Chapitre 115
Chapitre n°115 – Loups Astraux
Traducteur/Checker : SP76
L'un des plus grands dangers auxquels un vaisseau devait faire face dans le vide est celui des pirates. L'espace étant immense, les chances de les croiser devraient être négligeables.
En réalité, les flottes pirates collaboraient avec des éclaireurs stationnés dans les systèmes alentours. Ils surveillaient tout le trafic entrant et sortant, et dès qu'un vaisseau avait l'intention de rejoindre le système de la flotte pirate, ils en informaient leurs maîtres via le réseau galactique. Cela permettait à la flotte pirate à l'autre bout de préparer un accueil pour leurs victimes sans méfiance.
Cela ne fonctionnait pas toujours, en raison des incertitudes inhérentes aux voyages PRL. Parfois, des millions de kilomètres séparaient les cibles des assaillants.
Compte tenu des probabilités, Ves aurait pu connaître un sort pire encore. Les Loups Astraux avaient calculé avec précision sa destination, et avaient même utilisé les données télémétriques de leur observateur pour prédire son point d'entrée. L'astuce consistant à prendre de l'avance soulignait encore davantage les capacités de ses poursuivants.
« C’est clairement pas des amateurs. Ces Loups sont des pirates chevronnés. Je ne pense pas que nous ayons vu tout ce qu’ils savent faire. »
L'arrière du Barracuda était malmené. Les pilotes ennemis semblaient s'adapter aux circonstances, et augmentaient leur cadence de tir jusqu'à la limite maximale supportable. Bien que cela ne favorisait pas leur précision, le volume de tir avait inévitablement un effet dévastateur.
Les chances de lancer un dé à 20 faces et d'obtenir un 20 étaient faibles. Les pirates le savaient, alors ils lançaient beaucoup de dés beaucoup plus rapidement.
Rien dans l'arsenal du Barracuda ne pouvait les ralentir ou atténuer leurs tirs. Bien que les vaisseaux opérant dans l'espace humain ne soient pas autorisés à transporter des armes, Ves aurait aimé que son vaisseau soit équipé de quelques mesures de défense, comme des écrans de sécurité, ou des propulseurs arrière. Même s'ils consommaient une quantité énorme d'énergie, c'était mieux que de laisser les pirates mettre la main sur son vaisseau.
À mesure que le temps passait, son vaisseau accumulait davantage de stress. Le Barracuda avait tenu bon jusqu'à présent, grâce à son blindage épais. Quel que soit le vaisseau, même un Mécha lourd ne pouvait rivaliser avec le niveau de protection absolue dont ils bénéficiaient. C'était la différence intrinsèque entre une machine de guerre bipède et un écosystème autonome conçu pour traverser les étoiles.
Mais l'intégrité d'un vaisseau avait ses limites. Si les lasers n'étaient pas capables d'infliger de dégâts critiques, ils affaiblissaient néanmoins l’arrière du Barracuda. Si les Méchas légers entraient dans leur champ et pouvaient concentrer leurs tirs, le vaisseau risquait de subir une panne moteur.
Ves essayait désespérément de trouver un moyen de repousser les pirates de son côté, mais sans succès. Son vaisseau était essentiellement un bateau de plaisance amélioré, une navette sportive survitaminée capable de voyager dans l'espace interstellaire.
« 3 minutes avant que les Méchas légers soient à portée. T’es prêt à écraser quelques mouches ? »
« Je suis prêt dès notre arrivée dans ce putain de système. »
« Bien. J'ouvre la soute dans 30 secondes. Sors aussi vite que possible. Je ne veux pas exposer l'intérieur plus longtemps que nécessaire. »
Dietrich n'était pas impatient de livrer le combat qui s'annonçait. Son Harrier fonctionnait mieux en tant que soutien de tir mobile, et comptait généralement sur des Méchas plus robustes pour tenir la ligne. Il n'avait pas envie d'essayer de défendre le vaisseau de son ami, alors qu'ils étaient 5 fois moins nombreux.
Le créateur s’était peut-être cru malin pour avoir navigué dans un système stellaire éloigné et inhabité, mais cela allait leur coûter cher.
Le pilote devait maintenant nettoyer le bazar. Heureusement, son Harrier avait subi une révision complète, à Leemar. Son Mécha ne pouvait peut-être pas dépasser ses spécifications, mais il ne risquait pas de tomber en panne après quelques tirs.
« Je dépressurise la soute. Prépare-toi ! »
L'air disparut de la chambre avant l'ouverture imminente. Laisser tout l'air s'échapper du vaisseau lorsque la trappe s'abaissait était non seulement du gaspillage, mais aussi dangereux.
« 10 secondes ! »
À quelques secondes de l'ouverture, Dietrich maugréa contre la propension de son ami à tomber sur des attaques de pirates. C'était la deuxième fois qu'ils en rencontraient, et ils n'avaient fait qu'un seul aller-retour ! Cela ne devrait pas être aussi facile de tomber sur des pirates !
La trappe s'ouvrit une fois que les pompes eurent complètement aspiré l'air. Une étendue noire d'étoiles apparut. Dietrich réprima son instinct d'admirer la vue, et s'envola hors du vaisseau en un instant.
La trappe se referma derrière lui, alors qu'il positionnait son Mécha sous le Barracuda qui accélérait sans cesse. Le Harrier dut adopter une posture horizontale inconfortable, son fusil plaqué contre son torse, afin de suivre le navire. Le modeste système de vol du Mécha lui permettait pour l'instant de suivre la corvette.
« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! Tu aurais pu me prévenir qu'il y aurait une pluie de rayons laser ! »
« Du calme. Ce n'est pas aussi grave que ça en a l’air. Si tu parviens à détourner leur tir, ce serait parfait. Tu es une cible beaucoup plus petite, tu feras un excellent leurre ! »
Certains des Méchas éloignés avaient en effet dévié leur tir vers le Harrier. Dietrich avait déjà introduit une certaine aléatoire dans sa trajectoire de vol afin de faire face au barrage. Ves avait peut-être raison au sujet de leur précision, mais le pilote ne prenait aucun risque.
Il gardait déjà un œil sur les Méchas légers qui approchaient. Leurs systèmes de vol brillaient comme des étoiles, car ils consommaient d'énormes quantités d'énergie ou de carburant pour rattraper leur proie en fuite. Des dissipateurs de chaleur amovibles s'étendaient depuis leur dos, afin de faire face à leur énorme production de chaleur.
Les pirates déchainèrent leurs armes dès qu'ils dépassèrent un certain seuil. Une légère salve de projectiles cinétiques solides et d'obus explosifs frappa l'arrière vulnérable du Barracuda.
« Dietrich ! On vient de subir autant de dégâts qu'en 5 minutes de laser ! On tiendra pas longtemps, si ça continue ! Ils faut qu’ils s’éloignent ! »
Le pilote n'avait pas besoin que son partenaire le harcèle pour savoir quoi faire. Il avait déjà activé son module de tir de précision, et se préparait à tirer sur les 5 Méchas.
Il tira une salve de 3 projectiles sur le Mécha le plus proche. Le pirate paniqua, même si les balles n'atterrirent nulle part près de la cible.
Dietrich avait déjà changé de cible. Son fusil tira 2 autres coups sur un Mécha qui se balançait d'avant en arrière. Les esquives paresseuses et prévisibles du pirate permirent au jeune pilote d'atteindre les jambes. Bien que les dégâts fussent négligeables, cela effraya le pirate, qui battit en retraite.
Il tira à son tour plusieurs coups de feu en direction des 3 autres Méchas. Tous interrompirent leur offensive afin de reprendre leurs esprits. Il réussit à mettre fin à leur assaut incessant, et à perturber leurs efforts pour détruire le Barracuda.
Les Loups Astraux ajustèrent leur stratégie. Les Méchas moyens éloignés continuèrent à tirer sur le Barracuda. Ils étaient convaincus que ce n'était qu'une question de temps, avant que les lasers ne détruisent le vaisseau.
Quant aux Méchas légers, ils divisèrent leur attention. Deux d'entre eux continuèrent à tirer sur le Barracuda, tandis que les 3 autres déplacèrent leurs systèmes de ciblage vers le Harrier. Dietrich dût surcharger son système de vol afin de rester indemne.
« Tu fais du bon travail, mais ce n'est pas suffisant. Il faut éloigner les deux autres Méchas ! »
« Je suis un peu occupé ici, Ves ! » rétorqua le pilote, tout en manœuvrant ses commandes. Il augmenta sa cadence de tir afin de maintenir les Méchas ennemis sur leurs gardes. « Comment va le vaisseau ? »
« La coque accumule trop de chaleur ! Les obus qui atterrissent n'arrangent rien non plus. »
Pour l'instant, le Harrier n'avait subi que des éraflures et des coups superficiels, en raison du niveau de compétence déplorable des pirates.
Les crapules qui se livraient à la piraterie n'avaient généralement pas beaucoup d'autres choix. Même s'ils étaient puissants, leurs aptitudes neuronales étaient parmi les plus faibles. Aucun corps de mercenaire décent n'était assez désespéré pour leur offrir une place dans leurs rangs.
Un béni grandissait souvent avec un sentiment d'importance exagéré. Ceux qui avaient des aptitudes décevantes, une éthique de travail paresseuse, ou de graves problèmes d'attitude, pouvaient ne pas se résigner à vivre une vie normale. Pourquoi respecter les lois, alors qu'ils pouvaient utiliser la force pour assouvir leurs désirs ?
Les hédonistes et les dégénérés de ce genre ne passaient jamais beaucoup de temps à s’entraîner. Même sous le feu constant, Dietrich adopta une technique d'esquive qui fonctionnait bien contre les fusiliers qui se fiaient trop à leurs systèmes de visée. Cela réduisait les chances d'être touché, mais ses mouvements irréguliers affectaient également son adresse.
Il ignora les Méchas qui lui tiraient dessus et tira plutôt sur les machines qui persistaient à harceler le Barracuda. Un ou deux tirs ne suffisaient pas, alors Dietrich augmenta la cadence afin de mettre plus de pression sur ces salauds tenaces. Ses munitions s'épuisaient à un rythme alarmant, mais le pilote n'avait pas le choix.
Il réussit sa première percée presque par accident. Il tira une salve au hasard sur le Mécha léger le plus éloigné, dans l'intention de le faire reculer, avant de reporter son attention sur un autre adversaire. Par hasard, deux balles réussirent à toucher le Mécha en plein centre.
La vitesse vertigineuse du Mécha touché joua en sa défaveur en amplifiant les dégâts. Une balle transperça le blindage frontal, écrasant les plaques fragiles. La balle qui suivit a atterri suffisamment près pour se glisser dans les fissures et déchirer les flancs.
Au grand regret de Dietrich, ses tirs ne neutralisèrent pas le Mécha, mais celui-ci cessa sa poursuite. Le Mécha endommagé cracha de la fumée, lorsque son système de vol perdit en puissance. Personne ne savait si le Mécha avait réellement perdu de la puissance, ou si le pilote avait simplement perdu son sang-froid. Quoi qu'il en soit, cela facilita la tâche de Dietrich.
Les pirates ripostèrent en tirant des missiles. Plus de 50 missiles individuels furent lancés depuis les Méchas moyens qui s'étaient tenus à distance jusqu'à présent. Comme ils devaient poursuivre et rattraper le Barracuda, les missiles ne volaient pas très vite. Ils représentaient néanmoins une menace très réelle.
« Il faut abattre ces missiles ! »
« Il y en a trop !» grogna Dietrich, tout en continuant à distraire les Méchas légers, qui volaient désormais avec beaucoup plus de prudence après la perte soudaine d'un de leurs camarade.
« Alors vide tes chargeurs s'il le faut. Ces missiles sont non seulement hautement explosifs, mais ils sont également capables de se diriger vers une partie spécifique de mon vaisseau. Si tu veux mon avis, je préfère me faire tirer dessus par des pirates qui ont raté leur cours de tir plutôt que de laisser ces missiles à tête chercheuse détruire les propulseurs ! »
Dietrich était confronté à un choix difficile. S'il cédait face aux Méchas légers, ceux-ci pourraient reprendre leurs esprits et commencer à riposter de manière plus agressive. Cependant, Ves avait raison. Le pilote du Mécha déplorait que son engin ne puisse pas être équipé d'une mitrailleuse, parfaite pour lutter contre les missiles.
Il modifia ses réglages et commença à tirer des projectiles de la taille d'un Mécha sur les missiles. Malgré leur agilité, les projectiles à tête chercheuse devaient pour ainsi dire nager à contre-courant, ce qui permit à Dietrich d'atteindre la plupart de ses cibles.
Tandis que le Harrier détruisait méthodiquement l'essaim de missiles, les autres Méchas prirent de l'assurance et concentrèrent à nouveau leurs tirs sur le vaisseau. Le pilote ne pouvait rien faire contre leurs attaques opportunistes, si ce n’était accélérer la destruction des missiles.
Une fois les derniers missiles interceptés, le Harrier retourna vers le vaisseau. « Ouvre, Ves ! J'ai besoin d'un ravitaillement ! »
La trappe endommagée s'abaissa plus rapidement que d'habitude. Ves avait désactivé les protocoles de sécurité. Le Harrier rentra à l'intérieur alors même que des tirs sporadiques frappaient près de l'ouverture vulnérable. Un laser réussit à brûler la cloison intérieure du vaisseau, avant que la trappe ne se referme.
Ves parla à nouveau d'une voix fatiguée depuis la passerelle. « Je veux que tu sortes de là aussi vite que possible. La section arrière est presque dépourvue de blindage, et les propulseurs ne semblent pas en très bon état non plus. »
« Je sais ! Je fais déjà de mon mieux. » répondit Dietrich en secouant rapidement ses chargeurs vides. Les douilles vides tombèrent sur le pont dans un bruit sourd et silencieux, à cause de l’absence d'air.
Au milieu du ravitaillement, le Barracuda trembla pendant une seconde.
« Qu'est-ce que c’était ? »
« C'est le résultat d'un dysfonctionnement du propulseur ! J'ai forcé le composant défectueux à continuer de fonctionner, mais ça ne va pas améliorer sa longévité. Il va falloir que t’y retourne, désolé ! »
Dietrich ne prit pas la peine de ramasser les derniers chargeurs. « Ouvre la trappe. Je sors ! »
Le Harrier sortit et tira agressivement sur les poursuivants. Il changea de stratégie. Sa précédente tentative de neutraliser tous les Méchas en même temps n'avait pas suffi. Ce n’était que lorsqu'il avait désactivé un Mécha que les ennemis avaient légèrement reculé.
« Vous voulez voir du sang ? Alors laissez-moi vous montrer ce qu’un Baleinier sait faire. »