Chapitre 1 582
Depuis qu’il avait reçu le Système de Conception de Méchas, Ves n’avait cessé de s’émerveiller de tout ce qu’il était capable de faire. Il pouvait matérialiser des objets à partir de rien, intégrer une grande quantité de connaissances dans son esprit, transporter sa conscience dans le passé, et bien plus encore.
Pourtant, une question le hantait toujours, au fond de son esprit.
Où le Système trouvait-il toutes les ressources et toute l’énergie nécessaires pour accomplir ces prodiges qui défiaient les lois de la réalité ?
Aussi paranoïaque que fût Ves, il n’avait jamais tenu le Système pour acquis. Plus celui-ci déployait ses merveilles, plus il se méfiait du prix qu’il aurait à payer.
« Rien n’est gratuit. Même le Système n’échappe pas à cette règle. »
À présent, la vérité éclatait au grand jour.
Que le Système ait toujours eu l’intention de mettre fin à sa prétendue « période d’initiation » dès que l’un de ses modèles lui rapporterait 1 000 000 de PC ou non, tôt ou tard, Ves aurait épuisé sa générosité.
Le Système en avait finalement assez de ses gains faciles et de ses dépenses extravagantes. Il s’avérait que les factures accumulées en utilisant le Système n’avaient jamais été annulées. Celui-ci avait seulement reporté sa dette à plus tard.
Après avoir laissé éclater son dernier accès de colère, Ves cessa de cogner son communicateur contre la cuvette des toilettes et entreprit de digérer ce qu’il venait d’apprendre.
« Je ne pourrai plus gagner autant de PC qu’avant. Beaucoup d’offres sont aussi devenues plus chères. »
Il lui était impossible de conserver le même niveau d’avantages à ce stade. Il ne retrouverait une telle prospérité que lorsqu’il serait devenu Senior ou Maître et aurait acquis une maîtrise exceptionnelle de la conception de méchas.
Ves avait toujours considéré les points de conception comme une monnaie fantaisiste. Le Système n’avait jamais expliqué ce qu’ils représentaient ni pourquoi ses accomplissements en augmentaient le nombre. Il s’avérait que le volume des ventes de ses produits n’avait pas autant d’importance qu’il le croyait.
À tout le moins, le Système accordait bien plus d’importance à la création de nouveaux modèles de méchas qu’aux bénéfices tirés de ceux qui existaient déjà.
Résultat : Ves ne pouvait plus compter sur la conception d’un seul mécha extrêmement populaire, comme le Soldat désolé, puis se tourner les pouces pendant dix ans, tandis que les PC continuaient d’affluer à mesure que les ventes augmentaient.
« Ça met aussi fin aux bénéfices que je tirais de la vente de méchas virtuels », marmonna-t-il.
La vente de méchas virtuels avait toujours été une source considérable de PC pour Ves. Même si le Système plafonnait les gains à 250 000 PC pour les modèles de méchas à jour, cela représentait tout de même une belle prime !
Les changements radicaux apportés au système de rémunération du Système signifiaient que Ves devrait continuer à concevoir des méchas, quels que soient ses succès commerciaux.
Une transition aussi brutale ne semblait pas tout à fait injustifiée.
Les concepteurs de méchas de bas rang étaient surtout obsédés par l’argent nécessaire au financement de leur carrière. Quelles que fussent leurs capacités, s’ils n’arrivaient pas à gagner d’argent, ils pouvaient oublier toute progression !
Les concepteurs de méchas de haut rang n’avaient plus ces soucis. N’importe quel mécha conçu à la légère par l’un d’eux était assuré de se vendre. Les Concepteurs compagnons et les Seniors tenaient encore à leurs revenus, mais leur progression leur importait davantage.
Les changements du Système reflétaient directement cette évolution des priorités. En incitant Ves à continuer de concevoir des méchas, il l’encourageait indirectement à rester sur la bonne voie.
« Ça veut aussi dire que je ne devrais pas perdre trop de temps à concevoir des variantes. »
La conception de variantes pouvait améliorer ses ventes et ses résultats commerciaux, mais ne lui rapportait ni beaucoup d’expérience en conception ni beaucoup de PC. Seuls les modèles originaux lui donnaient l’impression de progresser le plus dans l’élaboration de sa philosophie de conception.
À présent, s’il interprétait correctement le Système, ils étaient aussi devenus sa principale source de PC.
« De toute façon, j’avais bien l’intention de concevoir beaucoup de méchas, grommela-t-il. Tu craignais que je cesse de travailler avec autant d’assiduité parce que je voulais attendre le lancement de la prochaine génération de méchas ? »
En consacrant tous ses efforts à la conception de modèles originaux, Ves aurait pu en créer davantage en autant de temps. Pourtant, il ne regrettait pas la façon dont il avait employé son temps ces dernières années.
Il avait vécu tant de choses et appris beaucoup au fil de ses diverses aventures et expériences.
Par exemple, jamais Ves n’aurait développé un répertoire aussi vaste de techniques spirituelles sans l’inspiration que lui avaient apportée les circonstances.
« Enfin, peu importe. C’est fait, c’est fait. Je ne peux que m’accommoder de cette nouvelle réalité. »
Le principal problème de sa relation avec le Système, c’était qu’il ne disposait d’aucun moyen de pression. Il était entièrement à la merci des caprices du Système.
La seule raison pour laquelle celui-ci n’avait peut-être pas encore abusé de lui, c’était le pouvoir dissuasif de sa mère.
« Elle a forcément un moyen de pression sur lui, ou elle l’a trafiqué d’une manière ou d’une autre », supposa-t-il.
À part cela, Ves remarqua que le Système ne cessait de lui rappeler ses Missions d’approvisionnement, en suspens depuis longtemps.
À vrai dire, il les avait presque complètement oubliées. Si le Système lui en rappelait l’existence, c’était qu’il tenait absolument à absorber ces exotiques exceptionnellement rares !
« On dirait que je ne peux pas tirer grand-chose de toi sans apaiser ta faim. C’est bien ce que tu essaies de me dire, Système ? »
Ves avait une dette envers le Système, tout simplement. En concepteur de méchas juste, honnête et droit, il n’était pas foncièrement opposé à l’idée de rembourser ce qu’il devait.
« C’est juste que tu en demandes beaucoup. Je n’ai toujours rien appris sur les matériaux dont tu as parlé dans tes Missions d’approvisionnement, et je suis loin de les avoir en ma possession ! »
Pour être honnête, il ne s’était pas donné beaucoup de mal pour les chercher. Il n’avait même pas demandé à Gloriana de l’aider à retrouver les matériaux requis.
Il redoutait profondément que si le Pacte des Cinq Parchemins mettait la main sur cette liste, il ne comprenne aussitôt qu’il détenait leur Parchemin de Métal perdu depuis si longtemps, ou quelque chose du genre !
« Peut-être qu’être trop prudent n’est pas une bonne chose. » Il croisa les bras et se redressa sur les toilettes. « Je ne sais pas quelles autres surprises le Système me réserve si je continue à repousser ces Missions d’approvisionnement. »
Un dernier détail des changements lui revint à l’esprit. Peut-être avait-il entendu ses pensées et ses divagations, car son statut d’utilisateur agréé lui donnait désormais le droit d’autoriser d’autres personnes à accéder au Système.
Il ignorait comment cela fonctionnerait exactement. Faudrait-il qu’elles passent chaque fois par Ves pour accéder à son interface ? Recevraient-elles leur propre communicateur du Système ?
Quoi qu’il en soit, l’apparition de la Gestion des accès signifiait que le Système approuvait tacitement son intention d’en faire profiter d’autres personnes. Seule condition : Ves devrait payer toutes leurs dépenses en PC.
« Tout repose sur les PC ! Sans PC, cette fonction ne sert à rien ! »
Il ne put s’empêcher de remarquer qu’il avait accumulé un peu plus de 1 000 000 de PC. Juste assez pour échanger cette somme contre le droit d’accorder l’accès à une seule personne.
« Quelle coïncidence ! » fit Ves avec un reniflement dédaigneux.
Combien d’énergie et de ressources le Système dépensait-il pour donner accès à un autre utilisateur ? Sans doute pas grand-chose. Cela signifiait que le Système s’enrichissait considérablement chaque fois que Ves lui présentait un nouvel utilisateur invité !
Devoir payer aussi cher lui paraissait particulièrement scandaleux, puisque les invités profiteraient du Système à ses frais !
Plus il en présenterait, plus la charge totale de ses dépenses augmenterait.
Heureusement, Ves n’avait jamais eu l’intention d’accorder l’accès au Système à trop de monde. Tout au plus envisageait-il d’en faire profiter Gloriana et, peut-être, leurs héritiers. Cela ne représenterait pas tant de personnes.
Et quant à donner accès à des invités extérieurs à sa famille proche ?
« Hahaha ! » s’esclaffa-t-il. « Jamais je ne ferais une chose aussi stupide ! »
Après avoir pesé toutes les implications, Ves réfléchit à ce que cela signifiait pour lui. Comment devrait-il utiliser le Système, à l’avenir ?
« Je vais continuer à m’en servir avec modération, comme je l’ai toujours fait. »
Il finit par comprendre que, même si le Système limitait ses dépenses, cela ne changerait pas grand-chose à sa trajectoire actuelle. À son niveau, les Compétences et les Objets ordinaires ne l’attiraient plus autant, même s’ils pouvaient encore servir à d’éventuels utilisateurs invités.
Ce que Ves appréciait vraiment dans le Système, à présent, c’était la possibilité d’obtenir des objets rares et précieux.
La copie de l’Amastendira était l’un des objets extraordinaires qu’il avait obtenus grâce au Système. L’Élixir du Grand Dynamo, remporté après avoir échangé un billet de loterie radieuse, avait lui aussi changé sa vie !
Le Système continuait aussi de lui proposer toutes sortes de petits objets précieux, comme les bonbons d’attributs, qu’il pouvait échanger pour renforcer son entourage. Faciles à utiliser et sans effets secondaires, ils étaient bien préférables à tout traitement de modification génétique !
Ces avantages fantastiques dépassaient de loin tout ce qu’il pouvait obtenir par lui-même. Pour cette raison, Ves avait toujours besoin du Système, malgré ses réserves quant à ses origines et ses motivations.
« Je n’ai vraiment besoin de rien du Système pour le moment. Je devrais le laisser tranquille. Je ne suis pas non plus pressé d’accorder à Gloriana le droit d’accès en tant qu’invitée. »
Il ne savait toujours pas si sa relation avec Gloriana fonctionnerait. Même si elle semblait tout à fait disposée à s’engager auprès de lui, sa famille pouvait s’y opposer.
Il ne serait prêt à reconsidérer sa décision qu’après avoir obtenu l’approbation de la Dynastie Wodin.
« J’en ai assez de rester assis ici. Je ferais mieux de me préparer pour le travail. »
Après s’être rafraîchi, Ves retrouva Gloriana en bas pour le petit-déjeuner.
Tandis qu’ils savouraient leurs repas copieux, Gloriana remarqua rapidement que quelque chose avait changé chez son petit ami.
« Qu’est-ce qui ne va pas, Ves ? Tu as l’air épuisé, aujourd’hui. Tu as bien dormi ? »
Ves sirota son café et soupira. « Ce n’est rien. »
« Vu ton état, ça n’a pas l’air d’être rien. »
« À vrai dire, il s’est produit un changement qui ne me plaît pas tout à fait. Je ne peux pas vraiment te l’expliquer pour le moment. »
Elle s’inquiéta aussitôt davantage. « C’est lié à ta philosophie de conception ? »
« Tu n’as pas à t’en faire. » Ves sourit pour la rassurer. « Je suis toujours aussi doué qu’avant pour concevoir des méchas. C’est juste que certains de mes projets d’avenir vont devoir être ajustés. »
« D’accord. »
Tandis qu’ils continuaient à prendre leur petit-déjeuner, une idée lui vint soudain à l’esprit.
L’une des limites imposées par le Système était un plafond au nombre de Compétences qu’il pouvait échanger dans l’Arbre des compétences.
À présent, il avait tout simplement acquis trop de Compétences. Le Système l’empêchait purement et simplement d’en obtenir davantage.
Heureusement, il lui avait aussi indiqué deux façons d’augmenter ce plafond.
La première consistait à accomplir une Mission d’approvisionnement.
L’autre, à accroître son Intelligence.
En se rappelant la raison pour laquelle Gloriana affichait un score d’Intelligence insensé de 2,4, Ves commença à s’intéresser tout autrement aux implants crâniens.
S’il parvenait à porter son Intelligence au niveau de celle de Gloriana, il pourrait probablement compenser son excès de Compétences ! Il pourrait même se ménager un peu de marge pour en acquérir d’autres !
C’était très important pour Ves, car nombre des Compétences et Sous-compétences proposées par le Système étaient extrêmement rares et difficiles à obtenir par les voies habituelles.
De plus, certaines connaissances ne s’acquéraient qu’avec la pratique et l’expérience. Ves avait bien du mal à les apprendre dans un manuel.
S’il parvenait à trouver un moyen d’installer un implant dans son crâne sans risque et en toute sécurité, sa capacité à absorber les connaissances du Système serait sans doute considérablement renforcée !
L’Archimedes Rubal qu’il avait obtenu à bord du Starlight Megalodon semblait particulièrement adapté à cet usage ! Il manquait de polyvalence, mais excellait dans le stockage de grandes quantités de données !
« Gloriana ? »
« Oui, chéri ? »
« Tu connaîtrais par hasard un expert en biotechnologie digne de confiance et doué pour la pose d’implants crâniens ? »