Chapitre 114
Chapitre n°114 – Poursuite
Traducteur/Checker : SP76
Chargé de trésors, le Barracuda quitta le système sans vie et reprit son chemin. Ves et Dietrich étaient tous deux satisfaits de leurs gains. Lucky, content de la promesse de nourriture, se remit à mâchouiller le cadeau de Maîtresse Olson.
Pendant le reste du voyage, Ves se remit à améliorer ses connaissances en physique et en génie électrique. La bibliothèque de la Société proposait de nombreux livres que Ves pouvait emprunter gratuitement. Il profita généreusement de ce privilège pour élargir rapidement ses connaissances.
Afin de reconstituer le Dortmund, il était essentiel qu'il sache à quoi il avait affaire. L'amélioration de ses compétences en génie électrique l'aida à comprendre les plans qu’il a obtenue. Cela lui permit de peaufiner son plan de reconstruction provisoire, et d'éviter certaines erreurs élémentaires.
Peu après avoir amélioré ses deux compétences au rang d’Apprenti, le vaisseau déclencha une alarme. Ves arrêta immédiatement la projection des plans du Dortmund et se précipita vers la passerelle. Lucky et Dietrich arrivèrent quelques secondes plus tard.
« Qu'est-ce qui se passe, Ves ? » demanda Dietrich, en se grattant les cheveux blonds ébouriffés. « Je croyais que ce système était peu habité. »
« Habité ou non, le Barracuda a détecté de nombreuses signatures de moteurs dormants qui se réveillaient. »
Le Barracuda était arrivé à la lisière de ce système seulement 15 minutes plus tôt. La réponse coordonnée qui avait suivi leur entrée provenait d'une ceinture d'astéroïdes voisine.
« Ces vaisseaux refusent de répondre à nos appels. » déclara Ves d'un ton grave. « Je ne pense pas prendre de risque, si je dis qu'ils ne viennent pas avec de bonnes intentions. »
« Des pirates !» cracha Dietrich. D'ordinaire, il aimait bien se battre, mais ils étaient largement dominés par le nombre. « On peut s’échapper sans se battre ? »
Ves s'assit derrière une console et fit quelques calculs. « En supposant que les vaisseaux pirates accélèrent à leur vitesse maximale, ils ne pourront pas nous rattraper si nous commençons à fuir. Mon vaisseau est beaucoup plus rapide que les leurs. »
Ves ordonna au Barracuda de faire demi-tour et de s'enfuir au-delà des limites du système stellaire. Les moteurs se mirent à rugir avec une puissance considérable. En tant que corvette moderne, son vaisseau était capable de surpasser n'importe quelle épave rouillée.
« Ils sont rusés. Même avec notre supériorité technologique, on n’a pas beaucoup d'avance. Les pirates suivaient déjà une trajectoire balistique avant notre arrivée. »
« Qu'est-ce que ça signifie ? »
« Qu’ils ont de l'avance. Si mon vaisseau n’avait été qu'une corvette standard de troisième classe, ils auraient pu nous rattraper avant le passage en vitesse supraluminique. »
Le moteur PRL du Barracuda mettait 2 heures pour terminer son cycle. Une corvette classique en prenait au moins 3 pour faire de même.
« Ils ne devraient pas se rendre compte de cette différence. Pendant qu'ils envisageront encore de s'approcher, il faudra les forcer à reculer. »
Même en expliquant la situation, Ves n'était pas tout à fait rassuré. En tant que créateur de Méchas, il ne connaissait pas grand-chose aux vaisseaux. Par exemple, les navires pirates pouvaient très bien avoir en réserve de puissants propulseurs à courte portée.
Il devait également tenir compte de leur forces. « Avec les différentes vitesses de navigation, les pirates n'ont aucune chance de nous rattraper, sauf s’ils préparent des surprises. À mon avis, des Méchas vont se joindre à la poursuite. »
« Les navires ne pourront pas nous rattraper, du coup. Et pour leurs Méchas ? »
Ves saisit de nouveaux chiffres sur la console de navigation. « On n’aura pas à se soucier des moyens ou des lourds. Seuls les Méchas légers auront une chance de dépasser le Barracuda, et seulement s'ils sont équipés pour la vitesse. »
C'était une bonne nouvelle. Ils pouvaient ignorer la plupart des équipements et se concentrer sur la défense contre les Méchas légers. Bien que le nombre de tels Méchas ennemis était encore incertain, Ves doutait qu'ils en affronteraient plus d'une demi-douzaine.
« Ha ha, si ces mouches veulent nous rattraper, elles seront des cibles faciles ! » s'exclama Dietrich, lorsqu'il comprit qu'il n'aurait à affronter qu'une poignée de Méchas légers. « Je vais enfin pouvoir mettre à profit mon talent de tireur ! »
La situation dégénéra alors en une longue et lente poursuite. Le radar indiquait que le Barracuda était largement surpassé en nombre, mais si le vaisseau pouvait maintenir ses systèmes en état de marche, il pourrait sortir du système.
La clé était de retarder les Méchas légers imminents sans subir de dégâts. Le Barracuda était une corvette, ce qui signifiait que le vaisseau était fait pour la vitesse. Ses créateurs n'avaient jamais donné la priorité à son blindage.
Une salve concentrée de quelques Méchas poursuivants pouvait facilement endommager l’arrière, vulnérable. Ves et Dietrich voulaient éviter que la corvette soit contrainte d'arrêter d'accélérer en raison des dégâts. Si les pirates parvenaient à endommager les propulseurs, le Barracuda serait paralysé.
Les deux hommes descendirent dans le hangar. Dietrich entra dans le cockpit et optimisa les réglages de son Harrier pour agir dans l’espace. Il avait déjà une certaine expérience du combat dans le vide.
Pendant ce temps, Ves effectua quelques vérifications sur la coque du Harrier et s'assura que le Mécha aérien fonctionnerait sans problèmes pour se défendre. Ce genre de combat comportait de nombreuses nuances. Ves n'avait qu'une connaissance superficielle dans ce domaine. Il n'apporta que quelques modifications.
Lucky resta aux côtés de son propriétaire. En tant que chat mécanique, son rôle dans la bataille à venir était d'assurer la sécurité de Ves. En tant que chef de la sécurité du vaisseau, Lucky n'appréciait pas d'être éloigné de sa source de nourriture.
Grâce à sa refonte complète à Leemar, le Harrier était dans le meilleur état qu'il ait connu depuis des années. Ves avait déjà inspecté le Mécha quelques semaines auparavant, et sa structure était en bon état.
« Je ne peux rien faire de plus. » finit par dire Ves, en s'éloignant du Mécha. « Je retourne sur la passerelle pour diriger le vaisseau. Bonne chance. »
Le Harrier tapota doucement la crosse de son fusil balistique. « Ha ! Je serai de retour en un rien de temps ! Assure-toi simplement que j'ai encore un vaisseau pour rentrer ! »
Ves quitta la soute, Lucky à ses côtés, et retourna sur le pont central. Après avoir atteint la passerelle, il força le robot navigateur à quitter son poste et s'installa à sa place. Il fit apparaître une projection des pirates et les examina en détail.
Les corvettes et les transports légers qui les poursuivaient avaient l'air délabrés. Le manque d'entretien et les réparations de fortune donnèrent à Ves l'impression erronée que ces vaisseaux étaient sur le point de tomber en morceaux. En réalité, les navires pirates faisaient preuve d'une grande ingéniosité technique. La plupart des vaisseaux qui les poursuivaient étaient équipés de propulseurs supplémentaires qui leur donnaient un coup de pouce supplémentaire.
« Ce ne sont pas des professionnels qui font des heures supplémentaires en tant que pirates. » informa Ves à Dietrich par radio, après avoir scanné la construction de chaque navire. Ils étaient de piètre qualité, ce qui indiquait que ce gang n'avait pas accès à un marché légitime. « Ils ne sont pas non plus bien financés, si leurs navires ne sont capables que d'une telle accélération. »
Un haut-parleur s'alluma lorsque Dietrich se connecta au pont. « Combien de Méchas transportent-ils ? »
« Ils n'ont apporté que 5 transports légers, qu'ils utilisent probablement comme transporteurs de Méchas. Chacun d'entre eux devrait pouvoir accueillir environ 4 à 6 Méchas, donc on fait face à 30 Méchas au maximum. »
Seuls quelques-uns d'entre eux étaient des Méchas légers axés sur la vitesse, mais leur nombre restait important, si le vaisseau ralentissait.
Ves pouvait deviner l'origine du gang de pirates à partir de ces informations. « Ils doivent être de la région. Je ne pense pas que quelqu'un les soutienne en coulisses, et encore moins que ce soit à cause de l’un de mes concurrents. Ces snobs connaissent bien les spécifications impressionnantes de l'Arkon Mark I. Si ça avait été eux, ils auraient prix en compte sa vitesse. »
« Ça peut aussi être la société doûteuse qui fabriquait les fusils grasers. »
« Je ne pense pas. S'ils pensaient que nous étions au courant de leurs activités illicites, ils auraient dû envoyer plus de pirates. Les PDG avec une mauvaise conscience ont tendance à réagir de manière excessive, lorsque quelqu'un découvre qu'ils ont enfreint l'un des grands tabous. »
« Je suppose que nous en aurons le cœur net une fois que les Méchas seront là. S'ils sont armés de grasers, on est foutus. »
Ves pensait que ce n'était pas le cas. Ils étaient simplement tombés sur une flotte pirate par pur hasard. Ils semblaient être partout, au moment où on s’y attendait le moins. Le fait qu'ils se soient trouvés juste à côté du Barracuda à sa sortie du mode PRL pouvait être attribué au hasard.
En raison de la nature de l'espace, il était impossible d'éradiquer le fléau qu’est la piraterie. Les rats s'enfuyaient dans le vaste espace entre les systèmes stellaires chaque fois que quelqu'un au pouvoir voulait les exterminer.
Sa console émit un bip d'alerte. Les pirates avaient enfin contacté son vaisseau.
Ves n'avait aucune idée de ce qui l'attendait, lorsque le capitaine pirate apparut. L'intérieur de son pont crasseux avait connu des jours meilleurs. Ves remarqua même des traces de moisissure, ce qui aurait horrifié n'importe quel ingénieur digne de ce nom.
« Hein ? Quoi, je fais face à un gamin ? » demanda le pirate barbu, en se grattant le visage balafré. « Je n'ai pas le temps de jouer à la poupée ! Passe-moi ton capitaine immédiatement ! »
« Je suis Ves Larkinson, et je suis le capitaine et propriétaire du Barracuda. »
« Toi ?! » Le pirate examina attentivement le pont du Barracuda. « Oh, je vois, t’es un de ces gosses de riches qui s'amusent dans le grand univers. Eh bien, laisse ton grand-père t'apprendre comment tu dois réagir face aux Loups Astraux. Pour commencer, éteins tes putains de moteurs ! »
Ves exagéra son statut afin de se donner du courage et, il espérait, dissuader les pirates. « Les gens comme vous n'ont pas le droit de me donner des ordres. Tu as regardé les infos récemment ? Tu sais qui je suis ? Je suis l'apprenti de Maître Carmin Olson. Une Maître créatrice de Méchas de la Coalition Vendredi. Touche-moi et tu ne sauras même pas quand tu vas mourir. »
Sa relative jeunesse et sa voix tremblante trahissaient son manque d'expérience.
« Hahahaha ! Regardez ce petit morveux qui appelle sa maman ! Eh bien, papy est là et je vais m'assurer de te réconforter. Alors t’es un de ces geeks, hein ? C’est vrai qu’il faut que je remplace le dernier, il y a encore sa cervelle à nettoyer ! »
Le capitaine pirate continua de rire comme un porc et coupa la connexion. Les pirates sans foi ni loi ne craignaient vraiment aucune menace. Leur confiance venait de leur capacité à se réfugier dans les profondeurs de l'espace, là où l'étoile la plus proche était à des années-lumière. Aucune force normale ne pouvait les traquer.
Seules l'Association Commerciale des Méchas et l'Alliance de la Flotte Commune possédaient la technologie nécessaire pour les traquer. En pratique, aucune de ces organisations ne se donnait la peine de poursuivre des petits criminels. Elles ne mobilisaient leurs puissantes flottes et leurs Méchas que lorsque quelqu'un violait l'un des grands tabous.
Les Loups Astraux lancèrent leurs Méchas spatiaux dès que les transports pirates se furent suffisamment approchés du Barracuda. 27 Méchas apparurent d'un seul coup et foncèrent vers l'avant.
Les Méchas optimisés pour l'espace étaient généralement équipés de puissants systèmes de vol. Bien qu'ils ne pouvaient rivaliser avec un vaisseau spatial en termes d'endurance, leur rapport poussée/masse relativement élevé leur permettait de sprinter sur de courtes distances, tant que leur carburant et leur capacité thermique le permettaient.
Les Méchas des pirates qui les poursuivaient se séparèrent en deux groupes distincts. La majorité était composée de Méchas plus lents, conçus pour les longues distances. Malgré la distance, ceux qui étaient équipés de lasers commencèrent à tirer sur le Barracuda.
En raison de la distance, des vibrations des Méchas et des défauts inhérents à leurs armes, les laser ne réussirent pas à toucher la corvette en fuite. Mais tant qu'ils continuaient à tirer, ils pouvaient espérer un coup de chance.
« Notre vaisseau est sous le feu ! »
« À cette distance, ils ont peu de chances de nous toucher », rassura Ves à Dietrich, tout en serrant le poing de frustration. « Notre corvette ne peut pas résister à une attaque soutenue, mais nous n'en sommes pas encore là. Ignore les lasers pour l'instant. »
Comme le Harrier de Dietrich était équipé d'un fusil, il n'était pas encore en mesure de riposter. En tant qu'armes à vitesse lumière, les lasers pouvaient attaquer de très loin dans le vide. Les armes à projectiles perdaient leur efficacité, en raison de leur vitesse initiale relativement faible.
« C'est dommage qu’on ait pas de canon électromagnétique, ou de fusil Gauss. »
Ce type d'armes à projectiles avancées offrait une puissance et une vitesse initiale redoutables. Elles étaient beaucoup plus chères que les armes conventionnelles, en raison de leur forte consommation énergétique et de leurs besoins stricts. Même les États de second rang utilisaient parfois ces armes.
Ves s'en tint au plan. Il vit 5 points lumineux se rapprocher de son vaisseau. Il savait qu’ils représentaient les Méchas légers, la véritable menace. Il n'était pas nécessaire de faire sortir Dietrich trop tôt et de laisser son Harrier accumuler de la chaleur en vain.
Maintenant que les pirates avaient révélé toutes leurs capacités, Ves mit à jour son modèle et obtint quelques chiffres supplémentaires.
« Dietrich, si les Méchas légers maintiennent leur vitesse actuelle, ils atteindront leur portée maximale dans environ une demi-heure. Il ne nous faut que 23 minutes ! Ne les laisse pas attaquer le vaisseau ! »
« C'est trop long ! Je peux les repousser pendant environ 10 minutes, mais je vais finir par être à court de munitions tôt ou tard. Je vais devoir retourner me réapprovisionner au moins une fois. »
« Ça mettrait le vaisseau en danger. La trappe de la soute est située à l'arrière du vaisseau. Si je l'ouvre, un seul laser suffirait à détruire les précieuses pièces du Dortmund stockées ! »
« À moins que tu ne puisses accélérer, tu n’auras pas d'autre choix. Soit ton imprimante tombe en panne, soit nous perdons tout le vaisseau ! »
L'attaque des pirates mettait en péril tous leurs gains. Les salles du Barracuda étaient déjà remplies de pièces pillées, mais la soute contenait la majorité du butin. Ves les stockait dans de simples boîtes fixées au pont à l'aide de câbles renforcés. Ce n'était guère mieux que de les laisser en vrac.
Finalement, Ves fut contraint de céder et prépara des recharges supplémentaires pour le fusil du Harrier. Sans la force de dissuasion du Harrier, les Méchas légers seraient libres de tirer à volonté sur son vaisseau.
Peu après, les pirates réussirent à porter leur premier coup. Le rayon laser ne fit que brûler un panneau arrière du Barracuda, mais le pire était à venir.
« Robot navigateur, commence l’esquive ! »
Le Barracuda ajusta sa trajectoire. Au lieu de voler en ligne droite, il se mit à zigzaguer dans quatre directions. Cela perturba le ciblage prédictif des pirates, les obligeant à redoubler d'efforts pour atteindre leur cible.
Ves espérait avoir gagné suffisamment de temps pour son vaisseau.