Chapitre 1 378
Tandis que Ves peaufinait sans relâche son Devil Tiger, sa flotte pénétra sans encombre dans le Système de Felixia.
Comme toute grande destination touristique, le Système de Felixia accueillait un grand nombre de vaisseaux.
Beaucoup venaient d’autres États, mais de nombreux Sentinelles se rendaient eux aussi sur la célèbre Planète des Chats. La forte proportion d’étrangers dans le royaume faisait de Felixia un lieu bien plus accueillant que les autres régions du Royaume Sentinelle !
« Les affaires marchent fort », observa Ves en affichant la carte locale.
Des milliers de vaisseaux entraient dans l’espace de transition supraluminique ou en sortaient dans le système intérieur. La plupart étaient des paquebots économes en carburant, qui transportaient à prix abordable des touristes venus des États étrangers voisins.
Parmi les destinations touristiques, Felixia n’attirait pas le plus grand nombre de visiteurs du Royaume Sentinelle.
Pourtant, ses nombreuses races de chats et ses services consacrés aux félins attiraient constamment un afflux considérable d’amoureux des chats !
Quand il s’agissait de leur passion pour les chats, ils ouvraient grand leur portefeuille et leur compte en banque. La Maison Laterna, dont les fondateurs avaient fait de Felixia la plus célèbre Utopie des Chats du secteur stellaire, en tirait de gros bénéfices !
« Environ la moitié des touristes sont des amoureux des chats, fit remarquer la capitaine Silvestra. Ils en sont fous et peuvent se montrer tout à fait déraisonnables dès que le sujet est abordé. Même après de nombreuses visites à Felixia, ils reviennent toujours pour s’offrir une nouvelle nirvana féline. »
« Je sais », répondit Ves en serrant Lucky contre sa poitrine. « J’ai hâte de la découvrir moi-même ! »
« N’oublie pas de t’acheter un serre-tête avec des oreilles de chat organiques, alors ! Paraît que c’est très à la mode en ce moment. »
« C’est possible », dit-il en riant.
Nitaa et lui avaient élaboré un plan pour le faire passer pour un amateur de chats modéré lors de sa visite sur la planète. Ves n’en était pas aussi fou que les véritables passionnés qui fréquentaient Felixia, mais se faire passer pour l’un d’eux était une bonne manière d’éviter d’attirer l’attention.
Certains amoureux des chats pouvaient être assez excentriques, au point qu’on les aurait probablement déclarés fous partout ailleurs !
Felixia leur servait de refuge et de paradis. Sur les autres planètes, ils devaient contrôler leur comportement ; sur la Planète des Chats, ils pouvaient laisser libre cours à leur véritable nature parmi des passionnés qui partageaient leurs goûts !
« À bien y réfléchir, la Planète des Chats est littéralement un temple dédié aux félins, remarqua la capitaine. Beaucoup de touristes viennent à Felixia pour vivre une expérience inédite, mais d’autres y accomplissent un véritable pèlerinage sacré ! »
Cette description fit grimacer Ves. S’il y avait bien une chose qu’il détestait, c’était les fanatiques qui croyaient en quelque chose sans jamais vaciller, au point d’en perdre tout bon sens !
Il avait beau vouloir nier les propos de la capitaine Silvestra, il savait qu’il existait dans la galaxie des gens étranges qui adoraient les chats plus que les humains ! Comme Felixia tournait entièrement autour des félins, bon nombre de ces cinglés s’y rassemblaient, attirés comme des papillons par la flamme !
« Mais beaucoup de ces cinglés se ruent sur le Continent d’Eron, dit-il. Les adorateurs de chats ne demandent qu’à câliner tous ceux qui parcourent les villes, les villages et les étendues sauvages de ce continent ! »
Felixia comptait quatre continents bien distincts. La Maison Laterna, qui avait fondé et développé la planète, avait attribué à chacun une fonction propre.
Eron était un zoo où l’on pouvait caresser les animaux, ainsi qu’un immense terrain de jeu, de la taille d’un hémisphère. Des chats apprivoisés de toutes tailles et des proies inoffensives peuplaient ses paysages idylliques.
Les amoureux des chats et les familles avec de jeunes enfants passaient des semaines, voire des mois, sur cette terre sans jamais se lasser de tous les chats qu’ils pouvaient câliner et avec lesquels ils pouvaient jouer ! Littéralement des milliards de chats dociles garantissaient que personne ne manquerait de félins à cajoler !
Ozzo avait été transformé en paradis pour les amateurs de chasse au gros gibier. Des chats, de la taille d’une souris à celle d’un ours, rôdaient dans les divers milieux naturels du Continent d’Ozzo.
Contrairement aux chats inoffensifs et domestiqués d’Eron, la plupart des félins d’Ozzo avaient conservé leur nature sauvage ! À l’exception de ceux des zones de départ, les chats d’Ozzo étaient tout à fait capables de tuer leurs chasseurs !
La chasse aux grands félins d’Ozzo était déjà très prestigieuse, mais elle ne faisait pas le poids face aux parties de chasse au gibier encore plus imposant qui se déroulaient sur le plus vaste continent de la planète !
La taille colossale d’Asco et la diversité de ses biomes abritaient de vastes zones de chasse, chacune peuplée d’un assortiment particulier de dangereux chats géants, grands comme des dinosaures ou davantage encore !
À l’écart des trois continents ouverts aux touristes, le Continent de Talin servait de centre administratif et scientifique à Felixia. La Maison Laterna y avait également établi son siège et protégeait farouchement le continent contre toute visite non autorisée.
L’éloignement de Talin et son accès difficile représentaient un obstacle de taille pour Ves. Les autres continents abritaient un grand nombre de petits avant-postes de recherche, mais ne renfermaient qu’une infime partie des données essentielles.
Si Ves ou Nitaa repérait un chercheur suspect lié au Pacte des Cinq Parchemins, il se pouvait qu’ils ne trouvent rien d’utile.
Lucky pouvait se faufiler dans n’importe quelle installation grâce à ses capacités, mais traverser un océan entier et se déplacer des jours durant sans être repéré sur un continent que la Maison Laterna protégeait avec tant d’acharnement contre toute intrusion, c’était une autre affaire !
Ves quitta la passerelle après s’être assuré que rien d’anormal ne se produisait sur Felixia. Il n’y avait eu ni attentat ni accident majeur.
Aucun chat docile n’avait tué d’humain sur le Continent d’Eron, même si de nombreux touristes se blessaient régulièrement en manipulant les félins trop brusquement.
Les chasseurs qui parcouraient Ozzo à pied quittaient la planète chargés de trophées. Certains portaient même fièrement leurs nouveaux manteaux, confectionnés avec la fourrure récoltée lors de chasses fructueuses.
Quant au Continent d’Asco, les affaires y marchaient toujours aussi fort. Même si certains méchas, pilotes de mécha et membres du personnel de soutien ne revenaient jamais vivants de la chasse aux chats géants, un flot continu d’équipes de chasse et de leurs commanditaires s’enfonçait dans les zones de chasse pour défier les puissants Chats Couronnés.
Tandis que le Barracuda et ses escorteurs se dirigeaient lentement vers Felixia I, Ves consacra le temps qu’il lui restait à peaufiner son mécha et à préparer sa visite imminente.
En raison des nombreuses règles et restrictions imposées à tous les visiteurs par la Maison Laterna, Ves n’avait pas le droit d’emporter la moindre arme à la surface du Continent d’Eron !
Cette règle exaspérait Nitaa. S’ils avaient le moindre problème, ils ne pourraient riposter qu’à coups de poing et de pied !
Heureusement, la Maison Laterna assurait une présence très importante à la surface. Les contrevenants savaient qu’il valait mieux ne pas chercher d’ennuis, d’autant que la vocation familiale d’Eron était particulièrement chère à ses habitants.
Les adultes en quête de sensations plus fortes pouvaient plutôt se rendre sur Ozzo ou Asco pour s’adonner à des plaisirs plus violents.
Une fois qu’ils auraient fait le tour du Continent d’Eron, Ves et son entourage auraient le droit d’emporter certaines de leurs armes et de leur équipement lors de leur visite sur le Continent d’Asco.
Avec tant de personnes dangereuses et de bêtes sauvages qui rôdaient sur Asco, se protéger était non seulement prudent, mais recommandé !
« Les colonies d’Asco ne sont pas très sûres, fit remarquer Nitaa lors de leur dernière réunion avant l’atterrissage. Nous devrons veiller sur nous-mêmes là-bas. Les rixes d’ivrognes et les combats à mort entre chasseurs sont fréquents. »
« Pourquoi la Maison Laterna ne sécurise-t-elle pas davantage les colonies d’Asco ? demanda Crindon.
— Parce que les chasseurs ont parfois besoin d’évacuer leur frustration. Quand leurs méchas sont neutralisés et en cours de réparation, quand ils sont blessés et incapables de reprendre le cockpit, ou quand ils attendent qu’un commanditaire ou un organisateur les embauche, ils s’ennuient souvent. Le milieu de la chasse attire toutes sortes de gens. Hélas, certains sont plus brutaux que nous ne le souhaiterions. »
« Un peu comme des pirates ou des membres de gangs criminels, ajouta Ves. Ce sont les mêmes sortes de personnes. Ceux d’Asco ont simplement choisi de revêtir la tenue d’un chasseur. »
« Devons-nous engager des gardes supplémentaires ? »
« Ce n’est pas nécessaire, Crindon. D’après ce que j’ai lu, un seul garde du corps bien armé suffit à dissuader la plupart des fauteurs de troubles. Et puis, les chasseurs savent qu’il vaut mieux ne pas s’en prendre à un visiteur fortuné. Des gens comme moi passent pour des commanditaires potentiels, capables de financer une expédition coûteuse dans les zones de chasse. »
La chasse au gros gibier coûtait très cher. À Felixia, de nombreuses équipes n’étaient pas en mesure de couvrir toutes leurs dépenses avec leurs seules activités.
La chasse aux chats géants de la taille d’un mécha sur Felixia n’était presque jamais rentable ! À part la capture d’un prestigieux Chat Couronné, dont les trophées pouvaient être mis aux enchères, les dépouilles des autres chats géants ne valaient pas grand-chose en comparaison !
Même lorsqu’un chat géant abattu rapportait beaucoup d’argent, les équipes de chasse devaient verser à la Maison Laterna des taxes considérables pour utiliser ses zones de chasse.
« À propos des chasseurs, avez-vous décidé quelle équipe nous accompagnera, monsieur ? »
Ves secoua la tête. « Pas encore. Je ne sais même pas quel chat géant je veux étudier de près. Je choisirai plus tard, après avoir recueilli des informations de première main auprès des chasseurs d’Asco. Selon la difficulté de la chasse à ma cible, j’engagerai une équipe ordinaire ou une équipe de premier plan. »
Cette fois, il prit très au sérieux les conseils de Calabast. Même s’il se sentait irrésistiblement attiré par les Chats Couronnés, rien ne l’obligeait à obtenir un fragment spirituel d’une créature susceptible de le tuer !
Les chats géants bien moins féroces et cruels que les plus redoutables de leur espèce possédaient peut-être ce qu’il cherchait. En s’intéressant aux plus jeunes, il s’exposerait à bien moins de risques, mais le fragment spirituel qu’il espérait obtenir serait probablement beaucoup plus faible.
« Vous ne comptez pas chasser les Chats Couronnés, monsieur ? demanda Nitaa, avec un soulagement perceptible dans la voix.
— Les équipes d’élite qui se consacrent principalement à la chasse aux Chats Couronnés et aux autres chats géants redoutables ne sont pas faciles à engager ni à commanditer. Elles ne s’associent qu’avec des clients qui savent ce qu’ils font et ont déjà participé à de nombreuses chasses moins dangereuses.
Un nouveau venu comme moi, totalement inconnu dans le milieu de la chasse, ne pourra pas les approcher sans recommandation. »
Il s’était renseigné sur les coutumes des chasseurs de Felixia et avait découvert combien il était difficile d’approcher les meilleures équipes.
Comme les Kinner, les chasseurs installés sur Felixia accordaient beaucoup d’importance à la réputation et aux relations personnelles. Plus une équipe était réputée, plus elle se montrait sélective.
Une grosse fortune ne garantissait pas qu’elle accepterait un client : nombre d’équipes de chasse avaient déjà connu de terribles déconvenues en s’associant à de mauvais clients, qui mettaient leur vie en danger sans raison !
« Avez-vous déjà un chat géant en tête, monsieur ? »
« J’ai dressé une liste, mais il y a encore trop de noms. Comme je l’ai dit, je ne sais pas encore lequel des chats géants répertoriés choisir. Je dois mener une enquête plus approfondie sur place. »
Il lui était difficile d’expliquer ce qu’il cherchait exactement chez ces chats géants. Nitaa aurait peut-être pu en deviner une partie, puisqu’elle connaissait l’un de ses secrets, mais Crindon, Gavin et les autres pensaient que Ves faisait encore des caprices.
Ves ne se considérait pas comme excentrique. Ses objectifs dépassaient simplement l’entendement de tout le monde !
« Miaou. »
Lucky grimpa sur son épaule et se lécha les pattes d’un air arrogant.
« Je sais, je sais. Même si ces chats de la taille d’un mécha sont imposants et impressionnants, tu resteras toujours le meilleur chat de la galaxie ! »
« Miaou ! »
« Cela dit… si on trouve un chat plus puissant que toi, tu auras peut-être un compagnon de jeu. Ça ne te paraît pas une excellente idée, Lucky ? »
« MIAOU ! »
Lucky lui asséna un coup de patte sur la tête et sauta grossièrement de son épaule. Apparemment, son chat n’aimait vraiment pas partager !
« Au moins, je chercherai un animal de compagnie pour Ketis ! Elle aussi mérite d’avoir un compagnon, tu sais ! »