Chapitre 1 432
Ves sourit lorsque la flotte émergea à la périphérie du Système de Cinach. Comme il s’y attendait, le système était très fréquenté, avec des milliers de navires marchands et de paquebots.
L’un des atouts du Système de Cinach était le grand nombre de planètes et de lunes qu’il abritait. Toutes ces terres enrichissaient les maisons nobles au pouvoir et attiraient un volume de commerce encore plus important.
Le Système de Cinach comptait trois planètes remarquables.
Cinach VI, sous le contrôle de la Maison Evenson, abritait un grand nombre d’entreprises spécialisées dans les méchas. D’autres planètes du système en produisaient également, mais Cinach VI s’efforçait de devenir la destination de premier choix pour tout ce qui touchait aux méchas.
Cinach VIII, sous la domination de la Maison Gin Tefa, excellait dans l’éducation et la recherche. Elle accueillait de nombreuses universités et institutions de recherche, qui formaient et employaient une foule de personnes hautement qualifiées. Beaucoup de ces universités figuraient parmi les meilleures de leur domaine dans le Royaume Sentinelle !
Cinach XII était peut-être la planète la plus éloignée de l’étoile locale, mais elle hébergeait de nombreuses industries sans rapport avec les méchas. La plupart des matières premières qui entraient dans le Système de Cinach arrivaient à Cinach XI pour y subir un traitement poussé, avant d’être acheminées vers les industries voraces du reste de la planète et du système !
Cette dernière planète abritait également une vaste industrie orbitale consacrée à la production, à la réparation et à la modification de toutes sortes de vaisseaux spatiaux !
La première chose que Ves voulait régler était de conduire le Barracuda dans l’un des docks de réparation qu’ils avaient réservés. Tandis que les vaisseaux des Battle Crier stationnaient en orbite autour d’une lune, le Barracuda les devança et pénétra dans l’une des gigantesques structures orbitant autour de Cinach XII.
Lorsque la corvette se posa dans le dock, Ves convoqua Crindon et la capitaine Silvestra pour une brève réunion.
« L’entreprise de construction navale a-t-elle accepté d’effectuer les révisions prévues ? »
La capitaine hocha la tête. « Oui, monsieur. Rien n’a changé malgré le léger retard de notre arrivée. À part un supplément à régler, les travaux peuvent toujours avoir lieu. »
« Après ça, mon vaisseau sera beaucoup plus sûr, n’est-ce pas ? »
« Relativement », précisa Crindon avec prudence. « Les brouilleurs resteront indispensables si vous voulez profiter d’un peu d’intimité. Nous échangeons essentiellement des composants de vaisseau vendrédiens contre des composants de vaisseau hexers. Vous pouvez être sûr que les Hexers vous surveilleront de très près grâce aux portes dérobées qu’ils ont intégrées à leurs pièces. De plus, la CFA et la MTA auront toujours accès aux systèmes de votre vaisseau. »
Ves poussa un grognement exaspéré. « Mais comment les pirates font-ils pour gérer ce problème ?! »
« Ils ont assez de jugeote pour produire leurs propres systèmes de communication. Tous les pirates ne sont pas aussi prudents, mais les bandes les plus anciennes et les plus puissantes arrachent les systèmes de communication existants et les remplacent par des versions conçues par les leurs. Bien sûr, il est très probable que ces systèmes de communication aient eux aussi des portes dérobées.
C’est pour cela que les pirates accordent tant de valeur à leur appartenance à une alliance. S’ils doivent être surveillés, autant l’être par les leurs ! »
Ça se tenait. L’Alliance du Dragon et l’Alliance de Ravienne étaient les deux principaux blocs pirates de la Région stellaire de Faris. Beaucoup de pirates que Ves avait rencontrés dans la frontière rêvaient d’intégrer ces alliances. Le soutien qu’elles apportaient augmentait considérablement les chances de survie des pirates assez chanceux pour se mettre à l’abri sous leur vaste parapluie !
« J’en ai vraiment assez de devoir gérer toutes ces portes dérobées. » Ves grogna de nouveau. « Quand nous serons de retour dans la République Lumineuse, je crois que je vais me mettre à développer et produire mes propres systèmes de communication de A à Z. Tu penses que c’est faisable ? »
Crindon exprima aussitôt quelques réserves. « C’est beaucoup plus compliqué que vous ne le pensez. Créer un système de communication convenable est assez simple, mais ce sont les problèmes de sécurité qui exigent le plus d’attention. Je peux vous aider sur ce point, mais je n’ai pas été formé à programmer des suites de sécurité à partir de zéro. »
« Tu marques un point. Je vais devoir réfléchir davantage à cette possibilité. »
« Je pense que vous êtes sur la bonne voie. Toutes les grandes organisations riches développent leurs propres systèmes de communication. Cela ne les immunise pas contre le piratage, mais elles peuvent au moins réduire leurs vulnérabilités face à leurs rivales. »
La capitaine Silvestra ajouta toutefois une mise en garde. « Vous ne pouvez pas reproduire tous les systèmes de communication. La communication instantanée dans tout l’espace humain est une capacité essentielle, mais le Consortium des communications garde une mainmise absolue sur le développement et la production des nœuds d’intrication quantique. C’est un système de communication que vous ne pourrez jamais reproduire ! »
C’était vrai. Il était impensable que Ves arrache le nœud d’intrication quantique installé à bord du Barracuda. Au mieux, la révision à venir permettrait de remplacer certains composants externes par des pièces produites par des entreprises auxquelles ils faisaient davantage confiance.
Ves laissa Crindon, la capitaine Silvestra et le reste de l’équipage du Barracuda s’occuper de la révision approfondie en cours et en superviser les travaux.
Tout cela prendrait environ deux ou trois semaines, ce qui lui laissait largement le temps de poursuivre ses autres objectifs entre-temps.
Une semaine passa, au cours de laquelle Ves rendit visite à de nombreux Compagnons concepteurs sur Cinach VI. Il put mesurer sa nouvelle réputation à l’œuvre : chaque concepteur de méchas avec qui il échangeait lui apportait au moins un élément substantiel.
Aucune de ces rencontres ne lui apprit quoi que ce soit de révolutionnaire au point de bouleverser sa vision des choses, mais il en tira tout de même quelques idées utiles.
Chaque concepteur de méchas voyait les méchas sous un angle différent. Ves commençait à remarquer de nombreux recoupements entre les opinions des concepteurs locaux, mais il avait malgré tout le sentiment d’avoir appris quelque chose en élargissant ses horizons.
Alors qu’il terminait son programme de rencontres, Ves retrouva aussi brièvement un Courrier de l’Ombre afin de récupérer une cargaison qu’il attendait depuis longtemps, dans un entrepôt apparemment abandonné de Cinach VI.
« Votre colis, monsieur Larkinson. » La femme en robe sombre lui tendit une boîte sécurisée. « Je vous prie d’en vérifier le contenu. »
Ves s’exécuta. Il ouvrit la boîte, sortit son Vulcaneye et balaya tous les matériaux importants qu’elle contenait.
Le sulomnium, la bêta-otricine et les Larmes de Flesha qu’il avait demandés étaient bien là, dans les quantités prévues. Leur qualité était également à la hauteur.
« Tout est en ordre. » Il sourit, rangea son scanner polyvalent et tendit la boîte à Nitaa. « Avant de partir, pourrais-je vous confier un colis à faire passer par votre réseau ? »
« Nous sommes à votre service, monsieur Larkinson. » La femme en robe s’inclina, peut-être avec un peu plus de déférence que d’habitude en raison de la Fierté du Crépuscule. « Nous garantissons que chaque message ou colis que vous nous confiez sera livré sans faute, ou nous vous remboursons. »
« Parfait, car j’ai un petit colis à faire parvenir à quelqu’un dans le Protectorat d’Ylvain. »
Ves et le Courrier de l’Ombre conclurent rapidement un accord. Il dut payer une somme considérable, de l’ordre de dizaines de millions de crédits brillants, pour faire livrer une simple puce de données chiffrée, mais il n’avait pas d’autre choix.
La puce contenait une demande adressée à Calabast : elle devait passer au peigne fin les marchés des ressources à la recherche d’autres pierres P possibles. Ves avait inclus toutes les données de numérisation des deux pierres P afin que Calabast et ses subordonnés sachent les reconnaître à leurs signatures d’émission distinctives.
Après avoir terminé son rendez-vous avec le Courrier de l’Ombre, Ves se sentit prêt à passer à la prochaine étape de son séjour dans le Système de Cinach.
« Allons visiter la branche locale de l’Association des Gardiens de la Paix Sentinelles », annonça-t-il.
Lui et son escorte durent se rendre jusqu’à Cinach XII, où les Gardiens de la Paix avaient établi leur branche.
Comme Cinach était un système portuaire, les Gardiens de la Paix avaient aménagé une vaste branche à la surface de Cinach XII.
« De nombreux mercenaires et chasseurs de trésors font la navette entre le Système de Cinach et la Faille Nyxienne, expliqua Gavin. La branche des Gardiens de la Paix sur Cinach XII attire beaucoup de pilotes de méchas, de commandants de méchas, de concepteurs de méchas, de négociants et de représentants de grandes entreprises. Beaucoup de marchandises et de services s’échangent ici, car les prises nyxiennes sont très recherchées.
Certaines des transactions les plus lucratives du système se déroulent dans leurs salles de marché réservées ! »
Le mot important, ici, était « réservées ». Les Gardiens de la Paix avaient pour mission de rassembler sous une bannière commune toutes les organisations privées disposées à entreprendre des missions dans la Faille Nyxienne. Certaines de leurs prises étant très demandées, ils limitaient les partenaires commerciaux autorisés à participer.
En règle générale, les Gardiens de la Paix s’adressaient surtout à la noblesse du Royaume Sentinelle. Dans de rares cas, des personnes comme Ves, soutenues par un noble, étaient également autorisées à faire des affaires sous certaines conditions.
Le laissez-passer que Ves avait reçu de Lady Miralix ne l’autorisait à participer que pendant quelques jours. Il était bien plus difficile pour elle d’obtenir un laissez-passer permanent pour un invité étranger comme lui. Après tout, l’Association des Gardiens de la Paix Sentinelles existait avant tout pour servir les intérêts des Sentinelles, pas ceux des étrangers !
« Il existe des organisations comme les Gardiens de la Paix dans la République Lumineuse ? » demanda Ves en caressant distraitement le dos de Lucky.
« Pas à ma connaissance, patron. Même si la République Lumineuse est assez proche de la frontière, la plupart de nos organisations privées travaillent plutôt près de chez nous. Les guerres fréquentes contre le Royaume de Vesia nous empêchent de nous intéresser aux richesses que nous pourrions tirer de la frontière. »
« Ah. Ça se comprend, Benny. »
Pour l’instant, Ves et ses habituels compagnons voyageaient à bord d’une navette blindée qui les conduisait lentement aux vastes terrains des Gardiens de la Paix. Une petite escouade de méchas Battle Crier escortait également la navette, comme à son habitude.
Le Commandant Cinnabar l’accompagnait aussi, cette fois-ci.
« Que pensez-vous de la mission des Gardiens de la Paix, commandant ? »
Il haussa les épaules. « Je ne crois pas que les Gardiens de la Paix soient aussi honorables et irréprochables qu’ils le prétendent. La Faille Nyxienne est l’une des régions les plus rudes de notre secteur stellaire. Les communications y sont difficiles, voire carrément impossibles ; tout peut donc s’y produire. Je suis certain que les organisations des Gardiens de la Paix ont toutes été poussées au désespoir à un moment ou à un autre au cours de leurs missions. »
« Vous êtes bien cynique, commandant. »
« La Faille Nyxienne est une région où règne l’absence de règles. Ceux qui tentent de les respecter seront toujours désavantagés face à ceux qui n’ont aucun scrupule. »
Ves fronça un peu les sourcils en entendant cela. À sa connaissance, son père disparu se cachait toujours quelque part dans la Faille Nyxienne. Les enquêteurs engagés par son grand-père n’avaient rien découvert de plus. Cela montrait à quel point il était difficile d’obtenir la moindre information utile sur cette région redoutable !
« Et vous, Nitaa ? Qu’en pensez-vous ? »
« Je ne connais pas très bien les Gardiens de la Paix, mais je sais que certaines organisations ont engagé des Kinners. Certaines missions sont si délicates que les employeurs exigent une confiance absolue envers les pilotes de méchas qu’ils envoient dans la Faille Nyxienne. »
« Et ces Kinners acceptent qu’on les envoie dans la Faille Nyxienne ? »
Nitaa et le Commandant Cinnabar échangèrent un regard.
« C’est la vie d’un Kinner, monsieur. Pour être honnête, nous ne sommes prêts à accomplir ces missions dangereuses que si nous avons signé un bon contrat. Nous sommes chers pour une bonne raison. »
Ves le savait bien, puisqu’il avait dépensé beaucoup d’argent pour s’assurer durablement les services de deux Kinners liés par contrat.
Un peu plus tard, la navette se posa enfin dans une zone d’atterrissage située sur le vaste campus des Gardiens de la Paix.
« Nous y sommes ! »
La branche des Gardiens de la Paix occupait autant d’espace qu’un quartier entier. Au milieu des places, des parcs et des larges avenues, Ves aperçut de nombreuses salles de marché, des centres d’emploi, des entrepôts, des ateliers de méchas et d’autres installations.
Dès qu’il eut passé une brève inspection, au cours de laquelle les gardes de sécurité vérifièrent la validité de son laissez-passer temporaire, il conduisit rapidement ses compagnons vers l’une des salles de marché.
« Allons-y ! Nous n’avons pas beaucoup de temps, alors autant profiter au maximum de cette visite ! »