Chapitre 152
Chapitre 152
Chapitre n°152 – L’Engouement des Méchas
Traducteur/Checker : SP76
Ves revit Calsie le lendemain matin, et ils discutèrent de nombreux sujets professionnels. Elle avait consacré la majeure partie de ses efforts à préparer la demande de permis pour les Méchas. Ce type de permis pouvait être difficile à obtenir pour un particulier, mais dès qu'il aura créé sa société, il pourra bénéficier de dispositions plus souples.
Quant à l'enregistrement de son entreprise, les avocats de sa famille avaient déjà préparé le terrain. Calsie n'avait plus qu'à peaufiner et réorganiser certaines données afin de se conformer aux lois locales.
« Ce n'est pas si difficile de créer une société, dans la République Brillante. Même les politiciens locaux ne peuvent pas être trop exigeants. » expliqua-t-elle à son employeur. « Cumulonimbia est relativement rare, parmi les planètes rurales, dans la mesure où elle n'offre aucune incitation à le faire. La plupart des planètes sous-développées font de leur mieux pour attirer davantage de commerce. »
« C'est très bien. Je n'attends aucune faveur, et je n'en ai pas besoin. Tant que nous ne rencontrons pas d'obstacles, je suis satisfait. »
Après qu'elle eut promis de s'occuper du dépôt et de l'enregistrement, ils passèrent à un sujet plus épineux. Avec la reprise prochaine des sessions de l'Assemblée planétaire, le projet de réforme fiscale devenait une menace imminente pour Ves. Si les Colombes et les Verts réussissaient à imposer des exigences excessives à des entreprises comme la Living Mech Industries, Ves serait alors contraint de délocaliser ses actifs.
« Les membres de l'Assemblée ont été très occupés à échanger des faveurs. Ils ont ajouté beaucoup plus de privilèges pour les personnes qui sont dans les bonnes grâces de la faction au pouvoir. L'opposition est trop dispersée pour le moment. Ceux qui sont laissés de côté n'ont aucune importance, pour l'économie de Cumulonimbia. »
Calsie lui faisait régulièrement part de ses observations, Ves était donc déjà au courant. « Il est donc inutile d'essayer de s'unir. Nous ne faisons pas partie de leur réseau. »
Cela l'irritait un peu, que les politiciens le traitaient comme un insecte. Ils n'avaient pas besoin de tenir compte de son opinion, lorsqu'ils formulaient leurs politiques. Eh bien, tôt ou tard, il leur montrerait de quoi il était capable.
« La coalition redouble d'efforts pour stimuler le secteur agricole. Elle est même en train de rédiger un projet de loi complémentaire qui subventionnera indirectement les consortiums ainsi que d'autres entreprises agricoles. Normalement, la coalition au pouvoir ne serait pas en mesure de faire passer cela, mais avec la République Brillante préoccupée par les attentats terroristes et la guerre imminente, un petit cas d'enrichissement personnel ne les dérange pas vraiment. »
Ils avaient vraiment choisi le meilleur moment. Ayant lui-même vécu un attentat terroriste, Ves était conscient que la République était à bout. Elle devait consacrer d'énormes ressources humaines pour contenir le MLB.
Ves tourna sa main vers elle. « Je crois comprendre que tu as élaboré un plan. Je t’écoute. Je me suis creusé la tête, mais je n'ai pas trouvé le moyen d'arrêter la coalition. »
Elle fit tournoyer ses cheveux blonds raides et lui sourit d'un air narquois. « Vous n'avez pas passé beaucoup de temps en ville, n'est-ce pas ? »
« Quand je ne suis pas enfermé dans mon atelier, je suis souvent hors de la planète. »
« Alors vous n'êtes pas au courant du sentiment qui règne aujourd'hui. Si vous vous promenez dans les rues de Freslin, vous remarquerez que vous êtes devenu une célébrité locale, en particulier parmi les jeunes. Même si personne ne sait vraiment ce que font les créateurs de Méchas, cela ne change rien au fait que vous êtes le tout premier fabricant de Méchas de Cumulonimbia. Vos Méchas physiques sont peut-être inaccessibles au grand public, mais c’est loin d’être le cas des Méchas virtuels. »
Ses ventes virtuelles avaient en effet augmenté, ces derniers temps, mais pas au point de lui rapporter beaucoup de PC. Son populaire Sang Neuf 3 Étoiles ne lui en rapportait plus, tandis que ses autres modèles ne se vendaient que modestement mieux.
Cela ne changeait toutefois rien au fait que de plus en plus de personnalités pilotaient ses Méchas. Selon Calsie, la notoriété de sa marque avait tellement augmenté qu'au moins la moitié des gens dans la rue connaissaient son nom.
Elle poursuivit son récit. « Quand j'ai commencé à entendre mes camarades de classe parler de vous, j'ai soudainement eu une idée. Dans quelle époque vivons-nous aujourd'hui ? L'ère des Méchas ! »
Ves fronça les sourcils. « Hein ? »
« Vous avez vécu dans une bulle, sans aucun problèmes pour poursuivre des études dans le domaine des Méchas. Mais qu'en est-il des autres ? Savez-vous à quel point les jeunes d'ici vénèrent les Méchas ? Tout le monde est fan ! Cependant, peu de gens ont la chance d'en approcher. Une fois que les pilotes locaux ont obtenu leur diplôme de l'académie junior, ils sont souvent contraints de quitter la planète ou d'abandonner leur carrière de pilote ! »
Cumulonimbia n'accueillait qu'une poignée d'académies locales qui ne proposaient qu'un programme limité. Si les pilotes souhaitaient développer leurs compétences au point de devenir des pilotes qualifiés, ils devaient souvent se rendre sur une autre planète, afin de fréquenter une académie plus avancée. Tout le monde n'avait pas les moyens de le faire.
Peu à peu, Ves commença à comprendre son point de vue. « Je vois ce que tu veux dire. Mon entrée soudaine sur Cumulonimbia est le signe avant-coureur d'une scène plus animée. Un seul fabricant peut servir de plaque tournante à une communauté naissante. Tous les fans de Méchas devraient m'être reconnaissants d'avoir ouvert cette porte. »
« Savez-vous quelle organisation est la plus populaire parmi les jeunes ? En fait, ce sont les Baleiniers ! Ils sont les seuls à disposer d'un grand nombre de Méchas. Ils recrutent également beaucoup, parmi les habitants locaux. C'est pourquoi ils n'ont jamais perdu le soutien de la population, même s'ils ont causé des nuisances au fil des ans. Ce sont nos héros populaires ! »
En d'autres termes, même si les politiciens les détestaient, ils n'oseraient jamais les chasser. Premièrement, ils ne pouvaient pas les battre sur le champ de bataille, car les Baleiniers avaient beaucoup trop de Méchas, même si leur qualité laissait à désirer.
Ensuite, ils étaient en réalité plus populaires que les Verts, les Colombes, et les Pionniers réunis. Les habitants de Cumulonimbia ne s'intéressaient généralement pas à la politique, car ils la trouvaient ennuyeuse à mourir. En revanche, les Baleiniers de Walter faisaient constamment étalage de leurs exploits. Ves devait admettre que M. Walter agissait de manière très astucieuse, en se montrant aussi flamboyant.
« Tu penses donc que nous devrions adopter la même stratégie que les Baleiniers ? Ça risque de coûter cher. »
Même si la plupart des gens connaissaient son existence, cela ne signifiait rien en soi. Transformer cette notoriété en action demandait beaucoup de travail. Une campagne publicitaire pouvait facilement coûter des milliards de crédits.
Calsie conserva néanmoins son sourire confiant, en lui tendant une tablette qui décrivait son plan. Ves parcourut rapidement les documents. Ils contenaient deux propositions ambitieuses qui pourraient renverser la situation face aux politiciens corrompus qui voulaient le chasser.
« Comme vous pouvez le voir, mon plan consiste à faire pression sur la coalition au pouvoir à la fois par le haut et par le bas. Une pression exercée dans une seule direction n'aura pas beaucoup d'effet sur eux, mais s'ils doivent se battre sur plusieurs fronts, ils commenceront à nous craindre. »
« Je vois que ton premier plan prévoit un partenariat avec les centres de jeux. »
Pour jouer aux meilleurs simulateurs de Méchas, les pilotes devaient utiliser une capsule de simulation extrêmement chères. Les centres de jeux offraient aux pilotes un endroit pratique pour s'entraîner sans s'endetter. La plupart des centres de jeux locaux étaient en fait des franchises de sociétés de divertissement bien établies.
« Exactement. » Elle acquiesça. « Le jeu le plus populaire du moment est Iron Spirit. Il s'avère qu'il offre un ensemble complet de privilèges, aux exploitants de salles de jeux. Chaque établissement a le droit de désigner une poignée de Méchas de chaque niveau comme Méchas d'essai. Les pilotes peuvent les essayer sans limite, même s'ils ne les ont pas achetés. C'est un excellent moyen pour vous de devenir une figure indispensable pour les jeunes. »
« Et les exploitants ? Accepteront-ils un tel arrangement ? »
Calsie se pencha et ouvrit une annexe. « J'ai déjà appelé tous les centres de jeux d'Orinoco et de Freslin. Environ un tiers d'entre eux sont prêts à mettre votre Sang Neuf en avant comme Mécha promotionnel. Quant aux autres, ils ne sont pas autorisés à prendre cette décision seuls. Mais s'ils voient que les salles qui font la promotion de vos modèles marchent bien, ils pourraient commencer à changer d'avis. »
Son initiative fut vraiment une agréable surprise. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle contacte autant de salles d'arcade. Cela avait dû lui prendre beaucoup de temps, de démarcher autant d'opérateurs. « Si c'est vrai, alors nous prenons un excellent départ. Mais cela ne veut pas dire grand-chose en soi. »
« Oh, nous devons encore faire une campagne de publicité, mais cela ne coûte pas cher, si nous limitons notre portée aux salles de jeux. Une fois que vous aurez dit à vos fans que des politiciens malveillants et traîtres essaient de vous chasser, ils iront se plaindre à leurs parents. Une fois que ce phénomène aura atteint un certain seuil, les adultes ne pourront plus rester les bras croisés. Après tout, la plupart d'entre eux sont comme leurs enfants. »
Les émissions les plus populaires sur Cumulonimbia étaient les matchs de Méchas. Près d'un quart de la population regardait régulièrement les matchs en direct.
Même si le plan semblait encore vague sur certains points, Ves l'approuva. Il autorisa Calsie à retirer une somme limitée, au cas où elle aurait besoin de graisser la patte. Il lui confia également la tâche de mettre en place une campagne publicitaire. Elle avait l'intention de confier cette tâche à ses amis qui étudiaient le marketing.
Si la première partie du plan visait à interpeller les masses, la seconde partie visait clairement à interpeller quelque chose de plus important. Lorsque Ves lut la seconde série de documents, il haussa les sourcils, alarmé.
« Tu veux vraiment adresser une pétition au commissaire républicain ? Tu es folle ? »
Les grandes planètes telles que Bentheim abritaient une bureaucratie importante qui répondait directement au gouvernement central de Rittersberg. Une région reculée comme Cumulonimbia n'avait pas droit à un tel traitement. La faible population et la croissance économique stagnante n'avaient conduit qu'à la création d'un seul bureau.
Bien que le commissaire républicain rendait directement compte à Rittersberg, il supervisait principalement les organes gouvernementaux locaux. Dans les cas extrêmes, il pouvait révoquer l'ensemble de l'Assemblée planétaire et gouverner la planète entière par décret, mais cela ne s'était jamais produit.
« Pensez à la situation difficile de la République. » répondit-elle patiemment. Elle alluma son communicateur, et consulta un journal au hasard. « Regardez les gros titres. La moitié d'entre eux parlent de la guerre que tout le monde est convaincu de voir éclater bientôt. Alors que la République doit faire face à tous ces problèmes, que pensez-vous qu'elle valorise le plus ? La paix ou le pouvoir ? »
Le pouvoir, bien sûr ! De toutes les choses que la République exigeait de son peuple, c'était surtout la force ! Elle avait besoin de plus de pilotes, de plus d'enthousiasme, de plus de loyauté et, par-dessus tout, de plus d'esprit !
Au cours de son parcours douloureux pour devenir un État, la République Brillante avait appris à se défaire de ses notions naïves de paix. En temps de guerre, elle ne pouvait pas se permettre de voir certaines de ses planètes agir avec timidité.
Les Verts et les Colombes pouvaient bien régner sur Cumulonimbia, mais ils ne pouvaient prendre de décisions que tant qu'ils ne marchaient pas sur les plates-bandes de la République. En temps de guerre, chaque planète comptait ! Qui savait si la mélancolie de Cumulonimbia ne finirait pas par se propager un jour ?
Ves poussa un profond soupir après avoir lu la brève proposition. « Le commissaire républicain est toujours un homme d'État chevronné. Ce sont de vieux renards rusés qui verront immédiatement clair dans mes intentions. Ils ne sont pas censés favoriser les personnes égoïstes. »
« Si on l’approche seul, cela pourrait être le cas. » Elle lui sourit à nouveau. « Mais c’est une tout autre histoire une fois que les masses sont en colère. Si les fans de Méchas commencent à faire du bruit, la coalition au pouvoir se retrouvera à l'opposé de la politique centrale et de l'opinion publique. Il deviendra évident que les lâches ont l'intention de passer toute la guerre la tête enfouie dans le sable. »
Elle dépeignait certainement un scénario très sournois. Il doutait que les Verts et les Colombes l'acceptent sans broncher. Ils riposteraient certainement avant d'en arriver là.
Mais cela ne changeait rien aux bases. Une fois qu'une partie importante de la population se serait exprimée, le commissaire républicain pourrait s'en servir comme excuse pour attaquer les politiciens. Une réprimande publique pourrait facilement bloquer le projet de réforme fiscale.
« Le défi, ce sera de provoquer le public tout en liant les intérêts de mon entreprise aux siens. Les deux ne seront pas faciles à réaliser. » déclara-t-il après réflexion. « Je pense que nous aurons besoin d'aide pour cela. C'est trop te demander de le faire pendant votre temps libre. Je veux que tu recherches un attaché de presse capable de gérer les relations avec les centres de jeux et de s'occuper de la campagne publicitaire. »
« Je peux en trouver beaucoup sur le campus. »
« Assure-toi qu'ils n'ont aucun lien avec ceux qui siègent à l'Assemblée planétaire. Je ne veux pas qu'ils comprennent nos intentions avant qu'il ne soit trop tard. »
Ils conclurent leur discussion en établissant un plan d'action solide. Ves admirait l'audace de Calsie. ‘Espérons que ça va fonctionner’. Sinon, Ves pourrait toujours enquêter sur les consortiums agricoles louches.