Chapitre 130
Chapitre n°130 – Mark II
Traducteur/Checker : SP76
Calsie passa devant les murs et les tourelles nouvellement installés d'un pas nerveux. Personne ne restait calme face à ces défenses redoutables. Divers robots patrouillaient les lieux, s'assurant d'inspecter l'étudiante lorsqu'ils s'approchaient d'elle.
Après avoir été soumise à une dernière inspection par un agent de sécurité, elle put enfin entrer dans l'atelier de son nouvel employeur. Comparé aux tourelles mortelles et étincelantes, l'intérieur semblait beaucoup plus terre-à-terre.
Elle atteignit rapidement un espace de vie où quelques canapés, tables et même un distributeur de boissons occupaient la pièce. Ves était déjà assis sur l'un des canapés et lui fit signe de s'asseoir, tout en caressant un chat mécanique à l'allure merveilleuse.
« M. Larkinson, j'ai votre rapport pour le mois. » dit Calsie, lui glissant une puce sécurisée. Elle aurait pu l'envoyer via le réseau galactique, mais compte tenu du caractère sensible des informations, elle l'avait d'abord enregistrées et codée.
« Faites-moi un résumé. Y a-t-il quelque chose que je devrais savoir ? »
« Il semblerait qu'un autre acteur de Bentheim soit entré en scène. Une société très riche a fait son entrée chez les Colombes. »
« Avez-vous pu déterminer son identité ? »
« D'après mes contacts chez les Pionniers, il s'agirait probablement de la Corporation Ricklin. »
Ves cessa de caresser son chat, ce qui provoqua un miaulement indigné de la part de l'animal.
« Les Ricklin. Je m’y attendais, ils veulent se venger. » Il soupira, et gratta la tête de Lucky afin de l'apaiser. « Un traître a utilisé mon second Mécha fabriqué pour éliminer au moins la moitié de leurs cadres. Ne devraient-ils pas consolider leurs actifs et réorganiser leurs rangs ? »
« La famille Ricklin est toujours en proie à des problèmes, mais une jeune génie de la famille bénéficierait d'un soutien croissant. Le chaos devrait prendre fin dès que les derniers irréductibles accepteront un compromis. »
« Super. Je vais donc devoir faire face à deux sources de pression extérieure. Non seulement je dois me soucier du tigre d'à côté, mais je dois aussi me méfier des ingérences lointaines de la Coalition Vendredi. »
Calsie tenta de rassurer son employeur. « Ne sous-estimez pas le gouvernement central. Cumunolimbia est l'une des nombreuses planètes satellites qui entourent Bentheim, et qui limitent son influence. Rittersberg ne permettra pas à Bentheim de prendre le contrôle de l'une de ses sources alimentaires primaires. »
La République Brillante profitait du système de Bentheim. La population de sa seule planète habitée avait atteint des proportions absurdes, au point que son agriculture ne suffisait plus à nourrir tout ce monde.
« J'espère que vous avez raison, mais on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve. »
Avec tous les problèmes et les attentats terroristes, personne ne se souciait des influences indésirables. Si Ves voulait assurer sa sécurité sur le plan politique, il allait peut-être devoir faire appel à une influence extérieure après tout.
« Faire appel à ma famille ternirait encore le nom des Larkinson. » conclut Ves. « Impliquer les Baleiniers devrait être ma solution ultime. »
N'ayant rien d'autre à signaler, Calsie prit congé, après une brève conversation avec Ves et de nouvelles instructions. Comme ses ennuis ne faisaient que commencer, Ves manifesta son intérêt pour rejoindre les Pionniers.
‘Je ne peux pas rester indécis et ignorer la réalité. Si je ne rejoins pas leur cercle, je resterai vulnérable à leurs caprices.’
Malgré ce qui se passait, il avait toujours du travail. Il passa une semaine à développer un système de blindage hautement ajusté. Pour être franc, il ne trouva pas beaucoup d'occasions d'améliorer le modèle original. Ses compétences actuelles ne lui permettaient pas d'utiliser le blindage HRF de bien d'autres façons.
Même avec ses compétences améliorées, Ves ne parvint pas à augmenter certains paramètres sans faire de compromis. Par exemple, s'il voulait augmenter la souplesse des bras, il devait réduire le blindage, augmentant ainsi leur vulnérabilité.
S'il perdait plus qu'il ne gagnait, il lui suffisait alors de réorienter son objectif. Plus d'armure ? Plus de vitesse ? Plus de flexibilité ? Impossible ! Et si Ves se concentrait sur quelque chose auquel il n'avait pas prêté attention ? Après quelques minutes de réflexion, il décida de réduire la complexité de l'armure.
Son armure actuelle était composée de nombreuses formes complexes. Une plaque carrée plate était la pièce d'armure la plus simple qu'un fabricant pouvait produire. Qu'en était-il d'une plaque incurvée ? La personne qui fabriquait cette plaque devait reproduire la courbe au millimètre près.
Ves essaya de simplifier ces formes autant que possible sans affecter les performances globales de l'armure. Cela fonctionna, dans une certaine mesure, car Ves n'avait jamais pris en compte la complexité auparavant. Bien que le modèle perdit inévitablement un peu de ses performances, il réussit à réduire le taux d'échec de la fabrication de la plupart de ses pièces.
Cela n'avait pas beaucoup d'importance pour Ves. Il connaissait parfaitement son modèle et pouvait fabriquer ses pièces en toute confiance. Il l'avait fait pour que d'autres puissent en faire autant sans échouer.
« J'ai déjà démêlé une grande partie de la structure interne. Avec cela, Carlos ne devrait pas avoir trop de difficultés. »
Après avoir terminé son brouillon, il soumit le schéma à une série de simulations. La complexité réduite révéla des vulnérabilités qui diminuait légèrement la capacité de l'armure à résister à certains types de dégâts.
Ves combla facilement la plupart des lacunes. Seules certaines d'entre elles nécessitèrent une attention particulière, car Ves devait réintroduire une certaine complexité.
Lorsque Ves atteignit finalement la fin de la phase de blindage, il poussa un soupir et se détendit. « L'armure est censée être l'une de mes spécialités secondaires. C'est honteux, si je ne peux amener l'armure qu'à ce niveau. »
Il n'était pas en état de créer un Mécha. Ves prit un jour de congé afin de se vider l'esprit. Il n'avait jamais profité d'une journée entière pour se détendre, alors il en profita au maximum. Pendant que Carlos maîtrisait avec diligence ses derniers modèles virtuels, Ves jouait avec Lucky, et parcourait les actualités.
La plupart des actualités tournaient autour du chaos récent et des mesures prises par le Corps de Méchas pour y répondre. Ils avaient augmenté leurs achats et fait appel à certains de leur réservistes. Tout le monde savait que ce n'était que le commencement.
« C'est le moment où les Méchas se vendent comme des petits pains. Je dois commercialiser mon produit le plus rapidement possible, si je ne veux pas passer à côté. »
Le lendemain, Ves reprit le travail avec un sentiment d'urgence renouvelé. Il passa la semaine suivante à apporter des modifications aux pièces autonomes.
En raison de son manque d'expertise, il se contenta d'effleurer les composants les plus critiques, tels que le moteur ou le réacteur.
Au lieu de cela, il passa une journée entière à personnaliser le cockpit. Ves voulait stimuler une meilleure réponse au Facteur X, en créant une ambiance propice. Il modifia la forme du siège et ajusta les écrans. Il sculpta également l'ensemble du compartiment métallique avec des motifs anciens qui faisaient référence à ses sources d’inspirations.
À défaut d'autre chose, ses clients apprécieraient peut-être le luxe.
Une fois cela fait, il s’intéressa à la masse et au bouclier. Sa nouvelle sous-compétence [Optimisation des Armes de Mêlée] lui permit de se rendre compte qu'il avait commis de nombreuses erreurs, avec cette arme. Il supprima la masse et réintégra l'épée d'origine de l’AC-1.
« Je ne peux pas utiliser la même forme d'épée, optimisée pour les alliages compressés, alors que j'utilise en réalité un alliage non compressé. »
Ves modifia radicalement la forme de base jusqu'à la rendre plus courte, mais plus épaisse. Sans accès à un compresseur, ou à des alliages plus performants, il dut recourir à diverses astuces afin de tirer le meilleur parti du HRF non comprimé.
Après avoir terminé l'épée, il retoucha le bouclier. Il lui apporta une complexité modérée, en y appliquant quelques couches créatives, mais à part cela, ça restait une simple plaque métallique rectangulaire.
Il modifia les autres systèmes d'armement en dernier. Il ajusta les contours des lance-missiles, afin qu'ils s'intègrent mieux aux épaules.
Les laser de poignets nécessitaient beaucoup plus de travail. Grâce à sa nouvelle compétence secondaire [Optimisation des Armes Énergétiques], il identifia plusieurs points faibles.
Les laser posaient un problème majeur. La capacité thermique du HRF n'était tout simplement pas comparable à celle du blindage d'origine. Ves dût épaissir les poignets afin d'éviter qu'ils ne surchauffent trop rapidement. Il lui fallut deux jours entiers pour greffer de nouveaux canaux thermiques, afin de répartir la chaleur excessive générée par une cadence de tir rapide.
À la fin de cette phase, Ves consacra les dernières heures à l'optimisation du générateur de fumée. Il réduisit la taille et la consommation d'énergie de ce composant fantaisiste, afin de minimiser son impact sur les performances du Mécha. Il distingua également la crête de vapeur sur la tête, en faisant passer le brouillard pressurisé caractéristique à travers quelques lumières.
« J'ai enfin terminé cette phase. Tous les composants sont en place. Prochaine étape : une batterie de tests. »
Après plus d'un mois de refonte, le Marc-Antoine amélioré semblait nettement plus raffiné. Les simulations suivantes soumirent le nouveau modèle à diverses conditions brutales. Ves utilisa largement les modèles du système afin de trouver tous les défauts possibles. Les tests révélèrent divers facteurs de stress qui, dans certains cas, paralysaient le Mécha.
Ves devait désormais avancer avec prudence. Il rencontra de nombreux cas où une correction entraînait un autre problème. Il devait parfois remanier une section entière afin de s'attaquer à la racine du problème.
« 2 semaines entières de simulation, et ce n'est toujours pas suffisant. » déclara-t-il, après une quantité énorme de tests répétitifs. À ce stade, il ne détectait plus que des anomalies mineures, qui ne se produisaient que dans des conditions extrêmement rares. Sans une meilleure maîtrise, Ves avait atteint les limites de ce qu'il pouvait révéler avec les simulations.
Il était arrivé au bout du chemin. Ves avait non seulement investi 8 semaines entières dans le Marc-Antoine Mark II, mais il l'avait fait tout en gardant 3 images distinctes à l'esprit.
Ves attendait avec impatience l'évaluation. Il se précipita vers ses toilettes, et installa le bouclier de confidentialité avant de lancer le système.
« Dis-moi, Système, quel est ton verdict ? »
[Évaluation du modèle : AC-1C2 Marc-Antoine Mark II.]
Nom du variant : AC-1C2 Marc-Antoine Mark II
Modèle de base : Auguste-César AC-1
Fabricant d'origine : National Aeromotives
Catégorie de Poids : Moyen-Lourd
Rôle recommandé : Troupe de Choc
Armure : C+
Capacité de charge : D
Esthétique : A-
Endurance : D-
Efficacité énergétique : C-
Flexibilité : E+
Puissance de feu : B-
Intégrité : B
Mobilité : C-
Repérage : C-
Facteur X : C+
Déviance : 62%
Amélioration des performances : -23%
Rapport efficacité/coût : +62%
Évaluation globale : Une variante acceptable du Auguste-César. Bien que très déficiente en terme d'armure par rapport au modèle de base, elle permeit de réaliser des économies considérables par rapport au modèle original. La deuxième version de cette variante en fait un modèle viable sur le marché.
[Aucune récompense n'est attribuée lors de la mise à jour d'un modèle existant.]
« Oui ! J'ai réussi ! » s'exclama-t-il. À première vue, peu de choses avaient changé, mais Ves remarqua immédiatement les différences.
Cette évaluation, en apparence peu enthousiasmante, cachait en réalité de nombreuses surprises. Tout d'abord, il avait réussi à augmenter la note du Facteur X. De C- à C+, cela indiquait que le fait de tenir 3 images à la fois et d'utiliser un Mécha pour inspirer son modèle n'avait pas entraîné d'erreurs catastrophiques.
« C'est toujours pénible de répéter cette méthode, sans améliorer ma concentration. Je ne suis pas sûr non plus d'aller dans la bonne direction. Si j'augmente le nombre d'inspirations, il devient de plus en plus difficile de fusionner les différentes idées. À un moment donné, le Facteur X va tout simplement se disperser. »
Quoi qu'il en soit, Ves avait découvert de nombreuses pistes pour poursuivre ses recherches. Auparavant, son manque total de compréhension l'empêchait de mener des recherches ciblées. À présent, il débordait de questions.
L'intégrité avait également été considérablement améliorée. Après tout le travail accompli par Ves pour augmenter l’isolation du Marc-Antoine, il le méritait. Son modèle pouvait enfin faire ses preuves sur le terrain. Même si son armure était percée, le Mk.II pouvait continuer à se battre, bien que Ves ne recommandait pas un acte aussi imprudent.
La troisième surprise venait des deux dernières notes. Ses diverses optimisations avaient réduit les besoins en matériaux pour la fabrication du Mécha. La plupart des économies réalisées provenaient du développement d'une structure interne améliorée. La réduction de la complexité de l'armure contribuait également à réduire la fréquence de production de pièces défectueuses.
Au final, tout se résumait à la performance. Le Marc-Antoine Mark II surpassait largement le modèle de base, sauf en blindage. Ves trouvait tout de même dommage de passer à côté de la compression du blindage.
« Mais mon Mécha est désormais très performant. Il n'est peut-être pas comparable à un véritable Mécha avancé, mais il reste tout de même une bonne affaire. »
Comme les coûts n'avaient pas augmenté, Ves pouvait choisir entre deux options différentes, en terme de prix.
S'il augmentait le prix, il pourrait gagner beaucoup plus de crédits par vente.
S'il le maintenait, il serait certainement en mesure de générer beaucoup plus de ventes.
Ves secoua la tête. « Marcella est responsable. C'est en grande partie à elle de fixer le prix. »
Maintenant qu'il avait terminé la tâche ardue de concevoir le Mk.II, Ves méritait un repos bien mérité. Il n'avait pratiquement pas prêté attention au monde extérieur pendant 8 semaines consécutives.
Il était temps de se dégourdir les jambes et de voir comment tout le monde allait.