Chapitre 121
Chapitre n°121 – Vibrant
Traducteur/Checker : SP76
Ves avait complètement oublié le générateur de fumée. Le système QuickForge qu'il utilisait à Leemar ne comprenait pas de matériel de décoration, dans son catalogue. Et même si ça avait été le cas, il n’aurait pas perdu du temps à essayer d'intégrer un composant qui n'avait pratiquement aucune utilité au combat.
« Même si c'est inutile, ça a quand même l'air cool. »
La culture locale des Méchas dans la périphérie désapprouvait le manque de professionnalisme. Les Méchas étaient des armes de guerre essentielles, et leur apparence devait refléter leur fonction sanglante. C'est pourquoi le Mécha de Vincent Ricklin, avec sa protubérance, avait été ridiculisé.
D'une manière ou d'une autre, son utilisation fréquente du générateur de nuages festifs avait été acceptée. Dans la plupart des plans, ses Méchas étaient généralement représentés avec le générateur éteint. Cela donnait à ses Méchas un aspect plus sobre qu'ils ne l'étaient en réalité.
Ce n’était qu'après avoir acheté le Mécha que les pilotes se rendaient compte que celui-ci émettait de la fumée colorée depuis différents endroits. Comme la fumée ne faisait que les rendre plus cool, presque personne ne s'en plaignait.
Avant d'intégrer le générateur, Ves devait d'abord définir son Mécha. Un personnage imaginaire appelé l'Instructeur lui avait servi d'inspiration. Il envisagea de donner le même nom à son variant.
« Non, ça ne marchera pas. Non seulement ça semble ennuyeux, mais cela donnerait à mes clients l'impression erronée qu'il s'agit d'un Mécha destiné à être piloté par des enseignants plutôt que par des étudiants. »
Comment trouver un nom qui reflète les valeurs de l'Instructeur, tout en rendant son Mécha attrayant pour les jeunes ?
L'Instructeur nourrissait la flamme de la passion dans sa jeunesse, l'utilisant pour accomplir de nombreux exploits. Bien que l'âge ait tempéré ce feu, il continuait à brûler, prêt à s'embraser lorsqu'il était appelé au combat. L'homme était vieux par la raison, mais jeune par la fougue.
« Sang Neuf. »
Le nom lui vint à l'esprit sans crier gare, mais il décrivait parfaitement la motivation de l'Instructeur. Même après avoir atteint l'immortalité, il n'avait jamais cessé de perfectionner son art du combat.
En plus de correspondre parfaitement à l'image qu'il se faisait de lui-même, le nom devait également plaire au segment cible. En tant que chef d'entreprise, Ves connaissait l'importance d'un bon nom. Un bon marketing commençait par un produit attrayant.
De nombreux clients potentiels ne découvraient ses produits que lorsqu'ils tombaient sur leur nom. Un nom accrocheur les incitait davantage à cliquer dessus pour en savoir plus. À partir de là, Ves pouvait employer de nombreuses autres méthodes pour augmenter ses ventes.
En mentionnant le sang, Ves se devait d'intégrer cette couleur à son Mécha. Il le fit de manière discrète en recouvrant le Sang Neuf d'une couleur métallique unie, traditionnelle chez les chevaliers. Il se contenta d'ajouter un subtil reflet rouge.
Afin de rompre la monotonie de l'apparence, Ves ajouta des bandes décoratives dorées autour du torse. Il prit soin de ne pas en faire trop. La seule partie sur laquelle il consacra plus d'efforts fut le grand bouclier rond. Il y peignit une fleur de lotus jaune sur sa surface.
Pourquoi un lotus ? Ves imaginait que l'Instructeur aimait observer les fleurs de lotus, dans les jardins du palais impérial. Cette fleur symbolisait la sérénité, ce qui pouvait sembler étrange à inclure sur un bouclier destiné à frapper les Méchas ennemis. Ves voulait simplement ajouter quelque chose qui avait belle allure. La signification n'avait pas d'importance.
Avec cet ajout, Ves choisit deux emplacements différents pour inclure un générateur de fumée. Il fixa un petit module au bouclier. Après avoir réorganisé son rebord, Ves programma le bouclier pour qu'il émette une grande quantité de fumée jaune chaque fois que le Sang Neuf renforçait son coup de bouclier.
En limitant l'émission au moment de l'impact, Ves parvint à réduire considérablement la taille du module. Il ne voulait pas passer par une nouvelle série de tests et de simulations afin d'intégrer correctement le générateur.
Il installa également une paire de générateurs de nuages dans les jambes. Tout comme le bouclier, les générateurs ne s'activaient que lorsque le Mécha était sur le point d'effectuer une accélération soudaine. Il teignit la fumée en rouge, cette fois-ci, afin de donner à son Mécha une impression de traînée impressionnante derrière lui.
Après avoir terminé l'esthétique de son modèle, Ves reprit son souffle. « Il est temps de faire face à la réalité. Vas-y, Système. Donne-moi ton rapport. »
[Évaluation du variant : Sang Neuf]
Nom du variant : HPL-100S Sang Neuf
Modèle de base : Hoplite HPL-100P
Fabricant d'origine : Compagnie d’Armement Lindholm
Catégorie de Poids : Moyen-Lourd
Rôle recommandé : Chevalier
Armure : A
Capacité de charge : C-
Esthétique : B
Endurance : A-
Efficacité énergétique : B-
Flexibilité : C+
Puissance de feu : D
Intégrité : B
Mobilité : D-
Repérage : E
Facteur X : C
Déviance : 70%
Amélioration des performances : 23%
Rapport efficacité/coût : +7%
Évaluation globale : Le Sang Neuf est un variant abordable qui conserve une grande partie de sa résistance tout en bénéficiant d'une souplesse accrue. Une refonte complète de tous ses systèmes a permis d'améliorer bon nombre de ses paramètres. Un fil conducteur largement cohérent, le Facteur X, imprègne l'ensemble du modèle. Cela est d'autant plus impressionnant que l'inspiration du Facteur X provient de la simple fantaisie d'un créateur de Méchas.
[Vous avez reçu 100 Points de Création pour avoir réalisé un variant original avec une amélioration des performances de plus de 10 %.]
[Vous avez reçu 500 Points de Création pour avoir créé un Mécha avec une présence modérée du facteur X.]
« Oui ! » Ves se leva de sa chaise. « J'ai réussi ! Mon Facteur X a atteint la note C ! »
Bien que ce score était inférieur au C+ obtenu par Ves avec le Marc-Antoine et la Licorne, ces Méchas avaient été créés dans des circonstances très particulières. Il n'était pas facile pour Ves de se sentir enthousiaste. Il se contentait de trouver le moyen d'atteindre la note C lorsqu'il travaillait sur des modèles courants.
Ce score relativement élevé confirmait également son hypothèse selon laquelle le Facteur X ne se limitait pas à des contraintes physiques. Du moins, jusqu'à présent. Ves limitait encore consciemment son imagination à des mythes plus grands que les hommes, mais moins grands que les dieux.
« Je ne veux pas savoir ce qui se passerait si je m'inspirais d’un Dieu religieux. Je ne veux vraiment pas ouvrir cette boîte de Pandore. »
Ves avait également amélioré ses performances de 20 % sans utiliser de gadgets coûteux. Il avait seulement apporté une épée toute faite pour remplacer la lance. C'était une étape incroyable, que Ves espérait dépasser à l'avenir.
La récompense de 600 PC arrivait aussi à point nommé. Les 3 semaines de travail acharné et de concentration avaient porté leurs fruits. Ves regrettait seulement de n'avoir pas atteint les 2000 PC, à une centaine de points près.
« Allez, Système, ne sois pas si cruel. Je mérite une récompense ! »
[Les deux tiers des améliorations apportées au modèle sont attribuables à la mise à jour d'un Mécha obsolète à l'aide de techniques modernes. L'augmentation des performances qui peut être attribuée à vos propres solutions originales est nettement moins importante. N'oubliez pas d’étudier sérieusement, mais la seule façon d'atteindre le sommet est de suivre votre propre chemin. ]
Il baissa la tête, vaincu. Le Système était toujours aussi impitoyable. « C'est vrai que j'ai copié-collé à partir de nombreuses autres sources. Je ne devrais pas être trop fier de mon modèle. »
Après avoir retrouvé un peu de bonne humeur, il se connecta à Iron Spirit. Ves importa le Mécha dans Iron Spirit et commença à fabriquer une copie dans l'atelier virtuel du jeu. Grâce à sa grande familiarité avec son modèle, Ves n’eut aucun mal à construire le Mécha virtuel tout en restant concentré.
Il s’imaginait donner vie à l’incarnation de l'Instructeur. « Comment réagira-t-il en prenant vie dans une simulation de jeu virtuelle ? Sera-t-il heureux de vivre de nouvelles expériences ? Sera-t-il triste de perdre le contrôle de son propre corps ? Peut-être trouvera-t-il de la joie à guider les jeunes pilotes enthousiastes qui entreront dans son cockpit. »
Contrairement à ses inspirations précédentes, l'Instructeur était sa seule création. Il s'investit dans son mythe au point de le traiter comme une personne vivante.
Pendant un certain temps, la frontière entre réalité et fantaisie semblait floue.
Ce ne fut que lorsque Ves eut enfin terminé la fabrication qu'il se réveilla de cette transe. « C'est un peu bizarre. À quoi est-ce que je pensais ? »
Il passa moins de temps que prévu à fabriquer le Mécha. Cela ne lui prit qu'une journée, au lieu des 2 jours initialement prévus. Malgré la rapidité du processus, le jeu ne détecta aucun défaut, lorsque Ves finalisa sa construction.
Il n’oublia pas d'ajouter une étiquette dorée à l'intérieur du cockpit, avant de terminer le modèle. Il avait configuré les paramètres de manière à ce qu'elle devienne argentée, lorsqu'il laisserait Iron Spirit vendre une copie conforme du variant. Ves ne voulait pas que l'étiquette dorée se multiplie trop.
Ves entra dans l'interface du marché et fixa les prix des Méchas à étiquette dorée et argentée. Contrairement à la dernière fois, il n’utilisa pas le prix plancher minimum possible, mais ajouta plutôt une légère marge de bénéfice aux deux produits.
Cela n'avait pas d'importance pour l'étiquette dorée, car il n'en existait qu'une seule, mais cela représentait un positionnement assez différent de celui des Méchas à étiquette argentée.
Fondamentalement, Ves pensait que son Sang Neuf était suffisamment bon pour mériter un tel prix. Il était également plus logique de facturer autant. S'il continuait à s'en tenir à des prix cassés, ses clients supposeraient inconsciemment que ses Méchas n'étaient pas plus performants que tous les autres Méchas bon marché au même prix.
Il voulait toujours gagner autant de PC que possible. Cela n'avait pas changé du tout. Ves ne faisait que suivre son bon sens commercial en gérant la perception de ses produits.
Juste au moment où il s'apprêtait à lancer son variant sur le marché virtuel, il s’arrêta.
« Ce n'est pas un produit banal. C'est ma première création publique depuis mon retour de Leemar. Son lancement devrait être accompagné d'une certaine fanfare. »
Ves se détourna de l'interface et sortit son communicateur. Il appela sa courtière.
« Ves ? » Marcella bâilla en levant les yeux de ses documents numériques. « Tu as fini la refonte ? »
« Non, je n'ai pas encore commencé à mettre à jour le Marc-Antoine. Je t'appelle parce que j'ai besoin de ton aide pour faire connaître ma dernière création virtuelle. »
Ves lui envoya la fiche technique du Sang Neuf, ainsi que d'autres données. Il lui expliqua brièvement pourquoi il avait consacré du temps à un modèle virtuel. Bien sûr, il se limita à invoquer sa volonté de se familiariser avec l'archétype du chevalier, et de suivre la tendance actuelle du marché des Méchas d'entraînement.
Marcella n'avait pas besoin de savoir qu'il avait besoin de gagner des Points de Création.
« Je vois. Bien que ce ne soit pas conventionnel, je vois comment on pourrait bien le présenter. Cependant, tu fois savoir que la commercialisation de ce variant aura un certain prix. »
« Combien ? Donne-moi une estimation, s'il te plaît. »
La femme tapota ses lèvres fermement. « Pour un variant chevalier avec ce niveau de performance, il vaut mieux que tu mènes une campagne publicitaire locale. Tu n’as pas les spécifications nécessaires pour attirer beaucoup de clients en dehors de la République. La seule chose qui joue en ta faveur, c'est la sympathie des entrepreneurs locaux. »
« Combien ? » répéta Ves, un peu mal à l'aise par la façon dont Marcella avait introduit son explication.
« La réponse courte ? Environ 20 millions de crédits pour une campagne d'une semaine à Bentheim. Moins que cela, ton message sera noyé dans la masse des autres messages qui circulent constamment dans les airs. »
Une semaine juste pour faire connaître le nom de son variant ? « Non. T’auras pas une idée qui serait moins cher ? »
« Eh bien, tu peux également utiliser les canaux publicitaires internes d'Iron Spirit. Encore une fois, si tu veux te démarquer de la masse, tu devras investir une somme importante dès le départ, disons 5 millions de crédits par jour. »
Pas étonnant que Ves n'ait rien obtenu la dernière fois qu'il a utilisé la fonction publicitaire interne du jeu. Autant jeter son argent par les fenêtres.
« Hum, si tu ne le sais pas, mes gains ne seront pas très importants, même si je vends des milliers de Méchas virtuels. » expliqua patiemment Ves. « Sans parler des gains inutiles en monnaie virtuelle. Je ne vois aucune raison de dépenser des millions de crédits pour des publicités exagérées qui ne dureront qu'une semaine au maximum. »
Marcella haussa les épaules, comme si cela lui était égal. « La publicité fonctionne beaucoup mieux que tu ne le penses, mais je comprends ta réticence. Compte tenu de ta situation, il vaut mieux que renoncer à toute campagne marketing de grande envergure. »
« T’aurais pas une alternative plus abordable ? J'ai juste besoin de faire connaître mon modèle. Pas besoin de quelque chose de sophistiqué. »
La courtière marqua une pause. Ses yeux s'illuminèrent lorsqu'elle trouva une bonne solution. « Je sais ! Tu es un créateur de Méchas qui fait la une, récemment, tu le sais ? Tu sais ce que ça signifie ? Les sites d'information veulent t'interviewer ! »
Ves n'y avait pas pensé du tout. Elle avait raison. En tant que l'un des trois rares gagnants du concours ouvert de Leemar, la République devait être curieuse de son histoire.
« D'accord, c'est une bonne idée, et ça ne me coûte rien. Je ne connais pas les meilleurs sites, est-ce que tu peux organiser quelques interviews en mon nom ? »
« Je peux facilement le faire, mais il vaut mieux que tu ne choisisses qu'un seul journal, pour ton interview. Ces sites d'information sont plutôt attachés à l'exclusivité. C'est la seule façon pour eux de se démarquer de la concurrence. En échange, ils mettront l'interview en avant sur leurs pages et dans leurs émissions. »
Comme Ves n'avait aucune idée du fonctionnement du secteur de l'information, il suivit sa recommandation. Elle ne l'avait jamais induit en erreur jusqu'à présent. « D'accord, Marcella. Va pour une exclusivité, si tu penses que c'est la meilleure solution. Pour l'instant, je souhaite avant tout établir ma marque. »
« Je vais passer quelques coups de fil et je te recontacterai dans la journée. Au revoir ! »