Chapitre 1 411
« Vous devriez avoir honte. » Ves secoua la tête d’un air théâtralement déçu. « Vous savez pourquoi ? Parce que vous êtes une bande de gamins gâtés ! »
Les regards pleins de ressentiment des pilotes de mécha présents à la réunion se firent plus noirs. Leur rancœur envers Ves ne cessait de croître à mesure qu’il les rabaissait de toutes les manières possibles.
Lady Miralix elle-même semblait stupéfaite ! Si Ves continuait à insulter ses pilotes de mécha, ils risquaient de décider de partir sur-le-champ ! C’était bien la dernière chose qu’elle voulait voir !
Pourtant, au moment où elle songea à prendre la parole pour réprimander le concepteur de méchas, elle ne parvint tout simplement pas à trouver le courage de le faire ! Son cœur se mettait à trembler chaque fois qu’elle s’apprêtait à parler !
Ves ignora le désarroi de la noble et déversa toute sa colère sur les pilotes de mécha. Chacun d’eux se sentit honteux en croisant son regard, sans savoir pourquoi !
« Vous vous prenez pour de vrais pilotes de mécha ? Ce n’est pas parce que vous êtes diplômés d’une académie de méchas que vous valez quelque chose ! Même les pirates minables des frontières vous surpassent ! Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils ont le courage de se battre, même dans les pires circonstances qu’on puisse imaginer ! »
Ses reproches ne cessaient d’ébranler leur amour-propre. Ves devait reconnaître qu’il prenait quelques libertés avec la vérité, mais il voulait vraiment donner une leçon à ces morveux !
« Laissez-moi vous poser encore une fois la question. » Il marqua une pause. « Avez-vous seulement le cran de prétendre être à la hauteur de votre profession ? »
Le silence retomba.
« Où est votre courage ? Où est votre volonté de vous dépasser ? Je ne vois rien de tout cela ici aujourd’hui ! Laissez-moi vous dire ce que j’ai vu chez de vrais pilotes de mécha. Ils acceptent de se battre sur ordre, même lorsqu’ils sont deux fois moins nombreux que l’ennemi ! J’ai vu de vrais soldats se jeter dans la bataille alors que leurs chances de victoire étaient minces !
Ces hommes et ces femmes en uniforme sont de vrais pilotes de mécha ! »
« Vous n’avez pas le droit de nous regarder de haut ! » Quelqu’un finit par trouver le courage de répondre. « La guerre, c’est la guerre ! Les pilotes de mécha sont censés faire leur devoir ! C’est différent, ici ! Chasser un Chat Couronné n’est qu’une quête égoïste ! Nous ne faisons de mal à personne en battant en retraite ! »
Ves esquissa un sourire de requin. « Vous en êtes sûrs ? À mon avis, les chances sont de cinquante-cinquante. Zeigra a autant de chances de l’emporter que nous. C’est trop peu pour vous, bande de gamins gâtés ? »
« Ça ne vaut pas la peine de risquer nos vies pour un peu de gloire ! »
BANG !
« Il n’y a pas que la gloire et le prestige en jeu ! » s’emporta Ves en frappant la table de conférence à deux poings ! « Vous rêvez tous de bâtir une magnifique carrière, mais vous n’obtiendrez aucune promotion si vous n’avez pas la persévérance nécessaire pour saisir les occasions qui se présentent !
Cette chasse a toujours été une chance en or pour vous tous, mais au premier signe de difficulté, vous voilà transformés en lâches pleurnichards ! »
« Je m’insurge ! Vous n’avez pas le droit de nous traiter de lâches ! »
« Je ne vous traite pas de lâches ! C’est votre comportement qui vous fait passer pour tels ! » Ves pointa du doigt le pilote de mécha qui lui avait répondu. « Vous ne voyez pas à quoi vous tournez le dos ? C’est une occasion rare de vous mettre à l’épreuve et de pousser votre détermination dans ses derniers retranchements !
Si la Maison Laterna impose cette épreuve à tous les pilotes de mécha qui portent son nom, c’est parce qu’un tel défi distingue les guerriers des fanfarons ! »
Ves se sentit un peu mal de présenter leur décision prudente sous un jour défavorable. À titre personnel, il pensait qu’ils avaient fait un choix raisonnable en évaluant objectivement les risques et les avantages.
Ce qu’il faisait en cet instant revenait à bouleverser leurs calculs en les bombardant de considérations supplémentaires, qu’elles soient pertinentes ou non ! Même si les pilotes de mécha n’étaient pas d’accord avec lui, le doute n’en rongerait pas moins un peu leur détermination !
« D’après ce que j’ai entendu, les pirates nyxiens comptent parmi les pires crapules que vous puissiez affronter dans le Secteur stellaire de Komodo. Vous croyez être prêts à les combattre alors qu’ils ont truqué le jeu contre vous ? Ils ne jouent pas toujours à la loyale !
Quand vous vous retrouverez inévitablement dans une situation où vos chances de victoire ne dépasseront pas vingt pour cent, serez-vous prêts à vous battre pour vous en sortir, ou vous remettrez-vous à la merci des pirates les plus impitoyables et les plus méprisables de la région ? »
« On ne nous placera jamais dans une telle situation ! »
« Vraiment ? » Ves ricana. « Toutes les batailles du Royaume Sentinelle se sont-elles déroulées dans des conditions favorables ? Pouvez-vous affirmer sans hésiter qu’aucune des organisations des Gardiens de la Paix n’est jamais tombée dans un piège ? »
Le silence retomba un instant.
« Vous comprenez maintenant pourquoi vous me faites honte ? Vous ne tiendriez jamais sur un champ de bataille avec vos manières de petits privilégiés ! Et le pire, c’est que tous vos futurs collègues verront à quel point vous supportez mal le moindre inconfort ! À la première difficulté, vous préférerez tout arrêter et battre en retraite plutôt que de serrer les dents et de tenir bon ! »
Les arguments de Ves s’appuyaient en partie sur l’endoctrinement que subissait chaque pilote de mécha à l’académie.
En tant que Larkinson et homme qui avait côtoyé des pilotes de mécha toute sa vie, Ves savait exactement quels idéaux les académies cherchaient à inculquer à leurs cadets !
Le courage, l’honneur, le devoir, la loyauté, la fraternité, le sacrifice et bien d’autres valeurs communes étaient profondément ancrés en chaque pilote de mécha par ses instructeurs.
Les pilotes de mécha étaient censés se battre. Pour les amener à risquer leur vie et à commettre l’acte terrible de tuer d’autres personnes, il fallait leur inculquer certaines croyances.
Ces idéaux servaient aussi à ancrer leur morale d’une manière bénéfique à la société. Les pilotes de mécha entraînés à tuer sans se poser la moindre question étaient bien plus susceptibles de rejoindre une bande de criminels ou de pirates !
Ves ne connaissait pas le programme précis que devaient suivre les potentats sentinelliens, mais il pouvait en déduire les grandes lignes.
L’hostilité profonde du Royaume envers les pirates devait presque certainement se traduire par une volonté farouche de façonner les normes et les valeurs de chaque cadet pilote de mécha !
Autrement dit, en rabaissant les pilotes de mécha aussi directement et aussi agressivement, Ves s’attaquait à leur cœur même !
Les pilotes de mécha avaient de plus en plus de mal à lui répondre. Pour une raison ou une autre, ils commençaient à croire qu’ils ne méritaient vraiment pas d’être considérés comme de vrais pilotes de mécha !
« C’est vrai que combattre Zeigra de nouveau n’est pas une valeur sûre. » Ves balaya sans cesse son auditoire du regard. Ces brefs échanges de regards rendaient encore plus difficile toute velléité de lui tenir tête ! « Mais Zeigra n’est pas un dieu ! Il peut être vaincu ! Rebrousser chemin à ce moment crucial serait une énorme erreur ! »
« Pourquoi serait-ce une erreur ? »
« Faut-il vraiment que je vous l’explique, bande de petits privilégiés ? Où est votre esprit de compétition ? Comment espérez-vous accomplir quoi que ce soit de grand dans votre vie si vous refusez de sortir de votre zone de confort ? La prochaine confrontation avec Zeigra, qui sera probablement la dernière, sera un combat à mort au sens le plus strict. Ou bien Zeigra mourra, ou bien nous mourrons tous ! »
« C’est justement pour ça qu’il faut battre en retraite ! » lança un membre du personnel de soutien. « On ne s’est jamais engagés pour une mission suicide ! »
Ves lança un regard noir à l’intervenant, qui recula aussitôt, tremblant. « Toutes les chasses aux Chats Couronnés sont des missions suicides ! Vous savez parfaitement à quoi vous vous êtes engagés ! Les statistiques de pertes publiées par la Salle de chasse de Kemila sont facilement accessibles ! Si Lady Miralix vous verse de gros salaires, c’est parce qu’ils comprennent déjà une prime de risque !
Je ne crois pas que l’un d’entre vous ait rejoint cette équipe de chasse sans connaître les risques ! »
Ces paroles réduisirent au silence la plupart des membres du personnel de soutien, même si leur ressentiment envers lui avait probablement grandi.
Peu lui importait. Seuls les pilotes de mécha comptaient. Tant qu’il parvenait à en convaincre quelques-uns, l’équipe de chasse pourrait poursuivre sa traque !
« Écoutez, c’est simple. » Il reporta son regard sur les pilotes de mécha. « Si vous vous contentez de croupir dans la médiocrité, alors allez-y, quittez cette équipe de chasse. Mais si vous pensez pouvoir accomplir davantage, restez auprès de Lady Miralix et faites confiance à ses capacités.
Je sais qu’il sera difficile de tuer Zeigra, mais c’est précisément dans des combats comme celui-ci, qui mettent à l’épreuve votre courage, vos convictions et vos compétences de pilotage, que naissent les candidats au rang d’expert ! »
C’était bien connu. Même si accéder au rang de candidat au rang d’expert était aussi improbable que de gagner à la loterie, nombre de ces heureux gagnants avaient émergé au cœur de batailles éprouvantes !
Fort de ce qu’il savait des pilotes experts, Ves pensait que l’intensité des émotions, la pression extrême et l’obligation de repousser ses capacités au maximum créaient des conditions idéales pour qu’un pilote de mécha franchisse un cap !
Bien sûr, Ves ne s’attendait pas à ce que ces imbéciles franchissent le seuil de l’extraordinaire pendant cette chasse. Il avait déjà évalué leur potentiel spirituel et n’y avait rien trouvé de remarquable.
Tout comme Lady Miralix, ses subordonnés étaient condamnés à rester de simples mortels. Ves ne le leur dit pas, toutefois. Leur faire remarquer qu’une telle possibilité existait parmi eux avait suffi à raviver un peu leur espoir !
Ves avait déjà largement malmené leur ego. Il était temps de leur montrer une lueur au bout du tunnel.
Il savait qu’humilier les gens n’était pas la meilleure façon de les motiver ! Il devait leur donner une raison d’espérer s’ils acceptaient de jouer le jeu !
« Les pilotes de mécha sont de toutes sortes. La plupart de ceux que j’ai rencontrés sont des soldats et des guerriers corrects. Vous aussi, je vous range dans cette catégorie. Mais est-ce vraiment tout ce que vous accomplirez dans votre vie ? Qui se souviendra de vous quand vous prendrez votre retraite après une vie de service ennuyeux ? Quels exploits accomplirez-vous si la plus grande réussite de votre dossier se résume à une chasse avortée aux Chats Couronnés ?
Est-ce là l’héritage que vous voulez laisser pour marquer l’histoire ? »
Non ! Aucun pilote de mécha ne prit la parole, mais leurs yeux trahissaient leur refus.
Dans leur esprit, tous se voyaient en héros ! Piloter des méchas était une vocation si prestigieuse et si admirée qu’il était facile pour beaucoup de croire leur grandeur prédestinée !
C’était d’autant plus vrai pour les jeunes diplômés, qui n’avaient pas encore enduré la monotonie épuisante du service réel !
Ves faisait délibérément appel à leur désir de grandeur, car il ne voyait pas d’autre moyen de les motiver.
Au bout du compte, ni Ves ni Lady Miralix ne pouvaient contraindre les pilotes de mécha à combattre Zeigra. À eux de décider s’ils étaient prêts à risquer leur vie pour gagner une importante réputation et du prestige !
« Faites votre choix. » Son ton se fit plein d’attente. « Avez-vous assez de courage pour traverser le creuset des héros, ou préférez-vous le fuir, la queue entre les jambes ? Choisissez bien. Une telle occasion ne se représentera peut-être qu’une fois ! »
Il hocha la tête à l’adresse de chaque pilote de mécha, puis recula lentement.
Le silence régna dans la salle de réunion tandis que chaque pilote de mécha pesait ses options.
Chacun d’eux considérait désormais ses décisions précédentes sous un jour nouveau.
À la fin, seule la moitié des pilotes de mécha accepta de rester. L’autre moitié jeta l’éponge.