Chapitre 1 477
Finlay proposa à Ves un moyen de le contacter, lui ou la faction qui le soutenait. Bien sûr, il ne lui communiqua ni adresse de communication ni aucune autre information susceptible de révéler sa véritable identité.
À la place, Finlay lui transmit une prétendue adresse de l’Ombre. Il s’agissait d’un code d’identification unique que Ves pouvait utiliser pour envoyer un message à Finlay par l’intermédiaire du réseau des Courriers de l’Ombre.
Les gens avaient recours aux adresses de l’Ombre lorsqu’ils ne voulaient pas que leur véritable identité soit associée à leurs affaires louches.
Par exemple, si un noble sentinelle demandait la livraison d’un lot de missiles nucléaires, il n’allait pas dire au vendeur de livrer le lot à « Lady Miralix de la Maison Laterna, sur Felixia I », ou quelque chose du genre !
À la place, Lady Miralix lui aurait transmis son adresse anonyme de l’Ombre, qui aurait simplement indiqué des lieux de livraison précis, entre autres. Le but d’une adresse de l’Ombre était d’offrir une protection de l’identité si complète que même les Courriers de l’Ombre ignoraient le véritable nom des personnes qui se dissimulaient derrière ces adresses !
Finlay possédait une adresse de l’Ombre, mais pas Ves. Jusqu’alors, toutes ses transactions avec les Courriers de l’Ombre s’étaient faites sous sa véritable identité, ce qui constituait une vulnérabilité à laquelle il devait remédier au plus vite !
« Y a-t-il un moyen d’obtenir une adresse de l’Ombre ici ? »
« Bien sûr ! Les Courriers de l’Ombre tiennent une agence entière dans le marché. Je peux vous indiquer le chemin, si vous le souhaitez. Je vous accompagnerai pour ajouter votre adresse de l’Ombre à notre liste. »
Tous quittèrent l’entrepôt, mais pas avant que Ves eut organisé le transfert de ses nouvelles acquisitions. Il fit déplacer ses pierres P, l’échantillon de Synthra Umbra, l’objet n° 613 et l’objet n° 1255 dans un autre lot d’entrepôt. Il organiserait leur expédition hors du marché plus tard.
Ensuite, ils se rendirent à l’agence des Courriers de l’Ombre, où Ves enregistra une nouvelle adresse de l’Ombre pour son identité de « Rho-Sigma ».
L’enregistrement d’une adresse de l’Ombre se révéla bien plus compliqué que Ves ne l’avait imaginé, mais, pour l’instant, il ne fit enregistrer que des moyens virtuels de le contacter. Si quelqu’un souhaitait faire livrer des marchandises physiques à son adresse de l’Ombre, les Courriers de l’Ombre devraient d’abord le contacter par voie virtuelle afin de convenir d’un lieu de dépôt précis.
Une fois la nouvelle adresse de l’Ombre de Rho-Sigma enregistrée, Finlay prit rapidement congé de Ves.
« J’aimerais rester un peu, mais nous allons bientôt passer à l’action, maintenant que vous nous avez fourni la pièce maîtresse du puzzle. Ce fut un plaisir de travailler avec vous. Si nous avons de nouveau besoin de services comparables, nous saurons à qui nous adresser. N’hésitez pas à nous contacter si vous avez besoin de quoi que ce soit de semblable à ce que vous avez obtenu aujourd’hui. »
« Je n’y manquerai pas. »
Maintenant qu’ils savaient comment se joindre, Finlay quitta l’agence des Courriers de l’Ombre. Ves regarda le noble déguisé s’éloigner, un peu étonné que tout se soit si bien passé.
Il s’était toujours attendu à ce que quelque chose tourne mal en chemin. L’accord qu’il avait conclu avec Finlay impliquait non seulement une somme d’argent incroyable, mais portait aussi sur quelque chose dont tout abus attirerait à coup sûr les foudres de l’AMT !
À la place de Finlay, il aurait cherché un moyen de faire taire toutes les personnes impliquées, si possible.
Pourtant, la réalité était tout autre. Finlay et ses supérieurs n’avaient jamais essayé de rouler Ves. Peut-être qu’un compagnon sans scrupules, mais compétent, valait plus qu’il ne l’aurait cru !
Bien que Ves n’eût adopté son identité de Rho-Sigma que récemment, celle-ci était très prometteuse. Tant que personne, pas même les Courriers de l’Ombre, ne saurait qui se cachait derrière cette couverture, Ves pourrait encore en tirer profit à l’avenir !
Cette identité était bien plus sûre et anonyme que celle de Rabant Clearwater, qu’il avait autrefois fabriquée à la va-vite.
« Une adresse de l’Ombre, c’est bien plus sûr. »
Il devait toutefois rester prudent. Ves jugea préférable de retourner auprès de Calabast pour approfondir cette idée avec elle. S’il tentait de s’en charger seul, il risquait de révéler sa véritable identité en chemin.
Ves ne pouvait s’empêcher de se méfier davantage des Courriers de l’Ombre. Leur réseau s’étendait à tout le Secteur stellaire de Komodo, et au-delà.
Ils fournissaient des services de messagerie fiables et discrets, sous le nez des autorités. Ves avait du mal à comprendre comment les Courriers de l’Ombre avaient réussi à survivre sans se faire démanteler.
Avaient-ils réussi à soudoyer un conseiller de l’AMT, ou quelque chose du genre ? Les Deux Grands intervenaient-ils plus directement dans leurs activités ? Et si le Pacte des Cinq Parchemins se cachait derrière les Courriers de l’Ombre ?
D’autres questions sans réponse lui tourmentaient l’esprit. Ses doutes grandissants à l’égard des Courriers de l’Ombre avaient quelque peu refroidi son enthousiasme à travailler avec eux. Il reconnaissait qu’il pouvait tirer un grand profit de leurs services, mais ne devait jamais devenir trop dépendant d’eux !
Il était certain que Calabast partagerait son avis !
« Allons-y », dit-il à Nitaa.
Tous deux quittèrent l’agence peu après et retournèrent à l’entrepôt où ils avaient stocké leurs marchandises.
« Nous avons terminé ici. J’ai obtenu ce que je cherchais. Maintenant, il faut partir avec nos marchandises. »
« Ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air, répondit Nitaa. Faire sortir ces marchandises du marché, puis de la planète, demandera beaucoup d’efforts. »
« C’est bien pour ça qu’on a des contrebandiers, non ? Il suffit de s’assurer que notre cargaison ne soit pas volée. »
Bien que sa mère fût déjà partie, Ves craignait toujours que quelqu’un ne lui dérobe ses marchandises excessivement coûteuses. Le Cercle de Mota n’entreprendrait peut-être rien de son propre chef, mais on ne pouvait pas en dire autant des visiteurs !
Des gens de tous horizons fréquentaient le marché temporaire. De nombreux chefs pirates et mercenaires sans scrupules s’y rendaient souvent. Qui savait si certains d’entre eux avaient essayé de découvrir où étaient passées les marchandises vendues aux enchères pour des sommes fabuleuses, et quand elles seraient expédiées ailleurs ?
L’interception de cargaisons précieuses était l’une des activités les plus courantes des pirates !
Même si cela se produisait surtout au beau milieu de l’espace profond, Ves ne pouvait exclure qu’un groupe de pirates ait l’intention de suivre sa cargaison et de l’attaquer en chemin, dans un tunnel isolé !
« Trouvons un moyen sûr et fiable d’expédier mes marchandises depuis cet endroit, dit Ves. Grâce à la faveur de Finlay, j’ai un surplus de firthals. Autant dépenser sans compter pour garantir la livraison. »
Heureusement, Ves n’était pas le seul à s’inquiéter de ce problème. Le Cercle de Mota gérait une vaste entreprise de contrebande interne qui offrait des garanties absolues, moyennant finance.
Le prix ne préoccupait pas Ves. Comme il lui restait tant de firthals, il paya sans hésiter pour l’un des services de livraison les plus complets.
Il dut débourser plus de 50 millions de firthals pour transporter quelques marchandises, mais l’assurance efficace qu’il obtenait en valait la peine ! Pour des marchandises dont la valeur totale dépassait les 30 milliards de crédits brillants, payer quelques frais de « protection » n’avait rien d’une mauvaise idée !
« Aucun pirate ne viendra détourner ma cargaison, n’est-ce pas ? » demanda Ves au représentant du Cercle pendant qu’ils signaient le contrat d’expédition.
Le représentant lui adressa un sourire rassurant. « N’ayez crainte, monsieur. Nous n’avons jamais échoué à expédier des marchandises dans le cadre de ces conditions. Les pirates savent qu’il vaut mieux ne pas toucher à ce qui appartient à notre Cercle. Vous avez pris la bonne décision. En cas de problème, nous vous indemniserons pour vos pertes. »
« Parfait. »
Ves soupçonnait le Cercle d’entretenir un racket dans le milieu de la contrebande. Il ne serait pas étonné d’apprendre qu’ils étaient de mèche avec les pirates qui interceptaient les cargaisons entre le marché et la surface !
Une fois les derniers préparatifs achevés, Ves fut enfin libre.
« J’ai accompli tous les objectifs que je m’étais fixés ici, sauf un. Tu crois qu’on vend de la nourriture ? »
L’imposante armure de Nitaa bougea. « On vend de tout, ici. Il doit forcément y avoir un endroit où vous pourrez trouver ce que vous cherchez. »
« Même après avoir payé cette expédition coûteuse, il me reste beaucoup de firthals. Voyons si je peux dépenser le reste pour quelque chose d’utile. »
Tous deux parcoururent le marché extérieur à la recherche de marchandises intéressantes et d’autres occasions. Ves s’employa surtout à trouver des épices de geril et la source de ce produit si particulier.
Malheureusement, Ves ne trouva aucune trace d’épices de geril dans le marché. Seuls quelques stands de nourriture et restaurants avaient ajouté à leur menu des chiens de Nyx épicés, et seule la moitié d’entre eux employaient de véritables épices de geril !
Quant aux cuisiniers qui suivaient la recette authentique des chiens de Nyx épicés, ils n’avaient tout au plus que quelques sachets d’épices de geril !
« Où vous procurez-vous vos épices de geril ? » demanda Ves à un cuisinier de rue, tout en exerçant une légère pression spirituelle.
« M-Mon patron ! Ce stand de nourriture ne m’appartient pas ! Je ne suis qu’un employé ! »
Ves grogna de dégoût et s’en alla.
« Vous aurez plus de chances en vous adressant directement au Cercle, dit Nitaa en se calant sur son pas. Il se pourrait même qu’il soit le principal distributeur d’épices de geril dans l’espace civilisé. »
« Laisse tomber. De toute façon, j’en ai assez pour tenir un moment, et je pourrai toujours m’en procurer davantage grâce aux liens que je viens de nouer avec Finlay. »
La Faille Nyxienne recelait d’innombrables secrets, et Ves n’en avait effleuré que la surface. Au vu de tout ce qu’il avait entendu jusqu’ici, il ne considérait plus la Faille Nyxienne comme une vaste zone d’espace anormal.
Elle ressemblait plutôt à un secteur stellaire ou à une région stellaire entièrement distincte !
« Qu’est-ce que tu en penses ? » demanda Ves en balayant du regard les rues paisibles, mais animées, du marché souterrain.
« L’endroit est florissant. »
« C’est étrange, tu ne trouves pas ? Le Royaume Sentinelle aurait dû prendre le contrôle de cet endroit en quelques jours. Pourtant, le Cercle de Mota continue tranquillement de réunir Sentinelles et pirates. »
« Les puissances légales et illégales de la galaxie ne sont pas si différentes, monsieur. L’ombre et la lumière sont interdépendantes. Je dirais même que c’est l’une des adaptations de notre espèce qui nous a permis de conquérir la galaxie. Nous respectons les règles quand elles nous sont utiles, mais nous les enfreignons quand elles deviennent un obstacle. »
« C’est étonnamment perspicace de ta part. Tu as trouvé ça toute seule ? »
« Non. Mon ancienne organisation me l’a appris. Pour accomplir nos missions, nous devons être prêts à tout. »
« Je vois. Tu crois que le Cercle partage les mêmes valeurs que ton ancienne organisation ? »
« Pas vraiment. Ils étaient moins… marchands. Le Cercle se préoccupe davantage de commerce et d’échanges. Je ne distingue aucun objectif particulier dans ses activités. »
« Ce n’est pas parce que tu ne vois rien que le Cercle reste forcément inactif. Tout le monde a un objectif. Mais n’en parlons plus. Ce n’est pas une bonne idée de remettre le Cercle en question alors que nous sommes en plein cœur de l’un de ses sites protégés. »
Ves passa le reste de la journée à essayer de trouver quoi que ce soit sur les épices de geril, mais échoua lamentablement.
Il était déçu d’avoir laissé passer sa dernière occasion de découvrir plus d’informations sur ce produit particulier de la Faille Nyxienne, mais ne voulait pas s’attarder indéfiniment.
Ves et Nitaa quittèrent le marché par le même chemin qu’à l’aller. Ils montèrent à bord d’une navette blindée exploitée par un intermédiaire, laquelle emprunta vraisemblablement un labyrinthe de tunnels.
Après avoir changé plusieurs fois de navette, ils finirent par réapparaître à la surface de Cinach VIII.
Une fois sur place, tous deux regagnèrent discrètement leur hôtel, abandonnant leur tenue de l’Ombre en chemin.
Pour ne laisser aucune trace, Ves loua un atelier délabré auprès d’une organisation douteuse et détruisit lui-même les éléments de son déguisement en les brûlant dans le four le plus puissant à sa disposition.
Ce n’est qu’alors qu’il se sentit assez en sécurité pour retourner à son hôtel, puis quitter Cinach VIII dans les règles !