Chapitre 153
Chapitre 153
Chapitre n°153 – Attaché de Presse
Traducteur/Checker : SP76
« Quand tu m'as dit que tu maîtrisais 99 % du modèle, tu ne mentais pas. Tu as fait du bon travail. » Ves acquiesça avec satisfaction. « Je m'attends à ce que tu te concentres sur le dernier pourcent. Tu as pris la mauvaise approche, à certains moments, ce qui t'a mené dans une impasse. Même moi, je ne peux pas résoudre ce problème sans y consacrer beaucoup d'efforts. »
Carlos, l'air fatigué, le supplia. « Tu peux me montrer comment résoudre ce problème ? J’arrête pas d’y réfléchir depuis des semaines. »
Grâce à ses compétences supérieures, Ves enfila habilement le fil dans l'aiguille. Il plaça les bons composants dans une partie assez encombrée du Mécha Argent à moitié construit. Carlos s'en était bien sorti, pour sa première véritable tentative de fabrication du Mark II, mais il avait pris quelques décisions étranges, pendant le processus d'assemblage, qui avaient compliqué les choses une fois qu'il avait finalisé les composants internes.
« Il devrait passer la certification. » jugea-t-il. Il était bien placé pour le savoir, puisqu'il avait supervisé l'ensemble de la session, pendant 7 jours. « Ne t’inquiète pas pour la vitesse. Perfectionne ta technique. Toute erreur que tu commettras pourrait s'avérer catastrophique. »
À son échelle, la toute jeune Living Mech Industries ne pouvait pas se permettre d'échouer avec un seul produit. Non seulement un échec aurait bouleversé son bilan, mais il aurait également affecté sa réputation. L’ACM suivait de près les performances de chaque créateur. Les clients accordaient beaucoup d'importance au ratio entre les certifications échouées et le nombre total de Méchas vendus.
Après avoir supervisé la remise du Méchas fraîchement fabriqué, il se remit à son travail. La nouvelle année l'incita à rattraper son retard, dans ses tâches administratives. La récente constitution de la société l'obligeait à élargir son champ d'action. Il ne pouvait plus travailler de manière aussi désinvolte qu'auparavant. Désormais, il devait suivre chaque matériau entrant et sortant de ses locaux.
Heureusement, une entreprise relativement petite comme la sienne, qui n'employait qu'une poignée de personnes, ne nécessitait pas beaucoup de frais généraux. Pour l'instant, Ves pouvait se détendre et mettre en place des systèmes simples et prêts à l'emploi.
Il devait également séparer ses finances en plusieurs comptes différents. La majorité de son argent se trouvait dans le bilan de la LMC. Ves n'était pas autorisé à puiser dans cette énorme somme d'argent sans raison valable.
Mais cela n'avait pas d'importance, car il ne rendait de comptes qu'à ses actionnaires. Actuellement, Ves était son propre actionnaire majoritaire. Après avoir dépensé une somme considérable pour faire fonctionner le Barracuda, il devait également débourser environ un million de crédits pour couvrir ses frais de fonctionnement et payer diverses taxes. La LMI ne disposait plus que d'environ 50 millions de crédits d'économies.
Les 250 millions de crédits qu'il avait reçus en vendant certaines de ses actions lui appartenaient, techniquement, plutôt qu'à la société. À ce stade, la distinction n'avait guère d'importance. Il était la société, et la société était lui. Pour l'instant, Ves réservait cet argent pour l'achat futur d'une licence.
« Je devrais embaucher un employé. » pensa-t-il, en installant un programme de suivi commercial sur ses Méchas. Grâce à leur nouvelle programmation, les Méchas se virent confier la nouvelle tâche de comptabiliser son inventaire. « Au moins, j'ai déjà embauché un attaché de presse. »
Calsie avait trouvée un étudiant intéressant, dans son université. Lorsque Ves avait rencontré Gavin Neumann pour la première fois, il avait pensé avoir affaire à un nerd assertif. Ves avait lu le CV de l'étudiant de dernière année, et avait été impressionné par ses excellentes notes et ses activités extrascolaires. Comme Ves cherchait quelqu'un de flexible, talentueux et indépendant, Gavin semblait être un excellent candidat.
Pour être honnête, il aurait dû étudier dans une université beaucoup plus prestigieuse.
Gavin avait commencé son entretien d'embauche par une déclaration très surprenante. « Je déteste les Méchas. »
« Pardon ? »
« Je pensais juste que je devais vous le dire. Je déteste les Méchas. »
« ... D'accord. Alors pourquoi passer l’entretien, si vous n'appréciez pas les Méchas ? »
« Préférez-vous avoir quelqu'un qui travaille pour vous et qui a subi un lavage de cerveau pour vénérer les Méchas ? L'amour et l'obsession brouillent souvent le jugement. Je peux vous garantir que tant que je serai en charge, je ne me laisserai pas berner par le battage médiatique. J’ai fais du marketing, mon travail consiste à être un précurseur, pas un suiveur. »
Une fois que Ves eut compris le point de vue de Gavin, il dut admettre que cela avait du sens. Pourtant, laisser quelqu'un qui déteste les Méchas prendre en charge ses relations publiques pourrait aussi se retourner contre lui. Gavin ne comprenait peut-être pas tout à fait les nuances que les initiés considéraient comme acquises. De plus, ses motivations suscitaient également des soupçons. Pourquoi travailler pour la LMI, si cela ne correspondait pas à ses intérêts ?
« C'est parce que votre entreprise est en pleine croissance. J'ai fait mes recherches. Malgré les risques, il y a beaucoup d'argent à gagner. Peu m'importe de vendre des Méchas, du fumier, ou des produits d'hygiène féminine, tant que ça a du potentiel, cela vaut la peine que j'y consacre mon temps. »
« Donc, en gros, vous voulez travailler pour moi parce que mon secteur est très prometteur. Pourquoi ne pas postuler chez un consortium agricole, ou ailleurs ? »
« Pff, et faire quoi ? Vendre des produits qui marchent déjà ? Mes talents seraient gâchés si je postulais pour un emploi dans les consortiums agricoles ! Chaque année, ils récoltent exactement les mêmes cultures et les vendent exactement aux mêmes grossistes de Bentheim. Ils sont tellement rigides et conservateurs que même un simple changement de couleur sur leur emballage nécessite une réunion entière ! »
Malheureusement, Cumulonimbia n'avait pas grand-chose à offrir. Même un étudiant brillant comme Gavin ne pouvait rivaliser avec les diplômés de Bentheim et de Rittersberg.
Ves finit par décider d'embaucher Gavin. Cet étudiant assertif manquait peut-être d'expérience, mais il débordait d'enthousiasme. Gavin était impatient de participer à l'essor de la LMI.
Une semaine seulement après avoir pris ses fonctions, Gavin prouva sa valeur en convainquant les centres de jeux d'adopter le Sang Neuf comme Mécha promotionnel. Le taux d'utilisation de son Mécha d'entraînement avait explosé. Une fois que Gavin et Calsie eurent terminé la création d'une campagne publicitaire, Ves se réjouissait à l'idée de retourner l'opinion publique contre ses adversaires politiques.
« Cela prendra toutefois un certain temps. » Il soupira et regarda la Dortmund à moitié assemblé. Lorsque Ves ne supervisait pas Carlos, il avait déjà commencé à reconstruire le châssis de l'énorme imprimante industrielle.
Ves fit des progrès satisfaisants, au début de son projet de reconstruction. Le plan et le manuel de réparation qu'il avait obtenus de la Société Clifford s’étaient avérés utiles, car ils lui avaient permis d'assembler les composants récupérés et réimprimés dans le bon ordre.
Même s'il ne comprenait pas l'utilité de chaque composant, l'imprimante devrait fonctionner tant qu'il les manipulait correctement.
En fait, il assembla l'imprimante beaucoup plus rapidement qu'il ne l'avait initialement pensé. Malgré sa taille immense, la complexité de la Dortmund résidait principalement dans ses composants irremplaçables. En partant d'un inventaire des pièces récupérées, Ves put sauter la phase la plus difficile et assembler la Dortmund avec une relative facilité.
Une autre semaine s'écoula, pendant que Ves se plongeait dans la reconstruction. L'imprimante commençait à ressembler de plus en plus à l'une de ces machines flambant neuves qu'il avait vues lors d'un voyage scolaire chez un grand fabricant.
Les bons moments prirent fin lorsque Ves rencontra un obstacle alors que la reconstruction était achevée à 98 %. La plupart des composants avancés étaient déjà en place, mais si Ves ne faisait rien pour les processeurs, cet énorme machine restait un tas de ferraille.
Ce dernier obstacle le tourmentait constamment. La légalité douteuse du projet l'empêchait de contacter le service d'assistance.
Il essaya de demander à Dietrich de trouver un hacker sur le marché noir, mais Ves n'avait reçu jusqu'à présent que quelques offres douteuses. Le principal problème lorsqu'on essayait de faire affaire avec des hackers louches, c’était les manques de confiance. Et s'ils installaient discrètement des portes dérobées ?
« Même le Système n'est d'aucune aide. »
Apprendre à pirater au point de pouvoir trafiquer les processeurs exigeait trop de compétences. Ves ne pouvait pas se permettre de détourner ses précieux PC pour explorer une voie secondaire. Quant au Magasin, il vendait toutes sortes d’outils, mais Ves ne pouvait pas les utiliser sans les compétences requises. Quant aux processeurs eux-mêmes, le Système dédaignait de vendre ce type de matériel.
« Je suppose que la seule façon de résoudre ce problème est de passer par la Société Clifford. »
Les transactions entre les membres de la Société devaient respecter les règles de l'organisation. Si tout le monde s'escroquait constamment, son marché ne pourrait jamais atteindre une telle taille.
Outre l'embauche d'un hacker digne de confiance, Ves souhaitait également acheter plusieurs machines essentielles pour moderniser son atelier et le rendre pleinement opérationnel.
« Je suppose que je vais devoir faire une mission, après tout. »
Il faudrait peut-être une ou deux semaines avant que le chantier naval de Bentheim ne répare sa corvette. Marcella s'attendait également à ce qu'il faille un certain temps pour rassembler un équipage pour ce navire luxueux. Elle devait tout de même continuer à faire son travail, elle laissa donc les tâches fastidieuses à ses assistants. Néanmoins, Ves appréciait son aide.
Cela signifiait qu'avant de partir gagner ses galons, il avait suffisamment de temps pour concevoir un Mécha virtuel. Ves voulait faire le plein de PC et améliorer sa capacité de survie à un autre combat. Même si ces missions n'étaient pas censées envoyer un créateur au front, elles comportaient souvent de nombreux imprévus.
Après être revenu de son calvaire à Bentheim, Ves avait réfléchi à la meilleure façon de rester en vie. Il s’était rendu compte que renforcer sa discrétion était peut-être la solution la plus pratique. Il pourrait laisser les combats aux autres.
Il quitta l'immense atelier et le Dortmund inachevé pour se rendre dans un espace de travail inutilisé que ses cousins avaient transformé en salle de sport improvisée. Ves avait fait l'acquisition de plusieurs simulateurs et d'équipements d'entraînement sophistiqués, afin de les remercier, et de soulager leur ennui.
À ce moment-là, Melkor et Raella s'adonnaient à un combat d'entraînement. Leurs corps athlétiques brillaient de sueur, tandis qu'ils se donnaient des coups de poing et des coups de pied, comme s'ils dansaient. Ves ne prétendait pas comprendre leurs mouvements, mais il remarqua que les rafales de puissance momentanées de Raella déstabilisaient Melkor.
Une fois leur séance terminée, ils quittèrent le ring improvisé et se réhydratèrent.
« Comment vous vous adaptez, tous les deux ? »
« On se fait chier, ici. » déclara Raella. « Il n'y a rien à faire dans les environs. Les gens d'ici sont des ploucs, et je n'ai pas mes amis pour me tenir compagnie. »
Melkor secoua la tête et fit claquer sa langue à l'intention de sa nièce. « Une mission n'est pas le moment de s'amuser. Nous sommes en service, alors tu ferais mieux de rester vigilante. »
« C'est très bien, mais combien de temps devons-nous attendre avant de pouvoir tester nos Méchas ? »
Leurs Méchas reposaient actuellement dans deux conteneurs, à l’arrière de l’atelier. Raella pilotait un tirailleur léger, tandis que Melkor avait apporté un fusilier laser moyen. Ensemble, ils formaient un duo équilibré.
Malheureusement, Ves devait laisser un Mécha derrière lui, s'il partait en voyage. Sa corvette ne pouvait accueillir qu'un seul Mécha dans la soute.
« Je devrais récupérer mon permis cette semaine, mais je suis venu te parler d'autre chose. Que diriez-vous de repartir en voyage ? »
Ves lui expliqua brièvement la possibilité de l'accompagner dans une expédition. Raella sauta sur l'occasion.
« Emmène-moi, emmène-moi ! Je m'ennuie tellement que j'en mourrais ! Je ne peux même pas me détendre dehors, à cause de tous ces nuages bizarres. »
Un stoïque comme Melkor ne voyait pas d'inconvénient à garder la place. Avec son fusilier montant la garde, Ves n'avait pas à s'inquiéter pour la sécurité de son précieux atelier.
Toutes ses affaires étant réglées, Ves pouvait enfin consacrer du temps à la création d'un nouveau modèle. Il voulait reproduire le succès commercial de son Sang Neuf, mais cette fois-ci, il devait le faire sans profiter de l'élan donné par ses débuts publics.
« Je devrais également créer quelque chose qui complète ma stratégie actuelle. Seuls les adolescents plus âgés sont capables de piloter un Mécha 3 étoiles comme le Sang Neuf. »
Bien que Ves ait également conçu quelques Méchas 2 étoiles, comme le Rôdeur des Brumes et le Démon de la Vitesse, ceux-ci n'avaient pas le raffinement de ses œuvres ultérieures. Leurs caractéristiques ne pouvaient rivaliser avec les modèles dominants.
Même si Ves devait revenir au niveau 2 Étoiles, il souhaitait tout de même compléter son catalogue virtuels. Il commença à réfléchir au type de Mécha d'entraînement qui pourrait bien se vendre, auprès des jeunes adolescents qui pilotaient généralement ces Méchas.
Comme il avait déjà conçu un chevalier, il devait plutôt se lancer dans la création d'un Mécha à distance. À part un fusilier, Ves ne voyait pas de meilleur choix.
Mieux encore, Ves avait également accès à un expert. « J'ai besoin de ton aide, Melkor. »
« Qu'y a-t-il, Ves ? »
« Je prévois de créer un Méchas fusilier. Donne-moi ton avis sur cet archétype. Que penses-tu de ce genres de Méchas, et qu’est-ce qui t'a décidé à en piloter un ? »