Chapitre 1 296
Après avoir dressé la liste de toutes ses options et les avoir mûrement réfléchies, Ves établit une liste d’objectifs à court terme.
« Plus j’accomplirai d’objectifs, plus je me rapprocherai de Gloriana ! »
Durant son périple dans le Secteur stellaire de Komodo, il voulait remplir les deux missions d’amélioration du Système. Plus tôt il améliorerait ses compétences principales, plus tôt il pourrait mettre à profit ses progrès dans ses conceptions de méchas ultérieures et ainsi faire un bond significatif en matière de performances !
« Améliorer les performances globales de mes conceptions m’aidera aussi à progresser dans d’autres domaines. De meilleurs méchas me permettront de gagner davantage d’argent, que je pourrai consacrer à l’acquisition d’exotiques. »
Tout était lié, dans une certaine mesure.
Améliorer ses capacités de conception améliorait son aptitude à gagner de l’argent.
Augmenter ses revenus lui donnait accès à des biens et services utiles, ce qui, par la suite, améliorait ses capacités de conception.
En plus de faire passer ses compétences en mécanique et en métallurgie au niveau Senior, Ves voulait poursuivre deux autres objectifs.
« D’abord, je veux me lier d’amitié avec d’autres Concepteurs compagnons qui ont des philosophies de conception intéressantes. Je ne pourrai peut-être pas collaborer avec eux pour l’instant, mais qui sait si une occasion ne se présentera pas à l’avenir. »
Se rendre dans des coins reculés du Secteur stellaire de Komodo lui permettrait de rencontrer des concepteurs de méchas étrangers qu’il n’aurait peut-être jamais croisés autrement.
Séjourner à Centerpoint lui permettrait de faire de même, mais Ves se montrait très réticent à l’idée de retourner dans ce système contrôlé par l’AMM.
« Gloriana pourrait encore s’y trouver ! »
À ses yeux, traverser les confins du Secteur stellaire de Komodo était une option bien plus sûre.
Bien entendu, il n’oublierait pas non plus de découvrir au passage les variantes locales de méchas bestiaux et de méchas en métal intelligent.
En dehors de ces objectifs, Ves voulait aussi parcourir les marchés locaux d’exotiques. De nombreuses découvertes finissaient par arriver à Centerpoint, mais pas toutes. Les matériaux jugés peu prometteurs étaient souvent vendus dans l’état où on les avait découverts. Ils coûtaient aussi bien moins cher, car les vendeurs n’avaient pas assez de poids pour trop arnaquer leurs clients.
« Centerpoint est un endroit très cher pour faire des affaires, mais, en retour, il attire beaucoup d’acheteurs fortunés. On ne peut pas en dire autant des endroits plus pauvres. »
Lorsque le Barracuda passa en vitesse supraluminique, quittant ainsi le système de Leemar, Ves se mit à consacrer ses journées à étudier ses destinations potentielles.
Le Secteur stellaire de Komodo comptait des dizaines d’États. Chacun avait quelque chose de remarquable à lui offrir, mais il ne pouvait pas se permettre de s’éloigner trop longtemps de la LMC. Il prévoyait de visiter sérieusement quelques-uns d’entre eux, en suivant un itinéraire circulaire du côté de l’Hégémonie.
Sur toutes les cartes bidimensionnelles classiques du Secteur stellaire de Komodo, la frontière se trouvait en haut. Au milieu du secteur stellaire, la Coalition du Vendredi occupait la partie gauche et l’Hégémonie Hexadrique, la partie droite.
Étant donné la dégradation de ses relations avec la Coalition, Ves décida de ne pas traverser les États situés sur la gauche de la carte.
Il n’était pas à l’aise à l’idée d’entrer directement dans l’espace de l’Hégémonie, mais traverser des États qui entretenaient des relations amicales avec les Hexers ne poserait pas de problème.
En fonction des différents critères qu’il s’était fixés, Ves choisit six destinations intéressantes. Chacune pourrait lui apporter des gains importants qui l’aideraient à garder une longueur d’avance sur les progrès de Gloriana.
« Après avoir quitté la République de Kamon, je rendrai visite à la Tribu Kinner, à la République de Chuko, au Royaume Sentinelle, au Dominion de Hertog et à la Fédération de Tomaris. Ensuite, il ne me restera qu’un court trajet jusqu’à la République Lumineuse. »
Il lui restait à établir son itinéraire et à décider ce qu’il ferait dans chacun de ces États, mais, dans l’ensemble, il était très satisfait de la diversité de son choix.
« Entrer dans l’espace de la Tribu Kinner sera très intéressant. » Il esquissa un sourire.
C’était un État relativement petit, même comparé aux autres États de troisième rang. Sa culture, forte et singulière, lui avait valu une grande renommée pour ses corps de mercenaires si particuliers.
« Les corps de mercenaires kinner ne ressemblent pas aux autres. »
La Tribu Kinner était un État pauvre qui n’offrait pas autant de spécialités que ses voisins.
En revanche, sa culture martiale était très développée et sa population, extrêmement dynamique. De nombreux corps de mercenaires étaient constitués de familles entières ou de groupes de compagnons très soudés.
On pouvait compter sur chaque pilote de mécha kinner pour respecter ses contrats, même dans des circonstances déraisonnables. L’employeur devait certes payer une somme colossale pour couvrir les dégâts, en plus de tarifs supérieurs à la moyenne, mais il pouvait compter sur un corps de mercenaires kinner pour combattre jusqu’à la mort afin d’accomplir sa mission !
Ils séduisaient ainsi les personnes prêtes à payer davantage pour s’assurer que leurs employés leur seraient presque entièrement loyaux et dévoués.
Bien entendu, les missions confiées aux Kinners exigeaient parfois de lourds sacrifices, ce qui finissait par coûter la vie à beaucoup d’entre eux.
« En gros, ils échangent leur sang contre de l’argent », commenta Ves.
La Tribu Kinner encourageait les naissances pour disposer d’assez de personnes afin de perpétuer cette pratique extrême. Elle avait aussi bien davantage recours aux utérus artificiels pour compenser les pertes au combat.
Beaucoup de jeunes Kinners, nés artificiellement ou devenus orphelins à la mort de leurs parents, grandissaient dans des camps d’entraînement militaire ou d’autres institutions étatiques. Nombre d’entre eux, en particulier les pilotes de mécha, devenaient des guerriers incarnant la culture martiale kinner.
Ils rejoignaient ensuite un corps de mercenaires kinner existant ou en fondaient un nouveau sous la direction d’un chef expérimenté et plus aguerri au monde.
Comparé à un corps de mercenaires ordinaire, un corps kinner était bien plus fiable. Même s’il n’était pas toujours bien équipé, la qualité de ses pilotes de mécha compensait largement ce défaut.
Dans certains cas, les clients pouvaient même acheter purement et simplement un corps de mercenaires kinner. Sa loyauté ne serait jamais remise en question, tant que le client ne le lançait pas contre la Tribu Kinner.
En somme, les personnes ou les organisations fortunées pouvaient ainsi se procurer immédiatement une force de combat toute prête et extrêmement loyale !
Les Kinners achetés n’imposaient que quelques conditions en échange de leur loyauté permanente.
Ils devaient être libres de fonder leur propre famille et d’avoir des enfants élevés selon leur style d’éducation si particulier. Les Kinners accordaient une grande importance à la procréation : quiconque tentait de la restreindre franchissait rapidement l’une des rares limites qu’ils tenaient à préserver !
Les enfants nés après l’achat du corps de mercenaires n’appartenaient pas au client. C’étaient des Kinners libres de choisir s’ils voulaient travailler pour les clients comme leurs parents ou partir vers la Tribu Kinner à la recherche d’autres perspectives.
De cette manière, les Kinners incitaient leurs acheteurs à bien les traiter. Les clients qui s’y employaient continuaient à bénéficier de leurs services sur plusieurs générations.
Quant aux clients qui négligeaient ou maltraitaient leurs Kinners, ils finissaient rapidement à court de recrues, une fois une génération passée.
Cette règle, ainsi que d’autres conditions raisonnables, garantissait en grande partie la survie de la Tribu Kinner malgré la faiblesse de son assise géographique.
Ves envisagea de recourir à cette solution pour renforcer rapidement les Avatars du Mythe. En développant sa propre force de méchas, il s’était rendu compte qu’il fallait beaucoup de temps et d’efforts pour bien s’y prendre.
« Acheter un corps de mercenaires kinner, c’est un raccourci pratique », marmonna-t-il. « Le seul problème, c’est que le prix risque d’être trop élevé pour que je puisse m’en offrir un convenable. »
Après des siècles de pratique, la Tribu Kinner avait mis au point un marché très sophistiqué pour ses mercenaires. Chaque corps de mercenaires kinner transmettait à la Tribu des données précises sur ses capacités de combat et recevait une estimation certifiée de sa valeur réelle.
Ainsi, même si un client dépensait beaucoup d’argent, il avait au moins la garantie d’en avoir pour son investissement. En fait, l’Association des mercenaires avait elle aussi établi une présence très forte dans l’État afin d’ajouter un niveau supplémentaire de fiabilité !
Avec sa fortune actuelle, il pouvait facilement acheter les petits corps de mercenaires kinner les plus modestes, mais ils n’avaient pas grand-chose à offrir. Autant attendre que les Avatars du Mythe grandissent.
Les meilleurs corps kinner valaient des milliards de crédits, et Ves n’avait pas envie de dépenser une telle somme dès le début de son périple. Il devait encore garder de l’argent de côté pour les catastrophes éventuelles, les exotiques intéressants, l’accès à des concepteurs de méchas renommés, et ainsi de suite.
« Il vaut mieux que je commence par engager un bon corps de mercenaires. Si je l’apprécie, je pourrai toujours décider de l’acheter à la fin de mon voyage et trouver d’une manière ou d’une autre l’argent nécessaire. »
Ves voulait faire de ce voyage des vacances studieuses, et non une simple excursion touristique. Il souhaitait découvrir différentes cultures, mais aussi se montrer productif, sans pour autant passer trop de temps dans chaque État.
« Je garderai simplement l’œil ouvert pour repérer les missions et les commandes que je pourrai accomplir rapidement. »
Une fois son plan établi, il fit venir Gavin et la Capitaine Silvestra dans son bureau et leur exposa ses choix.
Gavin parut intrigué. « Je ne connais pas grand-chose à ces endroits, à part ce qui est évident. Ils ont chacun leurs particularités. C’est un excellent choix si vous voulez découvrir quelque chose de complètement différent de la République Lumineuse. C’est juste que… »
« Tous ces États ne sont pas sûrs pour les voyageurs, fit sombrement remarquer la Capitaine Silvestra. La Tribu Kinner est petite et entourée de voisins agressifs. La République de Chuko est proche de la frontière de Komodo avec la Montagne Vicieuse. Le Royaume Sentinelle est un État très ordonné, mais il le faut bien, puisqu’il se trouve tout près de la Faille Nyxienne.
Le Dominion de Hertog est soumis à un contrôle strict, mais uniquement parce qu’il est dirigé par des tyrans. Le mécontentement règne sous la surface. Quant à la Fédération de Tomaris, ses institutions sont fragiles, car elle est située tout près de la frontière avec les confins.
Ves s’était déjà renseigné sur les problèmes évoqués par la capitaine. Aucun État n’était parfait, encore moins dans le Secteur stellaire de Komodo. Il avait déjà écarté de nombreuses autres destinations en raison des risques inacceptables qu’elles faisaient peser sur sa sécurité et sa liberté.
Il n’avait toutefois pas l’intention de modifier son choix actuel. Il secoua la tête. « J’ai déjà envisagé des destinations plus sûres, mais elles ont tendance à être plus ennuyeuses. Il s’y passe à peine le moindre conflit, ce qui signifie que leur culture du mécha n’est ni aussi marquée ni aussi accessible pour moi. Je veux découvrir des cultures du mécha qui ont résisté à de nombreuses épreuves.
Il n’y a pas grand intérêt à visiter un État sans résistance comme la République de Reinald. »
Pour ces raisons, Ves rejeta toutes les suggestions visant à modifier son choix. Les cinq États qu’il avait cités seraient les principales destinations de son voyage.
« Combien de temps voulez-vous que dure ce voyage ? demanda Gavin. C’est très bien de partir en vacances, mais la LMC attend toujours votre retour. »
Ves haussa les épaules. « Disons un an. Est-ce possible, Capitaine Silvestra ? »
La capitaine calcula mentalement la durée estimée du voyage. « Je devrai travailler avec l’équipe de navigation pour établir l’itinéraire le plus sûr et le plus efficace, mais, d’après mes estimations, vous devrez passer au minimum six mois en vitesse supraluminique. »
Cela signifiait que Ves passerait six mois en transit supraluminique et six mois sur une planète étrangère, une station spatiale ou dans d’autres lieux.
« Ça me va. »
Même pendant le trajet, il pourrait bien employer son temps en étudiant ou en concevant un mécha.
Ves tapa dans ses mains. « Très bien ! Puisque mon choix ne pose aucun problème urgent, préparons-nous. Benny, veuillez vous renseigner sur chacun de ces États et voir s’il y a des sites remarquables à visiter et des concepteurs de méchas à rencontrer. Capitaine, occupez-vous de l’itinéraire et soumettez-le-moi pour approbation ! »