Chapitre 117
Chapitre n°117 – Retour dans les Affaires
Traducteur/Checker : SP76
« Le fils prodigue est de retour ! » Marcella Bollinger accueillit Ves à grands bras, lorsqu'il arriva dans son bureau.
« T’es ma mère du coup ? »
« Même pas en rêves ! »
« Blague à part, merci d'avoir accordé au Barracuda une place dans ton spatio-port privé. »
« S'il y a bien une chose qui ne manque pas aux courtiers, c'est de la place. Je veillerai à ce que ton nouveau jouet soit en sécurité. »
Les deux s'assirent, et commencèrent à discuter de la situation de la République Brillante, pendant qu’il avait été absent. La courtière employait tout un département d'analystes qui suivaient les tendances politiques et économiques de leur État. Marcella partagea librement certaines de ses réflexions.
« Tout le monde sent qu'une guerre se prépare, mais cette fois-ci, c'est différent. » dit-elle d'un ton grave. « Nous nous attendons à ce que les Vésiens remuent un peu les choses, mais les soulèvements et les attaques terroristes sont beaucoup plus graves que ce que la République avait prévu. Tous les États du secteur souffrent d'une certaine instabilité. »
Ves se gratta la tête. « Se pourrait-il qu'un autre secteur stellaire ait des vues sur notre territoire ? »
« Non, ça n’aurait aucun sens. Le secteur de Komodo se classe parmi les derniers, en termes de gisements de ressources exotiques et de développement économique. Il se trame quelque chose de plus important en coulisses. Nous ne saurons pas ce qui se passe tant qu'ils ne nous auront pas dévoilé leur plan. »
« Ce n'est pas très rassurant. Tu as raison, ce n'est pas quelque chose dans lequel nous devrions nous immiscer. Mieux vaut laisser les politiciens de Rittersberg gagner leur salaire, pour une fois. »
« Ton vieil ami Vincent gagne en importance, d’ailleurs. » ajouta Marcella, avec un sourire en coin. « Il est l'un des porte-parole du mouvement dit “Mouvement d'indépendance de Bentheim”. Ils veulent séparer Bentheim et son influence environnante de la République, par la violence si nécessaire. »
« C'est fou ! Bentheim est notre seul système portuaire. Sans lui, la République Brillante est finie. Bentheim ne s'en sortira pas mieux non plus. Sans la population et le soutien du reste de la République, ce nouveau mouvement ne deviendra au mieux qu'un État de quatrième rang. »
« Ne sous-estime pas leur attrait. Les Bentheimers se considèrent toujours comme supérieurs au reste de la République. Ils n'apprécient pas de devoir recevoir leurs ordres de Rittersberg. Le fait qu'une grande partie de la richesse de Bentheim soit utilisée pour subventionner le développement d'autres planètes et systèmes n'arrange pas les choses. »
Cette question s’avéra être un véritable fossé entre le peuple de Bentheim et le reste de la République. Alors que Cumulonimbia
tombait sous la sphère d'influence de Bentheim, Ves n'avait guère de sympathie pour ces illusions.
« Alors, comment se porte l'industrie, ces derniers temps ? »
Marcella adressa à Ves un sourire ambivalent. « Les attaques mettent à rude épreuve les chaînes d'approvisionnement. Des cargaisons sont détournées, Des usines explosent, et certaines entreprises sont persuadées d'annuler leurs contrats de longue date. Cela ne se produit peut-être que de manière sporadique, mais chaque perturbation a un effet domino affectant toutes les autres entreprises en aval de la chaîne d'approvisionnement. »
« En d'autres termes, les saboteurs tentent de causer un maximum de perturbations avec un minimum d'efforts. Ils ne devraient donc pas faire partie d'un groupe puissant. Peut-être n'ont-ils pas de soutien effrayant. »
« Étonnamment, le chaos n'a fait qu'augmenter les ventes. Le Corps de Mécha a augmenté ses commandes de 15 %. De nombreux chefs mercenaires ont décidé qu'ils préféraient agrandir leur arsenal immédiatement plutôt que d'attendre la transition vers la prochaine génération. »
« On dirait que c'est déjà la haute saison pour l'industrie. Dommage que je rate ça. »
« Tu es sûr de ne pas vouloir reconsidérer la fabrication de ton modèle ? J’ai déjà moyen de négocier une grosse commande. Ça ferait de l'argent facile. »
« Le Marc-Antoine ne correspond plus à mes critères. Je ne peux pas laisser des détracteurs s'en servir comme exemple pour convaincre le public que je ne suis pas digne d'être l’apprenti d’un Maître. »
Marcella haussa les épaules. « C'est toi qui vois. Mais ça ne va pas améliorer ta crédibilité, si tu interromps tes ventes pendant trop longtemps. »
Un créateur de Méchas qui parlait beaucoup mais n'agissait pas ne pouvait pas aller loin dans ce secteur. Ves savait qu'il risquait de gaspiller la bonne volonté qu'il avait acquise en devenant l'apprentie de maîtresse Olson.
Ves demanda quelques conseils pour faire une demande de prêt. Marcella lui expliqua brièvement la procédure, et ce à quoi il devait faire attention. Elle lui fit une suggestion très audacieuse en matière de garantie.
« Tu dois mettre ta corvette en garantie, si tu veux négocier une somme importante. Une véritable corvette de luxe de la Coalition Vendredi vaut autant qu'une entreprise de taille moyenne, ici. C'est le meilleur moyen d'utiliser un actif brillant mais non essentiel. »
« Non. » Ves secoua la tête. « Absolument pas. Je ne veux pas risquer de perdre la propriété du Barracuda. De plus, je serais submergé de crédits si je mettais mon vaisseau en garantie. Je ne peux pas développer mon entreprise aussi rapidement sans perdre le contrôle. »
Marcella abandonna le sujet lorsque Ves refusa de changer d'avis. « Jette un œil aux chiffres des ventes nationales du mois dernier. La plupart des escarmouches qui ont eu lieu sont principalement des attaques éclair. Les ventes de Méchas légers ont explosé. »
Après avoir discuté de quelques questions mineures, Ves mit fin à sa conversation avec sa courtière et quitta son bureau. Il retourna au spatioport et retrouva Dietrich et Lucky, qui l'attendaient.
« Enfin de retour ! » dit le pilote ennuyé, en se levant de sa chaise. « On en a fini ici ? »
« Oui, j'ai terminé toutes mes démarches. Ton Mécha et ma cargaison sont déjà en route vers la terre ferme. On a un transport à prendre. »
Ils montèrent à bord du vaisseau et prirent place sans encombre. Le décor modeste et utilitaire du vaisseau local contrastait fortement avec les vaisseaux plus élégants de la Coalition. C'était la première fois depuis des mois qu'il se sentait enfin chez lui. Il n'avait pas à se soucier des différences de classe, ni à surveiller ses pas de peur de heurter un gros bonnet.
Après deux jours de voyage paisible, leur vaisseau atterrit au spatioport de Cumulonimbia. Leur voyage ensemble touchait enfin à sa fin.
Ves serra Lucky contre sa poitrine, tout en s'assurant que ses bagages flottants le suivaient hors du vaisseau. Il se retourna et dit au revoir à Dietrich. « Ça a été une aventure mouvementée. On l'a échappé belle, mais on s'en est sortis. »
« Je préfère faire une pause, après toute cette action. » Dietrich sourit, impuissant. « Sans vouloir t'offenser, t’es un aimant à problèmes. »
Après une tape amicale sur l'épaule, le pilote exubérant retourna dans les bras des Baleiniers de Walter. Tout le spatioport était en effervescence, alors que le gang terminait ses préparatifs pour sa prochaine expédition de récupération.
Ves ne participa plus à leurs préparatifs. En échange de l'abandon de tous ses droits sur la base, il recevrait la valeur totale de vente des puces qu'ils avaient récupéré.
« Rentrons à la maison, Lucky. »
Lorsque le taxi arriva devant son atelier, Ves poussa un soupir de soulagement. Son atelier n'avait rien subi. Un robot de sécurité solitaire patrouillait le périmètre, et la clôture électrique scintillait de manière inquiétante. Des robots ménagers tondaient soigneusement la pelouse et balayaient toute poussière sur leur passage.
Un visage familier attendait à l'entrée. Carlos Shaw avait quitté son emploi obtenu grâce aux relations de son père. Son ami avait rompu sa seule chance de gravir les échelons d'un grand fabricant de Méchas.
« Salut Ves. Regarde-toi. La dernière fois qu’on s’était vus, on était potes . Maintenant, t’as l’air inaccessible. Tu es même plus beau ! »
Ves avait beaucoup changé, depuis qu'il avait quitté la République Brillante. Il avait mûri après avoir remporté le concours ouvert de Leemar, et survécu à deux attaques de pirates. Son apparence s'était adoucie grâce aux changements apportés par le boost génétique.
Finalement, il avait mis de côté la plupart de ses vêtements habituels et avait commencé à porter en permanence ses vêtements antigravité offerts. Ces vêtements high-tech malléables étaient préprogrammés avec toute une bibliothèque de tenues élégantes. Même un rustre ignorant tout de la mode comme Ves ne pouvait pas se tromper, une fois qu'il avait pris connaissance de cette fonction.
« Entrons, avant de discuter de ton emploi. » Ves parla calmement et conduisit son ami à travers les mesures de sécurité jusqu'à son atelier délabré.
Lucky échappa à son étreinte et courut se réfugier dans son petit lit privé. Le chat était moins actif depuis quelques jours. Ves soupçonnait son animal de compagnie d'être sur le point de subir une transformation fondamentale.
Une fois ses bagages rangés, Ves retourna dans le salon et fixa son ami du regard. Carlos était assis à la table à manger, un bloc-notes électronique devant lui. Le bloc-notes affichait son contrat de travail.
« Ma courtière a rédigé ce contrat de travail standard. J'ai modifié quelques clauses, afin qu'il corresponde mieux à mes besoins. Tu travailleras pour mon entreprise à temps plein en tant que fabricant. Je ne t'embauche pas pour être un assistant créateur, mais tu es libre d'utiliser mes licences et mes installations pour t'amuser après tes tâches quotidiennes. Tu recevras un salaire modeste de 10 000 crédits par mois avant impôts. As-tu des questions ? »
Carlos fronça les sourcils. « Oui, il est écrit ici que tu détiendras tous les droits sur les modèles commerciaux que j'enregistrerai auprès de l’ACM. C’est pas un peu exagéré ? »
« Je ne pense pas que ce soit une demande déraisonnable. » rétorqua Ves, d'une voix ferme. « En général, les créateurs n'autorisent pas leurs subordonnés à emprunter leurs installations. Si tu profites de mon équipement et de mes licences durement acquis, alors tes modèles devraient également m'appartenir. Ne t’inquiète pas, le contrat stipule que tu recevras le crédit approprié ainsi qu'une part des ventes. »
Ce n'était peut-être pas tout à fait juste pour Carlos, mais Ves voulait clairement établir qui était le responsable. Il savait que Carlos voulait travailler sous ses ordres, afin de développer sa propre carrière. Ves ne voulait pas investir dans Carlos sans obtenir quoi que ce soit en retour. Si Carlos pensait qu'il allait être un idiot altruiste, il se trompait lourdement.
« D'accord, je peux l'accepter. » dit Carlos en abandonnant son objection. « La page suivante stipule que je dois signer un accord de confidentialité administré par l’ACM. Tu sais les sanctions prévues en cas de rupture d'un tel contrat ? Dans le pire des cas, je peux même être condamné à mort ! »
« Je te fais confiance, mais je me suis fait pas mal d'ennemis. » Ves croisa les bras. « Qui sait, si quelqu'un ne t'offrira pas quelques milliards de crédits pour que tu lui transmettes certaines informations ? »
« Je ne ferais jamais ça ! »
« Même si tu es assez inhumain pour résister à l'envie de devenir milliardaire en un claquement de doigts, tu recevras peut-être des menaces. Personne n'est infaillible, Carlos. Je ne veux pas envisager la possibilité que tu me trahisses. Je peux être sûr que tu ne feras rien de stupide si je fais appel à l’ACM. Cela enverra également un signal à mes ennemis, leur indiquant qu'il est inutile d'essayer d'utiliser leurs moyens contre toi. »
Comme il s'agissait d'une question de vie ou de mort, Ves laissa à Carlos le temps de réfléchir. Si son ami insistait pour changer, il retirerait cette clause du contrat. Mais il avait beaucoup de secrets à cacher. Même si Ves n'avait pas l'intention d'informer son employé au sujet du Système, ou du Facteur X, il n'y avait aucun mal à se préparer à l'avance.
« D'accord. Je ne sais pas ce que tu caches, mais si tu penses que c'est suffisamment grave pour faire intervenir l’ACM, alors qu'il en soit ainsi. Je signerai ton fichu accord de confidentialité. »
Une fois ces obstacles franchis, Carlos souleva une série de questions mineures. Ves lui expliqua patiemment son point de vue, et fit même preuve d'une certaine souplesse en modifiant quelques clauses mineures. Il se moquait bien de savoir quand Carlos prendrait ses jours de congé, ou combien il gagnerait en prime, s'il faisait des heures supplémentaires.
« Si tout est bon, alors on peut aller à l’ACM pour finaliser le contrat et signer l'accord de confidentialité. Tu commenceras demain. Je vais te fournir un terminal de rechange et d'autres équipements afin de faciliter ton intégration. »
Après une poignée de main ferme, Carlos quitta l'atelier et retourna dans sa nouvelle maison. En prévision de son nouvel emploi, il avait déjà loué une maison dans la banlieue proche de Freslin.
Ves retourna à son atelier. Il devait organiser le stockage des pièces récupérées sur le Dortmund. Il envisageait de contracter un autre emprunt afin de financer l'achat d'un compresseur en alliage. Il souhaitait également gagner quelques PC très précieux en concevant deux ou trois Méchas virtuels.
En bref, il était de retour dans les affaires.