Chapitre 138
Chapitre n°138 – Combattant de la Liberté
Traducteur/Checker : SP76
Vincent Ricklin ne supportait pas les imbéciles. Malheureusement, il en avait rencontré beaucoup dans la cause à laquelle il s'était voué. Si le rebelle avait quelque chose de gentil à dire au sujet du Mouvement de Libération de Bentheim, c'était qu'au moins un tiers de ses membres croyaient en la cause.
Les autres étaient un mélange de pirates en quête de sensations fortes et de provocateurs étrangers désireux de déstabiliser la République.
Il n'avait rien contre eux. Vincent était lui-même devenu pirate, après avoir vaporisé la moitié de sa famille. De plus, les agents étrangers du royaume de Vesia et d'ailleurs finançaient généreusement l'ensemble de leur opération.
Cela signifiait que Vincent aurait dû pouvoir s'entendre avec tous les membres du Mouvement. La réalité s’avérait différente.
Les séparatistes voulaient combattre directement le Corps de Méchas, ce qui était suicidaire. Même avec des fonds importants, un groupe de rebelles ne pouvait jamais rivaliser avec une vraie armée.
Les pirates voulaient continuer à s'en prendre à des cibles faciles. Leur instinct sanguinaire les poussait à commettre des actes de violence et de pillage toujours plus graves, à l'opposé de ce qu'un groupe rebelle devrait faire.
Quant aux étrangers, ils parvenaient à peine à contrôler les pires éléments du groupe en menaçant de couper les vivres. Malgré toute leur intelligence et leurs secrets, ils ne savaient pratiquement pas comment s'y prendre.
Dans cette bande hétéroclite de pirates et de rebelles, Vincent ne faisait confiance qu'à son vieux majordome. Johnson se tenait à ses côtés, armé et en armure, comme s'il était déterminé. L'ancien débauché trouvait que la présence mortelle de Johnson était un moyen de dissuasion efficace, face aux membres les plus anarchiques de l'équipe.
« Quand ils m'ont dit que le MLB avait réellement une chance de libérer Bentheim de la République, je n'ai pas cru l'espion une seule seconde. »
Son majordome était d'accord. « Le système portuaire est un atout stratégique. Si le Bentheim parvient réellement à se libérer du joug de la République, le Royaume prendra simplement le relais. »
Cela ajouterait ainsi un troisième système portuaire à leur territoire déjà énorme. Un changement aussi radical affecterait fondamentalement l'équilibre des pouvoirs. Les Vésiens n'auraient même pas besoin de conquérir le reste de la République. Ils pourraient simplement affamer les systèmes éloignés pour les soumettre, en leur coupant l'accès à un commerce bon marché et pratique.
Vincent ne se souciait guère des camps. Il se rappelait sans cesse qu'il travaillait pour lui-même. Le MLB lui offrait une échappatoire à sa situation qui ne cessait de se détériorer. Maintenant qu'ils avaient rempli leur rôle, Vincent se rapprochait de plus en plus de la sortie.
Ce n’était pas que le général Vasil ou l'agent Orian le perdaient de vue. Le chef du mouvement et le responsable des relations avec les Vésiens invitèrent tous deux Vincent à une réunion. Le jeune homme parcourut les couloirs rudimentaires de la base du mouvement, et entra dans une salle de conférence, ou du moins ce qui en faisait office.
Comparée à l'intérieur somptueux des Ricklins, la pièce laissait beaucoup à désirer. Des caisses vides leur servaient de sièges, tandis qu'une pile chargeurs vides pour Méchas leur servait de table.
« Vous avez pas pu trouver mieux ? » demanda Vincent, d'un ton exaspéré. « On est ici depuis des mois. Même pas besoin d'une imprimante. Laissez simplement l'un des gars bricoler quelque chose avec un fer à souder et quelques bricoles. »
Le grand général militaire ferma les yeux, en extase, alors qu'il s'injectait dans les veines un stimulant de contrebande. « Nos moyens sont limités. Ce n'est pas comme dans les opérations de ton vieux papa où tu peux dépenser sans compter. Nous arrivons à peine à assurer notre entretien. »
« Ça suffit. Ne faisons pas perdre son temps à M. Ricklin. » L'agent Orian l'interrompit, en levant les yeux de son travail de démontage d'un drone espion défectueux. « Vincent, nous t'avons appelé ici parce que nous avons une opération majeure en préparation. »
« Vous préparez autre chose qu'une tuerie aveugle ? »
« Chaque action a un but. Les attentats terroristes incessants ont réussi à effrayer la République. Ils ont réduits leurs défenses, exactement comme nous le souhaitions. En fait, leur faible réaction nous permet directement de poursuivre l'opération. »
Alors que l'agent s'apprêtait à énumérer leurs objectifs, une alarme retentit dans toute la base. Les sirènes bruyantes et les lumières rouges clignotantes interrompirent tous les rebelles dans la gigantesque base astéroïde.
Le général fit un geste de la main pour couper l'alarme. Vasil fit apparaître une projection de la base et de son périmètre. Une multitude de points rouges les entouraient. Cela n'alarma pas autant qu'une partie de l'astéroïde lui-même qui commençait à prendre une couleur cramoisie.
« Nous avons été infiltrés ! » rugit le général, en frappant du poing sur le dessus de sa table de fortune. « Ils ont déjà lancé un régiment de Méchas sur le secteur gamma et établi une tête de pont ! Ils séparent nos hommes de nos vaisseaux ! »
Leur base était principalement protégée contre le sabotage. Avec le type d'équipage qu'ils avaient, la possibilité qu'un pilote ivre devienne fou un jour et tire sur tout ce qui bougeait était tout à fait envisageable. C'est pourquoi la base avait placé les hangars à l'opposé des vaisseaux.
Cela signifiait qu'aucun des Méchas ne pouvait s'échapper tant que les intrus bloquaient les passages entre les deux.
D'autres informations commencèrent à affluer, une fois que les envahisseurs avaient cessé de se cacher. « C’est la 3e division des Chiens de l’Enfer ! »
Tout le monde se décomposa. La 3e division était l'un des régiments les plus têtus et les plus combatifs de Bentheim. Ils incarnaient les charges frontales et les coups de poings dans les Méchas, au lieux de mettre en place des stratagèmes tordues. Le fait qu'ils se retrouvaient au milieu de leur base était un désastre.
« Le hangar à vaisseaux tient bon, pour l'instant. Notre réseau de défense extérieur a enfin été mis en ligne. Personne ne pourra s'approcher pour l'instant. On peut tenir une heure, peut-être deux. »
Les défenses fixes, comems les tourelles et les robots de défense autonomes, ne pouvaient jamais résister longtemps à une grande force de Méchas.
Il s’avéra que les Chiens de l’Enfer avaient amené avec eux un demi-régiment de mercenaires. Les mercenaires turbulents ne possédaient pas le niveau d'organisation d'une unité disciplinée, mais leur nombre exerçait une pression considérable sur les défenseurs.
« Vincent. » appela le général Vasil, en désignant un carrefour particulier. « Une escouade de Méchas se dirige lentement vers la centrale électrique. Ils ne sont pas assez nombreux pour vaincre nos gardes, mais je ne veux pas leur laisser prendre cette zone. Retourne aux hangars, et rassemble tes subordonnés. Je veux que tu interceptes ces mercenaires. »
« Compris ! » répondit Vincent avant de courir vers les hangars, où lui et son équipe d'élite avaient posés leurs Méchas. Il tenta d'appeler ses subordonnés via son communicateur, mais ne reçut que des parasites et des interférences. « Foutus soldats ! Depuis quand ont-ils assez de cervelle pour utiliser un brouilleur ?! »
Il était évident qu’ils n’agissaient pas seuls. Soit des mercenaires astucieux, soit un autre régiment, leur avait apporté leur soutien.
Si Vincent adorait tendre des pièges aux autres, il détestait en être la victime. Les couloirs se mirent à trembler, lorsque des dizaines de Méchas se déchaînèrent dans les seules salles suffisamment grandes pour accueillir leur circulation.
« Peu importe, on pourra pas faire grand chose sans nos Méchas ! »
Ils atteignirent rapidement les hangars à Méchas. Vincent poussa un soupir de soulagement, lorsqu'il vit que la plupart de ses hommes étaient déjà arrivés. Johnson se débarrassa rapidement de son armure afin d'enfiler une combinaison de pilotage, tandis que Vincent commençait à organiser ses troupes.
« Je suis sûr que tout le monde sait ce qui se passe ! Les incompétents qui s'occupent des capteurs ont laissé passer le coche ! À l'heure actuelle, la moitié d'un régiment et une horde de mercenaires sèment le chaos dans nos halls, nous coupant de nos vaisseaux ! »
« Battons-nous ! »
« Chassons ces salauds de notre caillou ! »
« Silence ! » ordonna le jeune homme. Le leadership lui venait naturellement et, malgré son jeune âge, il avait déjà gagné le respect de son équipage. « Le général a donné ses ordres. Une bande de mercenaires se dirige vers la centrale. Inutile de vous dire ce qui se passerait une fois privés d’énergie. »
Tout le monde comprit la gravité de la situation. Vincent et Johnson montèrent rapidement à bord de leurs Méchas et les mirent en marche. Alors que Johnson pilotait un tireur assez ordinaire fourni par le Mouvement, Vincent s'accrochait toujours à son flamboyant Marc-Antoine.
Des mois de campagne avaient terni son armure. Il ne restait plus rien de ses éclairages. Malgré son état, la plupart des dégâts étaient superficiels.
« En avant ! »
Un mélange éclectique de 7 Méchas suivait le chevalier hybride de Vincent, alors qu'ils se dirigeaient vers la centrale électrique. Ils s'approchèrent d'une des zones chaudes, mais l'évitèrent en se faufilant vers la partie la plus profonde de l'astéroïde.
Les bruits de la bataille et de la mort s'estompèrent lentement, alors qu'ils traversaient un tunnel désolé. Vincent jura silencieusement, calculant leurs chances de s'en sortir vivants. Un terroriste et meurtrier notoire comme lui ne s'attendait à aucune clémence de la part du Corps de Méchas.
Les débris qui tombaient et l'effondrement progressif de la base firent écho à l'état du mouvement de résistance. Une combinaison d'usure et de manque de cohésion brisa lentement le MLB. Vincent ne serait pas surpris d'apprendre que quelques traîtres avaient émergé. Comment leurs capteurs auraient-ils pu manquer l'approche d'un régiment entier ?
Un Mécha léger devant Vincent sursauta soudainement. « Détection de signatures thermiques devant nous ! »
« Combien ? »
« 6 ou 7, je ne suis pas sûr. Ce sont principalement des moyens. »
« On est plus nombreux. C'est bien. Ils ont dû détecter notre approche eux aussi, donc inutile de se faufiler. Restez en formation serrée et déchaînez vous ! »
Avec le robuste chevalier de Vincent en tête, ils se précipitèrent à l'intérieur d'une grande soute ouverte. En raison du manque de fournitures, la soute n'était jamais pleinement remplie. Seule une poignée de conteneurs isolés gisaient, oubliés dans la caverne. L'absence de couverture permit aux deux camps d'apercevoir leurs adversaires.
« Bonjour Vincent. » Le pilote d'un Mécha distinctif l'interpella. « J'attendais ton arrivée depuis un moment. »
Un Mécha aux contours presque identiques à ceux de Vincent attendait de l'autre côté. Le jeune chef rebelle s'alarma. « Qui êtes-vous ?! »
« Appelle-moi capitaine Caruthers. »
« Le chasseur de primes ? Pas étonnant que vous ayez réussi à me retrouver. Les Chiens de l’Enfer seraient incapables de trouver leur propre queue avec leur nez. »
Les deux possédaient les seules copies physiques du Marc-Antoine Mark I. Les similitudes entre les deux Méchas semèrent la confusion, parmi leurs coéquipiers. Pendant ce temps, les deux pilotes continuaient à discuter.
« Ton Mécha surchauffe, lorsque tu utilises trop tes lasers de poignet ? » demanda Caruthers.
« Oui. D’après les techniciens, la surchauffe perturbe facilement les canaux qui alimentent le moteur. Il est trop facile d'oublier ses limites, lorsqu'on continue à tirer avec ses lasers. »
« Je vois que t’es resté fidèle à la masse d'origine. »
Le Mécha à la protubérance brandit sa lourde masse et la balança avec force. « J'ai essayé plusieurs épées, mais je ne suis pas doué avec. Je préfère l’impact d'une masse. »
Une fois leur conversation terminée, ils se préparèrent au combat. Le Cri du Phoenix sortit son épée, tandis que le Mécha terni de Vincent brandissait son lourd bouclier.
« Patron ! Je les ai en ligne de mire. Faites-moi signe, et je les criblerai de lasers. »
« Arrête ! C'est entre lui et moi ! » déclara Vincent, tandis que son Mécha leur faisait signe de s'éloigner. « Reculez, et ne vous mettez pas en travers de mon chemin. Ce mercenaire pourri n'est là que pour moi. »
Les deux camps comprenaient qu'une bataille ouverte pourrait rapidement dégénérer. Si les rebelles avaient l'avantage du nombre, les mercenaires disposaient de Méchas en parfait état. Un combat à mort pourrait rapidement tourner au cauchemar pour les deux camps.
« Tu es prêt, gamin ? » demanda Caruthers, tandis que son Mécha brandissait son épée.
« Ne me traite pas de gamin, vieillard ! »
Vincent fonça avec son Mécha, dont les lanceurs déversaient toutes les roquettes.
Si cette attaque soudaine prit le chasseur de primes au dépourvu, Caruthers réagit rapidement en se réfugiant derrière son bouclier.
La plupart des roquettes passèrent à côté, mais au moins la moitié d'entre elles frappèrent le bouclier dans une succession d'explosions. Elles étaient très puissantes, et détruisirent facilement la moitié des couches du bouclier de Caruthers. L'attaque à la masse qui suivit mit encore plus à rude épreuve les couches restantes.
Au lieu de se désengager, le Cri du Phénix avança et frappa avec son épée. Vincent bloqua maladroitement le coup avec son bouclier, mais son Mécha tituba soudainement en arrière, lorsque le Cri du Phénix donna un coup de pied dans la plaque de métal.
Alors que la distance s'élargissait, les deux camps commencèrent à se bombarder de rayons laser.
« Pourquoi m'as-tu cherché ? » demanda Vincent, entre deux attaques.
« Ton Mécha est trop moche, voilà pourquoi ! » répondit le capitaine, alors que son Mécha se rapprochait à nouveau pour un affrontement frontal. « J'en ai marre qu’on confonde mon Mécha et le tien ! »
Les deux Méchas renforcèrent leurs boucliers, alors qu'ils entraient en collision. L'impact résonna dans toute la salle.