Chapitre 146
Chapitre 146
Chapitre n°146 – Nom
Traducteur/Checker : SP76
Alors que Ves apprenait à mieux connaître Raella, Melkor restait énigmatique. Même s'il soupçonnait Raella de connaître son histoire, sa nièce restait obstinément muette, lorsque Ves tentait de la questionner.
« C'est à Melkor de raconter son histoire. Je ne veux pas me mettre à dos. » expliquait Raella, en frissonnant de manière exagérée. « Méfie-toi des personnes discrètes. »
Tout au long du voyage, Ves ne recueillit que quelques indices qui lui permirent d'en savoir un peu plus sur Melkor. Tout d'abord, il n'avait pas perdu l'habitude de se comporter en militaire. Il cessa peu à peu de se déplacer de manière rigide lorsqu'il attirait trop les regards. Après tout, un garde ne doit pas trop attirer l'attention.
Deuxièmement, Melkor ne retirait jamais sa visière. Ves aurait presque juré que son cousin aîné dormait et prenait sa douche avec. Son apparence imposante mais élégante témoignait de ses origines incroyables. Ves n'avait même pas vu un gadget aussi sophistiqué dans la République Brillante.
Il se demandait ce que Melkor voyait, lorsqu'il portait constamment sa visière. Était-il constamment à l'affût de menaces ? Ou naviguait-il secrètement sur le réseau galactique comme un accro aux communications ?
Quoi qu'il en soit, Melkor ne semblait jamais trop distrait, alors Ves ne lui en faisait pas la remarque. Malgré ses excentricités, Melkor suivait toujours ses instructions.
En revanche, chaque fois qu'il parlait à Raella, elle se montrait toujours agressive. Ves devait faire preuve de prudence avec elle, afin de ne pas la mettre en rogne. Elle nourrissait toujours des pulsions de vengeance contre Virma, et n'hésitait pas à le faire savoir chaque fois que les Chanceliers d’Argent disputaient un match.
« Je ne veux pas me mêler de tes affaires, mais tu devrais peut-être arrêter de regarder les matchs de Méchas. » suggéra Ves, un jour. Le Vent Vert avait déjà fait la moitié du chemin. « Ce n'est pas comme si tu pouvais sauver ta carrière. »
Comme on pouvait s'y attendre, Raella lui grogna dessus, et quitta la suite. Ves imagina qu'elle avait l'intention d'évacuer sa frustration dans l'une des capsules de simulation du Vent Vert.
Il savait qu'il n'avait pas été tendre, mais elle avait vraiment besoin d'une dose de réalité. Les ligues sportives adoraient les controverses, mais Raella était allée trop loin. Plus tôt elle surmonterait cette épreuve, plus tôt elle pourrait se remettre dans le bain. Ves imaginait qu'elle pourrait lui être très utile une fois qu'il aurait gagné sa loyauté.
« Tout seul, je ne suis rien. » admit Ves. À part Lucky, il était complètement à la merci de quiconque pointait une arme sur lui. Même si son compagnon félin pouvait mettre en pièces toute une escouade, Lucky n'avait aucun moyen de menacer un Mécha.
Seuls les Méchas pouvaient se battre contre des Méchas.
L'une des raisons pour lesquelles Ves avait accepté de vendre 25 % de ses parts était qu'il voulait connaître des pilotes dignes de confiance. Parmi toutes les personnes à qui il pouvait confier sa sécurité, il ne pouvait pas se tromper, en choisissant sa famille. Malgré leurs fréquentes querelles internes, les Larkinson n'avaient jamais recouru au genre de coups bas que Virma avait infligés à Raella et à ses amis.
Même s'il doutait de la fiabilité de Raella et Melkor, cela ne changeait rien au fait qu'ils étaient de la famille. Ves ne pouvait imaginer, même dans un million d'années, que quelqu'un puisse monter sa propre famille contre lui. Face aux influences obscures qui s'opposaient à eux, des gardes dignes de confiance valaient leur pesant d'or.
Lorsque le Vent Vert arriva enfin à Bentheim, Ves quitta le vaisseau avec ses deux compagnons. Les chargeurs de la station spatiale sortirent également leurs Méchas personnels, et les rangèrent temporairement.
Cette fois-ci, Ves voulait mener quelques affaires, il prit donc une navette et descendit à la surface. Il rejoignit le quartier d'affaires huppé, où sa courtière avait élu domicile.
Après avoir laissé son escorte dans le hall de l'immeuble, Ves prit l'ascenseur jusqu'au dernier étage où Marcella l'attendait.
« Ravie de te revoir, Ves ! » La femme corpulente l'accueillit avec un sourire. Elle lui offrit un verre d'alcool. « Un verre ? »
« Non merci, je suis là pour les affaires. » répondit-il, en s'asseyant en face d'elle. « J'ai quelques points à aborder. »
Elle lui tendit une poignée de documents électroniques contenant diverses données de performance. Aucun de ses clients n'avait encore utilisé le Marc-Antoine Mark II au combat, mais les résultats des différents exercices d'entraînement au tir parlaient d'eux-mêmes.
« Ce sont des performances tout à fait honorables. » constata Ves, avec satisfaction. Les mercenaires qui achetaient ses produits possédaient les compétences nécessaires pour tirer le meilleur parti de ses capacités. « Quels sont leurs commentaires ? »
« Leurs techniciens ont du mal à entretenir les composants internes, mais ils s'en sortent. Dans l'ensemble, je n'ai reçu aucune plainte significative. Tes acheteurs sont plutôt satisfaits, jusqu'à présent. »
L'absence de dysfonctionnements était de bon augure pour l'avenir du Mark II. « Je vais être occupé par un projet, je ne pourrai donc pas fabriquer de Méchas pour le moment. Je prévois de confier la production des Méchas Label Argent à un fabricant que j'ai formé. Il n'est pas aussi doué que moi, mais son travail devrait pouvoir passer la certification, même si c'est de justesse. »
Marcella semblait un peu sceptique. « J'ai toujours entendu dire que l’Auguste-César et ses variantes étaient en proie à des contretemps constants, pendant le processus de fabrication. Es-tu sûr d'être prêt ? »
« Mon fabricant a passé des mois à maîtriser le modèle. Je suis sûr qu'il est à la hauteur de la tâche. Juste pour être sûr, ne commence pas à le submerger de commandes. »
« Ce ne sera pas un problème. Nous allons retarder la présentation publique du Mark II, pour le moment. Je peux utiliser ces mesures ainsi que les témoignages de tes premiers clients pour stimuler les ventes. »
Ves établit un calendrier provisoire, avec Marcella. Il lui permit également de correspondre directement avec Carlos, afin de régler ces questions mineures. Tant que Marcella passait régulièrement des commandes, il pouvait compter sur un flux constant de revenus.
« Je suppose que tu n’es pas ici pour parler du Mark II, n'est-ce pas ? »
Il acquiesça. « Il y a aussi la question de mon vaisseau. Comment se porte le Barracuda ? »
« Il est rangé en toute sécurité, avec le reste de mon inventaire. Ta jolie corvette est un sacré show, tu sais ? Chaque fois que j'amène un client pour lui livrer ses Méchas, il me demande toujours si elle est à vendre. »
Ils savaient tous les deux que Ves serait fou de vendre un vaisseau aussi remarquable. « Ha ha, ils peuvent toujours rêver. Quoi qu'il en soit, j'aimerais réparer mon vaisseau et recruter du personnel. »
« Tu pars quelque part ? »
« Pas pour le moment, mais on ne sait jamais. » répondit-il prudemment. « Il se peut que mes services soient requis ailleurs. La possibilité de me déplacer où je veux sera forcément utile, une fois que ma renommée aura grandi. »
En fait, cela faisait déjà un certain temps qu'il lorgnait sur les missions proposées par la Société Clifford. Il n'avait jamais abandonné son rêve de concevoir un Mécha original. Afin d'atteindre rapidement cet objectif, Ves prévoyait d'accumuler beaucoup de mérites, afin de les échanger contre un ensemble de machines de production de qualité.
Quant au capital de départ de la famille Larkinson ? Ves avait déjà mis de côté les 500 millions de crédits. Lorsque le moment serait venu de travailler sur un modèle original, il avait l'intention de dépenser cet argent pour acquérir les licences nécessaires pour les composants.
Toute cette précipitation était un effort pour se rendre plus précieux, une fois la guerre déclenchée. Le Corps des Méchas traitait différemment les créateurs appelés sous les drapeaux, en fonction de leurs réalisations.
Ceux qui se trouvaient au bas de l'échelle, comme Carlos, pouvaient s'attendre à être considérés comme de la chair à canon jetable. Ils aidaient souvent les techniciens en sous-effectif et surchargés de travail, dans les principaux points d'approvisionnement.
Les créateurs qui possédaient une expérience pratique dans la modélisation et la vente étaient souvent affectés à des postes de supervision de niveau intermédiaire.
Seuls les créateurs qui avaient conçu un Mécha original avaient la possibilité d'utiliser leurs talents. Le Corps de Méchas affectait toujours ces esprits précieux à l'une de ses nombreuses équipes de création.
Marcella avait déjà pris les dispositions nécessaires pour réparer le Barracuda. Il transféra rapidement 22 millions de crédits pour couvrir les frais du chantier naval et embaucher des spationautes pour former l'équipage de son vaisseau.
« Tu auras besoin d'un capitaine, d'un pilote, d'un ingénieur, et d'au moins un ou deux matelots pour équiper correctement ton vaisseau. Tu ne peux pas sortir avec moins, à moins que tu n’aies l'intention de mener ton vaisseau d'un milliard de crédits à sa perte. »
« Je vais te suivre là-dessus, vu que t’en sais plus que moi. Assure-toi simplement de ne pas engager une bande de pirates déguisés. »
« Les spationautes dignes de confiance sont difficiles à trouver. Tu devras débourser beaucoup plus d'argent, pour engager un équipage qui ne prendra pas la fuite dès que tu rencontreras des difficultés. »
Après une brève discussion, Ves transféra 100 000 crédits afin de faciliter le processus d'embauche.
« Oh, j’ai failli oublier. » Il envoya une poignée de documents rédigés par les avocats de sa famille. « Dès mon retour, j'ai l'intention d'enregistrer une société. Les Larkinson ont accepté d'acheter 25% de part, tu vois, et j'ai déjà attendu assez longtemps pour constituer ma société. »
« C'est une excellente nouvelle ! Ce sera beaucoup moins risqué de faire des affaires, une fois que tu passeras à une structure à responsabilité limitée. Tu vends toujours des actions, par hasard ? »
« Pas pour le moment. » Ves rit maladroitement. Céder un quart de ses actions à sa famille était une chose. Il n'avait pas l'intention d'être aussi généreux avec des étrangers, même si sa courtière lui avait été d'une grande aide. Il était fermement décidé à entretenir une relation cordiale avec elle.
« Alors, quelle est ta question ? »
« J'ai déjà trouvé un logo, pour ma société. » répondit-il, en évoquant son emblème familier, représentant un Lucky endormi sur un nuage arc-en-ciel au-dessus d’un V géant. « Je cherche encore un nom. J'ai essayé plusieurs, au hasard, mais aucun ne me semble vraiment approprié. »
Sa courtière acquiesça sérieusement. « Le choix du nom est l'une des décisions les plus importantes que tu aies à prendre. Un mauvais nom ne sera pas un obstacle majeur, mais un bon nom peut être un véritable atout pour ton marketing. »
Sous la houlette de Marcella, il élimina rapidement plusieurs catégories de noms. Par exemple, il refusa d'utiliser un acronyme, contrairement à la célèbre société BSBH, qui exploitait divers jeux virtuels populaires comme Iron Spirit. Il refusa également d'utiliser un nom sûr mais ennuyeux, comme Larkinson Corporation, ou Cumulonimbia Mech Corporation.
« Peut-être que nous adoptons la mauvaise approche. » fit remarquer Marcella, d'un ton exaspéré. Cela faisait une demi-heure qu'ils y travaillaient, et Ves n'avait toujours pas trouvé de nom approprié. « Le nom de ton entreprise est à la fois ton identité et ta marque. Pense à tes produits, et à tes objectifs. Pense à tes spécialités et à tes arguments de vente. Qu'est-ce qui différencie tes produits des autres ? »
Ves se pencha en arrière et réfléchit à son conseil. Tout d'abord, il se distinguait de ses concurrents grâce au Système. Une invention aussi miraculeuse ne devait jamais être révélée au grand jour, il décida donc rapidement de ne pas s'en inspirer.
Il restait donc ses spécialités. Jusqu'à présent, Ves avait l'intention de se spécialiser à la fois dans le Facteur X et dans l'équilibre entre vitesse et armure. Le problème avec le premier était qu'il ne pouvait être mesuré ni inscrit dans une fiche technique. Le problème avec le second était qu'il manquait de profondeur, par rapport à ceux qui se consacraient entièrement à la vitesse ou à l'armure.
Peut-être réfléchissait-il trop à la question. Ves voulait créer une entreprise qui incarnerait ses rêves. Quel était son rêve ultime ?
Atteindre le summum de la création de Méchas ! Explorer les limites ultimes ! Voir si les Méchas pouvaient prendre vie !
‘Prendre vie...!’
Ses yeux s'illuminèrent instantanément. Était-ce aussi simple que cela ? Ves voulait transmettre le message que ses Méchas avaient une vie ! Même si presque personne ne connaissait le Facteur X, cette aspiration audacieuse devrait aider à convaincre ses clients que ses Méchas valaient leur pesant d’or.
« J'ai trouvé. » dit-il. Après avoir répété le nom dans sa tête, il décida finalement de le dévoiler. « La Living Mech Industries, ou LMI, en abrégé. »
La Living Mech Industries !
Marcella écarquilla les yeux. Malgré l'utilisation assez simple des mots, l'idée même de produire un Mécha que l'on pourrait qualifier de vivant était audacieuse ! Cela décrivait déjà la sensation indéfinissable que tous les clients de ses Méchas lui avaient mentionnée. Ses Méchas semblaient plus vivants que tous les autres !
« C'est un nom correct, bien qu'un peu simple. Es-tu sûr de vouloir le garder ? Il évoque également une association désagréable, avec le fantasme de créer un Mécha composé de tissus vivants. »
Ves resta ferme sur sa position. « J'en suis certain. Ce nom décrit ma philosophie, qui consiste à traiter les Méchas comme des personnes, plutôt que comme des machines. Je ne veux pas que mes clients associent mes produits à des marchandises pouvant être jetées à volonté. »
‘Chaque Mécha est une vie à chérir !’