Chapitre 1 433
Ves fut ébloui par la variété des marchandises proposées. La plupart étaient des produits exotiques extraits d’astéroïdes et d’autres satellites de la Faille de Nyxian, mais il fut impressionné par l’étendue du choix.
« La variété des marchandises proposées ici n’a d’égale que celle du Système de Centerpoint ! » s’exclama Ves.
Les halles commerciales de l’Association des Gardiens de la Paix Sentinelles regorgeaient de marchandises alléchantes, à des prix bien plus raisonnables que ceux pratiqués à Centerpoint !
Bien sûr, c’était l’un des avantages que procurait l’accès aux Gardiens de la Paix. Seuls les Sentinelles bien introduits bénéficiaient d’un traitement aussi favorable.
Il regrettait de ne plus avoir accès à la Société Clifford. Il aurait pu échanger tous les mérites qu’il avait accumulés contre quelque chose d’intéressant.
Il aurait été agréable que Ves parvienne à obtenir une adhésion permanente aux Gardiens de la Paix, mais ce n’était pas envisageable.
« Alors, qu’est-ce qu’on cherche, patron ? »
« Hmmm… Ce serait bien que je puisse trouver une autre pierre P. » Ves réfléchit un instant. « J’aimerais aussi me procurer davantage d’épices geril et découvrir d’où elles viennent. Je garderai également l’œil ouvert pour repérer d’autres curiosités. »
Cette fois, Ves avait choisi de porter toute sa tenue de la Fierté du Crépuscule par-dessus ses vêtements professionnels. Il attira aussitôt les regards et le respect, surtout après avoir affaibli le filtre d’aura de son pardessus.
D’ordinaire, il détestait se présenter de manière aussi ostentatoire. Mais cette fois, c’était différent.
Comme sur les autres plateformes commerciales réservées à une élite, les marchands d’ici accordaient beaucoup d’importance à leurs interlocuteurs. Un inconnu n’aurait pas accès aux marchandises et aux services les plus exclusifs. Et même s’il parvenait à convaincre un marchand de lui vendre quelque chose, le prix à payer risquait d’être prohibitif !
Sa tenue changeait tout. Tandis qu’il traversait calmement les bazars, pas un seul vendeur ni marchand ne le prit de haut !
Même lorsqu’il posa ses ridicules oreilles de chat décoratives sur sa tête, cela ne diminua en rien le respect qu’on lui témoignait !
Ni sa fortune ni son statut de compagnon ne retinrent l’attention des Gardiens de la Paix. En revanche, grâce à sa Fierté du Crépuscule, les habitants du coin reconnurent surtout sa participation à une chasse à la Couronne couronnée de succès !
Hélas, malgré les nombreuses marchandises intéressantes qu’il découvrit, aucune ne lui parut indispensable.
Conscient de ses moyens limités, il répugnait à dilapider ses réserves dans des babioles coûteuses à la valeur douteuse.
Les Gardiens de la Paix proposaient une impressionnante variété de produits exotiques, mais aucun ne lui était utile. Il lui arrivait de tomber sur des matériaux qu’il aurait voulu intégrer à son mécha Devil Tiger, mais il n’y touchait pas.
Acheter toutes ces matières exotiques intéressantes aurait coûté beaucoup trop cher ! Le Devil Tiger lui avait déjà fait dépenser trop d’argent et de ressources. Inutile d’investir encore davantage dans un mécha dont le prix était déjà prohibitif.
Bien sûr, ce n’était pas parce que Ves n’avait envie de rien acheter de spécial que Lucky partageait son avis.
« Miaou ! Miaou ! Miaou ! »
Comme lors de leur visite du marché de Centerpiece, Lucky se comporta comme s’il venait d’entrer dans un trésor de dragon. Agrippé aux épaules de Ves, il lui tapotait sans cesse la joue et pointait ses pattes vers une certaine boutique de la halle commerciale.
« Arrête de me taper, Lucky ! »
« Miaou ! »
« Je me fiche qu’il y ait de l’Os de Rorach à vendre dans cette boutique ! Tu sais combien ça peut coûter ?! Tout le butin extrait de la Planète Lumineuse a été englouti par les différents États qui ont participé à sa destruction ! »
En réalité, Ves ne savait pas si l’Os de Rorach venait de la Faille de Nyxian ou de la Planète Lumineuse.
Ses propriétés régénératrices étaient très recherchées, mais la matière était aussi difficile à travailler. Ves pouvait lui trouver quantité d’utilisations, mais se procurer un échantillon d’Os de Rorach relevait du luxe plutôt que de la nécessité.
« Miaou ! »
« Je ne te néglige pas ! Je surveille juste mon budget, c’est tout ! »
Pour calmer Lucky, Ves lui acheta quelques produits exotiques moins chers, chacun lui coûtant l’équivalent de dizaines de millions de crédits brillants.
Les achats eurent vite fait d’apaiser les protestations de Lucky. Le chat grignota tranquillement un minéral résistant tandis que Ves et ses compagnons continuaient leur visite d’autres halles commerciales.
Outre les produits exotiques, les Gardiens de la Paix faisaient aussi beaucoup de commerce de méchas et de vaisseaux récupérés ou capturés.
« On vend ici pas mal de butin pirate, remarqua Ves.
— Si tu veux trouver des méchas ou des vaisseaux à bon prix, c’est l’occasion. »
Ves grimaça. « Inutile. Je peux produire mes propres méchas, et je préfère me procurer mes vaisseaux auprès de sources fiables. »
Il continua tout de même à parcourir les stands pour découvrir le genre d’équipement utilisé par les pirates nyxiens. Il vit beaucoup de méchas et de vaisseaux qu’ils avaient probablement volés à leurs victimes, mais il tomba aussi sur de nombreuses pièces qui semblaient avoir été fabriquées par les pirates eux-mêmes !
« Même si la Faille de Nyxian est une région hostile, les Nyxiens peuvent parfois faire preuve de beaucoup d’ingéniosité, monsieur », expliqua poliment le vendeur. La Fierté du Crépuscule lui imposait une forte pression. « La Faille abrite un certain nombre de concepteurs de méchas et même de constructeurs navals exilés. S’ils sont assez compétents, les bandes de pirates les attirent pour qu’ils travaillent à leur service.
C’est ainsi que la plupart des produits que je vends ont vu le jour. »
Curieux, Ves examina certains des méchas récupérés. La plupart étaient d’assez bonne qualité !
« Quelle est l’ampleur de l’activité industrielle dans la Faille de Nyxian ? »
Le vendeur eut l’air désolé. « Je n’en ai aucune idée. La majeure partie de la Faille n’est qu’une mer vide d’astéroïdes, mais j’ai entendu dire qu’en certains endroits, les pirates avaient construit des stations spatiales ou de plus grandes colonies. »
« De quelle taille parle-t-on ? »
« Pas aussi grandes que Cinach XII, en tout cas. Je ne pense pas qu’il y ait de colonie abritant plus de cent mille pirates nyxiens, mais ne prenez pas ma parole pour argent comptant. Je n’entends que des rumeurs de temps à autre. »
Le vendeur prétendait ne pas en savoir beaucoup, mais sa position au sein des Gardiens de la Paix l’exposait à quantité de ouï-dire et de rumeurs.
Ves passait autant de temps dans les halles commerciales notamment pour glaner quelques-unes de ces rumeurs. Sinon, il n’aurait pas pu approcher autant de membres du personnel des Gardiens de la Paix !
Ves prêtait l’oreille aux histoires de pirates de tous horizons et de mercenaires sans scrupules, dans l’espoir d’entendre parler de son père.
Mais celui-ci avait probablement fait tout son possible pour dissimuler son identité dans la Faille de Nyxian ! Il n’aurait jamais été assez stupide pour utiliser son vrai nom alors qu’il se cachait !
« La Main de l’Oubli gagne du terrain, ces derniers temps, confia un vendeur. Depuis que le Faucheur Sombre, leur nouveau commandant, a lancé un coup d’État contre le Commandant Dafoe, ils font beaucoup parler d’eux.
Ils se sont fait beaucoup d’ennemis en chemin, mais sous la direction du Faucheur Sombre, la Main de l’Oubli a vaincu tous ceux qui se dressaient sur sa route et intégré les restes des forces défaites ! »
« Oui, c’est très intéressant, mais passons à autre chose, marmonna Ves d’un air indifférent. Avez-vous entendu parler de colonies dans la Faille de Nyxian ? »
« Eh bien, il paraît qu’il existe un immense repaire de pirates dans la Faille de Nyxian. Certains pirates capturés par les Gardiens de la Paix ont affirmé avoir visité une planète vagabonde évidée, dans les profondeurs les plus reculées de la Faille. »
Ves se montra aussitôt intéressé. « Dites-m’en plus. »
« On l’appellerait Archeport. Elle serait sous le contrôle absolu d’un chef pirate qui se fait appeler le Roi des Illuminés. D’après tous les pirates que les Gardiens de la Paix ont capturés et interrogés au fil des ans, nous sommes presque certains qu’Archeport existe. »
« Un repaire de pirates aussi vaste ferait une cible de choix pour les Gardiens de la Paix. »
« Ce serait le cas s’il n’était pas si profondément enfoui dans la Faille de Nyxian, rétorqua le vendeur. À moins que les Gardiens de la Paix ne trouvent une sorte de raccourci, il faut littéralement des décennies pour atteindre Archeport depuis l’extérieur ! »
« C’est absurde ! »
« C’est ainsi que se déroulent les voyages spatiaux dans la Faille de Nyxian. Il s’y produit toutes sortes de phénomènes étranges. Les distances n’ont parfois aucun sens, et le problème s’aggrave à mesure qu’on s’enfonce dans la région intérieure de la Faille. Comme s’il y avait un immense trou dans la réalité, au centre de la région, qui irradiait toutes sortes d’anomalies dans l’espace environnant. »
C’était peut-être bien vrai. Bien des scientifiques s’étaient creusé la tête pour comprendre comment la Faille de Nyxian s’était formée. Peut-être qu’un magnétar d’une puissance extrême avait été frappé par une superarme extraterrestre antique, ce qui avait fait s’effondrer et brouillé l’espace qu’il occupait auparavant.
Le phénomène de compression spatiale signifiait que la Faille de Nyxian occupait une région bien plus réduite que ne le laissaient penser les cartes. Seulement, l’impossibilité de voyager en FTL contrebalançait cet effet.
« Je vois. » Ves hocha pensivement la tête. « Si atteindre Archeport depuis l’extérieur prend réellement des décennies, je ne suis pas surpris que les Gardiens de la Paix n’aient rien entrepris. Pensez-vous que cet endroit existe vraiment ? »
« Oui. Nous ignorons toutefois comment nous y rendre. Je suis sûr qu’il existe une sorte de raccourci qui réduit la durée du voyage, mais, curieusement, les pirates qui affirment avoir visité Archeport n’en savent littéralement rien. On leur a arraché de l’esprit toute connaissance de cet itinéraire ! »
Ves devint soupçonneux. Il se demanda si le Pacte des Cinq Parchemins ne contrôlait pas secrètement ce fameux Archeport. L’hypothèse était très plausible et correspondait à leurs méthodes.
Mais il aurait pu lancer cette accusation à propos de bien d’autres choses. Il soupçonnait même le Pacte de s’être infiltré chez les Gardiens de la Paix !
Ves secoua vigoureusement la tête. Le voilà qui se laissait encore dominer par sa paranoïa. Il était absurde de soupçonner les Gardiens de la Paix d’être secrètement contrôlés par le Pacte, puisque l’aristocratie tenait fermement les rênes de l’organisation.
Tandis que Ves poursuivait ses échanges avec les vendeurs et les autres membres du personnel, il s’arrêta brusquement en apercevant une pièce de récupération particulièrement remarquable.
Ves se retourna et se dirigea aussitôt vers une boutique. Il s’approcha d’une projection qui montrait quelque chose qu’il n’aurait jamais pensé trouver dans cette région de l’espace.
« Ça… » Gavin hésita. « Cette épave ressemble à celle d’un Titan de l’Aurore. C’est… c’est ton mécha ? »
Ves pinça les lèvres. « Non. C’est une imitation, et plutôt réussie ! »
Le mécha contrefait avait subi de très lourds dégâts ; presque toutes les parties de son armure extérieure étaient endommagées. Pourtant, Ves pouvait facilement imaginer que la machine avait été presque aussi performante que les versions authentiques produites par LMC et NORA Consolidated !
Ves secoua la tête à cette vue. « Allons-y. »
« Tu ne veux pas acheter l’épave pour l’examiner de plus près ? » demanda Gavin.
« Non. J’ai déjà vu ce que je voulais voir. Je suis presque certain que ce mécha contrefait ne vient pas de l’un des fabricants clandestins de méchas établis en République de Reinald. Je n’ai pas envie d’en savoir plus. »
Tous les concepteurs de méchas qui en avaient créé un bon devaient composer avec des imitateurs cherchant à plagier leur travail. Ves aurait beau faire, il ne pourrait jamais les éradiquer complètement. Si l’AMM n’en était pas capable ou n’en avait pas la volonté, que pouvait-il faire ?
Ce qui révoltait le plus Ves dans l’épave de cette imitation, c’était d’avoir perçu dans sa projection une trace de quelque chose de remarquable !
Cela signifiait que les fabricants de méchas contrefaits avaient réussi à se procurer les schémas de conception complets et à les reproduire assez fidèlement pour insuffler à leurs imitations une trace de Facteur X !
La nouvelle n’augurait rien de bon pour Ves et la LMC !