Chapitre 131
Chapitre n°131 – Pré-Production
Traducteur/Checker : SP76
Ves se réveilla le lendemain matin avec une légère migraine. Il avait commencé à souffrir à la fin du projet. Il n'avait jamais passé autant de temps à s'accrocher à une inspiration, sans parler de 3 à la fois. Il subissait encore ses efforts.
« Ça vallait le coup, si j’ai pu obtenir un C+. » marmonna-t-il, avalant un médicament pour se dégager l'esprit.
Le médicament n'aidait pas beaucoup, comme si la douleur provenait d'autre chose qu'une simple réaction physique. Néanmoins, Ves s'attendait à ce que la tension s'estompait, maintenant qu'il n'avait plus besoin de se concentrer pendant des heures.
Après avoir terminé sa routine, il entra dans l'atelier et vit Carlos au travail. Hier, Ves avait vérifié le travail de Carlos et était satisfait de ses progrès. Il maîtrisait tous ses modèles virtuels 1 et 2 Étoiles. Seul le Sang Neuf lui posait quelques problèmes, mais un taux de réussite de 90 % prouvait qu'il n'avait pas relâché ses efforts.
« Comment avancent les travaux sur le Marc-Antoine Mark II ? »
« C'est beaucoup mieux que le Mark I, ça c'est sûr ! » répondit son employé, d'un ton enjoué. « La structure interne reste un cauchemar, mais au moins, je n'ai pas besoin d'être plombier pour démêler tout ce bazar ! »
« C'est bien. Je compte sur toi pour fabriquer mes Méchas Argent. Tu devrais être en mesure de maîtriser parfaitement le processus de fabrication d'ici la fin du mois. »
« Je ne suis pas sûr d'atteindre un taux de réussite de 95 %, mais je devrais pouvoir m'approcher des 90 % rapidement. » informa Carlos. « Il n'y a que quelques points vraiment difficiles qui n'ont pas été simplifiés. Je pense que j'aurai besoin d'au moins 3 mois de pratique pour surmonter ces obstacles. »
« Ce n'est pas grave. Le Marc-Antoine Mark II reste un modèle difficile, et tu es encore en train de t’adapter à ton poste. Je te fais beaucoup de concessions, alors tu ferais mieux de te mettre au travail. »
Lorsque Ves inspectait occasionnellement les la capsule, il découvrait que Carlos passait religieusement ses soirées à s’amuser avec le logiciel de création. En tant que patron, Ves s'intéressait naturellement aux travaux de son ambitieux employé.
Ils étaient affreux.
Bien qu'il avait accès à toutes les licences achetées par Ves, Carlos les traitait comme un enfant jouant avec des blocs de construction. Tous ses modèles finaux ressemblaient à des créations sorties tout droit du laboratoire d'un savant fou.
‘Travaille dur, Carlos.’
Il laissa son subordonné seul, et entra dans son propre bureau. Il alluma son terminal et chargea son modèle fini. La forme prononcée du variant et de ses couleurs noir et rouge intimidantes dégageaient une soif de combat. Les symboles dorés et la crête dynamique conféraient au Mécha une aura de leader.
En bref, le Marc-Antoine Mark II visait directement le segment moyen du marché. Avec un peu de chance, il avait déjà suscité suffisamment d'intérêt pour attirer quelques commandes dès la sortie du modèle.
Ves appela Marcella, maintenant que son modèle était prêt à être commercialisé. Son visage fatigué apparut sur la projection. « Je n'ai pas eu de tes nouvelles depuis longtemps. As-tu enfin terminé ton travail ? »
« J'ai terminé la refonte. »
Pendant un instant, sa courtière crut avoir mal entendu. « Tu parles bien de ton Marc-Antoine ? »
« Je ne me suis pas amusé avec des Méchas virtuels. En effet. Le Marc-Antoine Mark II est officiellement terminé. »
« J'avais hâte d'entendre ça ! J'ai déjà fait passer le mot, tu vois. Une fois que tu auras publié les détails, je suis sûre que je pourrai les convaincre. »
Lorsque Ves lui envoya son modèle, accompagné d'une fiche technique détaillée, Marcella parcourut les documents avec impatience. « Parfait ! Tu as amélioré les performances du Mécha sans augmenter les prix. C'est exactement ce dont j'avais besoin ! »
Il pouvait déjà imaginer son plan diabolique. Elle ferait passer le Mark II pour un modèle plus cher, même si les coûts de fabrication n'avaient pas bougé. Ves ne voyait pas d'inconvénient, car une marge plus élevée lui était tout à son avantage. Avec ses actifs actuels, il pouvait oublier la production en masse.
« Alors, quelle est notre stratégie ? » demanda Ves avec impatience. « Mes machines sont à l'arrêt depuis trop longtemps. J'aimerais terminer l'année standard avec quelques ventes à mon actif. »
« Du calme, Ves. Même si ton produit est presque assez bon pour rivaliser avec les modèles grand public, il vaut mieux éviter toute publicité à grande échelle pour l'instant. »
« Ah ? Pourquoi ? On avait déjà présenté le Sang Neuf lors d'une interview, et cela avait plutôt bien fonctionné. »
« C'est justement parce que tu as déjà fait beaucoup de bruit autour de tes produits que nous devons prendre notre temps. Tu t'es déjà fait un nom. Ce qui te manque, c'est une expérience solide. Si tu veux te présenter comme un créateur de Méchas compétent, tu dois éviter de donner l'impression que tu te vantes. »
Après une brève explication, Ves comprit les arguments de sa courtière. En substance, s'il apparaissait dans les médias sans avoir rien de concret à offrir, le public risquait de commencer à le traiter comme une célébrité.
Il pourrait encore tirer profit d'un tel statut, si Ves n'avait que des ambitions limitées. Mais avec le Système, il visait le sommet de la profession. S'il voulait être pris au sérieux, il devait laisser ses produits parler pour lui.
« D'accord, si tu penses qu'il vaut mieux rester discret, alors ça me va. Tu as un plan ? »
« Je sais que tu veux mettre la main à la pâte, alors laisse-moi te poser une question. Peux-tu fabriquer un seul Mécha sans recevoir d'avance ? »
« Tout de suite ? » Malgré ses pertes financières récentes, Ves disposait encore d'une réserve d'environ 28 millions de crédits. « Même si j'ai les fonds nécessaires, je ne me sens pas à l'aise à l'idée de puiser dans mes économies. »
Marcella lui sourit. « Ça en vaut la peine. Je t'ai dit que j'avais fait le buzz autour de ton produit, non ? Laisse-moi rassembler un petit groupe d'acheteurs potentiels, et organiser une soirée privée. Tu pourras présenter ton projet quand on montrera ton modèle. »
« Je pourrais être présent ? Je suis encore assez jeune. »
« Ne t'inquiète pas. Tant que nous demandons pas de prix exorbitants, le marché est prêt à faire des concessions pour ton produit. Même si le Mark II présente certains défauts, son rapport qualité-prix est tout à fait correct. »
Elle avait raison. Même si les Méchas de Dernière Génération commençaient à perdre en valeur, l’Auguste-César se vendait encore 60 millions de crédits. Quant à Ves, il pouvait fabriquer un seul Mark II pour 18 millions. C'était plutôt intéressant, pour une variante dont les performances n'étaient que 23 % inférieures à celles du modèle de base, vendu à un prix exorbitant.
« Nous pouvons vendre votre première production aux enchères en tant que modèle en édition limitée. On peut créer une liste d'attente, si on présente les prochains Méchas comme des modèles exclusifs en édition collector. Les collectionneurs vont adorer ! »
« Je ne suis pas fan de ce genre de clientèle. » répondit rapidement Ves. Il détestait ceux qui traitaient les Méchas comme des jouets, plutôt que comme des machines de guerre. « Restons simples. Il y a une raison pour laquelle je n'ai créé que trois marques différentes. Je ne veux pas embrouiller mon catalogue. »
Même s'il faisait confiance à Marcella pour faire les bons choix, elle cherchait toujours à maximiser les profits. Cette fois-ci, Ves la freina, car il ne voulait pas aller trop loin. Il se retira également de la fête.
« Tu es sûr de ne pas vouloir être présent ? Ta présence donnera un visage à ton modèle. Même si tu ne parviens pas à les convaincre cette fois-ci, tu pourras toujours nouer des relations qui pourraient t'aider à long terme. »
« Je ne suis pas un expert en marketing comme toi. Ma présence n'apportera pas de plus-value. »
Comme Ves avait clairement fait savoir qu'il n'aimait pas assister à ce genre d'événements, Marcella accepta d'organiser cette vente seule dès que Ves aurait livré son premier Mécha.
Après avoir mis fin à l'appel, il étira ses doigts et se frotta la tête. « J’ai toujours mal au crâne. J'espère que la douleur aura, disparu lorsque je commencerai à fabriquer le premier Mark II. »
Ves commanda à contrecœur un lot de matériaux sur le marché libre de l’ACM pour environ 18 millions de crédits. Il remarqua qu'il avait payé un peu plus cher, cette fois-ci, pour la même quantité de marchandises.
« Les prix ont augmenté. »
C'était logique. Tout le monde sentait la guerre venir, alors les fabricants avaient commencé à faire tourner leurs chaînes de production 24 heures sur 24. L'industrie dévorait plus de ressources qu'auparavant. Cela réduisait l'excédent d'offre que les sociétés minières déversaient régulièrement sur le marché libre.
Les grands fabricants bénéficiaient de contrats d'approvisionnement à long terme, ils n'avaient donc rien à craindre. Seuls les petits acteurs comme Ves, qui devaient payer le prix fort du marché, commençaient à ressentir les effets de la crise.
« Si les prix augmentent d'un tiers, je ne pourrai plus faire de bénéfices. »
La tendance à la hausse des prix refroidit son enthousiasme. Ves réalisa alors que son entreprise était dangereusement exposée à chaque fluctuation du marché des ressources.
« Cela ne vaut pas la peine de s'engager dans d’autres options pour le moment. Lorsque mon entreprise se développera, j'augmenterai mes prix, et j'embaucherai un génie de la finance. »
Pour l'instant, Ves voulait atteindre quelques objectifs importants avant la fin de l'année standard. Les Larkinson retournaient toujours dans leur maison ancestrale, à Rittersberg, pour célébrer le nouvel an.
Bien sûr, la plupart des Larkinson qui servaient dans l'armée ne pouvaient pas demander de congé, en ces périodes troublées. Ves s'attendait à ce que la réunion de cette année soit plus discrète.
« Ce serait bien si je pouvais prouver ma valeur. Grand-père et les autres anciens se moquent des Méchas virtuels. »
La génération plus âgée continuait de mépriser Ves. Elle désapprouvait son incursion dans l'industrie hautement concurrentielle des Méchas. Aucun d'entre eux ne lui avait prêté main-forte, lorsqu'il avait fondé son atelier. Seul son père avait crû en son rêve.
« Je n'en veux pas aux vieux boucs. Même si j'ai beaucoup bénéficié de l'aide de mon père au début, je n'en suis arrivé là que grâce à mon travail acharné. Je ne suis pas comme ces autres créateurs, qui n'ont réussi à rester à flot qu'avec d’autres sources d’argent. »
C'était une source de fierté particulière, pour Ves. Tant qu'il vendait encore quelques Méchas, il pouvait montrer à ses proches ses importantes rentrées d'argent et gagner leur respect.
« Commençons à nous entraîner. »
Ves se connecta à son compte sur Iron Spirit, et entra dans son atelier virtuel. Pendant les 3 jours qu'il fallut aux transporteurs pour livrer sa dernière commande de matériaux, il tenta de réaliser une copie virtuelle de sa nouvelle création.
Les excellentes installations de l'atelier virtuel augmentaient considérablement sa précision. Sa maîtrise accrue des imprimantes 3D et des assembleurs renforça également ses capacités. Ces deux facteurs lui permit de créer un Mécha parfait en moins de 2 jours.
Une fois sa commande reçue, il chercha à reproduire son succès dans le monde réel. Il ralentit son rythme, et vérifiait soigneusement ses actions, en raison de l'utilisation de machines d'occasion de qualité inférieure. Ves était de plus en plus frustré d'être entravé par son imprimante 3D et son assembleur obsolètes.
« Si je réussis à reconstruire le Dortmund, je n'aurai plus à me soucier de le remplacer pendant très longtemps. Les bons assembleurs sont beaucoup moins chers à l'achat, mais ceux qui peuvent rivaliser avec le Dortmund en termes de qualité coûtent tout de même plus d'un milliard de crédits. »
Contrairement à une imprimante industrielle, un assembleur ne perdait jamais de sa valeur, avec le temps, s'il était correctement entretenu. Il suffisait de mettre à jour de temps en temps son micrologiciel pour qu'il reste à la pointe de la technologie. Les assembleurs plus coûteux fonctionnaient plus rapidement et avec plus de précision. Les Méchas lourds nécessitaient des assembleurs extrêmement robustes, afin de soulever leurs différentes pièces et les mettre en place.
Quoi qu'il en soit, Ves rencontra de nombreuses difficultés, mais il les a résolues sans problème. Il travailla aussi prudemment que possible, et mit 5 jours pour terminer le Mécha. L'architecture interne remaniée du Mark II permit à Ves de maintenir son rythme, car il avait délibérément éliminé les nœuds qui le perturbaient dans la version précédente.
Le processus de fabrication s’acheva lorsque l'assembleur finit d'appliquer le revêtement sur l'ensemble du châssis. Ves leva les yeux vers sa création, tout en tenant Lucky dans ses bras, et sourit.
« C'est presque parfait. Il ne me reste plus qu'à monter dans le cockpit pour installer un label doré et une pierre précieuse. »
Ves avait toutefois le sentiment qu'il manquait quelque chose d'essentiel, à son modèle. Quelque chose qui marquerait la machine comme sa création. En comparant son Mécha fraîchement fabriqué à d'autres modèles, il comprit rapidement ce qui lui manquait.
Il était temps pour lui de concevoir un logo pour sa marque.
Ves baissa les yeux vers Lucky, et se gratta la tête. « Que dirais-tu de devenir l’image de l’atelier ? »
Le chat miaula, plus en réponse à ses caresses qu'à sa question.
« Je veillerai à styliser le symbole. Je ne sais pas quel est ta série, dans la galaxie. La dernière chose que je souhaite, c'est d’enfreindre les droits d'auteur de quelqu'un. »
En toute honnêteté, Ves avait du mal à croire qu'il existait un autre exemplaire de Lucky dans la galaxie. Sa seule capacité d'excrétion de gemmes défiait sa compréhension de l'univers.