Chapitre 139
Chapitre n°139 – Chaos
Traducteur/Checker : SP76
Alors que le duel faisait rage, les deux camps commencèrent à en pâtir. Vincent était plutôt doué. Il contrôlait son Mécha avec suffisamment d'aisance et de précision pour déjouer les manœuvres de son adversaire.
Caruthers, quant à lui, possédait des années d'expérience. Son avantage d'ancienneté lui avait permis d'affiner ses mouvements jusqu'à s’enchaîner avec fluidité, malgré leur vitesse.
Le contraste entre le jeune et le vieux affectait leur combat de nombreuses façons. Alors que Caruthers continuait de multiplier les feintes, Vincent parvenait toujours à éviter les dégâts en tirant parti de ses réflexes supérieurs.
Les deux chevaliers hybrides renoncèrent se battaient au corps-à-corps, sans utiliser d’autres armes. Les rayons tirés par leurs lasers de poignet rebondissaient sans effet contre un bouclier, tandis que Vincent avait déjà épuisé son stock de missiles.
Le plus jeune combattant remarqua que son adversaire n'avait toujours pas lancé de missiles. Vincent se méfiait de tout ce que le Mécha du capitaine pouvait lancer, il resta donc sur ses gardes et ne s'engageait jamais pleinement dans une seule attaque.
Cela fit que le combat s'éternisa dans un affrontement équilibré, où les deux Méchas subissaient des dégâts similaires. Vincent avait renoncé à frapper directement le Mécha de son adversaire, et s'efforçait plutôt de détruire son bouclier endommagé.
« Je vois que t’es bien énervé. » remarqua Caruthers, alors que son Mécha encaissait le coup mais ripostait d'un coup que Vincent parvint à peine à bloquer. « Devenir pirate ne t'aide pas à évacuer ton stress ! »
Le Cri du Phénix changea soudainement de stratégie, lançant une attaque déconcertante. Les coups d'épée se succédaient sur le Mécha endommagé du rebelle, dont au moins la moitié traversaient la garde maladroite du jeune homme. Le mercenaire ne laissa aucun répit à Vincent, le martelant de ses coups furieux.
Au lieu de paniquer, Vincent endura patiemment ces attaques. Il connaissait parfaitement le modèle, et savait que le Marc-Antoine ne pourrait pas soutenir un rythme aussi agressif.
« Ha ha, combien de temps tu penses pouvoir tenir, vieil homme ? »
« Assez longtemps pour te faire pleurer ! »
Le chasseur de primes chevronné se battait comme un lion vieux mais fier, tandis que le jeune rebelle repoussait les attaques comme une tortue patiente. Bien que Vincent s'en sortait relativement bien, il manqua tout de même quelques parades, permettant à l'épée de son adversaire d'entailler ses articulations vulnérables.
Une fois que le Cri du Phénix fut à bout de souffle, Vincent eut enfin l'occasion de riposter. Son Mécha recommença à marteler de sa masse le bouclier de plus en plus abîmé du chasseur de primes. Tous les dégâts qu'il avait absorbés jusqu'à présent n'avaient pas amélioré son état.
Sa durabilité était à bout, et les deux camps le savaient. Malgré sa défaite apparemment inévitable, Caruthers continua d'utiliser son bouclier tant qu'il en était capable, échangeant coup pour coup.
Contrairement à son jeune adversaire, le chasseur de primes ignora le bouclier de son adversaire, et cherchait à endommager directement le Mécha. Vincent ne laissait apparaître ses points faibles que brièvement, de sorte que la plupart des attaques ricochaient sur son bouclier résistant. Lorsque le Cri du Phénix réussissait à porter un coup, celui-ci manquait souvent de force pour transpercer l'armure solide du modèle.
Un énorme fracas résonna dans toute la caverne, lorsque Vincent finit par percer un trou dans le bouclier de son adversaire. Le Cri du Phénix tituba en arrière, et tira avec ses lasers de poignet pour couvrir sa retraite.
Les rayons rebondirent sans rien faire sur le bouclier de Vincent. Le jeune pilote les ignora, sachant qu'un chevalier hybride comme le sien pouvait les encaisser. Il fit de son mieux pour poursuivre le chasseur de primes rusé, mais il se rendit compte que son adversaire effectuait clairement une retraite tactique.
La situation changea brusquement, lorsque des renforts arrivèrent dans la soute. Vincent interrompit sa poursuite lorsqu'il remarqua que les Méchas avaient des apparences très différentes.
Vincent comprit enfin pourquoi Caruthers avait fait traîner le duel. « Espèce de chien ! Tu cherchais à gagner du temps ! »
« Tu pensais qu'une ordure perfide comme toi méritait d'être traitée avec honneur ? Ha ha ha ha ! » Le mercenaire éclata de rire, tandis qu'une vingtaine de mercenaires se déployaient en éventail pour encercler Vincent et son équipage. « Ta petite sœur Catelyn te passe le bonjour ! »
Sa redoutable sœur avait dû mettre une prime énorme sur sa tête. Il s'agissait certainement d'une somme considérable, sinon les mercenaires se seraient battus entre eux pour l'obtenir.
Alors que la situation ne pouvait pas être pire pour Vincent, Caruthers lança enfin ses missiles. Le Mécha de Vincent déploya rapidement son bouclier, mais les projectiles mortels passèrent juste au-dessus de sa tête, touchant la sortie menant à la centrale électrique.
Tout le monde perdit momentanément l'équilibre, lorsque les missiles firent exploser leurs charges explosives de la caverne. Les nombreuses explosions successives affaiblirent les rochers, et délogèrent une quantité importante de débris qui s'accumulèrent devant la sortie.
Caruthers venait de leur couper la route.
« COMBATTEZ ! » s'écria Vincent, lançant son Mécha dans une charge tonitruante.
Cet acte soudain poussa le reste de ses hommes à résister jusqu'au bout. Il était inutile de se rendre, car la République Brillante ne pardonnerait jamais aux rebelles leurs nombreux attentats.
Avec leur vie en jeu, les rebelles se battirent sans réserve. Leur férocité soudaine repoussa les mercenaires complaisants qui pensaient que la prime était déjà à leur portée.
Les mercenaires se retinrent tous, par crainte d'endommager leurs Méchas onéreux. Ils se concentrèrent principalement sur le confinement de l'agression, et empêchèrent ainsi les rebelles de percer leurs lignes.
Leur disparité était aggravée par le fait que les mercenaires utilisaient des Méchas bon marché et jetables en première ligne. La plupart de ces Méchas n'avaient pas la flexibilité d'une machine classique, car ils n'avaient pas de bras entièrement articulés ni de formes spécialisées.
L'un de ces Méchas ressemblait à une plate-forme d'artillerie ambulante. Ce Mécha d'apparence rudimentaire était équipé de deux canons balistiques à la place de bras entièrement articulés, et était également dépourvu de tête. Les capteurs et de nombreux autres systèmes essentiels avaient été intégrés dans son large torse en forme de canon.
Un tel modèle n'était peut-être pas très polyvalent, mais lorsqu'ils étaient déployés en nombre suffisant, ils offraient un spectacle intimidant.
Les nombreux Méchas de première ligne continuaient de pilonner les rebelles, en infériorité, avec leur puissance de feu prodigieuse. Pendant ce temps, Caruthers et la poignée d'autres Méchas de mêlée tentaient de ralentir leurs adversaires désespérés.
Deux Méchas fous concentraient leur colère sur le capitaine Caruthers. Alors même que les mercenaires continuaient à détruire les Méchas rebelles, ils martelaient tous deux le Cri du Phénix à coups de haches et de lasers. Le chasseur de primes parvint à peine à les repousser, à l'aide de son bouclier usé.
Il réussit néanmoins à jeter un coup d'œil à la situation générale, et fit une découverte déconcertante. « Où est Vincent ? »
Le Mécha du jeune rebelle avait quitté le combat pour se rapprocher d'un des conteneurs. Il avait brisé la trappe, avant de ranger son arme pour libérer sa main. Il avait récupéré un grand baril renforcé qui tenait à peine dans sa main de Mécha.
« Vous pensiez m'avoir eu ? Détrompez-vous ! » rugit Vincent tandis que son Mécha lançait le baril au milieu du combat. Il répéta rapidement son action, provoquant le déversement d'un liquide fluorescent étrange sur certains Méchas depuis une demi-douzaine de barils.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Putain ! C'est du carburant concentré pour navettes ! »
« Qui est le con qu’a mit ce genre de carburants dans des barils ?! »
« Les pirates et les rebelles ne sont pas très soucieux de la sécurité, tu sais ?! »
« Arrêtez de vous battre ! Ne mettez pas le feu au carburant ! »
Les Méchas cessèrent tardivement de se battre, mais il était trop tard. Le Mécha de Vincent leva le bras et tira avec son canon laser. Le faisceau épais toucha instantanément une nappe de carburant, provoquant un incendie gigantesque qui surchargea les capteurs de tout le monde.
Lorsque leurs systèmes se ré-initialisèrent, ils réalisèrent que la moitié des Méchas étaient en feu. L'enfer ne faisait pas de distinction, entre les camps, le carburant touchant aussi bien les mercenaires que les rebelles.
La plupart des pilotes avaient suivi leur entraînement, et s’éjèctèrent rapidement dès qu'ils réalisèrent qu'ils ne pouvaient pas éteindre le feu. Ceux qui restaient firent toutes sortes de manœuvres, comme faire rouler leurs Méchas sur le sol.
Pendant que les mercenaires s'affairaient autour de leurs amis, Vincent saisit rapidement l'occasion pour s'enfuir. Son Marc-Antoine cabossé chargea avec son bouclier, et percutta l'un des Méchas les plus légers de la ligne de front. L'impact écrasa le Mécha fragile en un tas informe. Le chef rebelle profita rapidement de l'ouverture et se faufila entre les mercenaires.
« Patron ! »
« Traître ! »
« Le général Vasil ne vous laissera pas vous en tirer comme ça ! »
Vincent n'éprouvait aucun regret à abandonner ses subordonnés. Il ne se souciait que de sauver sa peau. De plus, le général ne lui en tiendrait probablement pas rigueur, car Caruthers avait détruit la route menant à la centrale électrique. Le seul moyen de franchir rapidement cet obstacle était d'utiliser un module excavateur, dont aucun des mercenaires ne disposait.
« Reviens ici, Vincent ! » hurla Caruthers, tandis que lui et deux mercenaires le suivaient de près.
Ils s'approchèrent rapidement de la zone de conflit où la 3e division des Chiens de l’enfer bloquaient obstinément les routes menant au hangar des vaisseaux. Le chaos de la bataille engloutit rapidement Vincent, empêchant les Méchas poursuivants de retrouver leur proie.
« VINCENT ! »
Malgré tous leurs efforts, les mercenaires ne parvinrent pas à retrouver leur proie. Les rebelles et les pirates qui tentaient désespérément de percer les lignes du Corps de Méchas amenèrent de plus en plus de Méchas sur la ligne de front. Caruthers et le reste des mercenaires furent contraints d'abandonner leurs recherches, et d'aider les Chiens de l’Enfer à résister à la dernière vague.
Le capitaine Caruthers serra les dents, tandis que son Mécha se mettait en position. « Je t'aurai pour ça, Vincent ! On en a pas fini, tous les deux ! »
Alors qu'une partie importante du Mouvement de Libération de Bentheim luttait pour sa survie, Ves déjeunait tranquillement à bord d'un paquebot assez luxueux.
Bien qu'impressionnant selon les normes de la République Brillante, le “Vision d’Astoria” n'était pas à la hauteur des complexes hôteliers flottants de la Coalition Vendredi.
Contrairement à la Torche de l’Avant-Garde, le “Vision” utilisait un moteur PRL ancienne génération, qui obligeait le navire à sauter plus loin du bord d'un système stellaire. Chaque fois qu’il faisait escale, il devait passer beaucoup de temps à atteindre le système interne et à accoster à une station.
Ves supportait patiemment les escales, car c'était déjà l'itinéraire le plus direct entre Bentheim et Rittersberg. Les deux systèmes étaient situés aux extrémités opposées des frontières de la République. Le vol était donc long, et quelque peu ennuyeux.
Même Lucky avait cessé d'explorer le vaisseau. Le chat paresseux se contentait de rechercher Ves et de dormir sur ses genoux dès qu'il le pouvait.
« Nous sommes presque arrivés, Lucky. Notre vaisseau est sur le point de sortir de l'hyperespace. »
Après avoir terminé son déjeuner, Ves emmena son chat sur le pont supérieur, et entra dans l'observatoire. De nombreux autres passagers étaient déjà arrivés pour s'asseoir ou acheter une collation à l'un des vendeurs.
Une alerte à l'échelle du vaisseau informa les passagers du retour imminent du “Vision” dans l'espace normal. Ves s'empressa de prendre l'un des rares sièges encore disponibles, et leva les yeux vers le tourbillon gris et confus qui s'étendait au-delà des hublots transparents du vaisseau.
Quelques minutes plus tard, une étendue noire d'étoiles remplaça la vue hypnotique, lorsque le “Vision d’Astoria” atteignit enfin le système Rittersberg.
Au-delà du vide, une multitude de vaisseaux et d'installations défensives dominaient une immense forteresse stellaire.
Cette structure ancienne, ainsi que trois forteresses identiques, avaient été construites par les descendants des pacifistes qui s'étaient initialement installés dans ce système isolé. Ils avaient récupéré de nombreux systèmes uniques provenant de leurs anciens vaisseaux et les avaient intégrés de manière transparente dans les structures centrales des forteresses.
Parmi ceux-ci, l'ancre gravitationnelle jouait un rôle essentiel dans le maintien de la pertinence de la forteresse stellaire. Elle déformait la topographie gravitationnelle environnante, et attirait tous les vaisseaux entrants qui se rendaient dans le système Rittersberg.
Toute force hostile souhaitant envahir la capitale de la République devait vaincre une forteresse stellaire avant de pouvoir s'attaquer au reste du système. La République n'avait pas relâché ses efforts, et avait constamment renforcé les forts jusqu'à ce qu'ils deviennent pratiquement imprenables pour toute force conventionnelle.
Les Vésiens auraient peut-être pu submerger l'un des forts, s'ils avaient été prêts à sacrifier quelques divisions, mais un tel prix était trop élevé. Si un monarque vésien tentait de lancer une offensive, il serait destitué par ses propres sujets avant que cette folie ne puisse aboutir.
« Enfin de retour. » Ves soupira, laissant son regard glisser sur l'énorme fort, et essayant de repérer l'une des lumières scintillantes qui représentaient la planète capitale. « Je me demande si quelqu'un se souvient encore de moi. »
Il avait obtenu son diplôme à l'université technologique de Rittersberg avec des notes légèrement supérieures à la moyenne. Probablement, personne ne s'attendait à ce que Ves fasse carrière. Son père avait dû s'endetter, pour monter un atelier de Méchas minable, et cela ne lui avait pas laissé beaucoup de moyens pour acquérir une licence de production.
Les choses avaient changé depuis. Avec l'aide du Système, Ves s'était rapidement imposé comme un jeune créateur prometteur. D'ailleurs, Marcella venait de transférer 60,8 millions de crédits sur son compte bancaire après qu'il lui eut remis ses produits finis.
« Je me demande ce que grand-père dira, quand il verra mes bénéfices. »