Chapitre 1 490
« Tout ça a l’air très bien, mais j’ai l’impression qu’il manque quelque chose, commenta Gavin après que Ves lui eut expliqué son concept de mécha. Comparé à tes modèles précédents, le mécha économique que tu veux concevoir a l’air… générique. Il lui manque cette touche distinctive qui caractérise tes produits.
Je sais qu’il est difficile de se démarquer dans la catégorie des méchas économiques, mais tu devrais vraiment trouver un moyen de faire sortir ton produit du lot. »
Ves posa le menton sur son poing et réfléchit. « Je sais, Benny. Je veux concevoir un mécha simple et abordable. Ça ne me laisse pas beaucoup de marge de manœuvre. Ça fait des jours que j’essaie de trouver comment rendre mon mécha tireur unique dans l’une des catégories de produits les plus saturées du marché. Pour l’instant, je ne peux compter que sur ma spécialité.
— À ce propos… Tu te souviens du problème auquel la LMC est confrontée chez nous ?
— Mes méchas ne lavent pas le cerveau de mes clients ! Ils les aiment, c’est tout ! Ce n’est pas un crime !
— On dirait exactement le principal coupable de l’Affaire Farund. Tu ressors la même excuse !
— C’est différent ! L’Affaire Farund impliquait littéralement de modifier le cerveau des pilotes de mécha. Mes méchas ne font rien de tel ! La MTA peut attester que leurs interfaces neuronales sont tout à fait standard et n’ont subi aucune modification !
— C’est ce que l’entreprise répète au public, encore et encore, mais tu sais comment sont les gens. Les rumeurs et les théories du complot ont plus de poids que les faits et l’avis des experts. »
Tous deux accueillirent ces paroles avec contrariété. Ils avaient beau détester cette tendance, c’était dans la nature humaine.
Les entreprises exploitaient sans cesse les émotions et les préjugés de leurs clients pour leur soutirer autant d’argent que possible.
La LMC pouvait difficilement se plaindre d’être à son tour victime de l’irrationalité humaine !
« Je pense que c’est au résultat qu’on juge l’arbre, finit par dire Ves. Tant que mes méchas continueront à bien se comporter au combat, je pense qu’une bonne partie du marché finira par se méfier moins de mes produits. Une partie des clients restera toujours opposée à la LMC. Ce n’est pas grave. Tant qu’il nous restera assez de clients réceptifs à notre marque, nous vendrons beaucoup de méchas. »
— Il faut aussi que ton mécha trouve son public sur d’autres marchés.
Ves esquissa un sourire en coin. « Je pense qu’on peut au moins compter sur le Protectorat d’Ylvain pour en acheter en masse. »
Il n’avait plus eu de contact avec cet État religieux depuis que les trois dynasties dirigeantes l’en avaient expulsé, mais son influence n’avait pas pour autant diminué. Les réformes qu’il avait lancées se poursuivaient à bon rythme. Personne n’avait oublié le Martyr Lumineux, surtout depuis que les six Messagers transcendants résonnaient si efficacement avec leur foi.
« Martyr Lumineux ou pas, le Protectorat d’Ylvain n’adoptera vraiment ton mécha que si tu l’adaptes à ses goûts. »
« Ne t’inquiète pas. Une fois le modèle de base achevé, il ne me faudra pas beaucoup d’efforts pour créer une variante que nous pourrons commercialiser exclusivement auprès des Ylvainiens. »
Ves préférait confier cette tâche à d’autres, mais il n’avait aucun subordonné en qui avoir confiance pour faire du bon travail. Son projet précédent, qui consistait à recruter un concepteur de méchas ylvainien pour créer des variantes de son modèle de base, était au point mort.
Recruter des concepteurs de méchas compétents, qualifiés et obéissants était bien plus difficile qu’il n’y paraissait !
« Si tu conserves ton style de conception actuel, je pense que ton travail se vendra aussi bien que tes modèles précédents sur la plupart des marchés étrangers, prédit Gavin. Nous n’y sommes de toute façon pas très présents, alors il ne nous faudra pas grand-chose pour dépasser nos ventes actuelles. »
« Vendre mes nouveaux méchas à l’étranger, c’est bien, mais je ne verserai pas de larmes si ce n’est pas possible. Ma priorité, c’est le marché des méchas de la République Lumineuse. Tous les autres marchés passent après. »
Ves savait que la plupart de ses modèles de méchas avaient un attrait universel. C’était une qualité qu’il avait développée depuis le début.
Malgré tout, il ne voulait pas s’écarter des principes de conception lumineux dans le but malavisé de rendre son mécha tireur plus polyvalent.
Après une longue discussion, Ves recueillit de nombreux avis ainsi que quelques conseils et suggestions. Parler avec Gavin l’aidait toujours à mieux comprendre comment ses méchas pourraient se vendre.
Cependant, son assistant ne pouvait pas résoudre tous les problèmes. Ves devait en régler certains lui-même ou avec ses collègues concepteurs de méchas.
Les premières critiques formulées par Gavin continuèrent de le préoccuper après le départ de son assistant des quartiers. Ves s’adossa à son fauteuil et chercha comment transformer un concept de mécha générique en une vision séduisante.
« Chacun de mes modèles de méchas s’articule autour d’un thème qui lui donne une personnalité unique. »
Le Blackbeak incarnait l’agressivité et la renaissance. Le Seigneur de Cristal aspirait au pouvoir et à la domination. Le Titan de l’Aurore représentait la défense et la protection.
Même sans le Facteur X, les caractéristiques générales de ses œuvres précédentes reflétaient déjà leurs forces.
« Le cœur d’un mécha s’accorde avec ses forces. »
Puisqu’il n’avait pas encore trouvé le cœur de son prochain modèle, il devait d’abord en examiner les forces pour définir son concept.
Quelles étaient donc les forces de son prochain mécha ?
« Bon marché. Facile à piloter. Facile à produire. Facile à entretenir. Spécialisé dans la lutte contre les hommes des sables. Et euh… quoi d’autre ? »
Ça ne semblait pas bien extraordinaire, mais Ves avait déjà travaillé sur pire. Le Protecteur Endurant lui vint à l’esprit.
Ce qui le gênait dans cette liste de qualités, c’était qu’elles paraissaient toutes assez peu convaincantes. Il était difficile de se vanter d’avoir conçu un mécha bon marché et facile à utiliser, offrant un rapport qualité-prix intéressant contre les flottes d’hommes des sables !
« Au moins, avec le Blackbeak, je peux souligner qu’il est adapté aux engagements de longue durée, marmonna-t-il. Mais pour mon prochain mécha tireur, qu’est-ce que je suis censé dire ? Que mon mécha est la meilleure chair à canon du marché ? Ça ne passera pas. »
Ves devait présenter son nouveau modèle sous un jour favorable sans en dénaturer les qualités fondamentales. Les forces qu’il avait énumérées resteraient les principaux arguments de vente de son prochain produit.
Il eut beau faire appel à son imagination débordante, aucune idée convaincante ne lui vint. Ves estima qu’il avait assez travaillé sur son projet et qu’une pause lui permettrait de trouver l’inspiration.
Il fronça les sourcils et se massa le front. « Même si je dois concevoir mon mécha tireur le plus vite possible, je ne peux pas précipiter le processus créatif. Je dois définir une vision solide avant de passer aux étapes suivantes. Si je pars sur de mauvaises bases, tout le reste de mon travail partira de travers. Je ne peux pas laisser ça arriver ! »
Comme il mettait temporairement son projet de côté, Ves chercha d’autres moyens de s’occuper. Ses pensées se tournèrent rapidement vers un danger latent qu’il négligeait depuis quelques jours.
« Je n’ai toujours rien fait au sujet du Sarcophage Ancien, marmonna-t-il.
Finlay avait dépensé l’équivalent de vingt milliards de crédits pour obtenir l’objet nº 1255 en son nom. Le fait qu’il repoussât depuis si longtemps son enquête sur le cercueil de cristal rouge devenait ridicule !
« Je ne peux pas fuir mes peurs éternellement ! »
L’appréhension que lui inspirait le Sarcophage Ancien n’avait cessé de croître pendant qu’il travaillait à son dernier projet. Comme il l’avait prévu, il lui était de plus en plus difficile d’envisager d’examiner cet étrange artefact extraterrestre.
« Je manque de temps. Si je continue à tergiverser, je finirai par ne plus réussir à m’approcher de ce cercueil ! »
Quelque chose d’étrange se produisait ! Ves ne croyait pas que cette peur psychologique fût apparue spontanément. Il soupçonnait fortement le Sarcophage Ancien d’influencer délibérément son état d’esprit !
« Est-ce pour ça que ses anciens propriétaires l’ont mis aux enchères ? se demanda-t-il. En temps normal, rares sont les chasseurs de trésors qui accepteraient de se séparer d’une trouvaille aussi extraordinaire. »
Ves avait beau éprouver des peurs comme tout le monde, il accordait aussi de la valeur à son courage. Depuis quand laissait-il un risque inconnu l’empêcher de chercher à obtenir de plus grands bénéfices ? Son attitude actuelle envers le Sarcophage Ancien ne correspondait pas à son état d’esprit habituel !
Ves abattit le poing sur son bureau. « C’est décidé ! Je commence mon enquête aujourd’hui ! Fini de tergiverser ! »
Il se leva, prit Lucky dans ses bras et quitta aussitôt ses quartiers, Nitaa sur ses talons en silence. Il se hâta vers le coffre-fort du Barracuda et y entra après avoir franchi tous les dispositifs de sécurité.
Une fois à l’intérieur, il se tourna vers Nitaa. « Ce que je m’apprête à faire pourrait être dangereux. Essaie de ne pas intervenir, sauf si j’appelle à l’aide ou si mon état devient vraiment inquiétant, compris ? »
Sa garde du corps n’avait pas l’air ravie. « Si vous comptez examiner le Sarcophage Ancien, je vous recommande vivement d’attendre. Il n’y a pratiquement personne à bord du Barracuda qui puisse vous aider si quelque chose tourne mal. Nous n’avons pas de médecin, et c’est le strict minimum pour pouvoir parer aux accidents. »
« Je ne peux pas attendre aussi longtemps. » Ves agita la main d’un geste désinvolte et se détourna. « Et puis, si je me blesse pendant cette enquête, un médecin ne pourra pas soigner mes blessures. »
Ves était convaincu que son enquête se jouerait sur le terrain spirituel.
Dans ce cas, il devait s’en remettre à des moyens spirituels pour réussir. Avant de sortir le Sarcophage Ancien, il sortit d’abord son coffre-fort spirituel.
À l’intérieur se trouvait une pierre P dans laquelle il avait commencé à déverser chaque jour son surplus d’énergie spirituelle. Après plusieurs jours d’accumulation, elle contenait une réserve de secours convenable dans laquelle Ves pourrait puiser si ses propres forces venaient à manquer.
À côté de la pierre P, il sortit aussi de son coffre-fort son unique pierre F. Il s’était abstenu de faire quoi que ce soit avec cette pierre F, car il n’en possédait qu’un seul échantillon, fait d’un matériau exotique réactif à l’énergie spirituelle.
Sa capacité à renforcer son énergie spirituelle en lui conférant une charge et un attribut offensif supplémentaire pourrait lui être utile si les choses tournaient mal.
Enfin, il sortit le Sarcophage Ancien, qui se trouvait pour l’instant dans un conteneur. Ves transporta tous les objets qu’il avait sortis du coffre-fort jusqu’au laboratoire du Barracuda.
Une fois sur place, Ves sortit le Sarcophage Ancien de son conteneur et le plaça dans une chambre blindée.
Avec sa pierre P, sa pierre B et sa pierre F à portée de main, Ves estima qu’il avait préparé suffisamment d’outils pour l’opération à venir.
Après avoir échangé un long regard avec Nitaa, Ves s’installa sur sa chaise, Lucky flottant non loin de lui, puis se concentra.
Dès qu’il eut trouvé le bon état d’esprit, il se mit à observer le Sarcophage Ancien avec sa vision spirituelle.
Il lui parut toujours aussi brillant, chaleureux et actif. Ves ne percevait aucune activité accrue depuis la dernière fois, mais sa peur inexplicable de l’étrange objet venait soudain de s’intensifier.
Plus il regardait le cercueil, plus son intuition sonnait l’alarme.
Quelque chose d’incroyablement dangereux reposait dans le cercueil ! Ves risquait de le regretter s’il essayait d’y jeter un coup d’œil !
« Ah, et puis zut ! Je suis un Larkinson ! Je n’ai jamais eu peur de prendre un petit risque ! Allons-y ! »
Au lieu de laisser ses craintes et ses doutes entamer sa détermination à examiner le Sarcophage Ancien, il se décida et projeta une puissante Projection spirituelle en direction de l’objet extraterrestre.
Le seul moyen de vaincre la peur de l’inconnu était d’arracher son voile de mystère et de faire la lumière sur la vérité !
Dès que sa Projection spirituelle entra en contact avec le cristal rouge, Ves eut aussitôt la sensation familière de s’enliser dans un marécage. Le matériau extérieur du cercueil de cristal lui rappela la sensation trouble qu’il éprouvait en essayant de faire passer sa Projection spirituelle à travers une fine couche de pierre B.
Pourtant, contrairement à une véritable pierre B, le cristal rouge ne bloquait pas aussi efficacement l’énergie spirituelle.
Sa Projection spirituelle continua de s’enfoncer dans le cristal rouge. Plus elle avançait, plus Ves percevait une sensation spirituelle désagréable.
Bien que le matériau cristallin atténuât considérablement ses sens spirituels, il détecta tout de même quelque chose qui commençait à remuer au plus profond…