Chapitre 123
Chapitre n°123 – Publicité
Traducteur/Checker : SP76
Ves devait répondre avec prudence. S'il disait quelque chose de problématique, ses propos risquaient d'être diffusés partout sur le réseau. Ils pourraient même parvenir jusqu'à Patricia elle-même, qui n'appréciait sans doute pas la discussion elle-même.
Il utilisa la technique la plus importante que lui avaient enseignée les notes de Marcella. L'esquive.
« Je ne connais Mlle Schneider que de manière superficielle. C'est une créatrice talentueuse, qui a excellé dans ses études dès son premier jour à Rittersberg. Nous évoluons dans des cercles différents, et c'est une pure coïncidence si nous avons tous deux atteint la finale à Leemar. »
« Je vois... » dit Jast, d'un ton teinté de scepticisme. « Vous formez pourtant un couple naturel. Avez-vous manifesté de l’intérêt pour votre rivale ? »
« Je consacre tous mes efforts à la croissance naissante de mon entreprise. Gérer un atelier et créer des Méchas tout seul me prend tout mon temps. Je n'ai pratiquement pas un instant de repos. »
Heureusement pour Ves, les questions qui suivirent prirent une tournure plus normale. Jast commença à poser les questions que Ves s'attendait à entendre, de la part d'un journaliste économique. Il répondit à des questions concernant son engagement dans la République Brillante, la vente de Méchas à l’étranger, ses projets d'augmentation de la production, etc.
« Non, Maître Olson ne s'est impliquée d'aucune manière dans mes activités commerciales, si ce n'est en m'offrant quelques cadeaux. Tous les actifs que je possède sont à mon nom. Je ne lui ai donné aucune part, dans mon entreprise. C'est une créatrice de Méchas extrêmement occupée, elle n'a pas le temps de surveiller mon travail. »
Jast fit une petite pause, pour vérifier à nouveau ses notes internes. Ves attendit patiemment la reprise de son entretien.
Jusqu'à présent, Ves avait réussi à se présenter sous un jour favorable, même s’il aurait pu gérer certaines questions avec plus d'élégance. Ses réponses maladroites pourraient lui causer des répercussions.
Quoi qu'il en soit, Ves préférait que les autres le prennent pour un agent de Rubarthan ou de la Coalition. C'était mieux que de laisser croire qu'il possédait une technologie défiant les lois de la réalité. Le Système devait rester secret à tout prix.
« Parlons de votre produit. » reprit Jast. « La plupart de vos modèles sont des travaux anciens, qui semblent déjà dépassés. Votre seul Mécha commercial est un variant peu performant d'un Mécha de Dernière Génération. Pourquoi avez-vous décidé de commercialiser un Mécha virtuel, plutôt que de mettre à jour votre gamme de Méchas physiques ? »
« Allons, Jast. Vous savez aussi bien que moi qu'Iron Spirit est le plus grand champ de bataille de la galaxie. Certes, tout est virtuel, mais de nombreux pilotes ont perfectionné leurs compétences dans ce genre de simulations. Je ne partage pas le mépris que la plupart des professionnels ont pour la participation à cet écosystème actif. »
« D’accord, mais dites-moi, votre dernière sortie virtuelle semble être un variant basée sur le célèbre Hoplite. Dites-moi ce qui vous a poussé à un chevalier maniant une simple épée. »
Ves répéta le discours marketing standard que Marcella avait préparé au préalable. Il souligna que le Sang Neuf possédait des caractéristiques qui en faisaient un excellent Mécha d'entraînement pour les plus jeunes.
« Certains pourraient dire que les caractéristiques spéciales du Sang Neuf serait de la triche. Le sprint renforcé donne au chevalier plus de mobilité qu'il ne devrait en avoir, tandis que le coup de bouclier amélioré lui permet de repousser facilement les Méchas qui s'approchent trop près. Les pilotes en formation ne vont-ils pas commencer à trop compter sur ces soutiens ? »
« Cela peut certainement arriver, mais je pense que vous sous-estimez leur détermination. Les jeunes doivent encore réussir leurs cours avec les modèles ennuyeux de l'académie. Le Sang Neuf est explicitement conçu comme un chevalier offensif, ce qui lui permet de suivre le rythme de ses camarades dans des combats rapides. Sa mobilité et sa souplesse renforcées permettent également au chevalier de prendre l'initiative, ce qui offre aux pilotes beaucoup plus d'options. »
« Lorsque nous avons comparé votre variante aux chevaliers épéistes les plus vendus, nous avons trouvé ses spécifications plutôt décevantes. Pourquoi les joueurs devraient-ils envisager d'acheter votre Mécha, alors que de nombreux modèles meilleurs sont disponibles dans le jeu ? »
Ves toussa légèrement et tenta de garder le sourire. « Mon Mécha a ses propres mérites. Une simple liste de chiffres ne peut pas exprimer pleinement ses capacités. Vous avez déjà mentionné le sprint amélioré et le coup de bouclier. Il y a aussi le fait que j'ai consacré beaucoup d'efforts à améliorer l'ergonomie du Sang Neuf. Piloter mon Mécha devrait être nettement plus confortable. »
« L'ergonomie a-t-elle vraiment de l'importance, quand on parle d'un Mécha virtuel ? »
« Oh, oui, bien sûr. Je ne parle pas seulement d'un siège confortable. Mon Mécha dispose de nombreux réglages internes qui lui permet de se mouvoir plus facilement. »
Le Facteur X jouait aussi son rôle, mais Ves n'en parla pas.
« Vos propos ne sont guères convaincants. Toutes les commodités que vous avez mentionnées sont des luxes qui n'affectent pas de manière substantielle les performances de base de votre modèle. Le Sang Neuf ne peut tout simplement pas rivaliser avec les best-sellers. »
« Je n'ai jamais eu l'intention de rivaliser avec les modèles haut de gamme. Si vous regardez au bas de la fiche technique, vous verrez que mon Mécha coûte nettement moins cher que ces modèles grand public. »
En effet, le Sang Neuf tenait bien sa place dans le segment économique. Ves avait délibérément légèrement réduit la masse de son modèle afin d'en diminuer le coût.
Après avoir posé quelques questions supplémentaires sur le Mécha virtuel, Jast se tourna vers l'avenir.
« Après votre création virtuelle, avez-vous l'intention de continuer à explorer ce marché, ou avez-vous d'autres projets en tête ? »
Ves avait anticipé cette question. C'était une bonne occasion de vanter les mérites de son Mécha, qui allait bientôt être redessiné. « Comme vous le savez, je ne possède que deux licences de production. Je n'ai pas encore exploité tout le potentiel de ces deux licences fascinantes. Les préparatifs pour une refonte de mon Marc-Antoine sont déjà en cours. »
Il ne donna pas plus de détails, laissant seulement entendre que la deuxième version allait être une véritable révolution. Même le prix allait augmenter, en raison de l'amélioration prévue des performances.
La journaliste fit de son mieux pour lui faire dévoiler les avantages et les inconvénients de son premier et unique Mécha physique. La modeste somme de l’armure produite en série restait un point sensible, mais les clients pouvaient facilement s'offrir deux Marc-Antoine plutôt qu'un seul César Auguste.
Jast conclut l'interview, en lui demandant s'il avait l'intention de rejoindre la Coalition Vendredi.
« Bien que je sois officiellement l'apprenti d'une créatrice de Méchas du groupe Vermeer, je répète que ma relation avec elle ne va pas au-delà de l'enseignement. Toute aide que Maître Olson m'apportera sera sans condition. »
« Vous n'avez donc pas l'intention de déménager dans un État plus grand doté, d'une infrastructure Mécha très développée ? Il est courant que des talents comme vous, issus d'un État de troisième rang, déménagent dans un environnement plus favorable. Pourquoi ne pas faire de même ? »
« La Coalition Vendredi n'est pas ma maison. C'est aussi simple que cela. Mon père m'a élevé dans la République Brillante, et m'a appris à respecter et à rendre l'attention et l'amour que j'ai reçus de mon État. Je suis un Larkinson, et nous avons toujours servi la République avec un dévouement sans faille. »
« Vous l’entendez, mesdames et messieurs ? Cela vient directement de la bouche de l'une des plus jeunes stars de l'industrie de Méchas. » Jast clôtura l'interview, et résuma habilement celle-ci en quelques phrases percutantes. « Son dernier Mécha virtuel sera en vente dès demain ! Si vous souhaitez piloter un chevalier à un prix abordable, ne manquez pas de consulter le catalogue d'Iron Spirit ! »
Ves quitta l'hôtel, et retourna à son atelier en se demandant s'il avait bien fait. Marcella n'avait pas menti, lorsqu'elle avait déclaré que le HSR voulait le fouiller de fond en comble. Il avait sous-estimé le mystère qu'il avait involontairement, accumulé avec son ascension soudaine vers la célébrité.
Le lendemain, le variant du Sang Neuf fut officiellement mise en vente. Au lieu de rester assis derrière son terminal à vérifier ses chiffres de vente en temps réel comme un reclus obsessionnel, Ves s'en tint résolument à l'écart. Il ne se connecta brièvement au réseau galactique que pour consulter le portail d'actualités du Héraut Stellaire de Rimward.
Le Héraut avait travaillé rapidement. Il avait déjà édité l'interview, et publié à la fois un enregistrement et un article agrémenté d'informations supplémentaires. L'agence de presse classa l'interview dans sa section financière, bien que la section affaires militaires en hébergeait également une copie.
Afin d'éviter de s'inquiéter pour son modèle, Ves se distraya en travaillant. Il lut le manuel de réparation dense de l'imprimante industrielle Dortmund. Il apprit à Carlos comment surmonter les obstacles les plus difficiles qui se dressaient sur son chemin pour maîtriser le Marc-Antoine. Il accompagna les consultants de SASS, et approuva la plupart de leurs futurs plans de sécurité.
Il se coucha, la tête embrumé, et se réveilla le lendemain sans avoir beaucoup dormi. Il se gratta gratté les cheveux noirs en bataille, et en eu finalement assez. « Ok, voyons voir combien j’en ai vendu. »
Après s'être lavé et avoir enfilé ses vêtements, il s’approcha de son terminal et se connecta à son compte. Il ouvrit lentement son outil de suivi des ventes.
[HPL-100S Sang Neuf - Label Argent] - Quantité vendue : 2194
[HPL-100S Sang Neuf - Label Or] - Quantité vendue : 1
Ves cligna des yeux. Il les frotta doucement, puis vit le chiffre passer à 2195.
Pour un modèle virtuel grand public, un volume de ventes de 2000 Méchas le premier jour représentait un échec. Pour un créateur indépendant en début de carrière, ses ventes actuelles surpassaient largement ses efforts précédents.
Ves n'avait pas encore consulté son statut. S'il avait su combien de PC il avait déjà gagné, il serait peut-être devenu fou.
Le suivi des ventes du jeu permettait à Ves d'obtenir davantage d'informations sur ses clients. D'après l'historique des ventes, les premiers acheteurs occupaient tous un rang assez élevé dans le jeu. La plupart des joueurs qui avaient acheté le modèle peu après sa sortie étaient qualifiés pour la ligue Or ou Platine.
La moitié des acheteurs provenaient de la Coalition Vendredi. Une plus petite proportion provenait de la République Brillante. Le reste des ventes provenait du reste du secteur stellaire.
« Il s'agit probablement de pilotes professionnels au service d'initiés de l'industrie qui me surveillent. L'interview a également contribué à attirer beaucoup d'attention. »
Un effet marketing très étrange s’était produit, lorsque 500 joueurs de haut niveau avaient acheté un modèle dès sa sortie. Les systèmes de marché automatiques d'Iron Spirit désignèrent alors le Sang Neuf, récemment sorti, comme un produit très prisé et tendance du secteur stellaire.
Les joueurs qui étaient déjà prédisposés à acheter un nouveau Mécha s’étaient retrouvés avec l'image du Sang Neuf. Si tout le monde ne souhaitait pas acheter un chevalier, ceux qui l’avaient avaient sérieusement envisagé d’acheter son Mécha.
Les avis et commentaires affluèrent rapidement de la part des joueurs occasionnels, qui avaient acheté cette variante. Ves ne put s'empêcher de sourire en lisant combien de joueurs appréciaient les “sensations” procurées par son Mécha. Même si le système de production automatisé du jeu dégradait le Facteur X d'une copie, une grande partie de celui-ci restait intacte dans le Mécha dupliqué.
Certains influenceurs renommés achetèrent même le Mécha pour le présenter dans leurs streams en ligne. Cela suscita un intérêt croissant pour sa création, au point que les portails consacrés aux Méchas avaient commencé à passer en revue cette petite variante du Hoplite apparue de nulle part.
Ves appela Marcella afin de connaître son avis. La courtière le félicita pour ses débuts réussis, mais lui recommanda de ne pas trop espérer.
« Le marché virtuel est saturé. Le Sang Neuf est un Mécha correct, mais il ne connaîtra son apogée que pendant la première semaine, et uniquement en local. Une fois que le jeu aura retiré ton produit de sa page des recommandations, tes ventes vont chuter. À partir de là, attends-toi à des ventes régulières, mais pas suffisantes pour susciter l’engouement. »
Sa vision réaliste de la situation ramena Ves à la raison, et lui permit de retrouver son calme. S'il avait effectivement touché le jackpot en lançant un bon modèle, il n'en restait pas moins un Apprenti. Ses compétences n'étaient pas comparables à celles des créateurs confirmés qui lançaient des Méchas supérieurs les yeux fermés.
« Je comprends. » répondit-il. « La communauté virtuelle n'est pas mon marché principal. Ce n'est qu'un moyen d'arriver à mes fins. Mon véritable objectif reste la vente de Méchas physiques. »
« C'est bien. Pendant un instant, j’avais eu peur d'avoir fait une erreur en t’engageant. Quand est-ce que tu va t’attaquer à la refonte du Marc-Antoine ? »
« Je vais commencer à y travailler la semaine prochaine. » répondit Ves, après un moment. Il voulait profiter autant que possible de la petite somme que lui procurait son succès commercial actuel. « Je suis encore en phase de préparation. Plus j'attends, meilleur sera le produit final. »
« Ne transforme pas ton retard en une pause interminable. Tu sais ce qui arrive aux créateurs qui repoussent constamment leur travail. »
Ves connaissait déjà les dangers d'un tel comportement. Leemar avait déployé beaucoup d'efforts pour lui enfoncer cette leçon dans le crâne. « Mon emploi du temps n'a pas beaucoup changé. Je peux me permettre une semaine supplémentaire. »
Après avoir discuté affaires, Ves mit fin à l'appel et se mit à planifier son emploi du temps pour la semaine. « Je ne peux pas faire grand-chose pour préparer le projet Dortmund, sans documentation supplémentaire. Je pourrais peut-être me renseigner auprès de la Société Clifford. Cela fait longtemps que je n'ai pas visité leur Hall des Missions. »
Il cherchait toujours à se procurer un compresseur d’alliages, et une machine de traitement chimique. Outre contracter un autre prêt coûteux, il pouvait également les échanger contre des mérites. Malheureusement pour Ves, les mérites étaient plutôt difficiles à obtenir.