Chapitre 132
Chapitre n°132 – Mécha Viable
Traducteur/Checker : SP76
Au final, Ves prit quelques heures pour dessiner son logo. Même si son œuvre ne satisferait probablement aucun critique, elle était suffisamment reconnaissable. Elle représentait un chat recroquevillé en bronze, reposant sur un nuage arc-en-ciel. Ves devait admettre que le design manquait d’une maturité traditionnelle appréciée par la plupart des fabricants sérieux.
« J'espère que ça ne te dérange pas que j'utilise ton image pour ma marque. »
Lucky continua à donner des coups de patte à la projection de son œuvre achevée.
Il téléchargea le dessin dans le système d'assemblage et le peignit sur la gauche de la poitrine du Mécha. Ves avait franchit une étape importante, en mettant en place un logo.
Une fois le revêtement sec, Ves monta sur une plate-forme qui s'éleva jusqu'au cockpit. Il pénétra dans l'intérieur luxueux, et s'assit sur le siège. Il examina les reliefs qu'il avait sculptés, sur les côtés et en haut. Si quelqu'un y prêtait attention, il se rendrait compte qu'ils racontaient trois histoires distinctes.
Ves prit une profonde inspiration. « Ça sent bon ici. Rien ne vaut l'odeur d'un Mécha tout neuf. »
Une fois son enthousiasme passé, Ves installa les dernières pièces. Il fixa d'abord la plaque dorée sous la console centrale.
AC-1C2 MARC-ANTOINE MARK II
MODÉLISÉ EXCLUSIVEMENT PAR VES LARKINSON
FABRIQUÉ À LA MAIN EXCLUSIVEMENT PAR VES LARKINSON
FABRIQUÉ DANS LA RÉPUBLIQUE BRILLANTE
NUMÉRO DE SÉRIE : N°1
La plaque était presque identique à celle qui se trouvait à l'intérieur du Mécha du capitaine Caruther. C'était la première fois qu'il modifiait un modèle, après n'en avoir fabriqué que deux exemplaires. Ves trouvait triste de devoir mettre à jour un modèle après avoir réalisé si peu de ventes.
« Le Mark I appartient désormais officiellement au passé. Que le temps passe vite. »
Il installa l'une des gemmes de Lucky, avant de quitter le cockpit. Avant de la mettre en place, il récupéra d'abord son tampon d’anonymat, acheté auprès du Système. Après avoir appliqué l'encre exclusive, il tamponna soigneusement une magnifique citrine couleur miel.
Afin de s'assurer que le tampon faisait bien ce que le Système prétendait, il sortit son multiscanner portable. Après avoir soigneusement soumis la gemme à une batterie de tests, la machine affirmait obstinément que Ves ne tenait rien d'autre qu'une pierre brillante.
« Eh bien. Ça marche. Comme on pouvait s'y attendre de la part du Système. »
Le Système était peut-être cupide et capricieux, mais il ne mentait jamais. Ves se concentra sur la citrine, et après quelques secondes, la description apparut dans son champ de vision.
[Citrine de chaleur]
[Augmente la capacité thermique d'un Mécha de 2 % lorsqu'elle est installée.]
Ves avait récupéré cette gemme, il y a quelques semaines. La gemme jaune faisait partie des déchets de Lucky, après sa transformation. Son gain en niveau et les minéraux de qualité supérieure dont il bénéficiait avaient quadruplé la qualité de ses gemmes.
Après avoir scanné son Mécha pour s'assurer qu'il n'avait manqué aucun défaut, Ves organisa son expédition. Il l'envoya d'abord à l’ACM, pour la certification. Une fois qu'ils auraient confirmé que Ves n'avait pas fait d'erreur, le Mécha serait envoyé à un vaisseau de transport pour être acheminé à Bentheim.
Alors que Ves regardait une navette lourde décoller de son atelier, il poussa un soupir. « 5 jours, c'est un peu long pour fabriquer un seul Mécha. Si je veux être efficace, je devrais pouvoir terminer un en 3 jours. »
En raison de la courbe d'apprentissage, le processus de production démarrait toujours lentement et de manière irrégulière. Une fois que Ves se serait familiarisé avec le modèle et aurait préparé des réponses aux problèmes les plus courants, il pouvait facilement fabriquer le Mark II aussi rapidement qu'il l'avait fait dans le jeu.
Il espérait atteindre ce stade au moment où il annoncerait publiquement le modèle. Pour l'instant, Ves avait l'intention de se lancer dans un autre projet. Il entra dans son entrepôt sécurisé, et s'approcha des conteneurs contenant les pièces récupérées de l'imprimante Dortmund.
Lucky le suivit à l'intérieur, et fouilla curieusement le contenu. Ves ne craignait pas que le chat fasse une bêtise. Une boîte contenant des minéraux se trouvait de l'autre côté de la pièce. Une fois sa curiosité satisfaite, le chat se précipita vers sa nourriture préférée, et commença à grignoter quelques morceaux.
« J’avais été très pressé de rassembler toutes les pièces. Je devrais les trier et vérifier s'il y a des pièces endommagées. »
Auparavant, Ves n'avait scanné que superficiellement la Dortmund cassée et les pièces éparpillées. Maintenant qu'il avait accès à tout son atelier, il avait l'intention d'utiliser un scanner grandeur nature provenant de son assembleur. Une petite armée de robots soutient ouvrirent les conteneurs et étalèrent les pièces sur le sol de la grande salle de stockage.
Après avoir catalogué chaque pièce, les robots les apportèrent au système d'assemblage. Là, le système de scan intégré cartographia minutieusement les objets au fur et à mesure de leur passage et alerta Ves de toute imperfection.
Seule 1 pièce sur 500 présentait des signes d'irrégularités. Ves mit immédiatement au rebut les pièces suspectes. Il les plaça dans un conteneur moyen, et les envoya à une installation de recyclage afin qu'elles servent ailleurs.
Comme il devait refabriquer les composants, il pouvait tout aussi bien utiliser les matériaux dont il disposait. Certains des matériaux exotiques incorporés dans cette machine sophistiquée étaient introuvables sur le marché libre.
Pourtant, Ves ne faisait pas entièrement confiance à ses scanners. Ils fonctionnaient bien pour mesurer l'extérieur, mais certains matériaux étaient si denses que les scanners ne parvenaient pas à pénétrer au-delà de quelques millimètres.
En plus d'emprunter les machines de pointe de l’ACM, Ves décida d'utiliser autre chose. Il sortit avec précaution une lanterne d'aspect archaïque d'un compartiment verrouillé. Il avait reçu cet objet mystique lors d’une loterie du Système. Il l'inspecta attentivement.
[Lanterne d'Imperfections]
[Allumez la lanterne et dirigez-la vers un Mécha ou un composant pour révéler ses défauts structurels. Les défauts révélés ne sont visibles que par le détenteur de la lanterne. La lampe contient suffisamment d'huile pour brûler pendant 5 heures.]
« Système, la lanterne fonctionnera-t-elle si je la dirige vers autre chose qu'un Mécha ? »
[La lanterne d'Imperfection est destinée à révéler les défauts qui nuisent aux performances des Méchas. Tout composant qui n'est pas directement lié à un Mécha ne sera pas éclairé par la lumière de la lanterne.]
« Comment la lanterne juge-t-elle si un composant est “directement lié” à un Mécha ? Une imprimante 3D sert à fabriquer des modèles. Est-ce suffisamment direct ? »
[Seuls les composants qui font partie d’un modèle existant seront éligibles du point de vue de la Lanterne de l'imperfection.]
Ves ne laissa pas l'obstination du système le dissuader d'utiliser cet objet. Il remarqua que le Système formulait la règle de la lanterne de manière assez large. Les ingénieurs comme lui avaient souvent appris à contourner les règles apparemment immuables à leur avantage.
« Tant que j'intègre les pièces dans un Mécha, la lanterne les considérera comme éligibles, n'est-ce pas ? »
[...]
« Ha ha ha ! Je suis un génie ! » Il éclata de rire. « Si elle est simplement programmée pour traiter les composants de cette manière, alors j’ai qu’à créer un Mécha. »
La distinction faite par la lanterne n'avait aucun sens. Une distinction artificielle entre les composants pour Méchas et non ne pouvait être imposées que par une force extérieure. Comme la lanterne n'était pas un objet vivant, Ves trouva facilement un moyen d'exploiter son manque de ruse.
Une fois que le système d'assemblage eut fini de scanner et de trier toutes les pièces, Ves importa les données détaillées dans son logiciel.
« Il est temps de créer le Mécha le plus laid de la galaxie. »
Il soupçonnait que seule un modèle viable jouait un rôle dans la décision d'illuminer un composant. Cela signifiait que Ves devait faire quelques efforts pour s'assurer que son monstre puisse réellement marcher et tirer.
« Le Dortmund pèse autant que deux méchas lourds. Il faudra beaucoup d'efforts pour maintenir une monstruosité aussi massive sur pattes. »
Remplacer les pieds par des roues ou des chenilles ne fonctionnait pas, car Ves devait s'en tenir à la définition d'un Mécha. Comme il n'avait pas à fabriquer le Mécha, il choisit de partir du châssis de l’Auguste-César par défaut, car il utilisait les meilleurs matériaux.
Il retira d’abord les membres et agrandit le torse. Il ajouta une section creuse rudimentaire à la partie inférieure, et la remplit de réacteurs et de moteurs redondants. Il dupliqua alors les jambes par défaut une douzaine de fois avant de les ajouter à la partie agrandie. Il lui fallut quelques heures pour installer les muscles artificiels qui transféraient la puissance motrice des moteurs aux jambes.
Jusqu'à présent, le Mécha ressemblait à une hybride centaure/araignée surdimensionné avec une cavité semblable à une brouette à l'arrière. Il commença à construire un treillis élaboré autour du robot, et y fixa progressivement les pièces Dortmund plus légères. Elles pendaient du treillis comme des feuilles sur un arbre.
Une fois que Ves eut utilisé toutes les petites pièces, il commença à utiliser les composants plus lourds. Il les souda ensemble et les empila à l'intérieur de la cavité qu'il avait laissée. Cela donnait à la monstrueuse machine l'apparence d'un vieux camion doté de pattes.
Pour couronner le tout, il ajouta un seul canon laser à un endroit aléatoire. Il finalisa rapidement la conception, et la remit au Système.
« Voici ma dernière création. Je l'ai baptisée “Merde sur pattes”. »
[Évaluation de la conception : Merde sur pattes]
Nom du modèle : Merde sur pattes
Fabricant d'origine : Ves Larkinson
Catégorie de Poids : Ultra-Lourd
Rôle recommandé : Cible d’entraînement
Armure : F-
Capacité de charge : A
Esthétique : F-
Endurance : F-
Efficacité énergétique : F-
Flexibilité : F-
Puissance de feu : F+
Intégrité : F-
Mobilité : F-
Repérage : F-
Facteur X : F-
Implication dans le projet : 100%
Composition originale : 3%
Évaluation globale : La Merde sur pattes correspond à peine à la définition d’un Mécha. Ce désastre ambulant échoue dans tous les rôles possibles, si ce n’est porter son propre poids.
[Vous n'avez reçu aucun Points de Création pour avoir échoué à concevoir un Mécha fonctionnel.]
Le système devait être en panne lorsqu'il avait noté sa conception. Ves dut réprimer un sourire. Le “tas de ferraille” pouvait à peine bouger, sans parler de rester debout sans s'effondrer sur lui-même. Néanmoins, tant qu'il tenait debout pendant une minute, il avait réussi à créer un Mécha viable.
Ves retourna vers la pile de pièces et sortit la lanterne. Après avoir soigneusement allumé la mèche, la lanterne libéra une brillante lueur dorée qui l'aveugla presque un instant.
La luminosité s'estompa, pour devenir une douce lueur. Chaque fois que la lumière orange rencontrait l'un des composants posés sur le sol, elle s'embrasait et cherchait à s'enfoncer profondément. Ves se contenta de tenir la lanterne, et d'attendre que quelque chose se passe.
10 minutes plus tard, il repéra quelques signes. Une partie d'une grande feuille d'alliage se mit à briller en rouge. Cela ressemblait à de minuscules fissures. Leur présence prouvait qu'il avait réussi à tromper la programmation de la lanterne.
« C'est génial ! »
À l'aide de la lanterne, Ves retira toutes les pièces restantes qui brillaient. S'il avait négligé la lanterne, il aurait pu assembler une Dortmund qui aurait pu un jour s'effondrer. Il s'était pratiquement sauvé la peau grâce à cette précaution.
Au final, Ves avait dû recycler environ 1 pièce sur 200. C'était beaucoup plus que ce à quoi il s'attendait. La présence de de microfractures et d’autres défauts le contraint à interrompre son programme actuel. Il voulait faire avancer le projet de reconstruction, avant de commencer à honorer les commandes pour le Mark II, mais il semblait maintenant avoir sous-estimé les étapes nécessaires.
« Je peux remplacer la plupart des pièces chez moi, mais ces processeurs haut de gamme vont être une autre paire de manche. Heureusement, j'ai récupéré beaucoup de pièces de rechange. »
Parmi les nombreux jeux de puces, Ves n'en trouva que deux qui étaient encore en parfait état. Bien qu'il avait rassemblé un jeu complet de puces fonctionnelles, leurs mesures de sécurité les empêchaient probablement d'établir une connexion entre elles. Leurs numéros de série et leurs paramètres individuels ne correspondaient pas.
« Je vais devoir trouver quelqu'un qui puisse pirater ces puces. » conclut-il. En raison de la légalité douteuse de son projet actuel, il ne pouvait pas simplement se rendre à l’ACM ou ailleurs. Outre le recours au marché noir, Ves ne voyait d'autre solution que de demander l'aide de la Société Clifford.
« Je n'ai plus beaucoup de crédits. » Il grimaça. « Je vais peut-être devoir accomplir une petite mission avant de pouvoir me payer un hacker. »
Avant cela, il devait également faire le ménage. Les dernières manigances des Verts et des Colombes Blanches avaient poussé Ves à demander une réunion avec les Pionniers. Calsie lui avait récemment envoyé un message, lui annonçant qu'elle avait réussi à organiser une rencontre avec un membre important des Pionniers.
« On dirait que je vais me rendre au centre-ville de Freslin demain. Tu voudras venir avec moi, Lucky ? »
Le chat continuait de grignoter son dîner croquant.