Chapitre 145
Chapitre 145
Chapitre n°145 – Escorte
Traducteur/Checker : SP76
La tranquillité du domaine des Larkinson séduisait Ves. Il se demandait souvent s'il pourrait abandonner son travail, et passer le reste de sa vie dans une douce oisiveté. Il connaissait déjà plusieurs membres de sa famille qui avaient fini par ne rien faire de leur vie.
Ves secoua la tête. « La galaxie est trop dangereuse pour que je confie mon destin à d'autres. »
Même les Larkinson avaient commencé à chercher un filet de sécurité. En ces temps dangereux, Ves serait fou de penser que les affaires continueraient comme d'habitude.
Le lendemain, Ves se prépara à partir. Il avait déjà fait ses bagages et pris son petit-déjeuner avec les lève-tôt. Après avoir fait ses adieux, il quitta la salle à manger, et apporta ses bagages et Lucky à l'entrée.
Sa nouvelle escorte l'attendait déjà. Ils étaient tous deux un peu plus âgés que lui, et se comportaient avec une assurance débordante.
« Salut. C'est toi le geek que papy a désigné pour être ton garde ? » demanda une femme. Elle le regardait d’un air dédaigneux, le classant sans doute comme une brindille qu'elle pourrait casser en deux à tout moment. « Cette mission est une énorme perte de temps. Pourquoi je dois jouer la baby-sitter ? Je préfèrerais retourner dans l'arène ! »
‘Ça commence bien.’ Sa nièce aspirait manifestement à devenir une duelliste Mécha. En général, les Larkinson méprisaient les combats sportifs. Ils considéraient l'art du pilotage comme un devoir sacré, qui ne devait être utilisé qu'à des fins justes.
Abandonner certaines de ses valeurs morales pour se battre pour la gloire et la fortune revenait à renier son héritage. Pas étonnant que la famille l'ait envoyée chez Ves. Une planète rurale comme Cumulonimbia offrait très peu d'équipements, dans les sports de Méchas. Elle n'avait même pas d'arène, sans parler d'une équipe !
Ves ignora son regard noir et se présenta. « Je m'appelle Ves Larkinson, et je suis créateur de Méchas. Vous m'accompagnerez à Cumulonimbia et, je l'espère, vous m'éviterez des ennuis. J'espère que nous pourrons travailler ensemble pour le bien de la famille. »
La femme fit tournoyer sa frange violette, et lui lança un regard méprisant. « On dirait grand-père Ovrin. Tu prends des médicaments ou quoi ? Ce n'est pas une façon de parler à ta grande sœur Raella ! »
Il sentait déjà un mal de crâne arriver. Ves décida de s'occuper de Raella plus tard, et se tourna vers son deuxième garde. L'homme se tenait tranquillement debout, et observait leur interaction avec perplexité.
Contrairement à Raella, qui était habillée comme une punk prête à faire la fête, son cousin était habillé comme un officier du Corps des Méchas. Avec son dos droit, et ses cheveux coupés en brosse, l'homme semblait tout droit sorti d'une campagne de recrutement. Bien qu'il fût plus grand que Raella, ses muscles étaient nerveux et compacts. Il portait également une visière électronique teintée de bleu.
« Melkor Larkinson. Pilote de Mécha. » répondit-il, lorsque Ves continua à le fixer du regard. « Je suis juste ici pour accomplir mon devoir. »
Melkor, derrière sa visière, n'en dit pas plus. Ves renonça à se montrer amical, et monta à bord de l'aérovoiture réservée pour eux trois. Le véhicule filait vers la périphérie de Kelnar, et atteignit après un vol tranquille le gigantesque spatioport en forme de grue.
De nombreux voyageurs étaient déjà arrivés. Les touristes et les visiteurs avaient fini de célébrer le nouvel an, et devaient retourner au travail. Ves, Raella et Melkor devaient garder leurs bagages flottants près d'eux afin d'éviter de heurter la foule.
Après s'être frayé un chemin, ils atteignirent leur plate-forme juste à temps. La plate-forme en forme de plume décolla du sol, emportant ses passagers dans les airs, où une navette spatiale atterrit à sa surface.
La navette s'éleva dans le ciel, et atteignit une station spatiale familière. Le trio put profiter de son intérieur élégant pendant quelques heures, jusqu'à ce qu'un paquebot appelé le “Vent Vert” arrive à la station. Une fois les précédents passagers descendus du vaisseau spatial, le trio monta à bord avec les autres passagers sortants.
Le “Vent Vert” était le navire jumeau du “Vision d’Asteria”, que Ves avait précédemment emprunté pour se rendre à Rittersberg. Il s'installa rapidement dans sa chambre, tandis que le vaisseau accélérait lentement vers le point de Lagrange le plus proche du système.
Après avoir attendu son tour, le “Vent Vert” passa enfin en vitesse supraluminique. Son long voyage vers Bentheim venait de commencer. La famille avait déjà réservé une suite de trois chambres. Tandis que ses cousins s'installaient dans leurs chambres, et ruminaient leur exil de Rittersberg, Ves souhaitait passer son temps de manière plus productive.
« Fini de s’amuser. Il est temps de se remettre au travail. »
Ves voulait accélérer la croissance de son entreprise. La famille lui avait déjà promis un demi-milliard de crédits dès qu'il aurait enregistré son entreprise en tant que société. Comme tous ses actifs se trouvaient à Cumulonimbia, il devait d'abord rentrer chez lui avant de pouvoir entamer les démarches.
Entre-temps, les avocats d'affaires employés par les Larkinson avaient déjà commencé à rédiger les documents nécessaires. Ves ne connaissait pas grand-chose aux complexités liées à la rédaction des statuts constitutifs officiels. Il leur confia volontiers cette responsabilité, tout en se rappelant de relire leur travail une fois qu’ils auraient réglé les détails.
Il avait déjà fait part de ses exigences aux avocats. Pour l'instant, Ves voulait que les choses restent simples. Il ne souhaitait pas avoir à gérer une structure d'actions complexe, où un type d'action donne 10 fois plus de droits de vote qu'un autre.
Il ne voulait pas non plus mettre en place un conseil d'administration pléthorique. Pour l'instant, il se contentait du strict minimum. Comme sa société ne comptait que deux actionnaires, Ves pouvait simplement se nommer président, et son grand-père Benjamin seul autre membre du conseil d'administration.
Cela semblait un peu sommaire, mais son entreprise n'avait pas besoin de supervision. Malgré les sommes incroyables impliquées dans chaque transaction, Ves gérait une entreprise très simple. Il n'avait pour l'instant qu'un seul employé à temps plein. Pour l'instant, Ves ne faisait confiance à personne d'autre, pour l'aider à diriger son entreprise.
Comme il ne pouvait pas faire grand-chose à ce sujet, Ves se tourna vers une autre question qu'il avait laissée de côté. « Il est temps que je fasse quelque chose avec les pièces récupérées du Dortmund. Carlos devrait être en mesure de fabriquer un Mark II de label Argent, maintenant. »
Une fois que son fabricant commencera à honorer les commandes de Marcella, Ves pourrait se consacrer entièrement au projet de reconstruction. Il avait déjà bien avancé, dans l'élaboration d'un plan pour restaurer les pièces manquantes et cassées.
Il remit à plus tard la question du piratage des processeurs récupérés. Cette question nécessitait une approche délicate, car il n'était pas tout à fait légal de modifier la programmation d'une imprimante industrielle.
Ves sortit un plan de l'imprimante industrielle, et commença à l'étudier en détail.
Le temps passa rapidement. Tout le monde prit ses marques. Ses deux cousins se détendirent peu à peu, à mesure que la distance les séparant de Rittersberg augmentait. Peut-être avaient-ils enfin compris qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible.
Un jour, Raella s'approcha spontanément de Ves. « Je peux le prendre dans mes bras ? »
Elle désigna Lucky. Le chat était allongé sur son bureau, à côté de son terminal de travail.
Alors même que Ves acquiesçait, Lucky sauta dans ses bras, et se mit à faire le mignon. Même une femme aussi amère que Raella fut charmée par les ruses du chat mécanique. Ves et Melkor se grattèrent tous deux la tête, lorsque Raella se comporta exactement comme leur petite cousine Lanie. Les filles perdaient-elles spontanément la moitié de leur intelligence face au chat ?
« Hum. Je n'aurais jamais imaginé que de faux animaux de compagnie comme ceux-ci pouvaient être aussi amusants. » Elle sourit. « C'est bien mieux que ce stupide perroquet que mon ancien chef d'équipe exhibait tout le temps. »
Sa remarque donna une ouverture à Ves. « Alors, tu as déjà participé à des combats de Méchas ? »
« Oui. Mes 5 meilleures amies et moi avons formé une équipe, depuis que nous avons obtenu notre diplôme de l'académie. Nous nous sommes baptisées les Sorcières Hurleuses. Quel nom de merde, maintenant que j'y pense. On devait être bourrées, quand on avait choisi ce nom. »
« Comment vous en êtes-vous sorties, dans l'arène ? »
« Oh, ça s’était bien passé. » répondit sa nièce, en s'asseyant sur un canapé et en posant Lucky sur ses genoux. « Nous avons souvent combattu dans le circuit amateur, et nous nous sommes peu à peu fait un nom. Les combats fréquents pesaient sur nos allocations, mais on faisait des progrès fulgurants. Notre équipe était sur le point de passer pro. »
« De toute évidence, cela ne s'est pas produit... » fit remarquer Ves. « Que s'est-il passé ? »
La fureur de Raella revint. « Notre salope de chef d'équipe nous a poignardés dans le dos, voilà ce qui s'est passé. Virma McCullen était autrefois le pilier de notre cercle d'amis. C’était une sorte de prodige, à l'académie, et l'une des rares à avoir été envoyée à Rittersberg avec une bourse. Elle aurait pu faire une grande carrière dans le Corps de Méchas, tu sais ? Mais elle s'est plutôt liée d'amitié avec nous, et nous a aidés à gravir les échelons. »
Ves comprit alors ce qui s'était passé. « Je suppose que Virma ne pouvait pas assumer seule les frais d'entretien d'un Mécha de compétition. »
« Exactement. La boursière n'arrivait même pas à payer le loyer de son appartement. On a dû supplier nos familles d'augmenter notre allocation pour couvrir ses dépenses. »
« Tu ne gagnais pas assez dans le circuit amateur ? »
« Tu ne connais rien aux sports de Méchas ? » Raella leva les yeux au ciel. « La seule façon d'être rentable ou de réaliser un léger bénéfice, c'est de piloter un vieux tacot d'occasion bon marché. Contrairement à ces losers qui se vautrent en bas du classement, mes amis et moi voulions concourir devant des milliards de spectateurs. La seule façon d'attirer un sponsor et de passer professionnel, c’est de gagner. »
« Et la meilleure façon d'augmenter ton taux de victoire, c'est de piloter un bon Mécha. » conclut Ves. « Je ne savais pas que le circuit amateur fonctionnait comme ça. Tes Méchas étaient-ils performants ? »
« Oh, ils étaient plutôt corrects, pour des Méchas de la Génération Actuelle. En fait, j'apporte mon Mécha de compétition. C'est un petit tirailleur léger et robuste. Il n'est pas très puissant, mais entre mes mains, je peux sectionner les articulations de n'importe quel Mécha dès que je m'en approche. »
Sa nièce se lécha les lèvres, comme si elle avait encore soif de sang. « Je suis l'un des finisseurs, tu vois. Sans moi, notre équipe aurait du mal à achever les Méchas blessés. Je suis devenue plutôt douée dans mon travail. »
« Il t'est arrivé plusieurs fois de presque détruire ton Mécha. » Melkor prit soudain la parole, depuis l'autre côté de la suite. L'homme à la visière sourit.
« Tais-toi, cousin ! » hurla Raella, effrayant le chat qui se reposait sur ses genoux. « Oh, ne pars pas, bébé ! Tout va bien, maintenant. »
Melkor compléta l'histoire. « Notre chère Raella et sa petite bande rêvaient grand. En réalité, les Sorcières n'ont obtenu que des résultats supérieurs à la moyenne. Cela ne veut pas dire qu'elle est mauvaise. La compétition dans le circuit amateur à Rittersberg est très intense. »
Raella n'était manifestement pas d'accord, mais elle ne prit pas la peine de discuter. « Nous étions en pleine ascension ! Tout le monde pensait que nous serions en mesure de convaincre un sponsor en trois ans, ou moins. Nous devions simplement montrer que nous continuions à progresser en tant qu'équipe. Tout allait bien ! Je pensais que rien ne pouvait arrêter notre ascension, jusqu'à ce que Virma signe avec les Chanceliers d’Argent ! »
Même Ves avait entendu parler de cette équipe. En tant que l'une des meilleures équipes de Méchas de Rittersberg, les Chanceliers faisaient souvent étalage de leur talent dans les différentes ligues de toute la République. Bentheim se transformait souvent en un gigantesque cirque chaque fois que les Chanceliers disputaient un match dans l'une de leurs arènes.
« Votre équipe s'est-elle effondrée après le départ de votre pilote prodige ? » demanda-t-il avec un air perplexe. « Même si vous êtes amateurs, vous ne devriez pas être trop loin derrière, non ? »
Melkor éclata soudain de rire. « Raella n'a jamais eu l'occasion de prouver qu'elle pouvait s'en sortir sans Virma. Tu vois, elle n'a appris le transfert de Virma qu'après avoir terminé leur dernier match de la saison. Notre petite cousine fougueuse était tellement bouleversée qu'elle a décidé de donner un coup de poing au visage de Virma. L'arène l'a même diffusé en direct ! »
L'ancienne athlète de Mécha prit un air amer. « Si j'avais su qu'ils allaient me virer, j'aurais ajouté quelques coups de pied. Cette salope hypocrite n'aurait jamais pu réussir sans nous ! »
De toute évidence, Raella ne s'était pas remise de sa retraite forcée. Ves ne pouvait pas faire grand-chose pour apaiser sa colère. Il ne pouvait qu'espérer que le temps guérirait ses blessures. Après tout, s'il voulait l'employer comme garde, elle ferait mieux de remettre ses priorités en ordre.
Il y avait plus important dans la vie que les arènes de Méchas. Peut-être qu'un conflit dans la vie réelle pourrait la sortir de sa déprime. Ves ne manquait pas d'ennemis, après tout.