Chapitre 110
Chapitre n°110 – Session de Bachotage
Traducteur/Checker : SP76
Lucky remua joyeusement la queue, en suivant Ves dans le laboratoire. Le robot du laboratoire du Barracuda avait fini d'analyser le cadeau de maîtresse Olson. En fonction des résultats, il le donnerait à manger à son chat, ou le garderait pour autre chose.
Lorsque le robot présenta les données, Ves eut l'air intrigué, pendant un instant. Puis, la déception s'installa. L'équipement miniaturisé du laboratoire n'avait finalement pas la puissance nécessaire pour percer le voile qui entourait le minerai. L'inefficacité du robot de laboratoire était également inévitable.
« Je connais sa taille, sa masse, sa dureté, et d'autres infos de base. Quant à sa composition, je n'en ai toujours aucune idée. »
À moins de confier le minerai à un institut de science des matériaux, Ves ne pouvait rien tirer d'autre de ce caillou. Cela ne valait pas la peine de s'embêter.
Il tourna son attention vers Lucky, qui était assis à ses côtés, et le regardait d'un air suppliant. Le chat tendit même ses pattes, comme s'il voulait attraper quelque chose, tel un chaton affamé.
« Tu es sûr que ce truc ne va pas t'empoisonner, ou un truc du genre ? »
« Miaou ! »
« Alors vas-y ! »
Il jeta nonchalamment le minerai sur le sol. Le morceau roula sur une courte distance, avant de s'arrêter. Le chat bondit sans pitié sur la pierre. Lucky rongea sa surface avec ses dents, qui rebondirent, étonnamment. Le chat sembla indigné, et utilisa ses griffes énergétiques pour briser la pierre.
Les griffes ne parvinrent qu'à érafler de minuscules morceaux de la roche. La résistance du minerai de maîtresse Olson était impressionnante. L'arme la plus puissante de Lucky, capable de trancher facilement un exosquelette, dut s'avouer vaincue.
Lucky engloutit avidement les minuscules morceaux, avant de recommencer à trancher. Ves comprit que son chat mettrait un certain temps à dévorer toute la roche, alors il le laissa profiter tranquillement de son buffet et retourna travailler.
Au cours de la traversée sans incident de la frontière de la Coalition Vendredi, le Barracuda ne rencontra rien d'inhabituel. Peut-être que personne ne les avait poursuivis, ou peut-être que leur stratégie consistant à voyager à travers des systèmes inhabités avait fonctionné. Le Barracuda avait réussi à échapper à ses poursuivants, s'il y en avait eu.
Tout le monde se détendit, après quelques jours. Dietrich avait eu son compte du bar, et explorait lentement le reste du vaisseau. Lucky continuait à avaler son nouveau jouet, morceau par morceau.
Quant à Ves, il commença à travailler pour améliorer ses compétences en mathématiques. Il reconnaissait que ses faibles connaissances dans ce domaine nuisaient à ses créations. Cela ne s'était peut-être pas manifesté pendant la compétition, en raison des délais incroyablement courts. Lorsqu'il s'agissait de créations régulières, de bonnes bases en mathématiques pouvaient absolument améliorer leur optimisation.
L'utilisation principale des mathématiques était de créer et d'ajuster des modèles complexes, permettant de tester différents choix de création. Par exemple, s'il voulait rendre un robot plus rapide, il pouvait réduire l'armure à différents endroits. S'il voulait minimiser les dégâts sur le robot, il devait alléger la zone qui serait la moins affectée par le changement.
Comment pouvait-il déterminer cela tout seul ? Jusqu'à présent, il s'était toujours fié à son jugement et à son intuition. Par exemple, le torse était généralement la partie la plus protégée d'un Mécha. S'il enlevait la moitié d'une couche, cela n'aurait peut-être pas beaucoup d'impact en global. En réalité, il ne faisait que deviner. Il pensait peut-être n'avoir réduit l'efficacité de l'armure que de 5 %, alors qu'en réalité, la réduction était de 10 %.
Ves risquait d'introduire une faille fatale dans ses modèles s'il n'était pas conscient de cette divergence. La seule façon de s'en assurer était de construire un modèle mathématique simulant les performances de l'armure. Bien que le système de créations de Méchas soit livré avec un grand nombre de modèles prêts à l'emploi, Ves ne comprenait pas l'essence même de la plupart des calculs mathématiques qui sous-tendaient leur programmation complexe.
Utiliser un modèle, c'était comme utiliser une arme à feu. Il lui suffisait d'appuyer sur la gâchette, s'il était satisfait de tirer sur quelqu'un. S'il voulait modifier l'arme à feu et obtenir une meilleure pénétration, ou une cadence de tir plus élevée, il devait en connaître tous les tenants et aboutissants.
Au lieu d'utiliser le système pour améliorer de force ses compétences en mathématiques, Ves essaya de faire le travail difficile lui-même. Ses mathématiques restèrent à un niveau médiocre, ce qui était assez honteux. Même s'il ne fallait que 500 DP pour passer au rang de Novice, Ves ne souhaitait pas gaspiller ces précieux points.
Comme son intelligence avait légèrement augmenté, Ves ne rencontra pas trop d'obstacles, pendant ses sessions de bachotage. Il emprunta plusieurs manuels pour débutants à la Bibliothèque des Étoiles de la Société Clifford.
Ces livres de niveau élémentaire n’avaient tellement pas de valeur que la Société ne se donnait pas la peine de les protéger par des mesures de sécurité élaborées. En tant que chevalier, Ves pouvait étudier directement leur contenu dans les locaux de la bibliothèque virtuelle.
Ves offrait un spectacle remarquable. Non seulement un Chevalier séjournait à la Bibliothèque des Étoiles, mais il résolvait des problèmes que d'autres maîtrisaient les yeux fermés. Les Écuyers et les Chevaliers qui visitaient la bibliothèque ne pouvaient s'empêcher de s'arrêter, à la vue d'un Chevalier solennel se creusant la tête sur des mathématiques de niveau universitaire élémentaire.
« Ces gens n'en ont-ils pas assez vu ? » se plaignait-il intérieurement, les joues en feu.
Il aurait voulu disparaître sous terre. La bibliothèque proposait de louer des salles privées, mais Ves devait payer un mérite pour en réserver une pendant un mois. Étant donné sa nature avare, il refusait de gaspiller à nouveau ses précieux mérites. Il regrettait déjà d'avoir jeté un mérite dans la fontaine virtuelle.
Malgré son embarras, Ves apprit rapidement à faire abstraction des autres et à se concentrer sur ses études. Il progressa rapidement, et dévora tous les livres qu'il empruntait. En réalité, Ves était capable d'avancer en mathématiques depuis longtemps, car il utilisait déjà beaucoup d'éléments dans ses autres compétences.
Son intelligence accrue l'aidait à saisir de nouveaux concepts. Le contenu n'était pas particulièrement difficile, mais il n'y avait pratiquement aucun raccourci pour améliorer ses mathématiques. Il devait étudier et maîtriser différents types de mathématiques. Sa concentration lui permettait de persévérer bien plus longtemps que tous les fanatiques de mathématiques, sauf pour les plus dévoués.
Tout ce travail acharné finit par porter ses fruits. Il ne lui fallut que 5 jours pour faire passer son niveau en mathématiques de “Incompétent” à “Novice”, puis deux semaines supplémentaires pour passer de “Novice” à “Apprenti”. Ves avait économisé 1500 PC, qu'il pourrait utiliser pour s'acheter quelque chose de brillant. Il regarda son statut, et confirma que le système avait reconnu ses efforts.
[Statut]
Nom : Ves Larkinson
Métier : Créateur de Méchas Apprenti
Spécialisations : Aucune
Points de Création : 1223
Statistiques
Force : 0.8
Agilité : 0.7
Endurance : 0,8
Intelligence : 1,3
Créativité : 1
Concentration : 1.7
Aptitude neuronale : F
[Compétences]
[Assemblage] : Apprenti – [Maîtrise des imprimantes 3D II] [Maîtrise de l’assembleur II]
[Affaires] : Apprenti -
[Informatique] : Incompétent
[Ingénierie électrique] : Novice
[Mathématiques] : Apprenti
[Mécanique] : Compagnon – [Bricolage II] [Optimisation de la vitesse III]
[Métallurgie] : Compagnon – [Compression d’alliages I]
[Métaphysique] : Incompétent
[Physique] : Novice - [Optimisation des armures pour poids léger I] [Optimisation des armures pour poids moyen III]
Capacités
[Superpublication] : Disponible. Peut-être activé une fois par an
Évaluation : Un apprenti qui a mis un pas dans le vrai monde des créateurs.
Il prit également note de ses PC. Ses performances, ainsi que la promotion de Marcella, avaient fait grimper les ventes de ses Méchas virtuels pendant une courte période. En raison de leurs faibles caractéristiques et de leur création primitive, ses ventes n'avaient pas atteint un niveau significatif, mais cette augmentation était la bienvenue.
« Si j'ai 2000 PC, je peux améliorer mes mathématiques pour atteindre le niveau de Compagnon. Une fois ce niveau atteint, ma capacité globale à optimiser mes modèles connaîtra une transformation complète. »
Avec des bases solides en mathématiques, il ne serait pas perdu, lorsqu'il utiliserait les modèles mathématiques plus avancés du Système. Grâce à ces outils, sa capacité à corriger les défauts cachés de ses Méchas s'améliorait à tel point qu'il pouvait même aider des créateurs de Méchas plus expérimentés.
« Dommage qu'il me faille des mois, pour atteindre le niveau de Compagnon. Je dois également payer beaucoup de mérites pour emprunter un livre décent. »
La valeur d'un mérite dépassait celle d'un PC. Le premier devait être gagné à force d'efforts ou de risques. Le second pouvait être gagné facilement, s'il produisait quelques nouveaux modèles.
« Hé Système, si je mets à jour un modèle existant, est-ce que je gagnerai des PC pour sa création ? »
[Tout modèle similaire à un modèle existant de l'utilisateur ne donnera droit à aucun Point de Conception, lors de sa création. Cela inclut l'amélioration d'un modèle existant. Cette limite n'affecte pas les Points accordés pour la vente d'un modèle.]
Les paroles acerbes du Système mirent fin au moyen le plus simple pour Ves de gagner une grande quantité de PC. Bien sûr, il pouvait mettre à jour ses modèles, afin d'améliorer ses ventes, mais à quoi bon ? Reprendre ses modèles prenait beaucoup de temps. Il valait mieux qu'il crée quelque chose de nouveau.
Il fit une exception pour son Marc-Antoine. Comme il s'agissait du seul produit de son atelier, Ves devait le rendre aussi attrayant que possible, afin d'attirer les clients. Lorsque Ves avait conçu le Marc-Antoine pour la dernière fois, aucune de ses compétences n'avait atteint le niveau de Compagnon. Il avait désespérément besoin d'une mise au point.
« C'est du gâchis, si je travaille dessus maintenant. Je dois encore améliorer mes bases en mathématiques, pour atteindre le niveau de Compagnon, et en physique pour atteindre le niveau d'Apprenti. »
C'était le minimum absolu que Ves se fixait. La version Mark II de son premier modèle commercial devait être un produit compétitif. Si son Marc-Antoine amélioré était encore trop loin derrière, il ridiculiserait son statut d'Apprenti.
« Je ne peux pas être aussi négligent que ces amateurs qui restent bloqués au rang de Novice. »
N'ayant aucune solution en vue, Ves mit le problème de côté. Il retourna à la Bibliothèque, et commença à travailler à l'amélioration de ses compétences en physique et en ingénierie électrique. À présent, la plupart des membres de la Société s'étaient habitués à le voir bachoter.
Pendant ce temps, le Barracuda traversait discrètement le secteur stellaire de Komodo. Au-delà des territoires centraux des États de second rang, le trafic diminuait considérablement. La plupart des vaisseaux ignoraient cette région, en raison de son manque de richesses, de développement, et de ressources exotiques.
De temps à autre, le vaisseau détectait une faible activité. Il s'agissait généralement d'éclaireurs, ou de petites équipes minières. Personne ne se donnait la peine de stationner des forces importantes dans ces systèmes vides, et le Barracuda ignorait donc ces présences insignifiantes.
Alors qu'ils traversaient le territoire d'un autre État insignifiant de troisième rang, le vaisseau détecta soudainement une activité inhabituelle. Lorsque Dietrich enquêta, il jugea la situation suffisamment grave pour interrompre Ves.
Irrité d'être arraché à ses études, Ves suivit Dietrich jusqu'à la passerelle. « Si tu es venu me voir, c’est que c’est important. Ça donne quoi ? »
« Les capteurs ont détecté les restes d'un raid. Une base secrète a été envahie et détruite. » expliqua Dietrich, en affichant une projection compilée par les capteurs longue portée du Barracuda. « Ceux qui ont attaqué la base ont réussi à éliminer leurs adversaires. Ils ont manifestement récupéré les Méchas détruits, mais ils n'ont pas tout emporté. »
Le vaisseau avait détecté des signes de combat sur une planète rocheuse banale. Cette planète ennuyeuse était aussi aride qu'un sac de sel. Elle manquait à la fois d'eau et d'atmosphère. Deux petites lunes orbitaient autour de la planète, à une distance respectable.
Ves étudia les scans extérieurs de cette base, ou d’avant-poste détruit. Il ne portait aucune insigne, ce qui était généralement obligatoire selon les lois galactiques. Cela signifiait que la base avait commise des activités illégales. Qui avait construit cette base ? Des pirates ? Des mercenaires ? Une agence d’espionnage ?
Ves ne parvint pas à déchiffrer les indices. Quant à son compagnon, il avait un bien meilleur œil pour les champs de bataille.
« Les attaquants et les défenseurs ont tous essayé d'effacer leurs traces, mais je peux me tromper. » déclara Dietrich, sans détour. « Mon instinct me dit qu'il s'agit d'un combat entre deux entreprises. »
C'était certainement une surprise. Les entreprises préféraient généralement éviter de se salir les mains.
« Oh, je ne veux pas dire que leurs services de sécurité sont intervenus directement. Il s'agit probablement d'une entreprise qui a engagé des mercenaires louches pour attaquer une base secrète protégée par d'autres mercenaires. Les traces sur le champ de bataille sont un peu trop variées, des deux côtés. Les deux camps ont utilisé des Méchas personnels avec leurs propres équipements uniques. »
Bien que ce ne soit pas une règle absolue, les entreprises et l'armée utilisaient généralement une force uniforme de Méchas, avec seulement quelques modèles différents. Une individualité excessive augmentait la quantité de maintenance et la complexité auxquelles une organisation devait faire face. Seule une organisation négligente partait au combat avec des dizaines de modèles différents.
« As-tu une idée de ce que faisait cette base ? Ce système est assez désertique. Il ne devrait pas y avoir de minerais exotiques, ici. Quelle entreprise aurait bien voulu construire une base aussi loin, au milieu de nulle part ? »
« Pourquoi ne pas aller voir ? » Dietrich sourit, et fit craquer son cou. « Je meurs d'envie de me rendre utile. Approchons-nous et explorons les lieux. La bataille devrait être terminée depuis au moins un mois, sinon, l'érosion ne serait pas aussi importante. L'endroit devrait être complètement désert. »
Devaient-ils explorer la base détruite ? L'idée l'excitait. Quel genre de trésors pourrait-il trouver dans ces ruines abandonnées ? Les assaillants avaient certainement récupéré tout ce qui avait de la valeur, mais s'il s'agissait simplement de mercenaires, ils n'avaient peut-être pris que ce qui était évident. Selon la fonction de la base, elle pouvait contenir beaucoup d'équipements spécialisés que les pilotes auraient négligés.
Si la base était une sorte de centre de recherche sur les Méchas, il pourrait même tomber sur un compresseur d'alliage, ou une machine de traitement chimique.
La cupidité faillit prendre le dessus, mais une note de prudence tempéra son enthousiasme. Ce n'était pas parce que les envahisseurs étaient partis que les risques avaient disparu. Qui sait, si les agresseurs n'avaient pas laissé une garde derrière eux ?
Ce qui inquiétait le plus Ves, c'était la criante qu’un des deux groupes arrive à toute vitesse, s'il déclenchait une alarme.
Envisageait-il une aventure ou un désastre ? Pouvait-il se permettre de prendre ce risque, alors que son domicile n'était qu'à quelques sauts ?
« Allons-y. Robot navigateur, approche la planète désignée avec prudence, mais reste discret. »
Dietrich se frottait déjà les mains. Il adorait les chasses au trésor comme celle-ci. Quant à Ves, la seule raison pour laquelle il osait s'approcher de la base était qu'il pensait qu'il était peu probable que quelqu'un ait laissé un vaisseau derrière lui. Quel mal y avait-il à jeter un coup d'œil ?