Chapitre 144
Chapitre 144
Chapitre n°144 – Croissance
Traducteur/Checker : SP76
Ves quitta à contrecœur la salle souterraine, sous l'insistance d'Ovrin. Même s'il souhaitait vraiment étudier le vénérable Vaillant plus profondément, la salle était un lieu sacré. Le Vaillant avait également connu des jours meilleurs. Afin de préserver le lourd chevalier, l'espace devait être soumis à une série de routines de conservation, comme la réduction de la gravité et l'injection d'un gaz spécial.
Bien qu'il n'ait pas étudié le Vaillant assez longtemps pour en découvrir tous les secrets, il n'était pas reparti les mains vides.
Alors qu'ils montaient l'escalier extrêmement long, Ovrin lui posa une question.
« Sais-tu pourquoi ton grand-père a voulu investir dans ton entreprise ? »
« La famille a des problèmes ? »
« Nous sommes liés au destin de la République. Que se passera-t-il si elle tombe un jour ? »
Ils seraient incroyablement malheureux. En tant que famille militaire par excellence au service de la République depuis de nombreuses générations, ils ne pourraient jamais trouver refuge dans un État voisin. Personne ne ferait confiance aux Larkinson, s'ils reniaient leurs serments.
Ves comprenait désormais ses intentions. « Vous m'utilisez comme issue de secours. »
En substance, les Larkinson voulaient tirer parti de ses relations enviables avec un vénérable Maître créateur de Méchas. En tant que son apprenti, Ves pouvait se porter garant de sa famille, et faciliter leur transfert vers le groupe Vermeer.
Si Maître Olson avait un cœur, elle ne s'opposerait pas à sauver sa famille. Mais très probablement, de telles considérations étaient indignes de son attention.
« Ce n'est qu'une mesure d'urgence. » ajouta Ovrin. « La décision d'investir en toi implique de multiples considérations. En fonction de tes performances, tu deviendras un pilier essentiel pour nous, à l'avenir. Considère notre investissement initial comme un gage de notre volonté. »
« De la volonté, hein. » Ves sourit intérieurement. Si les Larkinson souhaitaient faire preuve d'une réelle sincérité, ils auraient dû se contenter d'une participation de 1%. « Je suis ouvert à la collaboration, mais je souhaite rester en charge. »
« Tu restes toujours l'actionnaire majoritaire, nous ne nous immiscerons donc pas dans la façon dont tu gères ton entreprise. Certains pensent que tu n’es pas à la hauteur, mais tant que tu obtiendras des résultats positifs, ils ne pourront rien faire. »
Selon les lois de la République, un actionnaire minoritaire avait plusieurs droits. Même Ves ne pouvait les empêcher de causer des nuisances, s'ils le souhaitaient. Heureusement, il détenait toujours la majorité. Tant qu'il ne renonçait pas à ses parts, il n'aurait jamais à se soumettre aux ordres de quelqu'un d'autre.
Lorsque Ves retourna dans sa chambre d'hôte, Lucky sauta de son perchoir, et se frotta contre les jambes de son maître.
« Ha ha, je t'avais dit que je reviendrais. »
Assis sur son lit, Ves réfléchit à tout ce qu'il avait appris aujourd'hui. Tout d'abord, ses craintes que son père ait connu une fin tragique s'étaient apaisées. Même si son père avait dû renier à tout pour vivre comme un rat, il était toujours en vie.
« Mon père est plus coriace que n'importe qui. Il ne se laissera pas intimider par des pirates. En revanche, le Pacte des Cinq Parchemins semble être un véritable problème. »
Toute organisation qui étendait son influence à travers la galaxie devait être une organisation de premier plan. Si la puissante ACM et l’Alliance de la Flotte Commune n'avaient pas réussi à éliminer le Pacte, Ves ne pouvait absolument pas les sous-estimer. Il se demandait toujours pourquoi ils ne l'avaient pas encore menacé.
Sa logique lui disait que le conflit entre le Pacte et son père n'avait aucun rapport avec le Système. Une chose aussi miraculeuse que le Système méritait une réponse immédiate et écrasante dès qu'ils auraient compris que Ves l'utilisait.
Si le Pacte n'en avait pas après le Système, pourquoi s'en prenait-il à son père ?
« Je n'ai pas assez d'informations. » conclut-il. Il pouvait spéculer autant qu'il le voulait, mais il ne pouvait pas agir sans preuves. « Les renseignements que nous avons recueillis sont également un peu vagues. Je ne peux pas me fier à des sources de deuxième ou troisième main. »
Afin de corroborer ce qu'il venait d'entendre, il ouvrit son communicateur et se rendit sur le portail en ligne de la Société Clifford. Cette fois-ci, il ne prit pas la peine d'entrer dans son monde virtuel. Il ouvrit plutôt des archives en ligne, et tenta de trouver ce que la Société savait au sujet du Pacte.
Rien. Il ne trouva rien à son niveau de compétence. Ses résultats indiquaient qu'il avait trouvé mention du Pacte des Cinq Parchemins dans 3 documents différents, mais il ne pourrait les lire que s'il atteignait le niveau de Maître.
Le niveau Maître ! Un Maître créateur n’était pas un légume que l'on ramassait au bord de la route !
Le niveau de compétence insensé requis pour lire le Pacte parlait de lui-même. Il devait s'agir d'une organisation extrêmement redoutable, que même la Coalition Vendredi ne souhaitait pas provoquer.
Le manque d'informations rendait toutes spéculations inutiles. Pour l'instant, Ves devait se concentrer sur le développement de ses forces. Ce n'était pas parce que le Pacte n'avait rien fait à Ves qu'il ne changerait pas d'avis plus tard. Si une secte obscure commençait à menacer sa vie, il voulait être prêt à riposter.
Au lieu de cela, il passa le reste de la journée à réfléchir à l'énigme que représentait le Vaillant. Comment avait-il fait pour conserver une telle empreinte du Facteur X ? Le Mécha avait plusieurs centaines d'années. Son créateur d'origine avait-il déjà pris conscience de cet élément métaphysique ?
Ses recherches sur le réseau galactique et celui du comité familial ne donnèrent que peu de résultats. Les débuts de la République Brillante avaient été très difficiles. De nombreux pirates et factions extérieures s'en prenaient fréquemment à la République naissante, qui n'avait pas encore complètement abandonné ses tendances pacifistes.
Ce ne fut qu'après avoir commencé à employer des mercenaires aguerris qu'ils avaient pu renverser la situation. La première génération de Larkinson s’était très bien acquittée de sa tâche en tant que mercenaire, à tel point que la République l'avait récompensée en lui accordant des terres, un statut et la citoyenneté.
Les différentes archives décrivaient les exploits de son ancêtre avec une précision minutieuse. Ves avait déjà appris ses exploits au combat lorsque son père lui avait enseigné lorsqu'il était encore enfant.
Après une demi-heure de recherche, Ves abandonna. « Foutues archives ! »
Aucun des documents historiques ne mentionnait où l'ancêtre avait obtenu ses Méchas. Ses recherches infructueuses ne lui permirent pas de trouver la moindre mention du créateur qui avait minutieusement fabriqué un Mécha sur mesure pour son ancêtre. Une telle personne devait être une existence suprême, mais Ves ne pouvait pas continuer sans indices supplémentaires.
Ves ne pouvait compter que sur ses observations pour percer les secrets du Vaillant. Pour l'instant, il n'avait qu'une seule hypothèse audacieuse.
Quand il le regardait, il avait une impression de son histoire. Ses souvenirs de ce qu'il avait lu sur les exploits au combat de l'ancêtre Larkinson lui revinrent à l'esprit. C'était comme si le Mécha était devenu le testament vivant de l'ancêtre.
« Tout se résume à la vie. »
Et si tous les Méchas commençaient comme une page blanche ? Et si ces Méchas étaient influencés par leurs expériences ?
Sa perspective changea soudainement. Si les Méchas possédaient une vie, alors ils étaient également capables de grandir. Toute vie commençait comme un nouveau-né. À ce stade, ils étaient faibles et fragiles. S'ils étaient correctement élevés, toute vie était capable de s'épanouir en une existence incomparable.
« Une vie n'est jamais statique. Elle commence par être faible, mais qui peut dire qu'elle ne peut pas grandir pour devenir géante ? »
Lorsque Ves comparait ses Méchas de Label Or au Vaillant, il avait l'impression de comparer deux bambins à un vétéran âgé, mais aguerri. Leurs forces n'étaient tout simplement pas comparables.
Cela soulevait la question de savoir si le Vaillant avait commencé aussi fort. Il en doutait fortement. Son créateur lui avait peut-être transmis certaines caractéristiques métaphysiques, mais son aura avait très probablement été acquise plus tard.
Cela signifiait-il que ses propres Méchas étaient capables d'évoluer ?
« Probablement pas. »
Il n'avait jamais pris en compte la croissance, lorsqu'il avait transmis son intention à sa création. Ils étaient conçus pour être puissants dès le départ. Ves n'avait jamais imaginé que ses Méchas pourraient renforcer leur Facteur X intrinsèque après leur fabrication. Il avait l'impression que les Méchas étaient figés dès leur naissance.
Au final, il s'était aveuglé avec ses propres suppositions. Plus précisément, il considérait toujours les Méchas comme des machines. Avant de voir le Vaillant, il supposait inconsciemment qu'il pouvait fabriquer une vie complète.
Tant qu'il fabriquait les bonnes inspirations, il pouvait les affiner pour en faire une intention utile qui complétait ses modèles.
Il ignorait complètement que la vie était capable de se développer à partir de ses humbles débuts. Chaque nouveau-né avait besoin de deux choses, avant de devenir une existence redoutable.
Tout d'abord, il devait disposer d'une bonne base. Une fourmi restait une fourmi. Même la fourmi la plus féroce pouvait facilement être écrasée par un enfant humain inoffensif.
Ves supposait que ses progrès actuels entraient dans cette catégorie. Ses modèles récents prouvaient qu'il était capable d'obtenir une note correcte, selon le Système. Néanmoins, il pensait vaguement qu'il avait atteint un mur. Une note modérée de C+ était le meilleur résultat qu'il avait pu obtenir, jusqu'à présent.
Alors, comment pouvait-il obtenir une meilleure note ? Il pensait auparavant qu'il n'avait qu'une seule option, à savoir continuer à renforcer ses bases. Même si cela pouvait finalement s'avérer être la bonne voie, Ves n'avait aucune idée de la manière de procéder. Il était complètement dans le noir.
À présent, il avait découvert une autre voie. Même si elle ne le mènerait peut-être pas à sa destination initiale, elle lui avait néanmoins révélé un autre aspect du Facteur X. Maintenant qu'il avait pris conscience de cette composante de croissance jusque-là cachée, il pouvait commencer à reproduire le phénomène dans ses propres modèles.
Il remercia à plusieurs reprises son ancêtre, ainsi que le créateur du Vaillant. Son voyage à Rittersberg avait valu le coup, ne serait-ce que pour cette leçon.
« C'est l'heure de dîner ! »
Ves prit Lucky par la main et l'emmena avec lui. « Allons fêter ça. »
Tout le domaine des Larkinson se transforma en un lieu de fête. La joie des vacances gagna tous les enfants, qui couraient partout avec enthousiasme, brandissant leurs petits drapeaux scintillants.
Les cuisiniers servirent un festin somptueux, pour le réveillon du Nouvel An. Le domaine avait même engagé des musiciens pour donner un concert.
Plus tard dans la nuit, la nouvelle année commença enfin. Le ciel tout entier s'illumina, tandis que les feux d'artifice annonçaient bruyamment le début d'une nouvelle année. Des projections élaborées apparurent. Elles montrèrent d'abord la Torche, avant de projeter une série d'images emblématiques des moments les plus glorieux de la République.
Lucky miaula, perplexe, devant tout ce bruit. Il ne savait pas quoi penser de tous ces feux d'artifice. Il pensait peut-être que la planète entière était attaquée. Au fil du temps, son chat se calma, lorsqu'il vit que personne ne paniquait.
Lanie courut vers Ves en souriant et tendit les bras. « Je peux reprendre Lucky dans mes bras ? »
« Bien sûr ! » répondit-il en lui tendant son chat.
La petite fille gloussa, avant de s'éloigner en courant avec son trésor. Ves sourit face à ses pitreries. Sa récente réflexion lui fit vagabonder l'esprit. À quoi ressemblerait la vie de la petite Lanie, dans une dizaine ou une vingtaine d'années ? Deviendrait-elle une femme distinguée et posée, ou son éducation ferait-elle d'elle une puissante pilote de Mécha amazone ?
« Qui sait ce que la vie nous réserve. »
Personne ne pouvait prédire l'avenir. Comme Lanie appartenait aux Larkinson, elle ne manquerait certainement de rien. Quelle que soit la tournure que prendrait sa vie, Ves espérait qu'elle grandirait sans aucun regret.
Tout au long de la nuit, la Torche, avec sa flamme bleue brillante, ne s’éteignait jamais. Chaque planète située dans les frontières de la République projetait le même symbole inébranlable. Elle portait l'espoir et l'ambition de toute la République Brillante. Personne ne voulait que les Vésiens envahissent et pillent leurs précieuses planètes.
La Torche inspirait tout le monde. Ils la regardaient avec des yeux brillants, et imaginaient différents rêves. Les enfants imaginaient reprendre la Torche, un jour. Les adultes étaient déterminés à se battre pour leurs proches. Les personnes âgées priaient pour que leurs sacrifices passés aient été suffisants.
Quant à Ves ? Son ambition était sans limite.