Chapitre 142
Chapitre 142
Chapitre n°142 – Comité Famillial
Traducteur/Checker : SP76
Ves passa les jours suivants à se détendre. Il joua avec les enfants, et les impressionna par ses talents de bricoleur en fabriquant quelques jouets. Cela lui réchauffait vraiment le cœur de faire rire ses petits cousins.
En plus de s'amuser, il se tenait également au courant de l'actualité en discutant avec les aînés mieux informés. Maintenant qu'il avait rejoint le comité de la famille, il avait accès à leur modeste base de données, et à leur réseau de renseignements. Il avait déjà parcouru les fichiers les plus récents, mais ceux-ci ne donnaient qu'une image fragmentée de l'actualité.
Même les Larkinson soupçonnaient que d'autres groupes avaient été à l'œuvre. Le nombre de pirates et de rebelles qui sévissaient dans tout le secteur stellaire semblait trop important et trop bien financé pour être local.
Malgré ces indications, la République Brillante concentrait la plupart de ses efforts sur le conflit imminent avec son voisin irréconciliable. Peu importe ce que faisaient les étrangers, la République devait d'abord repousser le royaume de Vesia, avant de se préoccuper de la situation dans son ensemble.
Le royaume était en effet un peu plus grand et plus riche que la République. Il devait l'essentiel de sa supériorité au fait qu'il possédait deux systèmes portuaires, qui élargissaient considérablement sa portée et réduisaient ses lignes d'approvisionnement. Malheureusement pour les Vésiens, leurs systèmes étaient mal situés, et n'avaient guère de valeur stratégique, si ce n'est celle d'un relais pratique pour les navires cherchant à transiter ailleurs.
« Les Vésiens ont toujours été jaloux du commerce détourné vers Bentheim. » conclut Ves. La guerre à venir tournerait probablement autour de la tentative de conquête du système de Bentheim. « Cumulonimbia ne devrait pas attirer trop d'attention, mais il se retrouvera certainement dans la ligne de mire à un moment donné. »
En fait, tout au long des guerres, lorsque les Vésiens réussissaient à franchir la frontière, ils occupaient souvent les territoires environnants. Un système sous-développé comme Cumulonimbia ne méritait qu'une petite force d'occupation. Ils balayaient généralement les gangs, et s'assuraient qu'aucun local ne tenterait quoi que ce soit pendant que leurs forces principales assiégeaient le système de Bentheim.
Malheureusement, il semblait que les Vésiens s'étaient bien préparés, cette fois-ci.
« Le Royaume est en fait confronté à moins de troubles que nous. » expliqua l'ancien Ovrin. « Leur contrôle sur leur société est beaucoup plus strict que le nôtre. Plus important encore, les soi-disant nobles et la famille royale sont parvenus à un accord rare pour mettre fin à la plupart de leurs différends et concentrer leur animosité sur nous. »
Ves fronça les sourcils en apprenant cette nouvelle. « La rivalité dysfonctionnelle entre les nobles et la famille royale est la seule raison pour laquelle les Vésiens n'ont jamais combattu à leur maximum, lors des dernières guerres. »
« Oh, ne t'inquiète pas pour ça, Ves. Ils peuvent rédiger tous les documents sophistiqués qu'ils veulent. La question est de savoir si les Vésiens s'y tiendront réellement. »
« Il n'en reste pas moins que les Vésiens ont peu l'habitude de se serrer la main et de s'entendre entre eux. Les nobles ont toujours voulu destituer la famille royale et diriger leur État sous la forme d'un conseil. Les monarques ont toujours voulu dépouiller les nobles de leurs armées privées. Leurs intérêts ne concordent tout simplement pas. »
« Nous avons des raisons de croire que cet accord secret a été imposé par la même force extérieure qui agite le secteur stellaire. Son influence est considérable, mais je ne pense pas qu'elle réalise à quel point les nobles Vésiens sont prêts à se poignarder dans le dos. »
Ils échangèrent un regard complice. Les Vésiens étaient capables de mettre sur pied une armée redoutable, mais ils échouaient toujours en terme de commandement. En comparaison, la République Brillante exerçait généralement un commandement compétent, même si ses soldats n'étaient pas aussi aguerris.
« Quoi qu'il en soit, nous espérons que les différentes factions respecteront l'accord pendant au moins un an. Ton système d'origine sera en danger, si leur offensive parvient à percer nos lignes. Es-tu sûr de ne pas vouloir déplacer tes affaires ? »
Il réfléchit sérieusement à cette option, mais finit par secouer la tête. « Je pense que mon père s'est installé là-bas pour une raison. Je ne veux pas abandonner ce qu'il a laissé derrière lui. »
« C'est compréhensible. Tu es un Larkinson, comme nous tous. Je suis heureux que tu sois courageux, mais je ne suis pas certain que tu ne l’exprimes au bon moment. »
La conversation n'aboutissait à rien, alors Ves changea de sujet. « Quand le comité se réunira-t-il ? »
« Le patriarche sera de retour demain. Nous tiendrons une session extraordinaire afin de t'introniser dans nos rangs. Nous discuterons également du budget de l'année prochaine, entre autres décisions administratives. »
« Peu de Larkinson sont venus cette année. Est-ce que cela posera problème de tenir une réunion avec plus de la moitié des membres en service actif ? »
« Oh, c'est surtout une question de routine. » Ovrin balaya la question d'un geste de la main. « Tout ce qui nécessite une discussion a déjà été abordé. À part quelques détails techniques, nous nous sommes déjà mis d'accord sur les points principaux. »
Il semblait que la dernière réunion avant les fêtes de fin d'année n'était qu'une vérification de dernière minute. Maintenant que Ves avait rejoint leur cercle, il savait que les Larkinson possédaient un modeste empire commercial à Rittersberg qui rapportait à la famille environ 50 millions de crédits par an.
Cela pouvait sembler peu, comparé à ses propres activités, mais il s'agissait d'entreprises stables. Ves savait mieux que quiconque à quel point le marché des Méchas pouvait être volatile et innovant. En revanche, le fonds fiduciaire Larkinson investissait dans un certain nombre d'hôtels, d'appartements et d'autres biens immobiliers qui généraient toujours un flux stable de profits.
« Nous commençons à renforcer notre fonds de pension en prévision du pire. Il vaut toujours mieux prendre les devants, plutôt que de courir après les événements. »
Tous deux grimacèrent légèrement. Le fonds de pension permettait de nourrir et de loger les veuves et les orphelins. Si le comité décidait de manière proactive d'y investir davantage, cela signifiait qu'il s'attendait à ce que tous les Larkinson ne survivent pas à la guerre.
Ves passa un moment à s'inquiéter pour la vie de ceux qui lui étaient chers. La plupart des Larkinson étaient des connaissances, mais certains parents, comme son oncle Ark ou sa cousine Melinda, occupaient une place particulière dans son cœur.
Après une nouvelle journée de détente et de divertissement, toute la planète se mit à l'heure des festivités. Une multitude de robots de construction transformèrent la ville de Varleton en un paradis festif, décoré de lumières bleues clignotantes, et de banderoles aux couleurs nationales de la République.
Les Larkinson les plus perspicaces remarquèrent que la République avait consacré un peu plus d'efforts à la fête cette année. Le gouvernement voulait rassurer ses citoyens en projetant une image de force, et en leur insufflant de la fierté.
Le patriarche finit par rentrer au petit matin. Sa voiture blindé arriva dans l'enceinte avec une escorte modeste composée de Méchas et de véhicules de combat d'infanterie.
Les Méchas s'envolèrent rapidement dès que Benjamin sortit, mais l'infanterie resta sur place et commença à collaborer avec les forces de sécurité déjà présentes dans l'enceinte.
« Salut tout le monde, je suis de retour ! » annonça-t-il avant d'envoyer un message via son communicateur pour alerter tous les membres du comité. « Nous nous réunissons dans une heure. Ne soyez pas en retard ! »
En tant que nouveau venu, Ves devait passer par un processus avant de devenir officiellement membre. Tout d'abord, les Larkinson confirmaient son identité et prélevaient des échantillons de ses cheveux, de son sang, et d'autres matières biologiques afin de faciliter les contrôles futurs.
Il dût ensuite signer une pile de documents. Ceux-ci officialisaient principalement ses droits et obligations envers les Larkinson. Il devait également signer des accords de confidentialité qui l'obligeaient à garder le silence sur les questions les plus sensibles concernant la famille.
Une fois les formalités terminées, le comité s’engagea dans un long escalier carré qui descendait profondément sous terre. Ves s'attendait initialement à descendre de quelques étages, mais tout le monde continuait à descendre les marches de manière monotone. Ce ne fut qu'après avoir parcouru environ 200 mètres qu'ils atteignirent une salle souterraine.
La salle ressemblait à un temple, par sa majesté et son atmosphère. De nombreuses bannières étaient suspendues aux arches qui s'étendaient des murs et des plafonds. La plupart d'entre elles représentaient la torche emblématique de la République, et le blason en forme d'iceberg des Larkinson.
Lorsque Ves passa devant les doubles portes dorées, il réalisa soudain qu'il entrait dans une partie surélevée de la salle. Tout le monde prit un air solennel et commença à s'asseoir sur les bancs de pierre froids.
« Ves. »
« Grand-père ? » Il se tourna vers Benjamin. « Qu'y a-t-il au milieu ? »
« Notre histoire. » répondit le vieil homme en le guidant doucement vers l'avant.
Il reconnut le Vaillant. Le premier ancêtre des Larkinson avait personnellement piloté cet emblématique chevalier lourd, et avait gagné la reconnaissance de la jeune République. Ce Mécha était un morceau d'histoire vivante. Son apparence abîmée et cabossée laissait deviner une histoire remplie de luttes acharnées.
Ves eut le souffle coupé, lorsqu'il examina la monture de son ancêtre avec l'œil d'un créateur. D'une manière ou d'une autre, l'ancien Mécha dégageait une aura qui titillait ses sens du Facteur X. Non seulement le Mécha semblait avoir été fabriqué sur mesure, mais ses riches expériences l’avaient en quelque sorte renforcé au-delà de tout ce qu'il avait jamais conçu auparavant.
Le Vaillant pouvait-il réellement posséder un Facteur X de B ou plus ? Son cerveau se mit à tourner à toute vitesse, tandis qu'il essayait de se rappeler l'histoire de son ancêtre. Qui avait conçu le Vaillant , et quelle était sa relation avec son ancêtre ?
Son grand-père lui donna soudain un coup dans le dos. « Ves. Je suis sûr que le Vaillant est intéressant, mais nous avons des affaires à discuter. »
« Je suis désolé. Je me suis laissé emporter un instant. C'est un Mécha magnifique. J'ai de la chance de pouvoir le voir de près. »
Pendant que son grand-père s'approchait du podium à l'avant, Ves prit place sur le banc le plus proche de la machine. Malgré l'importance de cette réunion, Ves oublia complètement le comité et concentra toute son attention sur l'incroyable Mécha devant lui. Il essaya d'allumer son communicateur, mais constata qu'il ne fonctionnait plus.
« Bon sang. La famille est vraiment dramatique », marmonna-t-il entre ses dents.
La salle souterraine austère était entourée de nombreuses couches de matériaux isolants qui empêchaient pratiquement tout type d'équipement de diffusion portable de fonctionner. Diverses autres mesures de sécurité empêchaient tout appareil électronique de s'activer et d'enregistrer le déroulement de la réunion.
Une fois que tout le monde eut pris place, le patriarche frappa du poing sur une plaque spéciale qui coupa le brouhaha. « Je déclare ouverte notre session annuelle de fin d'année ! »
Son grand-père commença à suivre les rituels habituels. Tous les Larkinson, y compris Ves, rendirent hommage à l'ancêtre Larkinson. Ils commémorèrent ensuite les Larkinson morts dans l'exercice de leurs fonctions. Ves remarqua que le rituel excluait explicitement ceux qui n'étaient pas morts au combat.
‘Étrange.’
Le patriarche aborda ensuite l'ordre du jour de l'année précédente, et en résuma les résultats. Il s'avéra que la famille avait récemment investi beaucoup d'efforts pour faire avancer la carrière de ses jeunes pilotes. Le comité voulait qu'ils soient dans les meilleures conditions pour combattre les Vésiens et revenir vivants.
En écoutant Ves décrire les différents moyens utilisés pour se lier d'amitié avec certains officiers, voire les soudoyer, il se rendit compte à quel point le Corps de Méchas était un club réservé aux anciens. Chaque commandant en charge d'une division, d'un régiment, ou d'un bataillon jouissait d'une grande autonomie. Se mettre dans leurs bonnes grâces garantissait que les Larkinson servant dans leurs rangs ne seraient jamais maltraités.
Après une demi-heure de rapports arides, son grand-père aborda enfin un sujet directement lié à Ves.
« Beaucoup d'entre vous connaissent déjà notre propre créateur de Méchas. » dit Benjamin, tandis que tous les regards se tournaient vers Ves. Cette fois, il supporta leur regard scrutateur comme un pro. « Certains d'entre nous ont envisagé plusieurs propositions à la lumière de son potentiel futur. Ves, donne-moi ton avis sur ce qui suit. »
Son grand-père commença en fanfare. « Nous aimerions acheter des actions dans tes activités commerciales. Si tu n'y vois pas d'inconvénient, nous sommes prêts à détourner une partie de nos fonds d’urgence pour acquérir des actions dans ton entreprise, une fois que tu en auras fait une société. »
La proposition prit Ves complètement au dépourvu. « Combien ? »
« Je pense qu'il serait équitable pour nous deux que tu nous accordes une part de 25 % pour 500 millions de crédits. »
Son cœur faillit s'arrêter; lorsqu'il entendit cette somme. Presque tous les autres membres du comité avaient l'air choqués. Personne n'aurait imaginé que son grand-père, ou celui qui avait audité son entreprise, estimait sa petite start-up risquée à environ 2 milliards de crédits.
Les Larkinson comptaient sur leur énorme fonds fiduciaire constitué au fil des siècles pour assurer la retraite de chacun. 500 millions de crédits représentaient une part importante de leurs actifs.
Alors que de nombreux Larkinson trouvaient le prix trop élevé, Ves pensait le contraire. Compte tenu de l'accélération de son ascension professionnelle, son entreprise future pourrait devenir beaucoup plus précieuse que quelques milliards. Tant qu'il disposait du Système, son avenir était prometteur.
« J'accepte. » décida-t-il rapidement. Malgré la sous-évaluation flagrante, il ne souhaitait pas se comporter comme un crapaud avide, à l'instar de cet oncle odieux qu'il avait rencontré quelques jours auparavant. Il accordait de l'importance à sa famille et souhaitait qu'elle prospère à ses côtés. « Je n'ai pas encore créé de société. Il est temps que je le fasse. Je serai ravi de vendre à la famille 25% de mes parts. Vous ne le regretterez pas. »