Chapitre 151
Chapitre 151
Chapitre n°151 – Résultats
Traducteur/Checker : SP76
Le ciel au-dessus de Bentheim ne dormait jamais. Même la nuit, des millions d'aéronefs, de navettes, et d'autres véhicules sillonnaient les voies invisibles au-dessus de la métropole de Dorum. Ves observait le trafic intense, depuis un bureau situé au milieu d'une base de la Garde planétaire.
« Ce n'est pas ainsi que j'avais imaginé ma première mission. » marmonna Raella en se grattant le dos. Elle avait été blessée par des débris, lorsqu'un tir de railgun l'avait manquée de peu. Heureusement, les médecins de la Garde avaient facilement soigné ses blessures, même si celles-ci lui faisaient encore très mal. « Combien d'ennemis t'es-tu fait ? »
Même Ves n'en savait rien. Il avait encore du mal à croire que quelqu'un puisse réellement vouloir le tuer pour une offense insignifiante. Bien sûr, ce qu'il trouvait insignifiant n'était peut-être pas si insignifiant, pour celui qui avait organisé l'attaque. Bien que cette tentative impliquait manifestement le très décrié Mouvement de Libération de Bentheim, il la trouvait un peu trop sophistiquée pour en attribuer la responsabilité aux rebelles uniquement.
« Nous allons devoir adopter des protocoles de sécurité plus stricts, à partir de maintenant. » déclara Melkor en croisant les bras. « Le travail de garde a toujours été une mission dangereuse, mais les risques auxquels nous sommes exposés dépassent toute raison. »
« Ne vous inquiétez pas, je veillerai à vous rémunérer correctement. Vous ne subirez aucune perte en travaillant pour moi. »
Ves ne voulait pas effrayer ses cousins. Il pouvait déjà voir le doute dans leur regard. Tant qu'il leur offrait une compensation suffisante, ils ne prendraient pas la fuite.
Il n'hésita pas non plus à reconnaître ses erreurs. « La plus grande erreur que nous avons commise est de ne pas avoir emmené vos Méchas. Tout le monde pensait que nous ne resterions que brièvement à Bentheim, alors nous les avons laissés dans leurs conteneurs pour qu'ils soient expédiés à Cumulonimbia. J'ai pris cette décision parce que c'était le choix le plus efficace, puisque je ne pensais rester à Bentheim qu'une journée. »
« Il nous faudra un permis, si l’on veut piloter un Mécha dans une zone densément peuplée. C'est presque impossible d'en obtenir un de nos jours. Ils sont extrêmement rares à Rittersberg, et je ne m'attends pas à ce qu'il en soit autrement ici à Bentheim. » fit remarquer Melkor.
N'importe qui pouvait raser tout un quartier avec un seul Mécha. Ves baissa les yeux vers les rues et n'aperçut qu'une douzaine de Méchas environ. La grande majorité d'entre eux arboraient les couleurs noir et bleu de la Garde. Les autres utilisaient les couleurs de leur entreprise pour escorter les voitures volantes des cadres supérieurs.
La porte d'entrée s'ouvrit. « Je crois que j’ai la solution à votre problème. » Melinda entra dans le salon avec un sourire en coin.
À part Raella, tout le monde avait les mêmes cheveux noirs qui les identifiaient comme des Larkinson. Elle s'approcha de Ves et lui tendit une tablette.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Cadeau de ton grand-père. Je l'ai contacté dès que j'ai appris les ennuis que tu avais causés. » Elle regarda Ves comme s'il était un délinquant. « C'est une bonne chose qu'il soit prêt à te tirer d'affaire. Bentheim couvrira une partie des frais. L'assurance des entreprises concernées couvrira une autre partie. Grand-père prendra en charge le reste. »
Les Larkinson et leurs poursuivants avaient mis le bazar dans l'entrepôt et le parc de stockage. Même si la Garde planétaire avait déclaré qu'ils avaient agi en état de légitime défense, ils risquaient tout de même d'être poursuivis en justice par des hommes d'affaires furieux dont les marchandises avaient été endommagées.
Ves lut le document officiel sur la tablette. Il se rendit compte qu'il avait reçu l'autorisation de se déplacer dans la majeure partie de Bentheim avec une escorte restreinte de Méchas. Il ne pouvait en employer qu'un seul, qui devait respecter des directives strictes en matière d'armement. Par exemple, transporter un lance-flammes en zone urbaine était risqué.
Cette autorisation tombait à point nommé. « C'est extrêmement utile. Tu t'es portée garante pour moi, Melinda ? »
« Oui. » Elle acquiesça, et chercha Lucky du regard. Elle aperçut le chat à l'air découragé et se baissa pour caresser sa surface intacte. « Franchement, la Garde planétaire manque cruellement de personnel en ce moment, et nous pouvons difficilement nous permettre de vous surveiller chaque fois que vous venez nous rendre visite. Je n'ai pas eu besoin de beaucoup insister pour les convaincre. Le nom de famille a suffi. »
Être un Larkinson avait ses avantages. Même si certaines familles rivales dénigraient leur réputation, les Larkinson n'avaient jamais commis d'excès depuis plusieurs centaines d'années.
« Très bien. Je m'assurerai d'utiliser ce permis la prochaine fois que je viendrai sur cette planète. Comment se passe l'interrogatoire ? »
Le sourire narquois de Melinda se transforma en froncement de sourcils. « Difficile, comme d'habitude. La composante terrestre du MLB est principalement constituée de petits délinquants et de travailleurs lassés. Je suis même pas sûre qu’ils savent compter. La poignée de cadres avait déjà fui ses bases souterraines, lorsque nous avions découvert leur emplacement. »
Le MLB recrutait ses membres parmi la grande masse des ouvriers. Ils travaillaient dur pour parfois pas grand chose. Lorsque les rebelles ont souligné que la République Brillante détournait une grande partie des revenus de la planète, les travailleurs se sont facilement ralliés à leur cause.
« Et les mercenaires ? Leur équipement est beaucoup trop sophistiqué. »
« On est dans une impasse. Ils ont été conditionnés pour devenir des machines à tuer. Les détails de leur mission ont été physiquement effacés de leur cerveau. Ce sont probablement des mercenaires obscurs, qui ont été kidnappés et soumis à un lavage de cerveau pour devenir des pions jetables. »
Au final, la Garde planétaire n'avait rien trouvé. Toute l'affaire avait été classée comme une tentative ratée d'enlèvement et d'assassinat par le Mouvement de Libération de Bentheim.
« On peut y aller maintenant, Melinda ? »
« Bien sûr. N'oublie pas de récupérer ton équipement avant de partir. »
« Ah, encore une chose, cousine. Tu connais un endroit où je pourrais acheter un bon pistolet ? »
Tout le monde se tourna vers Ves. Raella se moqua de lui. « Tu es sûr de vouloir jouer avec une arme à feu ? »
Bien que Melinda, Raella et Melkor n'aient pas été formés comme fantassins, leur formation ne négligeait pas ces domaines. Les pilotes devaient garder leur corps en forme, et graver leurs compétences de combat dans leur mémoire musculaire afin de tirer le meilleur parti de leurs Méchas.
« Je ne cherche pas une arme d'expert. » répondit Ves, en levant les mains comme s'il était un enfant turbulent qui voulait prendre une navette pour faire une virée. « Je veux juste quelque chose qui puisse renverser la vapeur, entre les mains d'un amateur comme moi. »
Bien que Ves ait reçu une formation sur les armes à feu lorsqu'il étudiait la création de Méchas, il ne pouvait pas se considérer comme un expert. Il fallait du talent et de la persévérance, pour devenir un tireur d'élite compétent. Il ne se faisait pas d'illusions en pensant que quelques dizaines d'heures d'entraînement feraient de lui un commando.
« Tu as de l'argent ? »
Il se frappa la poitrine avec le poing. « À qui tu crois parler ? Je suis créateur de Méchas ! »
« Hum. » Melinda tapota son menton du bout du doigt. « Tu devrais aller voir Old Jimmy's. C'est un endroit chic qui personnalise ses armes en fonction des besoins de ses clients. Ils proposent également des armes intelligentes, qui offrent diverses fonctionnalités pratiques, comme l'aide à la visée. Tant que personne ne pirate ton arme, tu es tranquille. Le seul problème, c'est qu'il faut compter plusieurs semaines pour recevoir sa commande. »
L'endroit semblait lui convenir, mais il n'avait pas le temps d'attendre. « Je me contenterai d'une arme générique pour l'instant. »
Tout le monde partit et descendit à l'étage inférieur. Ils récupérèrent leurs communicateurs et leurs armes, et partirent pour le spatioport sous la surveillance attentive de deux Méchas. Ves avait l'impression que la Garde planétaire était contente de le voir partir.
Ils payèrent un supplément pour un passage immédiat vers Cumulonimbia. Les Larkinson durent tout de même passer la nuit à l'hôtel, avant de prendre une navette pour la station spatiale et d'embarquer dans leur vaisseau.
3 jours plus tard, ils arrivèrent enfin à bon port. Alors que leur navette atterrissait dans le vieux spatioport délabré de cette planète rurale, Ves respira profondément l'air de sa planète natale.
« Home sweet home. Je peux enfin me remettre au travail. »
« Espérons qu’on a laissé la plupart de cette folie derrière nous. » remarqua Raella, avant de jeter un regard méprisant à la silhouette pathétique d'Orinoco. « Espérons qu'il y ait de quoi se divertir ici. »
Melkor, quant à lui, restait vigilant. Sa visière bleue scrutait minutieusement chaque recoin. « Cet endroit a plus de 50 ans. Sa sécurité aurait besoin d'être mise à jour. Devons-nous nous méfier de quelqu'un sur cette planète ? »
Ves grimaça à cette question. « Certains politiciens locaux ont un problème avec moi. Ils ne sont pas aussi puissants et scrupuleux que le MLB, mais je préfère me méfier d’eux. »
Ils n'avaient pas l'autorisation de piloter un Mécha, à Cumulonimbia, mais presque personne ne prenait la peine de la demander. Les Baleiniers de Walter exhibaient fréquemment leurs Méchas sans permis. Bien que Ves fût tenté d'ignorer les lois locales et de laisser ses cousins se lâcher, il ne souhaitait pas donner davantage d'arguments à ses ennemis.
Il fit donc un compromis en louant une navette renforcée à Sanyal-Ablin. Ves passa le reste du voyage à expliquer ce qu'il avait appris sur les Colombes Blanches et les Verts, et ce à quoi ils devaient faire attention. Il insista surtout sur sa relation avec les Baleiniers.
« Tu n'as pas peur qu'ils finissent par te mordre dans la main ? » demanda Melkor, d'un ton menaçant. Les gangs comme celui-ci ne faisaient généralement pas long feu. Quand ils tombaient, leur soutien tombaient aussi. « Tu sais bien que notre famille n'aime pas fréquenter ce genre de personnes. »
« On est pas à Rittersberg. Les Larkinson n'ont aucune influence ici. Je n'ai peut-être pas grand-chose en commun avec eux, mais nous partageons certains intérêts. Cela suffit pour croire en leur sincérité. »
Même si Melkor trouvait que c'était une mauvaise idée, il ne discuta pas. C'était Ves qui menait, maintenant. Il pouvait prendre toutes les mauvaises décisions qu'il voulait tant qu'il était prêt à en assumer les conséquences.
Une fois arrivés à son atelier, tout le monde poussa un soupir de soulagement. Les murs solides, les tourelles menaçantes, et les robots de sécurité ultramodernes de son atelier impressionnèrent ses cousins.
« Cette installation doit coûter très cher. »
« Pas autant que d'engager un Mécha pour monter la garde. C'est ce dont vous serez chargés, tous les deux. » Ves prit un ton plus ferme maintenant qu'il était de retour chez lui. « Je ne m'attends pas à ce que vous montiez la garde en permanence, mais vous devez au moins être prêts à sauter dans un cockpit pour répondre aux urgences. Je vous laisse régler les détails entre vous. »
L'attaque précédente avait clairement montré que Ves était confronté à des menaces très réelles. Il pouvait au moins compter sur Melkor pour prendre son travail au sérieux. Avec eux deux surveillant Raella comme des faucons, elle ne pourrait pas non plus traîner les pieds.
« Il y a quelqu'un ?! »
Carlos arriva rapidement. Depuis le départ de Ves pour Rittersberg, son ami s'était laissé pousser la barbe. Cela lui donnait un air un peu plus mature, même si Ves devait s'habituer à son nouveau look.
« Laisse-moi te présenter mes cousins. Ils sont tous deux pilotes de Méchas qualifiés et, avec un peu de chance, ils patrouilleront avec leurs Méchas. »
« Oh, ravi de vous rencontrer ! » Son fabricant sourit, et leur serra la main. Ils discutèrent un peu, mais se rendirent compte qu'ils n'avaient rien en commun, à part leur intérêt pour les Méchas. Il se tourna alors vers son employeur. « Patron, j'ai réussi ! Je me suis entraîné dur pendant ton absence, et j'ai réussi à faire passer mon taux de réussite à 99 % ! »
« C'est une excellente nouvelle ! » Ce pourcentage soulagea Ves. Carlos n'avait pas chômé. « J'ai déjà pris les dispositions nécessaires avec ma courtière. Tu seras désormais chargé de traiter les commandes du Mark II Label Argent. Pour l'instant, je superviserai ton travail de près. »
Une fois que Carlos aurait fait ses preuves, Ves avait l'intention de le laisser travailler sans le surveiller. Il avait ses propres projets à mener à bien, dont le plus urgent attendait son attention depuis un certain temps déjà.
Alors que ses cousins s'installaient lentement, Ves commença à s'occuper de sa paperasse. Il appela Calsie pour organiser une réunion. Ves risquait de se ridiculiser, s'il s'adressait lui-même aux autorités locales. Calsie devrait certainement pouvoir l'aider à demander un permis pour les Méchas et à enregistrer une société.
« Je préparerai le terrain dans la soirée. » dit-elle d'une voix enjouée, dans son communicateur.
« Bien. À demain, alors. »