Chapitre 1 446
Après la disparition de sa mère, Ves resta silencieux un moment.
Finalement, il reporta son attention sur Lucky, qui semblait parfaitement détendu et somnolait sans se soucier de rien.
« Tu n’es vraiment pas fiable. À qui voues-tu réellement ton admiration, à moi ou à ma mère ? »
Il savait qu’il ne servait à rien de tenter de faire entendre raison à son chat. Il sortit donc de son lit et se dirigea vers le corps inerte de sa garde du corps.
Il était un peu mal à l’aise de dormir alors qu’elle montait la garde dans sa chambre, mais il se sentait mieux en sachant que quelqu’un pourrait réagir à toute intrusion non autorisée.
L’intrusion désinvolte de sa mère dans sa chambre d’hôtel avait justifié sa décision. Pourtant, sa seule apparition prouvait aussi que deux de ses gardes les plus fiables, Nitaa et Lucky, n’étaient pas capables de repousser tous les intrus !
Ves donna un coup de pied dans le corps de Nitaa. Elle ne bougea pas. « Comment mère a-t-elle pu faire ça ? »
Plus il rencontrait sa mère, plus il devenait évident qu’elle maîtrisait bien mieux les techniques spirituelles. Il aurait adoré apprendre à plonger quelqu’un dans l’inconscience en manipulant sa spiritualité d’une certaine manière.
« Voilà encore une chose que ma mère ne m’a pas enseignée. » Il grimaça.
Plutôt que de lui offrir une paire d’alliances incomplètes, elle aurait mieux fait de lui donner un manuel sur les pouvoirs spirituels ! Pourquoi ne pas lui avoir offert ça à la place ?! Avait-elle peur de la police du droit d’auteur du Pacte des Cinq Parchemins ou quoi ?!
Mais surtout, sa mère ne se montrait guère loquace sur son passé, ses difficultés et ses secrets. Son silence face aux questions qui bouillonnaient dans son esprit le frustrait au plus haut point !
Ves se rendit aussi compte que sa mère et lui avaient plus de points communs qu’il ne le pensait. Après tout, il n’avait pas non plus été généreux en confidences avec ses compagnons les plus proches, et il n’avait pas l’intention de changer de sitôt.
Nitaa et Calabast en savaient peut-être un peu plus sur lui qu’il ne l’aurait voulu, mais c’était parce qu’elles avaient découvert ses secrets sans qu’il puisse rien y faire.
« Les secrets… C’est formidable quand on arrive à les garder, mais affreux quand quelqu’un d’autre vous en cache. » Il se le dit avec amertume. « Je déteste être de l’autre côté. »
Si sa mère lui ressemblait, il ne devait pas s’étonner qu’elle veuille le tenir à l’écart de sa sphère d’influence. Dans son état actuel, il ne pouvait guère l’aider, sinon en lui servant de batterie d’énergie spirituelle.
« Qu’est-ce qui se passe ? » Il fronça les sourcils.
Il essaya de l’observer avec ses sens spirituels et sa vision spirituelle. Il ne rencontra que des murs qui l’empêchaient d’évaluer son véritable état spirituel.
Pourtant, en temps normal, les mères ne puisaient pas la vigueur de leurs fils. Alors, qu’est-ce qui la poussait à lui voler son énergie spirituelle comme s’il était un smoothie ?
« Y a-t-il un problème avec son état spirituel ? »
S’il supposait que sa mère était bel et bien morte, mais qu’elle avait réussi à conserver un reste de vie sous la forme d’un fantôme ou de quelque chose du même genre, alors elle n’était peut-être pas revenue à la vie sans séquelles.
Les indices laissaient fortement penser à une sorte de déficience. Elle avait peut-être perdu la capacité de renouveler son énergie spirituelle et dépendait donc de sources extérieures pour maintenir un niveau de puissance spirituelle suffisant.
« Tout a un prix. » Il murmura. « Plus le bénéfice est grand, plus le prix est élevé. J’imagine que s’arracher aux griffes de la mort doit coûter très cher. »
Sa dépendance à l’égard du corps du chef des bâtisseurs cristallins le préoccupait quelque peu. Même si elle s’était approprié ce corps, il doutait qu’il lui offre les conditions nécessaires pour revenir à la vie.
Ves se demanda s’il pourrait lui concevoir un meilleur corps.
« Je doute que ma mère ait envie de devenir un mécha pour sa seconde vie. » Il marmonna.
Tout cela était en grande partie sans objet, puisque sa mère ne souhaitait pas s’imposer à lui. Elle lui avait clairement fait comprendre qu’elle voulait le laisser vivre sa propre vie, loin des liens qui continuaient d’entraver son père et elle.
Pour l’instant, il n’avait d’autre choix que de se plier à leurs arrangements. Il espérait que cela changerait un jour, mais ce jour était encore très lointain.
« Elle n’a pas tort. » Il ferma les yeux. « Pour avancer, le mieux est que je reste discret et progresse dans l’ombre. Si j’essaie de m’en mêler, je ne ferai que me mettre en danger. »
Ves avait l’impression que ses parents étaient même prêts à mourir dans un endroit oublié de la Faille Nyxienne si c’était le prix à payer pour échapper à toute nouvelle poursuite ! C’était là leur véritable amour pour lui. Ils plaçaient sans hésiter son bien-être avant le leur !
À l’aube, Nitaa sortit lentement du sommeil forcé dans lequel elle avait été plongée. Elle comprit aussitôt qu’on l’avait neutralisée !
Si Ves n’avait pas tranquillement pris son petit déjeuner dans sa chambre, elle aurait perdu la tête !
« Je vous prie de m’excuser, monsieur ! J’ai failli à mon devoir ! »
« Ce n’est pas grave, Nitaa. La personne qui est entrée dans ma chambre n’était… pas facile à gérer. Mais elle est bienveillante, alors il ne m’est rien arrivé. Lucky est toujours là pour me protéger, je n’ai donc jamais été complètement seul. »
À part la perte de la moitié de ses réserves d’énergie spirituelle, il ne lui était rien arrivé de grave. Ves avait déjà récupéré l’énergie spirituelle excédentaire qu’il avait auparavant stockée dans sa pierre P, mais il se sentait encore un peu apathique et n’avait pas envie de concevoir un mécha de sitôt !
Heureusement, le Grand Dynamo tournait à plein régime et cette baisse temporaire pesait moins lourd sur lui qu’autrefois. Alors qu’il lui fallait auparavant des mois, voire des années, pour recouvrer ses forces, il serait désormais remis sur pied en moins de deux semaines.
« Monsieur… Je ne peux tout de même pas me pardonner d’avoir échoué aussi lamentablement. »
« Comme je l’ai dit, ce n’est pas ta faute. Tu ne peux pas te défendre contre la méthode d’attaque utilisée par cette visiteuse. Nous ne sommes que des humains, et les humains ont leurs faiblesses. »
« C’est inadmissible ! »
Il lui fallut un moment pour empêcher Nitaa de continuer à s’excuser. Elle prenait vraiment ses échecs à cœur et, même si elle ne manifestait plus ses regrets, son regard demeurait tourmenté.
Ves décida de lui donner une piste pour l’aider à sortir de ce cercle d’autocritique.
« Écoute, si tu veux t’améliorer, concentre-toi sur l’entraînement de ton esprit. Je sais que tu consacres beaucoup d’efforts à garder la forme, mais tu ne devrais pas négliger le développement de ton esprit. Si tu acquiers une volonté forte et que tu suis sans fléchir un ensemble de principes, je doute que tu sois aussi vulnérable à l’attaque qui t’a mise K.-O. »
Elle le regarda avec scepticisme. « Ça m’aidera vraiment ? »
« Les pilotes experts sont réputés pour ces qualités. Ils sont exceptionnels surtout grâce à la force de leurs convictions et à leur résilience mentale. »
Comme Ves l’avait voulu, ces paroles la firent réfléchir. Contrairement à la plupart des gens, Nitaa possédait un potentiel spirituel.
Même si elle n’était ni pilote de mécha ni conceptrice de méchas, Ves croyait qu’elle pourrait en tirer quelque chose d’utile si elle parvenait d’une manière ou d’une autre à développer son potentiel spirituel jusqu’à franchir le seuil de l’extraordinaire.
Il croyait même que c’était peut-être la clé pour libérer tout le potentiel de son nez expérimental. Le Pacte des Cinq Parchemins devait bien avoir ses raisons d’investir autant dans une augmentation aussi étrange.
Après toutes ces émotions, Ves accueillit avec soulagement le retour à la routine lorsque Gavin lui fit son rapport quotidien sur les activités de l’entreprise.
« Comment se portent les Avatars du Mythe ces derniers temps ? »
« Plutôt bien, patron. Rien de grave à signaler. Le commandant Melkor semble de plus en plus confiant quant à l’état de préparation des Avatars sous ses ordres. Le noyau qu’il a d’abord pris soin de former est désormais parfaitement intégré. Ses membres sont loyaux, compétents et dévoués aux Avatars.
Ça nous permet d’accélérer l’expansion de nos troupes de méchas : tant que les nouvelles unités comptent suffisamment de cadres, nous n’avons pas à craindre la déloyauté. »
« De combien de méchas pouvons-nous disposer actuellement ? »
« Le commandant Melkor m’a assuré qu’il pouvait immédiatement déployer deux compagnies terrestres et deux compagnies spatiales. Nous avons largement assez de pilotes de mécha en réserve pour que les cent soixante méchas soient prêts à partir à tout moment. Le budget des Avatars a lui aussi considérablement augmenté, mais pour l’instant, la LMC peut facilement en supporter la charge. »
C’était une bonne nouvelle. Les Avatars s’étaient développés beaucoup trop lentement à son goût. Savoir qu’ils avaient désormais davantage de marge de manœuvre, maintenant qu’ils disposaient d’un solide noyau de fidèles, le rassura quant à sa force privée de méchas.
« Ça ne concerne que nos compagnies de méchas, pas vrai ? Et notre infanterie de garde et nos contingents de sécurité virtuelle ? »
« Eux aussi ont progressé sous la direction du Capitaine Coyin Larkinson. Pour accélérer le développement des compagnies d’infanterie de garde et du Département de la sécurité virtuelle, Coyin a également sollicité d’autres Larkinson, ainsi que leur vaste réseau de contacts. Un nombre considérable d’anciens militaires ont renforcé leurs rangs. »
La nouvelle réjouit moins Ves. Lorsqu’il se lancerait dans sa grande expédition, il voulait emmener assez d’Avatars pour assurer sa protection.
Si la plupart des Avatars étaient des vétérans très attachés à la République Lumineuse, Ves doutait que plus de vingt pour cent d’entre eux acceptent de quitter leur État d’origine !
En fait, le même problème se posait pour le contingent de méchas. Tant qu’ils resteraient attachés à la République Lumineuse et à leurs familles qui y vivaient, Ves ne pourrait pas les employer aussi librement qu’il le souhaitait !
Ves commença à réfléchir à des solutions, mais il attendrait la fin de sa mission actuelle pour en discuter avec Melkor.
« Et la LMC ? » demanda-t-il en changeant de sujet.
« Rien de nouveau. La croissance considérable de la LMC au cours des derniers mois a ralenti. Nous vendons toujours de plus en plus de méchas, mais c’est surtout parce que nous pénétrons des marchés toujours plus éloignés. En République Lumineuse, nos ventes ont complètement plafonné. Tous les projets annexes auxquels tu as consacré ton temps ces derniers temps n’ont pas vraiment aidé le catalogue de méchas de la LMC.
En plus, la polémique autour de tes modèles de méchas commence vraiment à prendre de l’ampleur. »
« Ah, oui. La polémique. » Ves grimaça. « Les tentatives de la LMC pour détourner les critiques ont-elles été efficaces ? »
« Non. Nous n’avons pas de porte-parole fiable pour parler au public au nom de l’entreprise. Le professeur Ventag a bien pris ta défense, mais les types d’Ansel font tout leur possible pour alimenter les rumeurs sur les effets potentiellement dangereux de tes méchas. »
BANG !
« Mes méchas ne lavent le cerveau de personne ! » Ves frappa la table du poing. « Ces rumeurs sont ridicules ! Mes clients adorent mes produits dès qu’ils commencent à les utiliser, c’est tout ! »
« Nous te croyons tous. Les théories du complot font totalement abstraction du fait que l’AMM certifie toujours nos méchas ! Si les produits de la LMC menaçaient vraiment l’esprit de nos clients, on ne nous aurait jamais autorisés à les commercialiser ! Impossible de discuter avec ceux qui refusent d’écouter les faits et la raison ! »
Ves comprit que ses rivaux commerciaux avaient enfin trouvé un moyen de nuire à ses affaires. Leur stratégie d’attaque était devenue une véritable menace pour sa réputation et celle de son entreprise.
« Que pouvons-nous faire pour mettre fin aux rumeurs ? »
« Pour commencer, tu pourrais rentrer chez toi et répondre aux inquiétudes du public. À part ça, tu ne peux pas faire grand-chose. Les détracteurs resteront toujours des détracteurs. N’oublie pas que la LMC s’est constitué un petit noyau de fans fidèles. Le bouche-à-oreille nous a toujours été favorable. Notre croissance peut être freinée, mais nous ne risquons pas de disparaître de la galaxie. »
Ce n’était guère idéal, mais Ves comprit qu’en l’absence de circonstances exceptionnelles, cette situation risquait de devenir la nouvelle norme.
Le seul moyen de sortir de cette impasse était de trouver une idée spectaculaire qui bouleverserait de force le paysage actuel de son entreprise.
Publier plusieurs modèles de méchas exceptionnels devrait faire l’affaire.