Chapitre 143
Chapitre 143
Chapitre n°143 – Localisation
Traducteur/Checker : SP76
Tout le monde n'était pas d'accord pour gaspiller 500 millions de crédits dans une entreprise extrêmement risquée. L'un des anciens se leva, écartant les mains.
« Je m'y oppose ! »
Ves reconnut la silhouette maigre de Raymond Billingsley-Larkinson, le troisième aîné. Son physique ressemblait à celui de Ves, dans la mesure où il n'avait jamais entraîné son corps à supporter les rigueurs du pilotage. L'aîné devait être quelqu'un qui supervisait l'ensemble des finances.
« Laissez-le parler ! » s'écria le grand-père Benjamin avec force, ce qui fit taire tout le monde.
« Merci, patriarche. D'après notre analyse, bien que Ves ait franchi le premier obstacle et soit capable de fabriquer des Méchas, son entreprise n'est pas dans une position idéale pour maintenir son niveau de rentabilité actuel. Il est beaucoup trop jeune, et ses actifs se déprécient déjà très fortement. »
Comme le troisième aîné avait osé parler directement de son entreprise, Ves se sentit obligé de répondre. « Aîné Raymond, vous exagérez les risques et les coûts. J'ai travaillé dur ces 6 derniers mois pour lancer mon entreprise au point de pouvoir maintenir une seule chaîne de production. Le mois dernier, j'ai fabriqué 8 Méchas complets, et réalisé un bénéfice brut de 60 millions de crédits ! »
60 millions de crédits ! Le fonds d’urgence des Larkinson devait attendre une année entière avant de pouvoir accumuler une telle somme. Ves, en revanche, n'a eu besoin que d'un seul mois ! Tous les membres du comité durent réprimer leur enthousiasme.
« Tu as déjà atteint ton apogée ! » rétorqua l'aîné Raymond, en frappant du poing la table. « N'importe quel analyste est capable de prédire que tu ne pourras pas maintenir ton niveau de profits actuel ! Le coût des ressources augmente, et tes licences de production seront bientôt obsolètes d'ici quelques années. Puis-je rappeler à tout le monde qu'une licence de production relativement abordable peut facilement coûter environ 2 milliards de crédits ?! »
Deux milliards de crédits ! De nombreux membres du comité déglutirent, en entendant cette somme. Les plus avisés d'entre eux ont confirmé l'affirmation de Raymond.
« L'industrie de Méchas se caractérise par des risques élevés et des rendements élevés. Ce que je veux dire par là, c'est qu’il peut facilement gagner une fortune aujourd'hui, mais être complètement fauché le lendemain ! Ne vous laissez pas aveugler par ses revenus mensuels actuels. Ce n’était qu’une transaction. Avec le maigre capital dont il dispose, il est incapable d'augmenter sa production et de réaliser suffisamment de bénéfices pour financer l'acquisition d'une licence de production à jour ! »
L'ambiance commença à se retourner contre la décision d'investir dans une participation. Même si Ves bénéficiait en réalité d'un avantage financier à long terme s'il conservait toutes ses actions, il n'aimait pas être présenté comme un garçon imprudent. Il avait sa fierté.
« Frère Raymond, vous n'avez pas tenu compte de mon évolution. Je suis l'apprenti d'un Maître créateur renommé de la Coalition. Mon niveau actuel n'est qu'un tremplin vers la création d'un Mécha entièrement original. Je suis convaincu que mon niveau augmentera jusqu'à ce que je sois capable d’imaginer un modèle original viable. Dans ce cas, je n'aurai pas besoin d'acheter une licence pour un modèle complet coûteux. Tout au plus, je devrai acheter des licences de composants pour un montant maximal d'un milliard de crédits. »
Ses paroles semblaient ambitieuses ! Personne n'aurait imaginé que Ves avait l'intention de concevoir un Mécha entièrement original. Même les pilotes les plus rustres parmi l'assistance savaient à quel point un tel projet devait être difficile.
Les créateurs qui imaginaient des variantes étaient légion. Ceux qui dépassaient ce stade et créaient un Mécha sans aucune référence existante méritaient l'admiration de tous. Si les Larkinson avaient leur propre créateur, la famille pourrait atteindre un nouveau niveau de notoriété !
Grand-père Benjamin en avait assez de ces discussions incessantes. « Très bien, taisez-vous tous ! Il s'agit d'une réunion solennelle du comité. Nous sommes ici pour décider de l'avenir de la famille Larkinson. Ne vous déshonorez pas devant notre ancêtre. »
L'idée de montrer leur côté honteux au Vaillant répugnait aux dévoués Larkinson. L'intervention de Benjamin permit de calmer les esprits, permettant à Ves et Raymond de retrouver leur sang-froid.
« Nous approchons d'un moment décisif de l'histoire. » poursuivit le patriarche d'un ton posé. « Notre destin est lié à celui de la République Brillante, qui ne semble pas en très bonne santé ces derniers temps. Tout peut arriver. Afin de parer à toute éventualité, nous devons couvrir nos paris. »
Tout le monde resta immobile, lorsque Benjamin commença à brosser un tableau sombre de l'avenir. Ves s'efforça de garder la tête froide. Il comprit trop tard que Benjamin avait apaisé les membres du comité afin qu'ils acceptent la décision d'acquérir une participation dans l'entreprise de Ves. Raymond n'eut même pas l'occasion de répliquer.
« Veuillez lever la main si vous approuvez la proposition précédemment soulevée ! »
Au final, bien plus des deux tiers levèrent la main. Ves remarqua que Benjamin avait rallié presque tous les pilotes. Les autres, en revanche, lançaient des regards furieux à Ves. Pourquoi quelqu'un comme Ves méritait-il un investissement de 500 millions de crédits, alors que leurs propres entreprises avaient du mal à survivre ?
Le doyen Raymond secoua la tête. Même s'il n'était toujours pas d'accord, il savait d'où venait le vent, alors il cessa ses protestations et se retira discrètement.
Le reste de la réunion fut sans grande importance pour Ves. Il reprit plutôt son étude de l'ancien chevalier lourd et de son aura extrêmement puissante. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'il tombait sur un Mécha qui enflammait ses sens. Il souhaitait ardemment que la réunion se prolonge, afin de pouvoir profiter au maximum de cette rare occasion d'observer ce Mécha historique.
Une fois que son grand-père mit fin à la séance, tout le monde commença à quitter la salle. Ves traîna des pieds, car il n'avait toujours pas percé le secret du Facteur X anormalement puissant du Vaillant. Il avait presque envie de demander à son grand-père de lui donner de la nourriture et de l'eau et de l'enfermer à l'intérieur !
Étonnamment, Benjamin demanda à Ves de rester, mais pas à cause du Mécha. Au contraire, son grand-père souhaitait enfin parler de son père disparu.
Quelques autres anciens restèrent également, dont son grand-oncle Ovrin et son oncle Maeser. Ves supposa que son grand-père avait réuni le cercle restreint de la famille.
Cette attente interminable agaçait Ves. « Pouvez-vous enfin me dire où mon père a été retrouvé ? »
« Tu ferais mieux de t'asseoir pour écouter ça, petit. » avertit Maeser, en posant sa main sur l'épaule de Ves. « C'est très compliqué. D'après le peu d'informations que nous avons pu rassembler, ça ne s'annonce pas bien. »
Grand-père Benjamin acquiesça timidement. « Commençons par l'endroit où nous avons trouvé les premiers indices de Ryncol. As-tu entendu parler de la Bande de Nyxian ? »
« C’est pas un immense champ d'astéroïdes rempli de dangers ? »
« Il est également situé à la périphérie du système Komodo. Avec un moteur PRL suffisamment puissant, tu peux passer de la Bande aux secteurs stellaires voisins, comme le système des Montagnes Vicieuses. »
En d'autres termes, on pouvait trouver dans la Bande de nombreux gangs de pirates, et toutes sortes de crapules. Le nombre impressionnant d'astéroïdes piégés dans cet environnement gravitationnel déformé offrait aux pirates des cachettes idéales.
« Pour résumer, l'une de nos sources a pris une photo de lui dans un marché de la tristement célèbre Station Pirate des 3 Branches. »
La salle interdisait l'utilisation d'appareils électroniques, alors Benjamin tendit simplement à Ves une impression en papier. Lorsque Ves prit la feuille, il fixa du regard une image quelque peu granuleuse de son père, en compagnie d'un groupe d'individus menaçants.
« Ce sont des pirates ? » demanda Ves avec hésitation.
« Pas tout à fait. Notre source a réussi à découvrir qu'ils se font appeler les Cadavres de Cobras. Il semble s'agir d'un groupe de mercenaires sinistres. Nous n'avons trouvé aucune autre trace d’eux dans nos archives, mais ils semblent trop expérimentés pour être un groupe de nouveaux. »
Ces découvertes stupéfièrent Ves. Les Cadavres de Cobras ? Ça semblait extrêmement inquiétant.
Measar, assis à côté de Ves, haussa les épaules. « Moi aussi, j'ai eu du mal à y croire quand j'en ai entendu parler pour la première fois. Nous avons creusé davantage, jusqu'à ce que nous parvenions enfin à découvrir plus de détails. Il semble que tous les membres des soient traqués par une organisation secrète, appelée le Pacte des Cinq Parchemins. »
Sa famille venait d'introduire un autre nom inconnu à Ves. « Je ne peux pas dire que j'en ai entendu parler. Ça a l'air sérieux. »
« J'ai eu affaire au Pacte des Cinq Parchemins. » dit Benjamin, d’un visage sombre. « Le Pacte est une secte galactique composée d'adorateurs d'extraterrestres et de fanatiques apocalyptiques. Même la République ne connaît pas clairement leurs objectifs, mais d'après ce que nous pouvons en dire, ils ont infiltré tous les coins de l'espace humain. »
Lorsque Ves posa quelques questions sur le Pacte, aucun des Larkinson ne fut en mesure d'expliquer ce qu’ils faisaient réellement. Benjamin n'avait entendu que des rumeurs concernant le vol de données, le lavage de cerveau, et le bombardement nucléaire de planètes. Le Pacte ne jouait clairement pas selon les règles.
Benjamin expliqua ses soupçons. « Nous pensons que ton père a d'une manière ou d'une autre suscité la colère de cette bande de fous. Afin de ne pas t’impliquer, il a coupé les ponts, et s'est enfui vers la Bande de Nyxian. Même une secte aussi importante que le Pacte des Cinq Parchemins ne peut espérer trouver une aiguille dans cette immense botte de foin. »
« Si cette secte secrète en veut à mon père, pourquoi ne m'ont-ils pas kidnappé ? » demanda Ves, inquiet. « Ils pourraient facilement m'enlever chez moi, à Cumulonimbia, s'ils le voulaient. »
« C'est parce que l’Association de Commerce de Méchas les traquerait, s'ils se montraient dans l'espace civilisé. » répondit son grand-père. « Les membres de cette secte possèdent tous des gènes anormaux. Même s'ils se couvraient le visage, ils ne peuvent espérer passer un contrôle de sécurité. »
La puissance de l’ACM dissuadait tous les États et toutes les organisations d'enfreindre ses règles. Sa puissance militaire n'était surpassée que par celle de l'Alliance de la Flotte Commune, qui assurait collectivement la défense des frontières de l'humanité. Ves croyait sincèrement en la capacité de l’ACM à punir le Pacte des Cinq Parchemins, s'ils venaient à se manifester.
Malgré cette sécurité, Ves s'inquiétait toujours de la raison pour laquelle son père avait suscité la colère d’une telle organisation. Connaissaient-ils l'existence du Système ? Pire encore, étaient-ils les esprits derrière ?
Ves écarta provisoirement cette possibilité. Si le Pacte des Cinq Parchemins s'intéressait à sa carrière fulgurante, ils devaient avoir compris qu'il utilisait le Système. Pour quelque chose d'aussi précieux, ils n'hésiteraient pas à tout mettre en œuvre et à envahir toute la République Brillante afin de récupérer leur trésor.
De plus, il ne pensait pas que son père aurait commis l'erreur de remettre le Système sans s'attendre à ce qu'il soit laissé dans un placard. Ryncol avait sûrement prédit que Ves l'utiliserait pour réaliser son rêve de devenir créateur de Méchas. Si le Système n'était pas sûr à utiliser, son père ne l'aurait jamais remis à Ves.
Les propriétaires originaux du Système devaient donc être une autre organisation. Tant que Ves ne faisait rien de trop extravagant et n'attirait pas trop l'attention, les malheureux propriétaires ne pourraient pas le distinguer des autres génies.
Ves décida d'investir davantage de ressources pour renforcer sa sécurité et son anonymat. Il se félicita déjà mentalement d'avoir acquis le tampon d’anonymat, dans la boutique du Système.
Après que les autres Larkinson eurent exprimé leur opinion, son grand-père sourit à Ves. « Peu importe ce que ton père a prévu, je suis sûr qu'il saura s'adapter. Ryncol a toujours été un battant. La Bande de Nyxian est une région extrêmement dangereuse, mais pas pour lui. Il saura rester en vie, à défaut d'autre chose. »
La réunion se termina sur une note quelque peu déprimante. Au moins, le cercle restreint ne reprochait pas à son père d'avoir énervé une secte galactique composée d'individus dangereux et étranges. Ils apportaient leur soutien inconditionnel à Ves et à son père, et n’hésitèrent pas à leur proposer leur aide.
Ovrin s'approcha de Ves, après que tout le monde eut commencé à monter les escaliers. « Ves ? Un instant, s'il te plaît. »
« Qu'y a-t-il ? »
« Compte tenu des menaces qui pèsent sur toi, nous aimerions prendre quelques précautions. À ton retour, nous voulons que tu sois accompagné par deux pilotes de Méchas. Ils seront chargés d'assurer ta sécurité et celle de ton atelier, à partir de maintenant. »
Une escorte était une idée très bienvenue pour Ves, mais il hésita un peu, lorsqu'il comprit que son grand-oncle souhaitait que les Méchas soient pilotés par des Larkinson de sang pur.
« Tous les Larkinson valides ne devraient-ils pas servir dans le Corps des Méchas, en ce moment ? »
Ovrin sourit tristement. « Chaque famille a ses moutons noirs. Certains membres de notre jeune génération ne sont pas tout à fait adaptés à la vie militaire. Ne t’inquiète pas. Les Larkinson auxquels je pense sont des pilotes compétents. »