Chapitre 1 379
« Mew… mrrrrrew… »
« Miaou, miaou, miaou ! »
« Miaouuuuu ! Miaouuuuu ! »
Des chats. Des chats partout. À peine Ves eut-il atterri dans le spatioport bondé, son escorte à sa suite, qu’il se retrouva nez à nez avec des centaines de chats en liberté !
Tout le spatioport arborait un thème félin des plus accueillants. Des chats animés et souriants, projetés un peu partout, ravissaient les enfants des familles qui venaient de commencer leurs vacances.
Bien sûr, de nombreuses familles avaient aussi amené leurs propres chats. Chats organiques, mécaniques et virtuels miaulaient les uns aux autres comme s’ils bavardaient entre humains !
Étrangement, Lucky refusa de prendre part à cet échange de miaulements aussi inutile que bruyant. Tel un empereur parmi ses sujets, le chat de gemme relevait simplement la tête et la queue, comme s’il attendait que les chats inférieurs l’adorent !
…
Malheureusement, presque aucun chat ne remarqua l’existence de Lucky ! À ses yeux, c’était un affront absolu ! Ces chats ne se rendaient-ils pas compte qu’un représentant éminent de leur espèce se trouvait parmi eux ? Ils le prenaient donc pour un vulgaire chat domestique ?!
« MIAOUUUUU !!! »
Ves donna une petite tape sur le flanc de Lucky avec son doigt. « Du calme, Lucky. Ne fais pas de scandale. Il y a des enfants et beaucoup de sécurité, ici. Ne gâche pas leur amusement ! »
Au milieu des images éclatantes et des chats amicaux, de nombreux gardes et robots patrouillaient dans les couloirs pour maintenir l’ordre.
Naturellement, aucun garde ne portait une armure intimidante. Ils arboraient plutôt des uniformes colorés ornés de chats de dessin animé. Chacun affichait un sourire, ou du moins une expression avenante, pour préserver la façade joyeuse des lieux. Même leurs armes avaient été conçues pour ressembler à des jouets sur le thème des chats !
« Ne prenez pas ces gardes pour des incapables, les prévint Nitaa. Ceux qui surveillent un spatioport aussi fréquenté que celui-ci possèdent des compétences très variées. De plus, ils sont très perspicaces et repèrent quiconque menace la sécurité publique. »
Crindon acquiesça. « Leurs armes sont également plus redoutables qu’elles n’en ont l’air. Les éléments supplémentaires en forme de pattes ou de queues de chat sont des modules qui permettent de changer de mode de tir. Elles peuvent lancer différents projectiles, létaux ou non. »
« Vous pourriez vous détendre un peu ? protesta Gavin. On est en vacances, non ? Inutile d’évaluer les forces des gardes ! »
« Benny a raison. Je sais que vous ne faites que votre travail, mais ne soyez pas si sur le qui-vive. »
Contrairement à Nitaa et Crindon, qui inspectaient prudemment les environs à la recherche de menaces potentielles, les deux nobles qui les accompagnaient semblaient bien plus détendus.
« Merci de nous avoir emmenés avec vous, monsieur Larkinson, dit Imon Ingvar. Rester enfermé des mois durant dans l’Ion Tracker, ce n’est pas ainsi que j’imaginais ma première mission de mercenaire. »
Casella Ingvar lui donna un coup de coude dans les côtes. « Tu devrais te réjouir qu’il ne se soit rien passé ! On touche quand même notre solde, même si on n’a pas l’occasion de se battre. Notre seule présence suffit à dissuader les ennemis ! »
Le groupe quitta lentement le spatioport et monta dans un véhicule de transport en forme de chat qui les conduisit directement dans une ville voisine.
Sans surprise, Ves détonnait dans la foule. La plupart des visiteurs étaient des roturiers sentinelles ou des étrangers de la classe moyenne venus découvrir quelque chose de nouveau et de différent.
Ves aperçut bien quelques personnes fortunées dans le spatioport, mais elles étaient rares. Le Continent d’Eron n’avait guère d’attrait pour les ambitieux en quête de réputation et de prestige ! Passer ses journées à câliner des chats ne ferait rien pour leur statut !
« Monsieur Larkinson, je peux vous poser une question ? demanda Imon.
— Bien sûr.
— Pourquoi avoir décidé de visiter le Continent d’Eron ? »
Ves sourit. « Pourquoi pas ? »
« Eron, c’est juste pour les enfants et les amoureux des chats. Ici, il n’y a rien qui ait trait au combat ou aux méchas ! »
« Exactement. Avant d’aller sur le Continent d’Asco pour tenter ma chance, je veux découvrir les autres facettes de Felixia. Si le chat sur mon épaule ne suffit pas à vous convaincre, sachez que j’adore les chats ! »
En vérité, il aimait aussi les chiens et d’autres animaux, mais, pour l’instant, il voulait continuer à jouer les amoureux des chats !
Heureusement, Felixia ne manquait pas d’atouts pour faire aimer les chats à ses visiteurs.
En cet instant même, plusieurs chats photogéniques, allongés dans le véhicule de transport en forme de chat, se prélassaient sur les genoux de passagers ravis. Enfants, femmes et même hommes ne pouvaient résister à la mignonnerie de ces félins amicaux. Les cris de joie et les caresses se multiplièrent !
Alors qu’un persan blanc à poil long s’approchait de leurs sièges, prêt à sauter sur les genoux de Ves, Lucky se mit soudain à siffler.
« Miaou ! »
« Mraou ! »
Le persan bondit comme un chaton effrayé et détala aussitôt dans un petit tunnel à sa taille, sous les sièges ! Sa queue blanche et duveteuse se faufila dans l’ouverture comme un serpent en retraite !
« Pourquoi tu as fait ça, Lucky ? »
« Miaou. »
« Je te caresse pratiquement tous les jours ! Je ne t’appartiens pas, tu sais. Parfois, j’aimerais bien toucher une vraie fourrure au lieu de ta carapace dure et osseuse ! »
« Miaou ! »
Ves dut s’avouer vaincu par son chat inflexible. Quand ils étaient seuls, Lucky se montrait souvent indifférent, mais à présent que Ves visitait une planète entière peuplée de chats, son compagnon se comportait tout à coup en mari jaloux !
Gavin et quelques autres tentèrent de retenir leurs rires et de cacher leur amusement.
« Plus sérieusement, je suis aussi venu sur Eron pour une autre raison, expliqua Ves à son groupe. On y trouve quantité d’animaux de compagnie et de services de modification génétique à vendre. Les chats comme les humains subissent toutes sortes de transformations. »
« Vous comptez vous faire pousser des oreilles de chat ou quelque chose du genre, patron ? »
« Mon génome ne peut plus supporter d’ajouts. Il est déjà très optimisé, et l’ajout d’organes différents ne ferait que tout dérégler. Je veux simplement découvrir les lieux et voir si ces services sont populaires. Je crois que les modifications génétiques connaissent un nouvel essor. »
À vrai dire, les femmes-chats et les hommes-chats avaient largement redoré le blason des modifications génétiques, dont la réputation avait été désastreuse à la fin de l’Âge de la Conquête !
Il y en avait même quelques-uns non loin d’eux dans le véhicule ! Leurs oreilles de chat, couvertes d’un pelage de la même couleur que leurs cheveux, attirèrent bien des regards envieux parmi les passagers !
À l’arrivée du véhicule, les passagers descendirent dans une zone de stationnement située en plein cœur d’une ville lumineuse aux bâtiments beiges !
Les arbres, recoins, caisses et lignes tendues au-dessus de leurs têtes offraient une multitude d’endroits où les chats pouvaient flâner ou faire la sieste. Des miaulements résonnaient dans les rues tandis que des milliers de chats jouaient entre eux ou avec les visiteurs ravis, qui achetaient jouets et friandises aux vendeurs du coin.
« Il y a tant de chats… marmonna Gavin d’un air absent. C’est le paradis des amoureux des chats ! »
Ves avait l’impression d’être entré dans une version dessin animé d’une ville. Presque tout était sur le thème des chats, jusqu’aux robots de nettoyage, qui ressemblaient à des félins mécaniques !
« Regarde, Lucky ! Contrairement à toi, tes cousins sont utiles ! Tu pourrais prendre exemple sur eux et te rendre un peu plus utile, pour une fois ! »
« Miaou ! »
Lucky lui fouetta la tête de sa queue, furieux. Le comparer à un robot de nettoyage était un affront !
« Allez, détends-toi, Lucky ! Cette planète devrait être un paradis pour toi ! Va t’amuser un peu ! »
Ves saisit Lucky et le déposa sur un perchoir surélevé, en forme de grand panier pour chat. Un félin organique miaula avec curiosité lorsque Lucky atterrit à côté de lui.
« Miaou… ? »
« Miaou ! »
« Miaou ! »
Le chat organique bondit sur Lucky, et les deux créatures se mirent aussitôt à se chamailler !
Ves entraîna les autres tandis que Lucky s’employait à donner une leçon à son nouvel adversaire !
« Ça ne pose pas de problème de laisser Lucky ici ? demanda Gavin.
— Aucun. Vous voyez bien que les autres laissent leurs animaux courir partout. Eron est un endroit où tous les chats peuvent se laisser aller, pas seulement ceux qui sont nés et ont grandi ici. »
Si Ves voulait côtoyer d’autres chats, il lui serait très difficile de le faire avec un compagnon aussi jaloux et possessif que Lucky à ses côtés !
De fait, dès que Lucky se laissa distraire par tous les plaisirs que Felixia avait à offrir, Ves put prendre dans ses bras des chats qui réclamaient des caresses et les câliner sans être interrompu.
Même certains de ses autres compagnons se laissèrent gagner par toute cette douceur duveteuse. Imon tenait un exobête félin vert vif à deux queues, tandis que Casella câlinait un chat domestique plus imposant, au pelage rayé comme celui d’un tigre.
« Vous savez, une partie de moi voudrait vivre ici pour toujours. Il y a une quantité infinie de chats à câliner et avec lesquels jouer ! s’exclama Gavin en soulevant un Maine Coon bien dodu. Vous avez remarqué qu’il n’y a presque aucune transmission venant de l’extérieur ? Eron est complètement coupée des soucis et des tracas du reste de la galaxie. Je n’arrive même pas à accéder au réseau galactique depuis mon communicateur. »
Leurs communicateurs ne se connectaient qu’au réseau planétaire. Seuls les messages les plus urgents étaient transmis ; pour recevoir les autres, les visiteurs devaient se rendre dans un centre de communication spécialisé. Ves comprit qu’il s’agissait d’une mesure délibérée pour leur offrir une expérience féline sans interruption.
« Je ressens la même chose, Benny. Si la Maison Laterna n’interdisait pas aux entreprises de s’installer dans son système stellaire, j’aurais été tenté d’y déménager mon siège, moi aussi ! »
Les attractions félines du Continent d’Eron avaient conquis leurs cœurs. La quantité ahurissante de mignonnerie qui s’offrait à leurs yeux avait balayé leurs préjugés. L’énergie que les gens autour d’eux consacraient aux chats créait une atmosphère si contagieuse que même les plus sceptiques se mettaient à adorer ces animaux duveteux et innocents !
« Oreilles de chat ! Achetez vos oreilles de chat organiques ici ! Le dernier modèle, garanti pour des décennies ! »
Ves tourna son attention vers plusieurs étals qui vendaient des oreilles et des queues de chat cultivées. Par curiosité, il s’approcha de l’un d’eux et examina les articles proposés.
« Nyaaaah, bonjour, cher client ! » le salua une jolie vendeuse adolescente, de l’autre côté de l’étal. Sa queue bordeaux frétillait avec excitation derrière elle, tandis que ses oreilles de chat pointues dressées sur sa tête se redressaient encore davantage. « Vous voudriez essayer les derniers produits de nos laboratoires, nyaah ?
Les meilleurs généticiens de Felixia ont consacré d’innombrables heures à mettre au point les accessoires félins organiques les plus performants, les plus sûrs et les plus réactifs du secteur ! Ils sont entièrement fonctionnels tout en restant amovibles, nyaaaaaaah ! »
« C’est ce que vous portez, en ce moment ? demanda Ves, intrigué.
— Nyaaaah !
— C’est oui ou c’est non ? »
La jeune fille gonfla les joues. « Pour qui me prenez-vous, nyaah ? Je suis née et j’ai grandi sur Felixia, alors mes accessoires félins sont évidemment vrais ! Regardez ! »
Elle tira brusquement sur ses oreilles de chat et poussa un petit cri. « Nyaaaah ! Ça fait mal ! »
« D’accord, d’accord, pas besoin de vous faire mal ! » Ves leva la main. Il ne supportait pas de voir une jolie femme-chat souffrir ! « Vous avez une paire qui correspond à la couleur de mes cheveux ? »
« Oh, oui, mais d’autres couleurs vous iraient encore mieux, nyaah ! »
« Non merci. Je suis trop vieux pour ça. Donnez-moi les noires. »
La vendeuse sortit une boîte de dessous l’étal et l’ouvrit pour lui montrer deux oreilles de chat poilues, encore inertes, reliées à une sorte d’appareil de culture qui les maintenait en vie et en bonne santé.
Elle sortit les oreilles de la boîte et fit signe à Ves de se pencher, ce qu’il fit. Quand sa tête fut à portée, la vendeuse les posa avec adresse sur son crâne.
Leur base ne s’appuya pas contre ses cheveux : elle s’y faufila. Ves eut la sensation de sentir deux tentacules frémissants se fixer sur le sommet de sa tête. C’était un peu déconcertant, mais la sensation passa rapidement.
À sa grande surprise, lorsque les oreilles noires eurent fini de s’installer, il ouvrit de grands yeux : il entendait réellement des sons grâce à elles !
De plus, son ouïe s’était étendue au-delà des limites humaines ! Il percevait dans l’air des sons qu’il n’entendait pas auparavant, mais qui étaient aussi évidents pour les chats que le jour !
« Ces oreilles sont incroyables ! »
« Nyaaaah ! Bien sûr qu’elles le sont ! » La vendeuse sourit. « Ce sont les produits les plus récents et les plus haut de gamme de nos laboratoires ! Elles possèdent leurs propres organes auditifs et transmettent leurs données sensorielles à votre cerveau grâce à une transmission à distance, organique, sûre et non invasive ! Nyaah ! »
« Waouh. »
« Si vous trouvez déjà cette paire formidable, vous devriez envisager de vous les faire implanter définitivement, nyaaaah ! Si vous devenez comme moi, votre ouïe sera au moins cinq fois plus fine ! »
Ves fut sérieusement tenté par cette proposition !