Chapitre 1 103
En raison de son statut élevé et de son immense fortune, Ves ne fréquentait aucune boutique ordinaire. Bentheim comptait de nombreux magasins d’armes et d’armures, mais la plupart de leurs produits s’adressaient au consommateur moyen.
Or, Ves n’avait rien d’un consommateur moyen. Là où quelqu’un pouvait hésiter à débourser mille crédits pour un pistolet laser de base, Ves aurait pu en acheter un million d’un seul coup !
Non, en client plus raffiné prêt à dépenser sans compter, il décida plutôt de se rendre dans une boutique d’équipement haut de gamme. Bentheim en comptait un bon nombre destinées aux millionnaires et aux milliardaires. Les clients aux goûts plus exigeants s’attendaient à un service bien supérieur.
Après avoir envoyé un message au professeur Ventag, il reçut en retour un bref message qui lui recommandait une enseigne en particulier, dans le centre-ville de Dorum.
La navette blindée se posa sur une aire d’atterrissage, à côté d’une rangée de boutiques exclusives réservées aux riches et aux fortunés. Les Blackbeaks et les Seigneurs de Cristal qui escortaient la navette ne purent aller plus loin. La sécurité était très stricte dans cette rue commerçante, et les clients qui la fréquentaient n’auraient pas été à l’aise à proximité de méchas contrôlés par d’autres personnes.
« Vous ne pouvez être accompagnés que de quatre gardes, pour un groupe de cette taille », déclara un lieutenant de la Garde planétaire à l’entrée du quartier commerçant. « Vos gardes de sécurité SASS ont déjà été contrôlés, ils peuvent donc vous accompagner tous les deux. Je vous souhaite une bonne journée, monsieur. »
Faire appel aux services de Sanyal-Ablin se révéla très avantageux dans ce cas. La société de sécurité était fortement implantée à Bentheim. Des gardes inconnus auraient été refoulés à l’entrée de cette rue commerçante huppée, en raison des risques qu’ils auraient représentés pour la sécurité de tous. Mais SASS n’avait pas ce problème, grâce à la réputation qu’elle s’était bâtie au fil des ans.
Accompagné de quatre gardes en armure, Ves entra dans le quartier commerçant et croisa divers visiteurs fortunés ou habitants du coin en se dirigeant vers sa destination.
En raison du caractère exclusif de la rue, il n’y avait que peu de monde. Tous les clients venaient inévitablement avec leur propre escorte, ce qui nuisait à la tranquillité de leurs visites.
Ves et Ketis finirent par s’arrêter devant une boutique discrète, mais très élégante, appelée Renny’s Outfitters. Lucky les accompagnait, bien sûr. Le chat glouton se frottait confortablement contre Ketis, dans ses bras.
« Monsieur Ves Larkinson ! » lança un employé dans le hall de cette boutique haut de gamme à plusieurs étages. « Bienvenue chez Renny’s Outfitters. Le professeur Ventag nous a prévenus que vous pourriez passer. C’est un honneur de répondre aux besoins d’un héros de guerre et concepteur de méchas aussi estimé que vous. Vous pouvez m’appeler Dias.
On m’a chargé de m’occuper personnellement de vous. Si vous avez la moindre demande, n’hésitez pas à m’en faire part. Renny’s Outfitters propose une vaste gamme d’équipements personnels. Et si nous n’avons pas ce qu’il vous faut, notre vaste réseau de fournisseurs pourra vous le faire livrer directement chez vous. »
Ves passa outre son discours promotionnel et alla droit au but. « Eh bien, Dias, j’aimerais que Ketis et moi nous équipions. Plus précisément, nous voulons acheter des armes, des armures et divers outils à main de grande qualité. »
Dias lui adressa un sourire éclatant. « Notre vaste catalogue comprend certaines des meilleures armes, armures et outils du marché ! Pour vous proposer les articles qui vous conviendront le mieux, il serait utile que vous nous indiquiez quelques critères. Quel est votre budget ? Souhaitez-vous acheter de l’équipement produit localement, ou préférez-vous découvrir certains de nos produits importés de la Coalition du Vendredi ? »
« Je cherche des articles fabriqués à la main par des artisans réputés », déclara aussitôt Ves. Il ne s’attendait pas à trouver quelque chose d’aussi exceptionnel que l’Amastendira originale, mais il voulait mieux que de l’équipement produit en série. « Dans l’idéal, j’aimerais des pièces sur mesure, mais j’ai besoin d’équipement sans attendre. »
« Hmm. Il est effectivement difficile d’obtenir de l’équipement sur mesure dans un délai aussi court », répondit Dias en fronçant les sourcils. « Les artisans qui fabriquent les meilleures armes et armures ont souvent des listes d’attente qui s’étendent sur des mois, voire des années. Ceux qui sont disponibles plus rapidement ne proposent pas une qualité à la hauteur des attentes d’un client exigeant comme vous.
Cela dit, nous proposons une vaste gamme de produits prêts à l’emploi de grande qualité, aussi bons que des pièces sur mesure. Suivez-moi, je vais vous conduire dans une salle d’exposition. »
Ils montèrent de quelques étages et entrèrent dans une salle d’exposition presque vide. Dias lança une commande sur son communicateur, et une table sortit du sol. Une projection apparut devant elle, donnant accès au catalogue de la boutique.
Dias se mit ensuite à manipuler l’interface, faisant surgir quelques armes sur la table. « Nous savons que chaque pièce artisanale est unique et diffère de toutes les autres, même lorsqu’elles viennent du même fabricant. Admirer un objet finement ouvragé par projection, c’est aussi absurde que contempler des bijoux de loin.
Chez Renny’s Outfitters, nous vous donnons la possibilité de toucher et d’examiner de près tous nos produits disponibles. »
Ves et Ketis s’approchèrent de la table et étudièrent la vaste gamme de pistolets qui y étaient exposés. Elle couvrait la plupart des types et sous-types de pistolets utilisés dans la République Lumineuse.
« Ketis, tu as besoin d’une nouvelle arme de poing, n’est-ce pas ? Tu préfères une arme laser ou une arme balistique ? »
« Laser. C’est plus facile à utiliser avec un bon système de visée », répondit-elle.
Dias saisit aussitôt l’occasion. « Bon nombre de nos pistolets laser sont conçus pour les tireurs d’élite qui se méfient des systèmes de visée, mais nous proposons des centaines de modèles parfaitement compatibles avec les systèmes intégrés à nos autres produits.
Même si vous associez un pistolet importé de la Coalition du Vendredi à une armure de combat de la République de Reinald, nos ingénieurs logiciels se sont déjà assurés que les deux fonctionneraient ensemble sans les problèmes d’incompatibilité habituels. »
Ves hocha la tête, satisfait. C’était un véritable souci pour la plupart des gens qui se procuraient leur équipement auprès de différents fournisseurs, mais une boutique proposant un service complet comme Renny’s Outfitters leur épargnait bien des efforts.
Quelques commandes suffirent pour faire disparaître les autres types de pistolets de la table. À leur place, davantage de pistolets laser apparurent.
Comme une enfant dans un magasin de bonbons, Ketis se pencha aussitôt pour saisir les pistolets les plus brillants. Elle les soupesa et admira leur finition raffinée.
En tant que conceptrice de méchas, elle savait reconnaître le véritable savoir-faire artisanal. Ces armes étaient de véritables œuvres d’art, auxquelles on avait ajouté une fonction pratique. C’étaient le genre de pistolets que Ves aurait pu accrocher au mur de son bureau-terrasse pour impressionner ses visiteurs.
Ves regrettait seulement de n’avoir repéré aucune pièce façonnée par un maître. Même une enseigne aussi réputée que Renny’s Outfitters n’exposait pas facilement de tels articles. Ils étaient généralement le fruit du hasard. Les artisans assez chanceux pour créer une œuvre d’une telle qualité la vendaient presque toujours à leurs amis ou à leurs clients privilégiés.
Quelqu’un comme Ves, qui souhaitait obtenir une authentique pièce façonnée par un maître, devait soit se lier d’amitié avec un artisan, soit en acheter une aux enchères à un prix exorbitant.
Ves n’avait pas le temps d’attendre que l’une de ces possibilités se présente. Ses exigences étaient peut-être élevées, mais elles n’étaient pas démesurées. Il n’était pas prêt à débourser des milliards de crédits pour une seule pièce d’équipement raffinée.
« Ves ! Viens voir ! Je crois que ce pistolet laser est celui qu’il me faut ! Je le sens bien, celui-là ! »
À sa grande surprise, Ketis avait jeté son dévolu sur un grand pistolet laser d’allure masculine. Son design évoquait une brutalité qui lui donnait un air très viril entre les mains de gros durs. Mais, dans celles de Ketis, tous ses instincts de pirate endormis commencèrent à se réveiller. On aurait dit qu’un dragon assoupi s’éveillait !
Ves tendit la main, et Ketis lui passa l’arme, qui pesait lourd. Son nom était gravé sur le côté.
« L’Udor n’est pas un pistolet élégant, mais ce qu’il manque en grâce, il le compense largement par sa puissance de feu », expliqua Dias. « C’est un gros pistolet laser doté d’une grande capacité et de nombreux modes de tir. Que vous vouliez faire fondre une écoutille ou arrêter une foule de centaines de fous furieux, l’Udor peut vous tirer d’affaire face à toutes sortes de menaces, à condition d’être bien configuré. »
Ketis était déjà presque amoureuse de l’Udor. Elle hocha la tête si vigoureusement que son béret bouffant menaça de tomber !
Les capacités décrites par Dias rappelaient un peu celles de l’Amastendira, même si elles étaient moins impressionnantes. C’était peut-être en partie pour cela qu’elle avait choisi un gros pistolet plutôt qu’une arme de poing plus petite et plus facile à dissimuler.
Ves reconnut dans l’Udor une véritable pièce d’artisanat. Non que Renny’s Outfitters se serait jamais abaissée à faire passer des articles produits en série pour des pièces artisanales, mais il sentait aussi tout le soin que son fabricant avait apporté à l’arme. Une forme de spiritualité faible, mais bien présente, imprégnait le pistolet.
L’Udor devait avoir toute une histoire. Peut-être liée aux pirates, si l’on en jugeait par les nombreux motifs visuels inspirés des pirates de la frontière que son fabricant avait intégrés au design.
« Son prix ? »
« Trente-neuf millions de crédits. Ce prix comprend le produit ainsi que les services que nous proposons. L’Udor nécessite un entretien régulier pour rester en parfait état, et nous avons de nombreux experts à votre disposition si vous souhaitez y apporter des modifications. »
Ves avait déjà évalué l’arme. Malgré son apparence brutale, l’Udor était un pistolet de très grande qualité, qui incorporait de nombreux matériaux exotiques coûteux dans un format minuscule.
« Nous le prenons. Veuillez inspecter l’Udor soigneusement. »
Dias comprit les inquiétudes de Ves. « Nous travaillons avec différents experts indépendants chargés de vérifier que le matériel et les logiciels de nos produits ne présentent ni défaut ni élément malveillant. Leur inspection de l’Udor prendra quelques heures, mais vous le recevrez ensuite sous scellé, accompagné de certificats attestant son intégrité au moment de la livraison. »
Tandis que l’Udor redescendait dans le sol pour être inspecté, Ves se mit à choisir sa propre arme de poing.
Comme il possédait déjà l’Amastendira, Ves cherchait une arme infligeant des dégâts physiques. Il ne voulait pas acheter un pistolet aussi gros et excessif que l’Udor. Il préférait quelque chose de beaucoup plus discret, mais qui conservait une certaine classe.
Lorsque Ves présenta ses critères à Dias, celui-ci manipula l’interface et fit disparaître tous les pistolets laser. Quelques instants plus tard, des dizaines de pistolets balistiques et quelques armes plus inhabituelles émergèrent du sol. Chacune attirait son attention.
« Je veux un pistolet doté d’un chargeur de grande capacité », ajouta Ves. « Il doit pouvoir tirer des munitions capables de percer des armures, mais je ne veux pas qu’il soit à sec après seulement six ou sept tirs. »
S’il venait à manquer d’assistance à la visée, il lui faudrait sans doute plus d’essais que cela pour toucher une cible à distance !
Sans un mot, Dias fit disparaître plus de la moitié des pistolets, puis en fit apparaître de nouveaux à leur place.
La plupart restaient des pistolets balistiques classiques, mais certains avaient une allure franchement étrange. Ves n’avait pas l’entraînement nécessaire pour manier efficacement ces armes plus avancées ; il ne les examina donc pas longtemps.
« Voyons ce qui pourrait me convenir. »