Chapitre 1 381
Lucky finit par retrouver Ves et son groupe, alors qu’ils étaient encerclés par un véritable troupeau de chats !
« Miaou, miaou ! »
« Mrrrraou ! »
« Miaou, miaou ! »
La scène mit Lucky en rage, surtout lorsqu’il vit Ves rire tout en donnant des friandises à un chat blanc gâté !
« MIAOU ! »
L’arrivée arrogante du chat de gemme alarma aussitôt les autres chats. Leur instinct leur soufflait que Lucky était un chat dont il fallait se méfier !
« Miaou. »
Les chats qui lui barraient le chemin s’écartèrent tandis que Lucky se dirigeait majestueusement vers Ves. La chatte blanche, qui avait jusque-là profité de l’attention de son maître, prit peur et s’éloigna d’un bond.
Les genoux de Ves étant libres, Lucky y sauta et s’installa comme s’il était assis sur un trône !
« Miaou ! »
Les chats commencèrent à se disperser. Quelques-uns, plus obstinés, restèrent dans les parages, mais se tinrent prêts à fuir au moindre geste hostile de Lucky.
Le chat de gemme, lui, ignora ces félins qu’il jugeait inférieurs et leva les yeux vers Ves, comme s’il attendait son tribut de caresses.
Ves s’exécuta et lui caressa le dos. « Qu’est-ce que tu as fait pendant la dernière heure ? »
« Miaou. »
« Haha, j’imagine le nombre de passionnés de chats qui veulent t’acheter. Tu as dû avoir bien des maux de tête en essayant de leur faire comprendre que tu n’étais pas à vendre. »
« Miaou. »
« Oh, tu as décidé de partir ailleurs pour échapper à la foule ? »
« Miaou, miaou. Miaou, miaou, miaou. Miaou ! Miaou, miaou. »
« Intéressant, intéressant. » Ves se frotta le menton, intrigué. « Tu as découvert autre chose ? »
« Miaou… miaou ? »
« Ah, ça a l’air intéressant. Dommage que cette planète soit surveillée et sécurisée jusqu’au trognon. »
Ves laissa Lucky s’amuser de son côté. Son chat s’éclipsa et se servit de son Générateur de furtivité miniature pour espionner un poste souterrain de recherche et d’observation qu’il avait repéré grâce à ses capteurs avancés.
Lors de sa brève escapade, Lucky explora rapidement les laboratoires, mais n’y trouva rien d’intéressant. Tout ce qu’il parvint à faire, ce fut de se faufiler jusqu’aux banques de données locales, installées à l’étage le plus bas, puis d’utiliser ses programmes de piratage automatisés de la CFA pour dérober discrètement des montagnes de données brutes.
Lucky était convaincu que le piratage avait réussi, mais Ves ne s’attendait pas à tirer grand-chose des données récupérées au hasard par son chat. Dans une ville aussi animée, où les gens grouillaient, la Maison Laterna aurait été bien stupide de stocker des données cruciales dans le coin !
La seule façon d’obtenir des données plus précieuses serait pour lui ou Lucky de réussir à s’infiltrer sur le continent de Talin.
Tous les grands instituts de recherche de Felixia s’y trouvaient, mais les touristes ordinaires n’avaient pas le droit de mettre les pieds à Talin. Ves ne voyait pas comment traverser tout un océan, à moins de détourner un véhicule furtif de qualité, et aucun ne se trouvait à proximité.
Il haussa les épaules en regardant Lucky. « Laissons tomber pour l’instant. Profitons de tout ce qu’Eron a à offrir avant de partir pour Asco, afin de reprendre nos recherches et de retrouver un énorme chat. »
Une journée entière passa. Ves se laissa aller et profita des diverses attractions sur le thème des chats que le continent d’Eron proposait à ses visiteurs.
Une partie de lui se dit qu’il aurait dû emmener Gloriana. L’ambiance festive et féline était parfaite pour un rendez-vous !
Ves s’amusa beaucoup pendant cette journée. Même si Lucky se montrait plutôt hargneux lorsqu’il câlinait un chat, son compagnon ne manifesta plus autant de jalousie, après que Ves lui eut promis maintes fois qu’il n’adopterait aucun chat.
« Bon sang ! Tu es vraiment comme Gloriana, Lucky ! »
« Miaou ! »
Son chat était perché sur sa tête, comme s’il y avait toujours eu sa place. Et voilà qu’il se mettait à lécher les oreilles de chat fixées sur son serre-tête, comme si elles avaient besoin d’un bain !
Malgré ses grognements, Ves apprécia pleinement sa visite à Eron. Felixia faisait du tourisme depuis très longtemps et savait exactement comment offrir une expérience agréable à ses visiteurs. Les chats qu’il croisa dans les villes, les villages et les réserves naturelles, avec leurs miaulements, leurs ronronnements et leurs feulements, conquirent Ves et le reste de son entourage !
La seule personne de leur groupe à se tenir résolument à l’écart de ces créatures en quête d’affection était Nitaa. Son garde du corps restait consciencieusement à l’affût des menaces et refusait de laisser un chat quémandeur la détourner de sa mission !
Ves appréciait son dévouement, même s’il se disait parfois qu’elle aurait elle aussi besoin de se détendre. Il ne l’avait jamais vue s’adonner à un loisir ni prendre le moindre congé.
« Qu’est-ce que tu fais pour t’amuser, Nitaa ? »
« Je m’entraîne. J’accomplis mon devoir. Je dors. »
« Hum… ça n’a pas l’air très amusant. »
Elle lui sourit. « Je sais où vous voulez en venir, monsieur, mais c’est pour cela que j’ai été créée. Les véritables Kinners savent toujours tirer du plaisir de leur travail. »
« C’est parce qu’on t’a littéralement élevée de cette façon. »
« Est-ce une mauvaise chose ? »
Ves aurait voulu répondre oui, mais il ne parvint pas à trouver un argument convaincant. Il était persuadé qu’un être humain ne pouvait atteindre son plein potentiel que s’il avait la possibilité de mener une vie épanouissante et équilibrée.
Une personne élevée pour devenir un robot à forme humaine ne correspondait pas à son idéal d’une vie épanouissante et équilibrée. Il savait toutefois qu’il serait plus facile à dire qu’à faire de changer la vision du monde de Nitaa. Les Kinners savaient très bien endoctriner les membres de leurs tribus.
« De toute façon, je n’aime pas tant que ça les chats. Je ne suis pas une passionnée de chats. »
« Pourquoi donc ? Tu ne les trouves pas mignons ? »
« Ils sont trop égoïstes et capricieux à mon goût, monsieur. Votre propre chat, Lucky, en est un parfait exemple. Vous les trouvez intéressants et mignons, mais à mes yeux, ce sont des nuisances. »
« J’imagine que tu préfères les chiens. »
Elle lui adressa un sourire bref et indulgent. « Ils sont loyaux, attentionnés et obéissants. Qu’est-ce qu’on pourrait ne pas aimer chez eux ? Les chiens sont les animaux de compagnie préférés des Kinners. »
« Je comprends pourquoi ils te plaisent. »
Ves devrait peut-être lui offrir un chien un jour, mais pas maintenant. Sur Felixia, les chiens étaient tabous !
Au fil de leurs visites, les jumeaux Ingvar se détendirent eux aussi. Des mois passés parmi les Battle Crier, soumis à des entraînements quotidiens et à des séances de réajustement comportemental, avaient fini par les user.
L’atmosphère joyeuse et les chats amicaux étaient exactement ce qu’il fallait aux Ingvar pour se rappeler les jours heureux et retrouver ceux qu’ils étaient avant de devenir des mercenaires fugitifs.
Des deux jumeaux, Ves trouvait Casella clairement plus lucide. Un soir, pendant que tout le monde sauf Nitaa savourait un somptueux dîner dans un restaurant servi par des serveuses-chattes, Casella l’entraîna à l’écart pour s’entretenir en privé avec lui.
« J’ai réfléchi à notre situation depuis que nous avons commencé cette mission. » Elle prit un air grave. « Quelques mois de plus se sont écoulés depuis que mon frère et moi avons entrepris cette mission, et l’amertume de la chute de la Maison Ingvar et de la trahison de nos gardes du corps s’est dissipée. Le temps passé avec les Battle Crier nous a beaucoup appris l’humilité.
» Je ne peux pas parler au nom de mon frère, mais j’ai vraiment besoin de vous dire ce que j’ai sur le cœur. »
« Qu’y a-t-il ? »
« Je pense… qu’il vaudrait mieux que nous travaillions pour vous à plus long terme. Nous ne sommes pas des Kinners, mais je préférerais tout de même continuer à travailler pour vous une fois notre contrat d’un an arrivé à son terme. »
Ves fut un peu surpris. Il pensait qu’il faudrait davantage d’épreuves et d’humiliations pour que ces rejetons de la noblesse Ingvar prennent conscience de leur nouvelle réalité.
« Rien ne m’empêche de vous embaucher pour une durée plus longue, mais vous devez tous les deux me convaincre que vous êtes prêts à suivre mes ordres. » Il marqua une pause. « Je ne suis pas noble et je n’ai pas grandi dans un État féodal. Pour moi, vous n’êtes que des mercenaires à ma solde. »
« Je le sais. Il m’a fallu du temps pour comprendre que, maintenant que nous n’avons plus le soutien de notre Maison, nous ne sommes pas différents des gens du commun. Une partie de moi souhaite encore que nous conservions la fierté de notre éducation, mais sans le soutien nécessaire, nous ne sommes que des coquilles vides. Je suis tout à fait prête à m’en défaire et à repartir de zéro comme simple pilote de mécha. »
« Et la Maison Ingvar ? »
« Je ne sais pas pourquoi la Maison royale de la Black Poppy a attaqué notre Maison. Peut-être avions-nous l’intention de les trahir. Peut-être possédions-nous quelque chose qu’ils convoitaient vraiment. Peut-être voulaient-ils élever une autre Maison noble à notre place. Quelle qu’en soit la raison, la Maison Ingvar n’existe plus, et la venger ne la fera pas revenir. »
« Tu as changé, depuis le début », remarqua Ves. « Vous aviez pourtant exprimé l’intention de vous venger un jour de la Black Poppy, non ? »
Elle renifla. « Même un Maître concepteur de méchas ne peut pas renverser une Maison royale. La Black Poppy est trop puissante ! Le seul moyen de la menacer serait de rassembler suffisamment de forces pour contester son autorité sur ses territoires. Et même si Imon et moi parvenions un jour à lever une immense armée de méchas, les deux autres Maisons royales ne resteraient pas les bras croisés pendant que la Black Poppy encaisserait toute l’attaque. »
« Parce qu’elles craindraient d’être les prochaines. »
« Exactement. » Elle ferma les yeux. « Même si je veux que la Black Poppy réponde de l’extermination de nos proches, nous n’avons aucun droit de réclamer justice. Après y avoir longuement réfléchi, je crois qu’il vaut mieux poursuivre nos vies. Le Royaume des Trois Fleurs ne compte plus pour moi. Qu’ils pourrissent dans leur coin du secteur stellaire, ça m’est égal. »
Ves trouva ses paroles plutôt encourageantes, même si son récit comportait une grosse réserve. « Que pense ton frère Imon de ta volonté de tourner la page après la tragédie qui a frappé votre Maison ? »
« Imon… n’en est pas encore là. Il reste très attaché à la fierté et aux traditions de notre Maison déchue. C’est… difficile de lui faire lâcher prise. »
Ves adressa à Casella un sourire ironique. « Vous allez ensemble. C’est très bien que tu aies pris conscience de votre nouvelle réalité, mais que se passera-t-il si Imon décide de se lancer dans une quête vouée à l’échec pour restaurer la Maison Ingvar et abattre la Black Poppy ? »
Elle baissa les yeux. « J’essaie encore de le convaincre. »
« Alors tu ferais mieux d’insister. Vous avez tous les deux du potentiel, je le vois. Je comprends aussi votre attachement à votre Maison déchue. Mais la vie est injuste. Partout, il y a des gagnants et des perdants. Si vous vous retrouvez du côté des perdants, vous ne deviendrez pas comme par magie des héros épiques capables de renverser le pouvoir en place par la justice et la détermination. »
Elle poussa un profond soupir. « Nous savons que la vie ne ressemble pas aux feuilletons, mais au fond de nous, nous espérons toujours réparer les injustices subies par notre Maison. La différence entre Imon et moi, c’est que mon frère est beaucoup plus optimiste. »
« Tu as abandonné, tandis qu’il s’accroche encore à l’espoir. »
« Oui. Il est difficile pour des pilotes de mécha fiers comme nous de renoncer. On nous a appris à ne pas capituler tant qu’il reste une lueur d’espoir. »
Casella s’en alla peu après. Ves repensa à leur conversation et estima que tout dépendrait d’Imon : c’était à lui de décider s’ils seraient tous les deux capables de repartir de zéro. Lorsqu’ils auraient atteint ce stade de leur évolution, Ves serait tout à fait disposé à les accueillir parmi les Avatars du Mythe et à les former comme il se devait.
Il avait hâte de mettre au point des méthodes permettant de faire émerger des candidats experts et des pilotes experts, et d’accélérer leur progression.
L’une des théories qu’il avait élaborées était que les attributs spirituels jouaient un rôle. Ils reflétaient la personnalité des pilotes de mécha.
La plupart des pilotes de mécha dotés d’une certaine quantité d’énergie spirituelle latente partageaient des attributs similaires. Ils n’avaient rien de mauvais, puisqu’ils pouvaient tout de même devenir des pilotes experts et développer de puissantes capacités, mais Ves soupçonnait que des attributs plus rares et singuliers produisaient des résultats plus étonnants.
C’était pourquoi Ves accordait une attention particulière aux jumeaux Ingvar ! Leurs attributs différaient de ceux de tous les autres pilotes de mécha !
Mais faire émerger leur potentiel et former les deux Ingvar jusqu’à ce qu’ils deviennent des pilotes experts exigeait un investissement considérable. Ves ne voulait pas se retrouver avec un autre cas comme celui de Jannzi, où tous ses efforts n’avaient servi à rien !
Ayant retenu la leçon, Ves veillerait cette fois à poser les bases qui lui permettraient d’obtenir la loyauté de tout candidat potentiel au rang de pilote expert !
« Ne me déçois pas, Casella », murmura-t-il.