Chapitre 1 624
Le prix exorbitant d’un billet de transcendance ramena la plupart des gens à la réalité.
En vérité, la grande majorité des humains ne pourrait jamais réunir assez de crédits ou de mérites pour s’offrir un billet de transcendance !
Le meilleur espoir de la plupart des gens ordinaires était d’intégrer l’équipage d’une flotte appartenant à quelqu’un qui disposait d’assez de mérites.
Mais était-il facile d’intégrer un tel équipage ? Ces personnalités éminentes possédaient déjà leur propre base de pouvoir ! Même s’il leur manquait du personnel, elles n’engageraient que les meilleurs !
Vu le nombre de gens qui voulaient prendre part à l’aventure, elles n’auraient probablement même pas besoin de verser de salaire ! Les candidats paieraient pour obtenir une place à bord !
Certes, ceux qui échangeaient leurs mérites contre des billets de transcendance pour une flotte semblaient devoir payer le prix fort, mais ils en retiraient aussi de nombreux avantages.
Toute personnalité notable qui réglait au moins dix pour cent du prix d’un billet de transcendance obtenait le statut de pionnier galactique !
Chacun des pionniers galactiques bénéficiait de nombreux droits et privilèges accordés par les Deux Grands !
Le plus important était que, tant qu’ils voyageaient dans l’espace frontalier, les pionniers galactiques avaient le droit de diriger leurs flottes comme des souverains !
De plus, ils ne perdaient pas tous leurs pouvoirs souverains lorsqu’ils pénétraient sur un territoire revendiqué par d’autres groupes.
Bien sûr, cette condition particulière ne s’appliquait que dans l’Océan Rouge, et pour quelques siècles seulement.
C’était toutefois suffisant pour enthousiasmer tous les aspirants pionniers galactiques !
À l’instar de la distinction entre paysan spatial et citoyen galactique, les Deux Grands voulaient instaurer une autre séparation entre ceux qui leur apportaient une contribution et ceux qui se contentaient de vivre aux crochets de leurs supérieurs.
En gros, seuls les pionniers galactiques obtenaient le droit de commercer et d’interagir avec l’Association du Commerce des Méchas ! Les autres devaient se contenter de groupes et d’organisations de moindre envergure.
Dans un espace frontalier où la loi et l’ordre étaient rares, c’était un lourd handicap !
« Dans la Galaxie naine de l’Océan Rouge, seuls les pionniers galactiques ont leur mot à dire ! » déclara Ves après avoir assimilé les règles. « Tous les autres sont des colons spatiaux ! »
Ce n’était, au fond, qu’une jolie façon de désigner un paysan spatial !
La seule différence, ici, était que même le citoyen galactique le plus éminent resterait un simple colon spatial s’il ne payait pas une somme considérable en mérites !
Les Deux Grands se moquaient de la lignée ou des exploits passés de chacun. Seuls les avantages concrets les intéressaient !
Quiconque voulait obtenir le prestigieux statut de pionnier galactique devait se saigner à blanc !
Gloriana parut déçue. « Ce serait très désavantageux pour nous de nous greffer à une flotte d’expédition. Je ne veux pas être une coloniale spatiale ! Dans l’Océan Rouge, nous ne vaudrions pas mieux que des serfs ! »
Intérieurement, Ves poussa un soupir de soulagement. Il avait craint que Gloriana veuille embarquer comme passagère sur une flotte d’expédition organisée par l’Hégémonie Hexadrique !
Rien que l’idée de dépendre des Hexers lui glaçait le sang !
Il devait préserver son indépendance à tout prix !
Devenir pionnier galactique était de loin le meilleur moyen de reprendre en main son propre destin !
La République Lumineuse n’existait pas dans l’Océan Rouge. L’Hégémonie Hexadrique non plus.
Il était certain que les deux États pourraient unir leurs efforts pour organiser au moins une flotte d’expédition et fonder de nouvelles colonies.
Mais qu’est-ce que cela avait à voir avec Ves ? S’il pouvait réunir seul le nombre de mérites nécessaire, mieux valait se défaire de ses liens actuels et suivre sa propre voie !
En discutant de ses aspirations avec Gloriana, Ves découvrit qu’elle partageait son opinion.
Elle ne voyait pas forcément d’inconvénient à fréquenter des Hexers, mais elle détestait le statut inférieur de coloniale spatiale !
Tant que le statut de pionnière galactique restait à sa portée, Gloriana voulait tout faire pour l’obtenir !
Ves appréciait parfois que Gloriana soit aussi ambitieuse.
Restait à savoir si tous deux pouvaient réunir les mérites nécessaires. Le statut de seconde classe de Gloriana et les ambitions de Ves faisaient d’un billet de transcendance pour une flotte de seconde classe le choix le plus judicieux.
Tous les humains désireux de devenir pionniers galactiques commencèrent à consulter les pages qui répertoriaient les nombreuses façons d’obtenir des mérites auprès de l’ACF ou de l’Association du Commerce des Méchas.
Ves ne prit pas la peine de chercher comment obtenir des mérites auprès de l’ACF.
En tant que concepteur de méchas, il n’avait pas d’autre choix que de traiter avec l’Association du Commerce des Méchas !
Ves connaissait déjà plusieurs moyens d’obtenir des mérites, mais en prenant le temps de parcourir la liste, il en découvrit bien d’autres, tout aussi intéressants, qui permettaient de contribuer à l’Association du Commerce des Méchas.
L’organisation avait même ouvert de nombreuses possibilités aux personnes étrangères au milieu des méchas, afin qu’elles puissent obtenir beaucoup de mérites !
« Tout ce qui profite à l’Association du Commerce des Méchas permet d’obtenir des mérites, résuma Ves. Je pense qu’elle va accumuler une fortune et en tirer de nombreux avantages au cours du prochain siècle ! »
Le prix des billets de transcendance était si élevé qu’on n’y pouvait rien. Il fallait contribuer autant que possible pour participer à la grande ruée vers la phasewater !
Pour peu que les pionniers galactiques arrivent assez tôt, ils pourraient très probablement récupérer rapidement leur mise de départ ! Toute phasewater obtenue après le remboursement de leurs dettes serait du pur bénéfice !
À cet égard, les tarifs de l’Association du Commerce des Méchas étaient tout à fait raisonnables.
« C’est trop difficile d’accumuler des millions de mérites. Ils ne sont pas transférables. On ne peut les dépenser directement qu’auprès de l’Association du Commerce des Méchas. »
Le mérite récompensait une contribution. À la différence d’une monnaie comme le crédit de l’Association du Commerce des Méchas, un groupe de personnes ne pouvait pas mettre ses mérites en commun.
Sans cette règle, un million de personnes auraient facilement trouvé le moyen d’obtenir chacune un mérite auprès de l’Association du Commerce des Méchas, puis de les transférer à quelqu’un qui n’aurait pas levé le petit doigt !
Ce serait bien trop facile !
En somme, l’Association du Commerce des Méchas ne tenait pas à accorder le statut de pionnier galactique à de bons à rien gâtés qui dépensaient sans compter. Seules les personnes assez compétentes et brillantes pour apporter une contribution substantielle à l’organisation étaient reconnues !
Ves comprit que c’était une façon détournée de réserver les places aux plus fervents soutiens de l’Association du Commerce des Méchas. L’organisation gagnerait ainsi beaucoup d’influence sur l’Océan Rouge !
Les restrictions entourant les mérites empêchaient également trop de groupes d’affluer dans l’Océan Rouge.
Aussi vaste qu’une galaxie puisse paraître, l’Océan Rouge n’était qu’un satellite plus petit de la Voie lactée.
La première ne représentait que 1,56 % de la taille de la seconde !
Si n’importe qui pouvait rejoindre l’Océan Rouge, le chaos et les conflits internes se multiplieraient, au détriment du conflit plus vaste contre les extraterrestres !
En tant que Concepteurs compagnons, ils avaient l’impression que les chances d’accumuler assez de mérites pour s’offrir un billet de transcendance de flotte de seconde classe étaient infimes.
Mais Gloriana n’était pas du genre à baisser les bras facilement, et Ves se savait différent des autres !
Ni l’un ni l’autre ne reculèrent devant ce défi !
Ils étudièrent attentivement la liste.
« Participer à la lutte contre les extraterrestres est un bon moyen d’obtenir des mérites ! » découvrit Ves.
Gloriana secoua aussitôt la tête. « Ne t’emballe pas avant d’avoir consulté les récompenses. Pour les Deux Grands, la Guerre des Sables est un conflit de faible envergure. Même si nous avons grandement contribué à l’effort de guerre en vendant beaucoup de méchas Soldat, nous n’avons pas gagné tant de mérites que ça. »
Ves et Gloriana consultèrent tous deux leurs comptes personnels auprès de l’Association du Commerce des Méchas.
Jusque-là, il n’y avait jamais prêté attention, car il ne voulait pas trop s’empêtrer dans les affaires de l’organisation. Pourtant, il avait déjà gagné de nombreux mérites grâce à diverses actions.
Par exemple, son accession au rang de Concepteur compagnon et le fait d’avoir provoqué l’ACF lui avaient déjà rapporté quelques mérites !
Ce dernier point le surprit particulièrement ! L’Association du Commerce des Méchas ne lui avait accordé que mille mérites pour avoir attaqué un cuirassé de l’ACF, mais il trouvait extrêmement drôle que de telles frasques soient prises en compte !
« Ah ah ah ! » Il éclata de rire. « L’Association du Commerce des Méchas encourage vraiment les gens à s’en prendre à l’ACF ! »
Gloriana haussa les épaules. « Les deux ne s’apprécient pas vraiment. Ils ne coopèrent que parce qu’ils n’ont guère le choix. »
Ce qui désespéra Ves, c’était que ses contributions à la Guerre des Sables ne lui avaient rapporté que dix mille mérites. Gloriana en avait gagné un peu moins, puisqu’elle n’avait fait que contribuer à leurs récents projets de conception.
À sa grande surprise, Gloriana avait tout de même accumulé un peu plus de mérites au total, grâce à de modestes contributions passées à l’Association du Commerce des Méchas.
« Je les ai obtenus pendant les quelques années que j’ai passées à Centerpoint, expliqua-t-elle. L’Association du Commerce des Méchas y propose de nombreuses missions, mais la plupart ne rapportent pas beaucoup de mérites. Ce ne serait pas la peine d’y retourner. »
En revenant à la liste des moyens d’obtenir des mérites, Ves remarqua un autre élément. « Nous pouvons aussi en gagner en construisant des méchas chefs-d’œuvre ! »
L’Association du Commerce des Méchas récompensait l’excellence en conception de méchas. Elle accordait une somme fixe de mérites à quiconque construisait un mécha chef-d’œuvre.
Ce qui intéressait vraiment Ves et Gloriana, c’était que l’Association du Commerce des Méchas multipliait cette récompense par cent lorsqu’elle recevait un mécha chef-d’œuvre immaculé !
Personne ne savait exactement ce que l’Association du Commerce des Méchas comptait faire de ces méchas chefs-d’œuvre. Tout ce qui importait à Ves, c’était qu’il était extrêmement rentable d’en construire pour elle !
Malheureusement, la récompense variait selon la classe et la puissance individuelle du mécha chef-d’œuvre. La remise d’un mécha chef-d’œuvre de troisième classe rapportait jusqu’à dix mille mérites, tandis qu’un mécha de seconde classe pouvait valoir jusqu’à un million de mérites si sa conception était assez réussie !
Ves devrait construire au moins cent méchas chefs-d’œuvre de seconde classe pour obtenir assez de mérites et s’offrir un billet de transcendance adapté !
« C’est beaucoup trop ! Impossible d’en construire autant en une dizaine d’années ! »
En dehors de cette possibilité, il ne leur restait aucun autre moyen facile d’obtenir des mérites. Heureusement, le million de mérites par mécha chef-d’œuvre de seconde classe n’était qu’une estimation. Ils pourraient facilement en gagner plusieurs fois plus en concevant un mécha de seconde classe plus performant.
Les méchas chefs-d’œuvre les plus rentables qu’ils pourraient soumettre seraient donc des méchas experts, ou d’un rang supérieur !
Il leur suffirait d’en concevoir quelques-uns pour obtenir cent millions de mérites !
Bien sûr, Ves rejeta aussitôt cette idée saugrenue. À son niveau actuel, il n’était même pas qualifié pour participer à la conception d’un mécha expert.
Malgré tout, Ves et Gloriana entrevirent un espoir pour l’avenir. S’ils déployaient beaucoup d’efforts pour augmenter leurs chances de créer un mécha chef-d’œuvre, ils pourraient peut-être obtenir par eux-mêmes le statut de pionniers galactiques !
« Ce ne sera pas facile de contribuer autant à l’Association du Commerce des Méchas, mais je crois que nous pouvons y arriver ! » déclara Gloriana avec assurance.
« Je suis d’accord. Essayons de faire de notre mieux au cours de la prochaine dizaine d’années. D’ici là, notre situation pourrait avoir complètement changé ! »
Ves savait que cela ne suffirait pas. L’Association du Commerce des Méchas avait placé la barre haut, car elle voulait les meilleurs. La galaxie comptait tant d’habitants qu’il fallait imposer des conditions draconiennes pour limiter le nombre de pionniers galactiques.
Pourtant, Ves pensait avoir bien plus de chances que la plupart des autres. Ses divers avantages et ses progrès fulgurants lui garantissaient une bien meilleure position que celle de la plupart des Concepteurs compagnons et des Seniors !
L’un des meilleurs moyens d’améliorer sa situation était peut-être d’approfondir ses liens avec les Gardiens de la Bordure.
Bien que la Fraternité des Gardiens de la Bordure ne soit qu’une faction au sein de l’Association du Commerce des Méchas, elle devait offrir de nombreux moyens d’aider ceux qu’elle favorisait.
Ves avait déjà compris que seuls les étrangers et les gens de l’extérieur devaient payer le prix fort pour obtenir un billet de transcendance !
Il aurait été stupide de ne pas chercher à se faire bien voir de certains membres de l’Association du Commerce des Méchas !