Chapitre 147
Chapitre 147
Chapitre n°147 – Détour
Traducteur/Checker : SP76
Ves voulait laisser son empreinte dans l'ère des Méchas. La Living Mech Industries incarnait à la fois ses arguments de vente et ses aspirations. Le nom pouvait sembler un peu fade, mais sa signification ouverte laissait beaucoup de place à l'interprétation.
Plus important encore, ce nom correspondait également à sa philosophie naissante. Peu importe le nombre de créateurs de Méchas qui avaient déjà approché le secret du Facteur X, Ves souhaitait définitivement tracer sa propre voie.
Après avoir terminé sa discussion avec Marcella, Ves quitta son bureau et retourna dans le hall d'entrée. Lucky jouait avec une plante en pot. Raella et Melkor se tenaient à côté, admirant les images promotionnelles projetées sur les côtés. Elles montraient toutes plusieurs modèles en action. Ves vit même des images d'archives du Mark I en action.
« C'est ton Mécha ? » demanda Raella avec curiosité.
Il acquiesça fièrement. « C'est ma toute première vente, en fait. J'ai créé le variant et je l'ai entièrement fabriquée moi-même. Personne ne m'a aidé pendant tout le processus. Récemment, j'ai même mis à jour son modèle. Le Mark II est une amélioration complète, par rapport à son prédécesseur. »
Ses cousins étaient visiblement impressionnés. Il s'avéra qu'ils n'avaient jamais entendu parler de Ves et de ses exploits auparavant. Raella avait consacré toute sa vie aux arènes, tandis que Melkor avait probablement servi dans une unité militaire.
Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'ils réalisèrent à quel point Ves était devenu important. La capacité de créer et de construire son propre Mécha impressionna les deux pilotes. Pour eux, tout le processus ressemblait à de la sorcellerie.
Ves avait l'impression d'être un sorcier exhibant une boule de feu devant une foule de chevaliers. Même si ces derniers auraient pu facilement briser le corps du sorcier en deux, le spectacle impressionnant les retenait. La magie du sorcier dépassait leur compréhension limitée.
Pour la première fois depuis qu'ils avaient rejoint son entreprise, les deux le regardaient avec respect. Raella ne cachait jamais ses émotions, c’était donc son humeur qui changea le plus.
Quant à Melkor, il devait déjà connaître Ves, pour avoir lu un rapport. La visière qui lui cachait la moitié du visage empêchait également quiconque de déterminer son attitude. Grâce à sa perception et à son intelligence accrues, Ves perçut néanmoins quelques signes encourageants.
« Retournons maintenant au spatioport. Nous avons un vol à prendre. »
« Oh, est-ce vraiment nécessaire ? » supplia soudain Raella. « Cet endroit est beaucoup plus animé que je ne le pensais ! Je veux visiter toutes les boutiques de Mécha et voir les athlètes locaux en action ! »
Bien que Ves ait initialement prévu de partir dans quelques heures, Raella le convainquit de les emmener passer la journée dehors. Il n'était peut-être pas juste que la famille les oblige à accompagner Ves. Pour des citadins privilégiés comme eux, une planète rurale comme Cumulonimbia devait être un endroit ennuyeux. Raella, en particulier, ne serait pas capable de supporter le changement.
« Allons au centre-ville, alors. Les boutiques de Méchas et les chaînes de magasins les plus chics se trouvent toutes là-bas. »
Ves héla un aérocar et tous trois montèrent à bord du véhicule. Après avoir entré l'adresse, le véhicule s'éleva dans les airs, et rejoignit le trafic ordonné.
Ves s'assit à l'avant, tenant Lucky dans ses bras, tandis que Raella et Melkor s'assirent à l'arrière et discutèrent des mérites des équipes locales de Bentheim.
Raella préférait les Poings de Velours, l'équipe phare de Dorum. Ils affrontaient souvent les Chanceliers d’Argent et s'en sortaient bien. Les Poings de Velours se distinguaient par leur flamboyante capitaine.
Quant à Melkor, il respectait une équipe prometteuse, appelée les Singes Huilés. Basée dans la ville fortement industrialisée de Haston, cette équipe financée par la communauté bénéficiait d'un large soutien local. Elle avait réussi à recruter quelques talents locaux, et s'était fait un nom au fil des ans.
« Je ne m'intéresse pas beaucoup aux équipes locales. » répondit Ves, lorsque Raella lui a demandé qui il soutenait. « Bentheim n'est pas ma maison. J'ai passé beaucoup plus de temps à Rittersberg, en fait. Ma vraie maison, c'est Cumulonimbia. C'est juste dommage que la planète ne soit pas assez riche pour financer une équipe. »
Ils n'en avaient tout simplement pas les moyens. Les consortiums agricoles détenaient la majorité des ressources de la planète. Compte tenu de leurs origines, la dernière chose qu'ils souhaitaient était d'encourager la création de nouveaux Méchas.
Alors que Raella commençait à expliquer les mérites de ses équipes préférées, Melkor leva la main.
« On est pas censés nous diriger vers le centre-ville ? Pourquoi notre aérovoiture s'en éloigne-t-elle ? »
Son interruption soudaine surprit Ves. Il ne prêtait jamais attention à leur environnement. Lorsqu'il colla son visage contre la vitre, il constata avec consternation que leur aérovoiture avait inexplicablement fait demi-tour. Au lieu de boutiques et de lumières clignotantes, il ne voyait que des ateliers, des usines, et des entrepôts d'apparence morne.
« Ce n'est pas bon ! Notre voiture vole au-dessus du quartier industriel ! Nous ne sommes pas censés nous approcher de cette zone ! »
Raella sortit instantanément un pistolet laser qu'elle avait préalablement caché dans son manteau. « Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi quelqu'un te poursuit-il, Ves ? On est en train d'être kidnappés ou quelque chose comme ça ? »
« C'est possible. Je n'aurais jamais pensé que quelqu'un serait assez fou pour déclencher quelque chose à Bentheim. » répondit Ves, en se tenant le menton.
Qui cela pouvait-il être ? Le Mouvement de libération de Bentheim ? Le Pacte des Cinq parchemins ? La dynastie Gauge ? La famille Ricklin ? Ves s'était fait trop d'ennemis, ces derniers temps. Il ne pouvait pas déterminer qui le visait pour le moment. Il avait besoin de plus d'informations, mais il devait d'abord résoudre cette crise actuelle.
Alors que tout le monde essayait encore de réprimer sa panique, Melkor tendit la main et appuya sur un bouton rouge bien visible. « Je ne m'y connais pas beaucoup en voitures volantes, mais elles devraient toutes être équipées d'un système de commande manuelle. »
La voiture n'avait pas changé de cap. Les saboteurs avaient désactivé le bouton.
« Qu’est-ce qu’on fait ?! » La seule femme à bord paniqua. Elle brandit son communicateur, et tenta de contacter les services d'urgence. « Mon communicateur est bloqué ! Je n'ai pas de signal ! »
« Pareil pour moi. »
« Attendez ! Je pense pouvoir réparer ça ! »
Depuis ses dernières aventures, Ves avait pris l'habitude d'emporter une boîte à outils miniature. Qui savait quand il pouvait avoir besoin de réparer quelque chose. Il sortit un outil multifonctions, et démonta rapidement la console devant son siège. Ils se retrouvèrent face à un labyrinthe déroutant de fils et de composants électroniques.
« Tu sais comment pirater cette voiture volante ? » demanda Raella, dubitative.
« Je comprends certains des composants, mais je ne suis pas spécialisé dans les véhicules volants. » Ves secoua la tête. Même s'il pouvait manipuler le pilote automatique ou l'altimètre, il risquait aussi de provoquer un crash. « Lucky, peux-tu jeter un œil et voir s'il y a quelque chose de suspect à l'intérieur ? »
Le chat miaula à sa demande, et passa rapidement la tête à l'intérieur. Ses cousins regardèrent son animal de compagnie avec un peu de scepticisme. « C’est pas un animal mécanique ? Je croyais qu'ils étaient équipés d'une intelligence artificielle de bas niveau. »
« Lucky n'est pas un de ces animaux de compagnie bas de gamme produits en série. Il est beaucoup plus intelligent que n'importe quel autre animal artificiel, et il réserve également quelques surprises. »
Le chat lui avait déjà sauvé la vie plus d'une fois. Ves n'avait même pas encore cartographié toutes les capacités de son compagnon félin. Après avoir reniflé pendant une demi-minute, Lucky se mit soudain à siffler et à donner des coups de patte à une batterie de secours discrète, de la taille d'une main.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Le chat continua à siffler, comme si cet objet avait tué ses ancêtres. Ves décida de faire confiance à son compagnon et utilisa un minuscule multiscanner pour inspecter l'objet suspect. Il ne fallut pas longtemps avant que son scanner ne se mette à sonner l'alarme.
« C'est un explosif improvisé ! »
Son annonce fit l'effet d'une bombe. Raella se mit pratiquement à écumer de rage.
Quant à Melkor, toute son attitude respirait la fureur. Il appuya sur un bouton de sa visière, faisant passer sa surface fluorescente du bleu au rouge. Il regarda autour de lui et son expression s'assombrit. Il sortit un couteau caché et commença à poignarder les sièges.
« Qu'est-ce que tu fais ?
« Il y a des capteurs espions intégrés dans nos sièges. »
Cela la fit taire instantanément. Raella le regarda tranquillement écraser les micros un par un. Pendant ce temps, Ves continuait de scanner l'engin explosif improvisé, afin de déterminer le niveau de menace qu'il représentait.
« Tu n'as pas assez scanné ? » demanda Raella, le visage marqué par le stress. « Pourquoi tu ne le retires pas ?! »
« Il va exploser si je le touche ! »
En plus d'être improvisée, la bombe était également programmée pour exploser si elle recevait un signal extérieur. En fait, Ves avait déjà activé son bouclier de confidentialité. Le champ sphérique invisible englobait la bombe, empêchant tout étranger de la faire exploser, une fois qu'ils se rendaient compte que leurs cibles avaient pris conscience de la menace.
Il empêchait également leurs ravisseurs d'envoyer leurs commandes à l'aérovoiture elle-même. Ves ne voulait pas voir leur véhicule piquer soudainement vers le sol.
Heureusement, la bombe ne semblait pas être réglée pour exploser si elle manquait un signal préprogrammé occasionnel. Les forces de sécurité hyper-vigilantes de Bentheim traqueraient rapidement un signal suspect jusqu'à sa source. Ves en conclut que ses agresseurs ne devaient pas être trop intelligents, cette fois-ci.
« C'est probablement l'œuvre du Mouvement de Libération de Bentheim. »
« Ces séparatistes ? Ceux qui bombardent sans cesse les usines et les raffineries ? »
« Je suis presque sûr que c'est eux. L'un de leurs cadres a des conflits avec moi. Ce doit être une forme de vengeance. »
« Eh bien, tu ferais mieux de régler ça rapidement, avant qu'on ne tombe entre ses griffes ! »
Raella avait raison. Celui qui avait saboté leur voiture aurait pu les faire exploser dès qu'ils étaient montés à bord. Au lieu de cela, le véhicule avait discrètement redirigé leur destination vers la périphérie de Dorum. Où qu'ils finissent, cela ne serait bon pour aucun d'entre eux. Ves devait rapidement immobiliser la voiture, mais avant cela, il devait d'abord désamorcer la bombe.
« Je bloque déjà tous les signaux de communication avec la bombe. » expliqua-t-il, tout en chauffant un micro-cutter plasma. Ce minuscule gadget pouvait à peine couper une fine feuille de métal, et ne fonctionnait que pendant 30 secondes à son intensité maximale. Il devait simplement s'en contenter. « J'ai en grande partie compris son mécanisme. Je pense pouvoir désamorcer la bombe en déconnectant ce contrôleur et ce déclencheur de secours. »
Son explication leur échappa complètement. « À quel point es-tu sûr que tu ne vas pas nous faire exploser ? »
« Je n'en ai aucune idée, vraiment. Ça va dépendre de la fourberie du fabricant. D'après ce que j'ai compris, ce n'est pas un pro. La construction de la bombe me donne en fait l'impression qu'il s'agit d'un créateur de Méchas raté. »
Un tel personnage avait dû étudier les Méchas dans l'espoir de créer ses propres machines, tout comme Ves. Mais après son diplôme, il avait dû se rendre compte qu'un créateur Novice ne valait rien, et que l'industrie n'avait pas de place pour lui. Un créateur de Méchas aussi amer et frustré devait être une proie facile pour le MLB.
Alors que tout le monde retenait son souffle, Ves découpa rapidement le blindage et sépara les deux composants essentiels. Sa main bougeait avec précision, tandis qu'il retirait habilement ses cibles dans le délai imparti de 30 secondes. Son micro-cutter cracha, une fois sa charge épuisée.
Personne ne bougea pendant quelques secondes. Une fois qu'ils réalisèrent que la bombe n'avait pas explosé, tout le monde poussa un soupir de soulagement. « Jetons-la ! »
Ves acquiesça. Il utilisa plusieurs outils pour couper les câbles externes et la séparer de son support. Après l'avoir retirée, il regarda la fenêtre de la navette.
« Lucky, tu peux faire un trou ? »
Le chat sortit ses griffes énergétiques, et attaqua sans pitié une fenêtre. Les griffes découpèrent proprement un trou ovale dans la voiture. La vitesse élevée à laquelle roulait le véhicule fit que l'intérieur fut envahi par le vent et le bruit. Ves finit par jeter le paquet, qui tomba rapidement sur le toit d'un entrepôt.
« Vu l'état d'alerte dans lequel se trouve Bentheim, je parie que la chute a déjà déclenché une alerte. » raisonna Melkor. « Dès qu'ils y regarderont de plus près, ils sauront qu'il s'agit d'une bombe. »
Les secours étaient peut-être en route, mais les services de sécurité avaient encore besoin d'un peu de temps pour rattraper la voiture. Le temps qu'ils la localisent enfin, les Larkinson pourraient déjà être morts, voire pire.
« Assez parlé ! Ves, ramène-nous au sol, s'il te plaît ! »
Ves avait déjà commencé à le faire dès qu'il avait jeté la bombe. Lucky n'avait détecté aucune autre menace, alors Ves s'était mis au travail pour forcer la voiture à descendre. Après une minute de fouille, il trouva le système de secours.
Même si les rebelles avaient pu altérer sa programmation, toute voiture volante standard devait inclure un système de secours manuel fonctionnel. Un tel dispositif devait continuer à fonctionner même si la voiture avait été victime d'un brouillage, d'un piratage ou d'une surcharge électrique.
Même le saboteur ne pouvait rien faire contre ce mécanisme simple. Les capteurs omniprésents autour de Bentheim scannaient constamment chaque voiture pour vérifier qu'elle fonctionnait toujours.
Sans plus attendre, Ves tira un levier. L'aérocar lança une alarme et clignota, avant de plonger vers les rues.
« Préparez-vous à avoir des ennuis ! » cria Melkor. Les deux pilotes préparèrent leurs pistolets, et se firent un signe de tête. « Dès que nous aurons atterri, nous tenterons de nous réfugier dans l'abri le plus proche et d'y tenir bon jusqu'à l'arrivée des forces de sécurité ! »
Personne ne savait si quelqu'un les attendait au sol, mais les Larkinson ne reculaient jamais face au combat !