Chapitre 134
Chapitre n°134 – Status Quo
Traducteur/Checker : SP76
Ves tourna son regard vers Calsie, qui était restée silencieuse pendant toute la conversation.
« Je ne m'attendais pas à ce que cette réunion se tourne de cette manière. Désolée, Ves ! Je pensais vraiment qu'ils t'accueilleraient à bras ouverts. »
« Ce n'est pas ta faute. Les Pionniers ont raison. Ça serait trop inconvenant de m'approcher des Pionniers, alors que je suis déjà en train de me rapprocher des Baleiniers. »
S'il devait faire un choix, il préférerait les gants avec des Méchas aux politiciens prêts à assassiner leurs propres parents. La conversation avec Linden Royce avait complètement désillusionné Ves à propos de la politique.
« Qu’est-ce que je devrais faire, d’après toi ? »
À sa charge, Calsie ne s’était pas immédiatement rangée du côté des Pionniers. « Quelle que soit ta décision, il va falloir partir du principe que tout incident retombera sur vous. Ce n'est pas une bonne idée de vous mettre à dos des personnes influentes. »
C'était gentil de sa part, mais Ves ne pouvait pas se permettre de rester les bras croisés et de laisser la réforme passer. Si les Pionniers le traitaient avec sincérité, Ves ne voyait pas d'inconvénient à inciter Dietrich et ses amis à fouiner dans la région de Colmes. Au lieu de cela, le directeur Linden était venu le voir avec un faux masque, et une vague offre qui ne serait peut-être même pas honorée.
« Que penses-tu du directeur adjoint, Lucky ? Est-ce quelqu'un de bien ? »
Le chat siffla et resta accroupi. Après avoir évolué, Lucky était devenu bien plus intelligent. Ves avait découvert que Lucky était devenu très doué pour lire le langage corporel des autres. Même s'il ne comprenait pas ce qu’ils disaient, Lucky pouvait déterminer si une personne mentait.
D'après la pose de Lucky, le directeur Linden nourrissait des intentions suspectes. Ves essaya de comprendre ce que les Pionniers voulaient vraiment.
Les fermes de la région de Colmes cachaient peut-être quelque chose d'incroyable, Ves n'en doutait pas. Mais qu'auraient-ils à gagner, si une autre super-culture était dévoilée au grand jour ?
Si les Pionniers voulaient seulement l'utiliser, Ves pouvait imaginer la suite des événements. Non seulement un incident exposerait le projet secret, mais il pourrait également déclencher un conflit ouvert entre la coalition au pouvoir et le gang.
Un tel combat ne serait peut-être pas aussi déséquilibré que tout le monde le pensait. En tant que descendants des premiers colons, les Raleigh et les Luvon avaient certainement dépensé une fortune pour protéger leurs atouts stratégiques.
Peu importe qui l'emporterait, seuls les Pionniers étaient prêts à en récolter les fruits.
Ves ferma les yeux, et tenta de se calmer. La dernière chose dont il avait besoin était de prendre une décision impulsive.
Il commença par définir ses objectifs. ‘Je veux mener mes affaires sans subir les ingérences excessives des bureaucrates et des politiciens qui m'en veulent.’
Les Verts et les Colombes lui étaient ouvertement hostiles. Les Pionniers pouvaient être décrits comme des agents neutres cherchant à faire une bonne affaire. Ils n'avaient manifestement aucune intention d'aider Ves sans obtenir quelque chose en retour.
Pourquoi devait-il s'aventurer dans ce marécage et être contraint de conclure des accords politiques ? Calsie, qui était toujours assise en silence à ses côtés, prit alors la parole.
« M. Larkinson, le problème prend place sur 2 fronts. Premièrement, votre présence va à l'encontre des intérêts nationaux des Colombes et, dans une moindre mesure, des Verts. Peut-être que dans un bon jour, les Verts peuvent être achetés, mais les Colombes vous sont intrinsèquement opposés. »
« Je le sais bien. »
« Mais il faut aussi savoir qu'ils n'agissent pas aussi rapidement, lorsqu'il s'agit de faire passer une réforme fiscale à l'Assemblée. Ce sur quoi il faut vraiment se concentrer. Essayer d'arrêter la source des dernières initiatives. »
Ves enfouit son visage dans une de ses mains. « Tu veux parler du pouvoir qui agit en coulisses. S'il s'agit d'un pouvoir issu de la Coalition, alors c'est un groupe que je ne peux atteindre. »
« Peut-être pas seul, mais ne possédez-vous pas une personne influente à Leemar qui vous soutient ? Pourquoi ne pas l’appeler pour lui demander de s'occuper de ceux qui essaient de gâcher votre journée ? »
Sa conseillère politique avait raison. Il était évident qu'il ne pouvait pas lutter contre une influence étrangère. Tant qu'ils resteraient, ils pourraient inciter de nombreux groupes à se retourner contre lui. Il ne serait pas surpris qu'ils concluent un accord avec les Pionniers.
Ves détestait l'idée d'abandonner et de demander de l'aide à Horatio. Lorsqu'il séjournait à Leemar, Ves avait l'impression qu'ils accordaient une grande importance à l'indépendance. Même si les dés étaient pipés, un créateur devait toujours être suffisamment ingénieux pour trouver une solution de lui-même.
Il avait échoué. Malgré sa récente renommée, son pouvoir réel était quasi nul. Si Ves était encore un simple créateur de Méchas sans aucun soutien, ses ennemis l'auraient peut-être déjà éliminé.
« Calsie. »
« Oui ? »
« Prépare toutes les preuves que tu as rassemblées sur l'influence étrangère qui s'immisce dans les coulisses. Peu importe si ce n’est que des rumeurs, inclue-les toutes dans un seul rapport. Sois aussi précise que possible, et n'essaies en aucun cas d'embellir les informations. Peux-tu faire cela pour moi ? »
« Ah, pas de problème, monsieur. Je m'y mettrai dès que je serai rentrée chez moi. »
La jeune fille quitta rapidement le salon de thé, tandis que Ves finissait sa dernière tasse. Il caressa le dos de Lucky, tout en déplorant son impuissance face au pouvoir absolu. Ves devait trouver un moyen de combler le fossé entre eux.
« Au final, je suis encore trop jeune. Je n'ai commencé à créer des méchas qu'il y a 6 mois. Ce n'est pas suffisant pour accumuler beaucoup de richesse et d'influence. »
Le Système avait alimenté sa croissance perverse. Cela lui avait permis d'éviter de nombreux inconvénients, tels que l'obtention de ses premières licences de production. L'inconvénient était qu'il n'avait pas eu le temps de se constituer un réseau solide d'amis et de soutiens en qui il pouvait avoir confiance.
Il secoua la tête. « Je n'y peux plus rien maintenant. »
Ves quitta le salon de thé, et ramena Lucky à son atelier. Après une journée d'attente, Calsie lui envoya une série de fichiers détaillant son enquête. Il prit les fichiers, et se connecta au portail virtuel de la Société Clifford.
Il ne prit pas la peine de descendre dans la chaîne de montagnes. Au lieu de cela, il appela Horatio, et lui demanda s'il pouvait venir à la Société pour discuter.
L'assistant de Maître Olson apparut devant Ves en un éclair. « Bonjour Ves. À en juger par ton ton, tu sembles avoir des ennuis. Dis-moi ce qui te tracasse. »
« Voilà la situation. » Il commença à expliquer ce qu’il s’était passé, tout en remettant le rapport de Calsie. Ves prit soin de mentionner que, bien qu'il n'ait pas réussi à obtenir de preuves tangibles, le réseau derrière tout cela possédait probablement un pouvoir qu'il ne pouvait pas affronter seul.
Horatio se pinça les lèvres, et lança un regard inquisiteur à Ves. « Il faudra un certain temps, pour corroborer te conclusions. Je peux te dire dès maintenant que nous interviendrons, s'il s'avère que quelqu'un de la Coalition te cible. Les partenaires doivent respecter certaines règles, et si quelqu'un les enfreint, ce sera mauvais pour tout le monde. »
« Peut-être que les instigateurs espèrent profiter des troubles qui agitent la galaxie. »
« C'est une décision stupide. Nos ressources ne sont pas épuisées au point de pouvoir négliger la sécurité de nos collègues. N'oublie pas que tu as été choisi par Carmin pour hériter d'une partie de son héritage. »
Après l’avoir un peu rassuré, Horatio disparut en un clin d'œil. Ves étira ses bras, et contempla la chaîne de montagnes comme un dieu. L'illusion de dominer le monde matériel lui remonta un peu le moral.
« Un jour, je flotterai parmi les nuages, et je posséderai tout ce qui est à ma portée. »
Il quitta la Société, et se remit à bricoler les pièces de Dortmund. Il nettoya et polissa soigneusement certaines des pièces les plus usées, et les remit en parfait état. Une fois que les recycleurs lui auraient renvoyé les matériaux récupérés, Ves pourrait procéder au remplacement des pièces manquantes.
« Les processeurs restent un énorme problème. Je ne suis pas un spécialiste en cybersécurité. À moins de consacrer beaucoup de PC à améliorer mes compétences en la matière, je vais devoir embaucher quelqu'un d'autre pour le faire à ma place. »
3 jours plus tard, Horatio l'appela. Après avoir activé son bouclier de confidentialité, il accepta l'appel.
« Tu as eu raison de nous signaler ce problème. » commença Horatio, avant de lui renvoyer quelques fichiers détaillant leurs propres conclusions. « La dynastie Gauge a imprudemment étendu son influence dans notre sphère d'influence. La précipitation de leurs actions rendait évident qu'il ne s'agissait pas d'une opération autorisée. »
Ves parcourut les documents, et reconnut le nom le plus en vue. « Je le savais ! Ce salaud de Carter ne m'a jamais lâché ! »
Il se souvenait comment le créateur de Méchas le plus dominant de toute la compétition avait perdu avec humiliation. Le pilote assigné à Carter avait complètement dominé l’épéiste de Lovejoy avec un Mécha lourd volant. Au lieu d'achever son adversaire, le pilote ennemi s'était mis à faire le malin, laissant son Mécha exposé à une tentative désespéré qui avait fini par abattre la lourde machine.
« Ne t‘inquiète pas, Ves. Carmin a personnellement réprimandé la Dynastie, et l'a forcée à retirer ses agents de ta République. Nos propres agents continuent de te surveiller. Un Maître doit préserver sa dignité. Tant que tu resteras l'apprenti de Carmin, nous ne laisserons pas ses ennemis te toucher. »
Ves prit note de la formulation prudente d'Horatio. « Vous ne vous occuperez donc pas de mes opposants nationaux. Je suis toujours dans une situation délicate, même si vous leur avez coupé l'herbe sous le pied. »
« Un créateur qui reste vulnérable aux caprices des autres ne mérite pas qu'on investisse. Prouve ta valeur en nous montrant ta ténacité. »
« Et si je n'y arrive pas ? »
« Tu n’es pas en situation de vie ou de mort. Personne ne t’as forcé à baser ta start-up sur une planète rurale dont le gouvernement est hostile à la fabrication d'armes. Au pire, ils te chasseront simplement. Tu n’as pas un port spatial avec une industrie grandissante ? Tu devrais peut-être envisager de déménager rapidement. »
La discussion prit fin après que Horatio eut fini de réprimander Ves. Son supérieur n'avait pas hésité à remettre en question ses décisions. Ves devait admettre que Horatio avait raison. Il avait fondamentalement bouleversé le statu quo de Cumulonimbia en lançant une entreprise de Méchas sur une planète pacifique. Cela ne signifiait pas pour autant que Ves était prêt à jeter l'éponge.
« Bentheim est un véritable nid de vipères. Sans soutien fiable, tous les gangs, cartels et concurrents impitoyables vont me dévorer. Au moins, Dietrich répondra à mes appels si je reste sur cette planète. »
Bien que Ves appréciait l'aide d'Horatio, il restait convaincu d'avoir prit la bonne décision. Il avait toujours rêvé de développer son entreprise pour en faire une grande fabrique depuis la planète natale de son père.
Après avoir parcouru les documents d'Horatio, Ves choisit quelques pages et les envoya à Calsie. Il lui envoya ensuite un court message, lui demandant d'élaborer un plan pour empêcher l'adoption du projet de la réforme. Il espérait qu'elle trouverait une solution plus intelligente que celle proposée par le directeur Royce, qui consistait à provoquer un incident dans la mystérieuse région de Colmes.
« Même si les consortiums préparent quelque chose, cela ne me regarde pas. »
Il devait vraiment se concentrer sur ses projets à venir. Ves attendait un appel de Marcella d'un moment à l'autre. En attendant, il se remit à polir les pièces de Dortmund.
Si Ves voulait obtenir plus de puissance, il devait développer ses capacités. La remise en état d'une imprimante industrielle augmentait considérablement son échelle de production. S'il complétait son expansion avec un compresseur et une Machine de Traitement Chimique, il serait en mesure de faire fonctionner deux lignes de production 24 heures sur 24.
« L'argent commencera vraiment à rentrer si j'arrive à ce stade. »
C'était difficile. Non seulement il devait se procurer deux machines coûteuses, mais il devait également augmenter ses effectifs et former un autre fabricant. Sans oublier qu'il comptait sur Marcella pour continuer à lui fournir des commandes.
« Le Mark II que j'ai fabriqué la semaine dernière devrait se dévoiler aujourd'hui. » se souvint Ves, en regardant le calendrier. « Je me demande comment se passera sa vente privée. »