Chapitre 148
Chapitre 148
Chapitre n°148 – Vent Froid
Traducteur/Checker : SP76
Les trois jeunes Larkinson sortirent précipitamment de leur navette, qui avait atterri de force. Ils s'approchèrent de l'entrée de ce qui semblait être une casse. Un seul agent de sécurité accompagné d'une foule de robots de sécurité bringuebalants les arrêtèrent à l'entrée.
« Stop ! Entrée interdite ! »
« Laissez-nous entrer ! C'est une urgence ! » rétorqua Ves, en frappant du poing contre les grilles. « Le MLB est à nos trousses ! »
Le garde de sécurité corpulent semblait perplexe. Il regarda autour de lui, et ne remarqua rien d'anormal. « Je ne vois aucun rebelle. Vous êtes sûrs de ce que vous racontez ? »
Au moment où Ves s'apprêtait à répondre, tout le monde fut projeté au sol par une énorme explosion. Ses vêtements antigravité le maintinrent instantanément en place, mais ses cousins durent rouler sur le sol avant de s'immobiliser. Tout le monde regardait bouche bée l'énorme panache de fumée, à quelques centaines de mètres.
« Nous sommes attaqués ! » Le garde paniqua et appuya rapidement sur un bouton. Toute la casse commença à se verrouiller, des volets métalliques descendirent devant les fenêtres, et toutes les clôtures furent électrifiées.
« Laissez-nous au moins entrer ! »
« Ça ne sert à rien ! » dit Melkor, en tirant Raella en arrière avant qu'elle ne puisse frapper du poing contre les volets métalliques. « Regarde autour de toi. Tout le monde est en train de fuir. »
Tous les camions aériens et les navettes s'éloignèrent à toute vitesse, même ceux qui étaient encore en train de charger leurs marchandises. Certains d'entre eux laissèrent même tomber leur cargaison, car leurs trappes ne s'étaient pas fermées à temps.
À mesure que les véhicules se retiraient, toutes les usines et tous les entrepôts commençaient à ériger des barricades. Dans un environnement dangereux comme le quartier industriel, infesté de criminels, un niveau de sécurité aussi exagéré était une nécessité. Même si l'air devenait un peu plus chaud à cause des flammes toutes proches, personne ne se souciait des autres.
Lorsque les Larkinson essayèrent de trouver refuge dans les entrepôts et les ateliers voisins, ils ne rencontrèrent qu'un silence de plomb.
« Ça ne sert à rien. » déclara Ves. « C'est l'un des pires quartiers de Dorum. Beaucoup de gangs aiment menacer et voler ces installations. On ne trouvera pas de bons saints dans cette partie de la ville. »
Melkor fronça les sourcils, derrière sa visière rouge éclatante. « Je ne vois aucun policier. Comment Bentheim a-t-il pu laisser la sécurité publique se détériorer à ce point ? »
Même si la police de Dorum dormait au travail, elle aurait dû envoyer des renforts. Ves activa son communicateur, mais n'obtint qu'un signal invalide.
« Nos communications sont toujours bloquées ! Les rebelles ont dû saboter les tours de transmission à proximité ! »
‘Ça s’annonce mal.’ pensa Ves. Une force malveillante avait fait exploser quelque chose d'important, et bloqué leurs tentatives de communication sans fil. Les rebelles avaient-ils renoncé à la discrétion ?
Une sensation intense l'envahit soudainement. Pour une raison quelconque, Ves avait l'impression qu'un prédateur redoutable le fixait avidement. La sueur perlait sur son front, tandis qu'il essayait d'analyser cette sensation inconnue. Son soi-disant sixième sens ne se déclenchait que lorsqu'il entrait en contact avec le Facteur X.
Cela signifiait-il qu'un de ses propres Méchas était proche ?
‘Le sens n’est pas le même.’
Faute d'un meilleur mot, il décrivait chaque sensation différente provenant du Facteur X comme une saveur. En tant que créateur et fabricant des Mark I et Mark II, il leur avait insufflé un mélange unique d'audace et d'agressivité.
La saveur qui attaquait ses sens manquait de l'audace qu'il leur avait personnellement insufflée. Au contraire, elle avait le goût d'un vent froid d'hiver, éteignant une bougie solitaire.
« VES ! BAISSE-TOI ! » hurla soudain Melkor, en essayant de plaquer Ves au sol. Un bouclier apparut soudainement et le repoussa violemment.
Distrait par sa tentative d'analyser son sixième sens, sa vision s'élargit soudainement, lorsqu'un projectile solide s'écrasa contre son bouclier. Le cadeau de Maître Olson empêcha l'incroyable quantité d'énergie cinétique d'affecter son corps fragile.
« Un railgun ! » hurla Raella, en tirant au hasard avec son pistolet laser en direction de l'attaque. « On va mourir ! »
Melkor lui plia de force le bras armé, afin que ses rayons laser mortels brûlent inoffensivement le trottoir. « Calme-toi. Ves n'est pas mort. Nous pouvons encore nous en sortir. »
L'attaque avait sorti Ves de sa torpeur. Il comprit enfin que son sixième sens n'avait pas détecté un Mécha, mais plutôt un assassin. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, alors qu'il réalisait tardivement qu'il venait d'échapper à la mort. Il jeta un coup d'œil rapide à son communicateur et eut un choc. Son générateur de bouclier venait de perdre 9 % de sa charge !
« Et puis merde ! » jura-t-il, en pointant du doigt l'entrepôt barricadé devant lequel ils se trouvaient. « Lucky, ouvre la voie. »
Cette fois-ci, Lucky ne fit pas le malin, et déchira directement une ouverture grossière de la taille d'un homme dans les volets métalliques. Les trois humains et le chat s'engouffrèrent dans l'entrepôt qui se mit à hurler à cause de leur intrusion. Des robots de sécurité armés d'armes létales et non létales commencèrent à planer au-dessus de leurs têtes.
« Merde ! Ces connards veulent nous chasser ! » s'écria Raella, en pointant son pistolet sur les robots.
Au moment où elle appuya sur la gâchette, ils perdirent tous leur alimentation et s'écrasèrent au sol. Les trois amis durent sauter pour éviter d'être écrasés.
« Melkor ? »
« Ce sont des modèles anciens. Même si leur micrologiciel est à jour, ils ne sont rien comparés à ceux de Rittersberg. » L'homme sourit avec satisfaction, et tapota du doigt sa visière rougeoyante. « Je ne porte pas ça pour faire joli, tu sais ? »
Il s'avéra que Melkor avait suivi un cours de piratage informatique. Bien que ce ne soit pas un expert, il avait plus que suffisamment les compétences pour appliquer un script standard à d'anciennes failles. Tant que le système n'était pas trop récent ou trop avancé, il était capable de contourner son verrouillage.
« Pourquoi n'as-tu pas piraté les portes dès le début, alors ? »
« Ça n'a pas marché. » Il secoua la tête. « Toutes les propriétés du quartier sont sécurisées à la fois par des moyens mécaniques et électroniques. »
Ce n'était pas inhabituel, car les personnes qui exploitaient ces installations n'avaient pas les moyens de mettre à jour leur cybersécurité. Ce n'était pas parce que Ves pouvait se permettre d'employer Sanyal-Ablin pour renforcer ses systèmes que tout le monde pouvait en faire autant. La concurrence acharnée et tous les autres dangers qui pesaient sur Bentheim obligeaient souvent les entreprises locales à réduire les coûts.
« Il y a quelqu'un ? »
Personne ne répondit. Celui qui supervisait l'entrepôt devait se cacher dans un endroit sûr.
Alors qu'ils commençaient à avancer, un bruit sourd retentit, lorsque le sniper tira une nouvelle salve. Le projectile traversa le mur de l'entrepôt et ne perdit qu'un peu de son énergie avant de s'écraser devant le bouclier qui se déploya à nouveau devant Ves.
Il venait de perdre une autre partie de la charge de son générateur de bouclier ! Il ne lui en restait plus que 80 % !
Ses cousins ne lui posèrent même pas de questions sur son générateur de bouclier. Melkor et Raella exhortèrent Ves à courir vers le centre de l'entrepôt. « Dépêche-toi de courir ! Ce sniper ne pourra pas pénétrer toutes ces marchandises. »
Ils coururent tous vers des piles de ce qui semblait être divers matériaux en vrac. Ves reconnut que la plupart d'entre eux étaient souvent utilisés dans la fabrication de Méchas, comme le titane, et d’autres alliages.
Au moment où ils atteignirent le milieu, ils commencèrent à entendre un grand nombre de pas provenant de l'entrée que Lucky avait créée.
« Notre cible est à l'intérieur ! » annonça l'un des nouveaux arrivants. « Éparpillez-vous et tirez sur ce salaud dès que vous le voyez. N'oubliez pas de signaler sa position ! »
« Compris, patron ! »
« Mort à la République ! »
« Versez votre sang pour Bentheim ! »
Les Larkinson gémirent. Ils reconnurent le slogan du MLB.
« Combien sont-ils ? » demanda Raella.
« 25. Ils ne portent pas d'armure. Pas d'armes lourdes. » Melkor analysa lentement la situation, tandis que sa visière semblait voir à travers les matériaux stockés. « Nous sommes moins bien armés et moins nombreux. Nous devrions nous rendre. »
« Non. » répondit Ves, mettant immédiatement fin à cette discussion. « Le MLB ne libère jamais ses otages. Quiconque est capturé par eux subira un sort atroce. Nous devrons nous battre pour nous en sortir. »
« Tu as entendu Melkor. Nous sommes largement surpassés en nombre. »
« Ces types sont des gangsters. Leur sniper est redoutable, mais il est trop limité tant que nous sommes à l'intérieur. » expliqua Ves, les yeux brillants d'espoir. « Vous êtes tous les deux pilotes, n'est-ce pas ? Vous avez passé plus de 10 ans à apprendre à tuer. Même sans Mécha, vous devriez être capables de vous occuper de quelques gars sans entraînement. »
« Hé, oh, c’est pas “quelques gars”. On parle de 25 rebelles là, et on est pas armés ! »
« T’es es sûre ? »
L'une des raisons pour lesquelles Ves avait insisté pour entrer dans un entrepôt rempli comme celui-ci était qu'il offrait beaucoup d'espace vertical. Il se tourna vers Lucky, qui se tenait vigilant à ses côtés et lui caressa le dos.
« Va les chercher, Lucky. Ne leur montre aucune pitié. »
Son animal de compagnie mortel répondit par un miaulement dangereux, et sauta sur une étagère au-dessus de sa tête. Lucky disparut rapidement, passant instantanément en mode chasse.
Quelques secondes plus tard, les gangsters se mirent à crier. Environ la moitié de leurs cris s'interrompirent à mi-chemin, comme si leur gorge avait été tranchée. L'autre moitié...
Ves serra les dents et poussa ses deux cousins vers l'avant. « Nous devrions attaquer, maintenant qu'ils sont distraits. Je ne sais pas si Lucky pourra tenir longtemps. »
Il avait toujours remarqué que Lucky n'était jamais capable de maintenir ses griffes longtemps. Bien qu'elles possédaient une puissance de coupe incroyable, le corps de Lucky ne pouvait stocker qu'une quantité limitée d'énergie. Il fallait également assez longtemps à son animal de compagnie pour se recharger.
« Il a raison. Les rebelles sont en plein désarroi. Nous devons risquer nos vies pour cela. » Melkor prit sa décision et courut dans la direction des cris.
« On va vraiment le faire, n'est-ce pas ? » balbutia Raella, pendant un instant, avant de se donner une tape sur la tête. « Mais qu'est-ce que je fais ? Je vaux mieux que ça ! Je suis une Larkinson ! »
Raella suivit Melkor, Ves sur ses talons. Il commença à se sentir vraiment coupable de ne pas posséder d'arme. Il avait toujours eu l'intention d'en acheter une, lorsqu'il se retrouvait dans des situations comme celle-ci, mais il oubliait toujours après que le danger était passé.
Ves décida de remédier à cette lacune s'il réussissait à survivre. Il fit de son mieux pour suivre le rythme de sa nièce athlétique. « Laisse-moi passer devant ! Mon bouclier peut encore encaisser quelques coups. »
Elle ne contesta pas sa décision, même si un garde professionnel aurait rechigné à l'entendre. Elle se positionna habilement derrière lui afin de ne laisser apparaître que ses yeux et son pistolet.
Ils passèrent devant plusieurs cadavres d'hommes et de femmes sauvagement mutilés. Ils portaient tous des haillons encrassés, mais brandissaient des armes en assez bon état.
« Ces types se cachaient dans des tunnels pour échapper aux rafles de sécurité locales. » remarqua Ves en se baissant pour ramasser un fusil balistique basique mais flambant neuf. Son visage s'assombrit rapidement. « Verrouillage génétique. Celui qui leur a fourni ces armes doit avoir beaucoup d'argent dans ses poches. »
Ves aurait pu contourner le verrouillage génétique, s'il avait bricolé une solution, mais la situation ne le permettait pas. Il jeta le fusil et ramassa un simple couteau de combat. « Ça fera l'affaire. »
Ils rattrapèrent Melkor, qui était en train d'échanger des tirs avec deux rebelles. Trois corps gisaient carbonisés sur le sol. Ses talents de tireur surpassaient largement ceux de Dietrich, car Melkor réussit à faire passer un rayon laser à travers une fente de la taille d'un doigt entre deux grands conteneurs. Le rebelle hurla, lorsque le rayon puissant transforma son estomac en une masse noircie.
« Mon pistolet surchauffe. » dit Melkor, en se tournant vers Raella. « Donne-moi le tien. »
« Pas question ! C'est le mien ! »
« Ce n'est pas le moment, Raella ! Tu sais que je suis un meilleur tireur et que je peux connecter mes armes à ma visière. »
L'absence d'adversaires vivants atténua leur urgence. Ils pensaient tous que la situation était sous contrôle.
« Donne-lui ton pistolet. » ordonna Ves à sa cousine. « On doit se débarrasser de ces hommes le plus vite possible, avant que... »
Il s'interrompit brusquement, lorsque son sixième sens ressurgit. Il sentit un autre vent glacial souffler sur ses sens indéfinissables.
« À terre ! »