Chapitre 1 552
Melkor toussota. « Joshua, ici présent, est un jeune diplômé de Meirling que j’ai recruté. »
« La célèbre académie supérieure de méchas de Bentheim ? » Ves détourna brièvement le regard du pitoyable pilote de mécha agenouillé.
Quelle scène étrange !
« Il ne nous a rejoints que depuis quelques semaines, alors il manque encore de finition. Mais ne te fie pas à ta première impression. Joshua est l’un des meilleurs diplômés de cette académie de méchas et a reçu de nombreuses offres intéressantes de différents régiments. Il aurait pu accepter une carrière accélérée au Corps des Méchas, mais il a jeté son dévolu sur les Avatars. »
Ce jeune pilote de mécha intéressait de plus en plus Ves.
« Redresse-toi, Joshua. Tu es un Avatar, pas un larbin. Aie un peu de fierté. »
« O-Oui, monsieur ! »
« Pourquoi as-tu choisi les Avatars ? »
« Je suis votre plus grand admirateur, monsieur ! Vous ne vous souvenez peut-être pas de moi, mais j’ai piloté l’un de vos premiers modèles virtuels, à l’époque où vous publiiez des méchas sous le nom de Chasing Clouds. J’ai grandi en pilotant le Séraphin, le Sang Neuf, la Vieille Âme et les deux versions du Marc Antony ! J’ai même piloté les versions virtuelles de vos tout premiers modèles de méchas ! Je les ai tous pilotés ! »
Ves parut quelque peu stupéfait. « Tu as piloté mes toutes premières créations ? »
« Je suis né et j’ai grandi au Rideau Nuageux, comme vous, monsieur. » Joshua sourit. « Vous ne vous souvenez peut-être pas de moi, mais vous m’avez même interviewé il y a très longtemps. »
Pas étonnant que Joshua ait manifesté tant d’enthousiasme en rencontrant Ves. En tant qu’enfant du Rideau Nuageux, ce jeune pilote de mécha avait probablement grandi en admirant Ves, qui avait fait passer la LMC d’un petit atelier de méchas à un grand fabricant !
Voilà qui expliquait pourquoi Joshua tenait tant à devenir un Avatar !
Plus Ves étudiait Joshua, plus il était satisfait. Le jeune homme avait non seulement un excellent dossier scolaire, mais aussi un potentiel spirituel aux attributs inhabituels.
« Quelle est son aptitude génétique ? » chuchota Ves à Melkor.
L’aptitude génétique était un sujet très sensible pour les pilotes de mécha. Il aurait été impoli de poser la question directement à Joshua.
« C+, à peu près comme beaucoup de pilotes de mécha Larkinson. »
Dans le milieu des méchas, une aptitude génétique de C+ était simplement considérée comme supérieure à la moyenne. Cela dit, l’aptitude génétique n’était pas le seul facteur déterminant pour savoir si un pilote de mécha pouvait devenir un pilote expert, ou aller plus loin. Elle indiquait simplement la charge maximale qu’un pilote pouvait supporter lorsqu’il se connectait à un mécha.
Un grade C+ suffisait amplement pour piloter la plupart des méchas standard. Une fois devenu expert, un pilote de mécha pouvait accomplir bien davantage. À ce stade, l’aptitude génétique déterminait surtout avec quelle facilité il pourrait franchir l’étape suivante.
Un monstre comme la Vénérable Foster rencontrait bien moins d’obstacles pour devenir pilote as qu’une personne dotée d’une aptitude inférieure !
Ça pouvait sembler injuste, mais c’était ainsi que fonctionnait la galaxie !
« Satisfaisant. » Ves hocha doucement la tête. « Je suis très satisfait de lui. Prends bien soin de lui, Melkor. »
Melkor acquiesça.
Ce qui plaisait le plus à Ves chez Joshua n’était pas nécessairement son parcours scolaire. Son potentiel spirituel, ses attributs spirituels et son aptitude génétique ne méritaient pas non plus qu’on s’y attarde particulièrement.
Non, si Ves avait une opinion si favorable de ce jeune pilote de mécha, c’était avant tout à cause de son dévouement sans faille !
Qu’il soit ou non son plus grand admirateur, Ves jugeait avec assurance que Joshua était sincère dans son admiration !
À ses yeux, Joshua n’avait même pas besoin de risquer sa vie contre les hommes-sables pour prouver sa loyauté.
Ce fanboy, enfant du Rideau Nuageux comme lui, avait déjà subi son endoctrinement bien avant l’heure !
« On devrait peut-être faire davantage d’efforts pour recruter d’autres habitants de la planète », fit remarquer Ves à Melkor.
« Joshua est une exception. La plupart des pilotes de mécha de cette planète ne sont même pas assez bons pour rejoindre les Sentinelles. Ce n’est que récemment que notre famille a repris l’académie de base de méchas de Freslin et amélioré la qualité de sa formation. »
« Je vois. »
Ves consacra encore quelques minutes aux jeunes Avatars restants. Il leur suffisait d’avoir rencontré leur employeur en personne. L’impression qu’il leur avait faite resterait gravée dans leur esprit, tandis qu’ils mûriraient et deviendraient l’épine dorsale des Avatars pour les décennies à venir.
Il mit bientôt fin à sa visite. Alors que Ves quittait la base des Avatars, Gloriana passa son bras sous le sien et marcha à ses côtés avec un doux sourire.
« Je n’avais pas accordé beaucoup d’importance à tes “Avatars du Mythe” quand j’en ai entendu parler, mais tu m’as surprise, Ves. »
« Ah ? » Ves haussa un sourcil. « Qu’est-ce qui a retenu ton attention ? »
« La qualité et le potentiel de certains de ces jeunes pilotes de mécha sont très élevés. Comme je me spécialise dans l’adaptation des méchas aux pilotes, je sais très bien évaluer leur potentiel. La plupart ont tout ce qu’il faut pour devenir des pilotes d’élite. Avec une meilleure éducation et de meilleures augmentations, ils auraient pu faire carrière dans l’Armée Hexadrique. »
Un tel compliment avait du poids, venant de Gloriana. « Tu trouves vraiment mes Avatars aussi bons ? »
Elle hocha la tête. « La plupart des pilotes de mécha Larkinson que j’ai vus jusqu’ici sont eux aussi très prometteurs. Que ce soit leur état d’esprit ou leur condition physique, ils ont de bonnes bases. »
Sa petite amie ne tarissait pas d’éloges sur les Larkinson, mais Ves pensait qu’une partie de ses compliments venait du fait qu’ils étaient ses proches. Elle n’aurait pas parlé d’eux en ces termes s’il n’avait pas été un Larkinson !
Malgré tout, Gloriana ne mentait jamais quand il s’agissait d’exprimer ses goûts et ses dégoûts. Puisque ce sujet touchait à sa philosophie de conception, elle n’aurait jamais menti à Ves pour lui faire plaisir.
« À ton avis, quelles sont les chances que mes Avatars deviennent des pilotes de mécha de deuxième classe ? »
« Ça ne devrait pas poser de problème si tu investis dans les bonnes augmentations. Tes proches ont des bases particulièrement solides ; avec quelques années d’entraînement intensif, ils devraient y arriver. »
« Je comprends. Le Bataillon de Gloire accepterait-il d’entraîner mes hommes ? »
Elle eut un sourire en coin. « Je les convaincrai d’accepter cette mission. Ne t’inquiète pas, Ves. Tu auras tes propres pilotes de mécha de deuxième classe. Prépare-toi simplement à leur fournir le soutien nécessaire. »
Le coût de la conversion d’un pilote de mécha de troisième classe en pilote de deuxième classe variait. Ves pouvait s’en tirer en investissant quelques millions de crédits, mais il obtiendrait de meilleurs résultats, plus rapidement, en investissant dix fois, voire cent fois plus !
Ves n’avait toutefois pas l’habitude de gaspiller autant d’argent. Il ne voulait pas dépenser plus de quelques millions de crédits par Avatar. Et si un pilote qui lui avait coûté un milliard de crédits à former se faisait abattre un jour par un mécha ennemi ?
Heureusement, tant que ses Avatars avaient de bonnes bases, la transition ne devrait pas être trop difficile.
Ce qui devait vraiment préoccuper Ves, c’était de disposer des bons méchas de deuxième classe. Il devait s’assurer de maîtriser la conception de méchas de deuxième classe d’ici là, car il ne voulait pas devoir acheter les produits d’un autre pour équiper sa force d’élite.
« J’ai encore beaucoup à étudier avant de pouvoir concevoir les méchas que mes Avatars méritent. » Il soupira.
Gloriana se pressa contre lui. « Je suis sûre que tu y arriveras en moins d’un an. Je ferai tout ce que je peux pour t’aider à devenir un concepteur de méchas de deuxième classe qualifié. Sinon, comment pourrais-tu faire tes preuves auprès de ma dynastie en trois ans ? »
« De quoi parles-tu ? »
« J’ai conclu un accord avec ma mère. Nous devons accélérer le calendrier et produire un mécha chef-d’œuvre de deuxième classe en trois ans ! »
« C’est beaucoup trop rapide ! » Ves porta la main à son cœur, sous le choc. « Je ne suis même pas sûr de pouvoir créer un autre mécha chef-d’œuvre en dix ans ! »
Il était tout simplement trop difficile de produire un mécha chef-d’œuvre sur commande ! Même si Ves en avait déjà créé un et même si la philosophie de conception de Gloriana augmentait leurs chances, celles-ci restaient infimes !
« Je sais que nous pouvons y arriver, Ves. » Elle lui prit les mains. « À mesure que nous développerons notre synergie, ce ne sera qu’une question de temps avant que nous ne parvenions à créer un mécha chef-d’œuvre fantastique. »
Ves restait sceptique, mais ne refusa pas le défi. Produire un chef-d’œuvre en trois ans aurait déconcerté n’importe quel compagnon ou concepteur senior, mais Ves était différent.
Après avoir terminé la visite de la Pépinière de Méchas, le couple quitta le complexe et rentra au Domaine des Nuages.
Là, ils dînèrent tranquillement ensemble, puis se détendirent dehors en soirée.
Ves était partagé sur la présence de tant de Larkinson dans son domaine, mais il se sentit vite à l’aise une fois assis parmi ses oncles et ses tantes.
Malgré son statut élevé au sein de sa famille, les Larkinson n’avaient jamais été très hiérarchiques. Les anciens jouissaient d’un peu plus de considération. Seuls les pilotes experts de la famille forçaient le respect.
« Nous savons que tu es très occupé », lui dit calmement un vieux Larkinson. « Tu es dans la fleur de l’âge. Quand j’avais ton âge, je rêvais d’avoir une petite amie aussi riche que la tienne. Qui sommes-nous pour gâcher les meilleures années de ta vie ? Profite de ces moments, Ves. »
« Je le ferai. » Ves hocha la tête avec respect.
Il continua de discuter avec les Larkinson les plus âgés. Comme ils avaient déjà mené une vie bien remplie, Ves ne sentait chez eux aucune arrière-pensée. Ils ne le suppliaient même pas d’allouer davantage d’argent et de ressources à leurs enfants et petits-enfants.
De toute façon, ce genre de décisions ne lui revenait pas.
Alors que Ves commençait à apprécier la compagnie de ces Larkinson âgés et placides, Gloriana jouait avec les plus jeunes.
Les enfants furent vite éblouis par sa beauté et son charme. Elle riait souvent en se prêtant à leurs jeux.
Ce qui surprit le plus Ves, c’est que Gloriana n’évoqua pas du tout l’hexérisme ! Elle traitait aussi les garçons et les filles avec autant d’égards.
À force de garder un œil sur sa petite amie, Ves commença à soupçonner qu’elle cherchait délibérément à charmer les Larkinson !
Pourquoi ne l’aurait-elle pas fait ? Si elle se mettait les Larkinson à dos, sa relation avec Ves serait certainement compromise ! À tout le moins, les tensions pèseraient lourdement sur leur couple !
Il était très heureux de la voir bien s’entendre avec les Larkinson, et réciproquement. Elle n’avait pas encore gagné l’approbation de toute la famille, mais elle était en bonne voie de conquérir le cœur des plus jeunes.
Ils décidèrent de se retirer quelques heures plus tard. Il était déjà l’heure d’aller se coucher pour les plus jeunes Larkinson.
« Ta famille est vraiment chaleureuse, Ves », fit remarquer Gloriana en l’accompagnant jusqu’au manoir principal. « Elle ne ressemble pas aux Wodins. Chacun de mes proches a quelque chose à prouver. Même si nous ne sommes pas aussi terribles que certaines dynasties très compétitives, il est rare de rencontrer un Wodin capable de mettre ses soucis de côté et de profiter d’une vie simple. »
Ils avaient grandi dans des milieux différents, mais jusque-là, ils s’entendaient bien. Tant que Ves continuait de bien s’entendre avec Gloriana, il était heureux de ce qu’il avait. Il ne pouvait pas en demander davantage à leur relation.
« Est-ce que je réussirai à m’intégrer chez les Wodins ? » demanda-t-il.
« C’est… très difficile. Même si nous relevons notre défi de trois ans, la Dynastie Wodin te considérera toujours comme un étranger. »
« Ne te méprends pas, Gloriana. Je ne veux pas devenir un Wodin. Je suis un Larkinson. Je veux le rester. »
Ils se sourirent. Ils étaient tous deux fiers de leur famille et ne voulaient pas perdre cette part de leur identité.
Le temps passé avec les Larkinson les avait rapprochés. Une harmonie s’était installée entre eux, aussi remarquable que la synergie qu’ils avaient découverte en collaborant sur un projet de conception.
« Je t’aime, Ves. »
« Moi aussi, je t’aime. »
« Bonne nuit. On se remet au travail demain, d’accord ? »
Ils s’embrassèrent sur le porche de leur manoir.