nous avons fait le plein de carburant. Notre amie commune Marcella a mis en place un canal que nous pouvons utiliser pour nous en procurer en quantité limitée. Ce n'est pas tout à fait légal, alors n'en parlez pas autour de vous. »
Il acquiesça, laissant son étrange équipage faire son travail.
Le capitaine Silvestra prit place dans le siège du capitaine, tandis que Ves et Melkor s'assirent dans les sièges d'observateurs. Ils s'attachèrent, au cas où le voyage serait mouvementé.
« Ai-je la permission de décoller ? »
« Allez-y, capitaine. »
Sous le contrôle expert de leur pilote Miranda, la corvette rétracta son train d'atterrissage et s'éleva lentement en orbite. Le vaisseau bien construit ne trembla pratiquement, pas tandis que ses propulseurs travaillaient d'arrache-pied pour échapper au puits gravitationnel de Cumulonimbia. Un vaisseau plus grand aurait pu avoir du mal à accomplir une telle tâche, dans des conditions de gravité normales, mais la petite corvette élégante disposait d'une poussée suffisante.
« Nous avons atteint l'orbite, monsieur. Vos ordres ? »
« Mettez le cap sur le port indépendant de Mancroft. Nous devons y être dans 18 jours. »
Silvestra tourna son siège pour regarder Ves. « Souhaitez-vous économiser du carburant ? Nous pouvons économiser jusqu'à 30% de notre consommation de carburant si nous effectuons des sauts courts mais fréquents, mais notre moteur PRL s'usera également plus rapidement. »
Ves prit une minute pour réfléchir à la question. Auparavant, il lui suffisait de régler le pilote automatique, laissant le vaisseau prendre toutes les décisions. « Je ne suis pas un expert, je m'en remets donc à votre jugement. Cependant, je ne peux pas arriver en retard, je pense donc qu'il vaut mieux jouer la carte de la sécurité. »
« Très bien, monsieur. »
Le capitaine Silvestra se retourna pour demander à Miranda de tracer une route vers Mancroft. La pilote avait également suivi une formation de navigatrice, elle traça donc avec expertise une série de transitions PRL qui les conduisaient à travers des systèmes stellaires sûrs et bien connus. Malheureusement, plus ils se rapprochaient de Mancroft, moins ils trouvaient de colonies.
« Les régions frontalières sont très chaotiques. Des pirates et des pillards extraterrestres apparaissent fréquemment dans cette partie de l'espace. »
« À ce point-là ? » répondit Ves en fronçant les sourcils. « Je pensais que l'Alliance de la Flotte Commune était censée contrôler la frontière. »
La capitaine et la pilote le regardèrent comme s'il était idiot. « L'espace est vaste. Incroyablement vaste. Pour faire simple, c'est un espace gigantesque qui ne contient pratiquement rien. Aucune flotte ne peut intercepter une incursion. »
« J'ai entendu dire que l’AFC possédait des capteurs capables de détecter toute transition PRL à travers plusieurs années-lumière d'espace. »
« Même s'ils sont capables de les détecter, ils n'ont pas les effectifs nécessaires pour poursuivre chaque sonde. Ils ne mobilisent que quelques navires de guerre s'ils détectent un signal suffisamment puissant. La poignée de corvettes et de frégates qui traversent régulièrement la frontière le font pratiquement en toute impunité. »
Il s’avérait que la flotte affectée au secteur stellaire de Komodo possédait beaucoup moins de navires de guerre opérationnels que ne le suggérait toujours leur propagande. Elle ne pouvait rivaliser avec les flottes principales stationnées au centre de la galaxie.
« En résumé, nous courons constamment le risque de rencontrer quelque chose de dangereux. »
« C'est exact, monsieur. Cependant, le Barracuda est l'une des corvettes les plus rapides de ce secteur. Nous pouvons échapper à toute menace tant que nous ne suivons pas une trajectoire prévisible. »
Ves acquiesça tristement. Il s'était déjà retrouvé dans une embuscade tendue par des pirates.