Chapitre 1 559
Il décida de s’isoler quelque temps pour extraire une particule d’énergie spirituelle plus importante que la moyenne et procéder à un affinage spirituel.
Grâce aux méthodes qu’il avait mises au point auparavant, il en détacha les attributs spirituels dont il ne voulait pas et les élimina.
Ves s’appliqua autant que possible et s’attacha surtout à supprimer les étranges attributs extraterrestres qu’il ne parvenait pas à identifier. Même s’il se moquait de ce que deviendrait William après avoir été contaminé, il valait mieux éviter que le pilote de mécha se mette à parler une langue extraterrestre ou à vénérer un dieu alien.
« Je ne peux tout de même pas aller trop loin. William doit rester un être humain fonctionnel. »
Ves procéda donc avec un soin relatif à cet affinage rudimentaire. Il continua de découper les parties indésirables de la particule jusqu’à ce qu’il ne lui en reste qu’une fraction de son essence.
Pourtant, même ce minuscule fragment suffisait à submerger le potentiel spirituel de William.
Ves devait l’affaiblir ou en atténuer les effets d’une manière ou d’une autre. Après réflexion, il décida de l’entourer d’une barrière spirituelle.
Comme il avait créé une barrière souple autour du fragment spirituel de Zeigra pour moduler son aura, il fit de même avec la particule spirituelle de Nyxie.
Ainsi, il pourrait régler l’intensité de l’influence contaminante de la particule sur son environnement.
Ves ignorait si sa barrière spirituelle bloquait tout, mais il ne sentit plus grand-chose de menaçant une fois qu’elle se fut refermée autour de la particule.
« Ça devrait suffire. Sans doute. »
La barrière spirituelle faisait également office de cellule, isolant la particule de toute attaque contre la spiritualité de William ou de toute influence directe sur celle-ci.
Ves voulait obtenir une contamination progressive et contrôlable. Une fusion ou une collision brutale comportait bien trop de risques.
« Voilà. » Il hocha la tête.
Il rangea les autres objets exotiques dans le coffre et conserva la particule spirituelle protégée dans son esprit.
Il avait beau craindre tout ce qui touchait à Nyxie, une minuscule particule spirituelle ne pouvait rien contre un compagnon de son niveau. Il était plus que sûr de pouvoir résister à la contamination d’une particule spirituelle partiellement purifiée.
Ves retourna au laboratoire et à l’atelier. Les quatre jeunes avaient déjà regagné leurs quartiers pour reprendre leurs études. Gloriana et Ketis examinaient toujours William.
Quand William sortit d’une machine, Ves ordonna à Nitaa de s’avancer pour le prendre en charge.
« Hé ! » Gloriana lui lança un regard noir. « Je n’en ai pas fini avec lui ! Pourquoi tu l’emmènes ?! »
« Hein ? » William trembla de peur. « De quel traitement parlez-vous, monsieur Larkinson ? »
« J’ai trouvé un moyen de traiter ton mal, William. » Ves adressa un sourire rassurant au pilote de mécha, puis se tourna vers Gloriana. « Mes préparatifs sont terminés. Je ne sais pas combien de temps ça prendra, mais quand j’aurai fini, il sera probablement métamorphosé. Tu ferais mieux de reprendre tes examens depuis le début à ce moment-là. »
« Ça ne dispense pas de faire des examens, Ves. Ne serait-ce que pour comparer les résultats et évaluer l’efficacité de ton traitement. On pourra aussi surveiller les éventuels effets secondaires. »
Ves ne pensait pas que la contamination de William lui ferait pousser une troisième jambe extraterrestre ou quoi que ce soit de ce genre, mais il reconnaissait que Gloriana n’avait pas tort.
Il avait beau privilégier l’efficacité, il ne devait pas se montrer trop imprudent alors qu’il s’apprêtait à tenter une opération spirituelle novatrice et risquée.
« Très bien. » Il hocha la tête. « Je te laisse William un jour de plus, mais pas davantage ! Les hommes-sables qui ont atteint la République Lumineuse sont de plus en plus nombreux. Je veux que William soit prêt à partir au combat d’ici quelques semaines. »
William poussa un cri étranglé. « Quoi ?! Tu m’envoies sur le front ?! S’il te plaît, non ! Ne fais pas ça ! Je ne veux pas mourir ! »
Personne ne prêta attention aux protestations du lâche.
Gloriana ayant insisté pour retarder le traitement, Ves décida d’en rester là pour la journée et quitta le laboratoire.
Il choisit de consacrer le reste de son temps à rattraper son retard. De retour dans son bureau au penthouse du siège, il appela Gavin pour prendre des nouvelles des ventes de ses derniers modèles de méchas.
« Nos Soldats désolés se vendent aussi vite que nous pouvons les produire », souligna Gavin avec un sourire. « En plus, beaucoup de fabricants tiers ont vu leur succès et nous ont proposé des contrats. »
« J’espère que la LMC ne s’est pas précipitée pour les signer. »
« Nous savons qu’il est essentiel de maintenir une qualité suffisante. Nous avons passé beaucoup de temps à vérifier les candidats pour nous assurer qu’ils pouvaient respecter nos normes. Jusqu’ici, seuls quelques mauvais éléments nous ont échappé. »
Ves examina les sommes déjà gagnées par la LMC et retint son souffle. Les droits de licence et les revenus des ventes représentaient ensemble un montant proprement ahurissant !
Ses Soldats désolés lui avaient déjà rapporté davantage de bénéfices que n’importe lequel de ses précédents modèles de mécha ! Leurs marges étaient moins impressionnantes que celles de ses anciens modèles haut de gamme, mais leur volume de ventes était colossal !
Peut-être que la véritable voie vers la domination du marché des méchas ne passait pas par le haut de gamme, mais par les modèles bon marché !
Alors que Ves souriait jusqu’aux oreilles en imaginant tous les bénéfices qu’il allait engranger, Gavin le tira doucement de sa rêverie.
« Tout n’est pas rose, Ves. » Gavin prit un air grave. « L’inflation augmente dans la République Lumineuse, comme dans tous les autres États touchés par l’invasion des hommes-sables. Le gouvernement et tout le monde dépensent leur argent comme si c’était leur dernière occasion de le faire !
Le crédit lumineux a déjà perdu dix pour cent de sa valeur au cours du mois dernier, et on prévoit qu’il en perdra vingt pour cent le mois prochain ! »
Ves faillit avoir une crise cardiaque en entendant ce chiffre ! « Qu’est-ce que ça signifie pour la LMC ? »
« Pour l’instant, notre politique consiste à ajuster constamment le prix de nos produits. Nous ne pouvons fixer les prix que des méchas que nous produisons nous-mêmes ou que ceux fabriqués sous contrat par des fabricants tiers ; nos tarifs restent donc relativement stables. Heureusement, tout le monde est déjà habitué aux hausses de prix fréquentes. »
Gavin et Ves discutèrent encore un moment des conséquences de l’inflation pour l’entreprise. Comme Ves l’avait déjà prévu, conserver une pile d’argent toujours plus grande était particulièrement stupide en ce moment.
Pendant toute la durée de l’invasion des hommes-sables, sa valeur baisserait de dix à vingt pour cent chaque mois. Certains mois, la chute pourrait être encore plus brutale !
La République Lumineuse méritait certes d’être félicitée d’avoir maintenu l’inflation sous contrôle, même au pire de la guerre entre la République Lumineuse et Vesia, mais la menace des hommes-sables était bien plus grave.
Mieux valait dépenser son argent maintenant plutôt que d’attendre qu’il soit trop tard pour changer quoi que ce soit !
« Dans un mois ou deux, nos Soldats désolés se vendront probablement vingt-cinq millions de crédits lumineux. Le mois suivant, ils en coûteront trente millions. Quand l’invasion des hommes-sables aura pris fin, il n’est pas impossible qu’un Soldat désolé se vende cent millions de crédits lumineux ! »
Les chiffres avaient beau grimper, la valeur réelle, elle, ne cessait de diminuer !
La même chose se produisait dans tous les autres États menacés par les hommes-sables. Toutes les monnaies locales perdaient rapidement de leur valeur, car chaque personne et chaque organisation disposant d’économies cherchait à convertir cet argent inutile en biens tangibles !
En ce moment, les méchas, et surtout les vaisseaux, étaient très demandés !
Un nombre considérable de civils réunissaient leurs économies pour commander des vaisseaux d’évacuation. Les chantiers navals privés tournaient à plein régime pour produire vaisseau après vaisseau, sans parvenir à satisfaire ne serait-ce qu’une petite partie de la demande !
La LMC avait de grands projets pour dépenser son énorme manne financière, et l’arrivée de l’inflation rendait tout le monde plus pressé encore. Même si leurs dépenses somptuaires contribuaient à la hausse de l’inflation, personne ne s’en souciait.
Si la République Lumineuse tombait, le crédit lumineux ne vaudrait plus rien ! Face à une telle catastrophe, même le gouvernement faisait tourner les presses à billets comme s’il n’y avait pas de lendemain !
« Je vois. » Ves soupira. « J’imagine qu’il n’y a qu’un certain nombre de choses sur lesquelles on peut dépenser en ce moment, pas vrai ? »
Gavin hocha la tête. « Beaucoup de biens et de services sont très demandés. Le prix de plusieurs matières premières essentielles à la production de nos méchas a augmenté bien plus vite que l’inflation. Ces métaux et ces produits exotiques ont de nombreuses applications, d’où la forte demande. »
« Ça veut dire qu’on va devoir augmenter le prix réel de nos deux modèles de mécha ? »
« Malheureusement, oui. »
Un silence pesant s’installa. L’un des principaux attraits de sa gamme des Soldats était son excellent rapport qualité-prix. Augmenter leur prix réel de dix ou vingt pour cent réduirait considérablement leur avantage.
Ves se consola en silence en se disant que les autres fabricants de méchas ne seraient pas épargnés. Selon la quantité de matériaux rares utilisée dans leurs conceptions, leurs prix pourraient grimper encore plus fortement.
« Laissons le service du marketing, des finances et de la comptabilité s’occuper des plans et des détails. » Ves finit par agiter la main. « Tant que notre entreprise survit, tout ira bien. »
Après avoir discuté de quelques affaires secondaires, Gavin aborda un sujet important.
« Le Ministère de la Défense nous a envoyé une lettre officielle. Tu devrais d’abord la lire. »
Ves prit la tablette de données de Gavin et parcourut le document au ton officiel. Ce que Leland lui avait annoncé s’était confirmé. Le Ministère de la Défense appréciait son modèle de Soldat désolé, mais jugeait que ses limites gênaient ses projets.
« Le Ministère de la Défense veut que je conçoive d’autres variantes de mon Soldat désolé », annonça Ves en reposant la tablette. « Tu as lu la lettre ? »
Gavin hocha la tête. « Je sais ce qu’elle dit. Je voudrais juste préciser que le Ministère de la Défense a formulé une demande. Même s’il serait malvenu de la rejeter, tu n’es pas obligé d’exaucer tous ses souhaits. Je pense qu’il comprendra si certaines variantes proposées posent problème. »
Leland lui avait déjà parlé des quatre variantes envisagées. Ves avait donc eu tout le temps de réfléchir à leurs mérites.
« Je pense que les quatre variantes pourraient être utiles », dit doucement Ves. « Aucune n’est inutile. C’est simplement que certaines demanderont plus de travail que d’autres. Le temps que Gloriana et moi consacrerons à leur conception m’empêchera de travailler sur un autre mécha original. »
« Malgré tout, le succès de ta conception du Soldat désolé exige pratiquement que tu en développes des variantes », rappela Gavin à Ves en évoquant les usages du secteur. « Quand on crée un succès, la stratégie habituelle consiste à en tirer tout ce qu’on peut. Nous pourrions gagner une part de marché bien plus importante en modifiant simplement quelques éléments du modèle de base. »
Tous deux comprenaient cette logique, mais Gavin n’était pas concepteur de méchas. Il considérait la décision d’un point de vue commercial, tandis que Ves devait aussi réfléchir aux conséquences pour sa progression.
Concevoir un mécha entièrement nouveau lui était bien plus gratifiant que de décliner une fois de plus un produit existant. Cela demandait bien moins d’efforts et de créativité ; Ves n’en tirerait presque rien, malgré le temps qu’il y consacrerait.
Le temps était précieux pour Ves. Il n’acceptait de le sacrifier que si cela lui rapportait davantage.
Et cette fois, c’était le cas.
« Quatre variantes », répéta Ves. Il reprit la tablette et fit défiler la liste des spécifications.
SOLDAT ORGUEILLEUX : VARIANTE DU SOLDAT DÉSOLÉ. DESTINÉ AUX UNITÉS ET AUX ORGANISATIONS IRRÉGULIÈRES.
SOLDAT MILITANT : VARIANTE DU SOLDAT DÉSOLÉ. RÉSERVÉ À L’ARMÉE.
SOLDAT DIGNE : VARIANTE DU SOLDAT DÉSOLÉ. VARIANTE D’ÉLITE RÉSERVÉE AUX FORCES ARMÉES DE HAUT NIVEAU.
SOLDAT PACIFIQUE : VARIANTE DU SOLDAT DÉSOLÉ. MÉCHA TERRESTRE DESTINÉ AU MAINTIEN DE L’ORDRE.
Ves ne fut pas surpris que le Ministère de la Défense veuille deux variantes militaires différentes. Après tout, il dirigeait le Corps des méchas.
Il ne fut pas surpris non plus qu’il ait ajouté une variante terrestre réservée aux opérations de police et de maintien de la paix. Ses Soldats désolés connaissaient déjà un grand succès auprès des gardes planétaires, mais leur conception spatiale en faisait de très mauvais combattants au sol.
La seule variante qui le laissa quelque peu perplexe était le Soldat orgueilleux.