Chapitre 109
Chapitre n°109 – Plans pour le Futur
Traducteur/Checker : SP76
Le Barracuda traversait tranquillement les étoiles. En visitant des systèmes stellaires isolés, il évitait la plupart des conflits. Cela lui permettait d'effectuer une série de sauts tranquilles, le Barracuda n'utilisant son moteur PRL que quelques heures à la fois.
Pendant que Dietrich goûtait régulièrement à l'alcool du vaisseau, Ves consolidait ses gains obtenus à Leemar. La pression et le manque de temps pendant la compétition lui permirent de libérer son potentiel. Inspiré, il fit plusieurs choix de création risqués, qui lui donnèrent une nouvelle perspective sur la création et la mise en œuvre.
« Même si le Système fourre toute une bibliothèque de connaissances dans mon cerveau, j'ai encore beaucoup à apprendre. Je pensais avoir parfaitement maîtrisé la mécanique de Compagnon après l'avoir améliorée grâce au Système, mais je me rends compte maintenant que ce n'est que le début. »
Les livres lui étaient toujours utiles, même s'il continuait à s'appuyer sur le Système. Différentes sources de connaissances offraient des perspectives contrastées. Certaines mettaient en lumière des questions que d'autres négligeaient. Ves ne pouvait jamais lire trop de livres, même si dans la pratique, il devait encore travailler pour gagner sa vie.
Il soupira, en pensant à ce qui l'attendait à son retour. Alors que les initiés de l'industrie de la Coalition ne faisaient que hausser les sourcils devant son statut, les ploucs de la République pourraient commencer à le traiter comme un roi.
Quoi qu'il en soit, Ves était certain de pouvoir tirer profit de son statut pour augmenter ses ventes. La marque et la réputation étaient les éléments les plus importants, dans l'industrie. Mais cela imposait aussi une certaine responsabilité. Tous les modèles qu'il vendait devaient répondre à des normes d'excellence minimales. Tout ce qu'il commercialisait et qui s'avérait insuffisant aurait des répercussions non seulement sur lui, mais aussi sur son Maître.
Il ne voulait pas attendre que le Barracuda arrive à destination. Ves leva son communicateur, et afficha sa liste de contacts.
Son doigt s'attarda sur Carlos Shaw. Comparé aux Écuyers de la Société Clifford qui suppliaient d'être embauchés, Carlos était loin d'être à la hauteur. Après quelques minutes de réflexion, Ves décida qu'il préférait avoir quelqu'un en qui il avait confiance, plutôt que quelqu'un qui ne s'intéressait qu'aux avantages.
« Mon premier employé devrait être quelqu'un que je peux traiter comme un partenaire. Je serai bien trop occupé à concevoir de nouveaux modèles pour m'occuper de la gestion de mes futurs subordonnés. Avec Carlos à mes côtés, il pourrait jouer le rôle de mon Horatio, en gardant un œil sur l'expansion de mon entreprise. »
Ves était ambivalent, quant à l'expansion de son entreprise. Sans parler du coût de l'équipement, il ne pouvait tout simplement pas se permettre de diviser son attention.
Après son calvaire à Leemar, il avait acquis une perspective différente. Tout grand créateur de Méchas avait besoin d'une montagne de ressources pour progresser. Concevoir et fabriquer un Mécha à la fois prenait trop de temps et ne rapportait qu'un revenu limité.
Si Ves voulait accélérer ses plans, il devait renoncer à son besoin de contrôle absolu et déléguer certaines tâches. Bien qu'il n'ait pas encore commencé s’étendre, il souhaitait faire appel à Carlos dès que possible.
Son doigt appuya sur le nom, connectant son communicateur au réseau galactique, et acheminant son appel à travers le secteur stellaire. Le nœud d'intrication quantique du Barracuda lui permit de se connecter avec succès au réseau galactique sans aucun problème, même is le vaisseau voyageait en mode PRL.
« Ves ! » Ses yeux s'illuminèrent d'espoir. « Je suis ravi de te revoir ! J'ai regardé ta performance, depuis la maison. Patricia et toi avez vraiment rendu notre petite République célèbre. Vous êtes tous les deux des héros, maintenant ! »
« C'est une excellente nouvelle, mais je ne t'ai pas appelé pour me reposer sur mes lauriers. »
Il expliqua brièvement ses projets d'expansion à Carlos. Bien qu'il ait prévenu son ami que cela pourrait prendre un an ou deux, Carlos ne resterait pas inactif entre-temps.
« C'est une sacrée offre ! » répondit Carlos avec émotion. « Je vais enfin pouvoir dire adieu à mon stupide travail de contrôle qualité. »
« Je ne t'embauche pas comme créateur à plein temps, alors ne te fais pas trop d'illusions pour l'instant. J'aimerais surtout que tu perfectionnes tes compétences en assemblage et en fabrication. Tu prendras en charge mes machines chaque fois que je recevrai une commande courante. »
« Ne t'inquiète pas, Ves. Après avoir travaillé dans le contrôle qualité, j'ai appris toutes les façons dont le processus de fabrication peut mal tourner. Je peux te garantir que je ne ferai pas n'importe quoi ! »
Après avoir terminé sa conversation avec Carlos, Ves raccrocha et appela sa cousine Melinda.
« Salut Melinda, je dérange ? »
« Je suis encore en service, mais mon patron ne voit pas d'inconvénient à ce que je fasse une petite pause. » répondit Melinda, en tripotant son uniforme de la Garde planétaire. « Tu es devenu quelqu'un d'important, chez nous. »
« Je sais. Je t'ai appelée parce que je voulais te demander si j'étais toujours sous enquête. »
L'un de ses Méchas avait été utilisé pour commettre des atrocités à Bentheim. Aux dernières nouvelles, les enquêteurs de la République voulaient convoquer Ves pour un entretien très sérieux.
« Toutes les affaires te liant ont été suspendues. » répondit Melinda, avec un sourire. « Ta réussite impressionnante a effrayé les enquêteurs. Ils ont changé d'avis du jour au lendemain, et ont discrètement retiré leurs radars. »
L'influence d'un Maître était telle que les gens s'écartaient spontanément de son chemin. Il n'avait même pas besoin de dire quoi que ce soit pour que les autres se plient à ses besoins.
« Que pense la famille ? »
« Grand-père est fier de toi, comme toujours. Quant aux autres, eh bien, nous connaissons l'importance des Méchas, mais ils pensent que tu es encore trop jeune pour exercer une influence significative au nom des Larkinson. »
L'évaluation de Melinda était juste. Ce n'était pas parce qu'il était devenu Apprenti qu'il exerçait une grande influence. Maître Olson avait sa propre dignité. Elle n'allait pas tourner son attention vers la petite et faible République et commencer à se mêler de ses affaires.
Après avoir échangé quelques banalités, Ves mit fin à l'appel, afin que Melinda puisse retourner à son travail. Il passa un dernier appel à sa courtière.
Le visage trapu de Marcella Bollinger fixait Ves avec une expression intrigante. « Tu as fait un sacré bond. Je ne pensais pas que tu étais capable de voler la vedette, à Leemar. »
En tant que revendeuse de Méchas, Marcella en savait beaucoup plus sur les Méchas que les pilotes lambdas. Le Ves qui avait conçu le Marc-Antoine ne pouvait en aucun cas rivaliser avec les génies de Leemar. Ce bond en avant soudain était déroutant.
« J'ai récemment eu une opportunité. J'ai considérablement amélioré mes compétences. » répondit-il simplement, décidant de laisser Marcella dans le flou. « Comment se porte la demande pour mes créations ? »
Elle afficha un sourire avide. « Ils se bousculent à ma porte depuis des jours. Même si je pense que cet enthousiasme va retomber au cours de la semaine, tu ne manqueras plus de clients. Ta notoriété à elle seule a explosé. »
Marcella envoya à Ves un rapport marketing détaillant l'augmentation de la valeur de sa marque. Même s'il n'avait fabriqué que deux Méchas physiques, la valeur de sa marque dépassait de loin celle des petits fabricants de Bentheim.
En fait, sa valeur était presque équivalente à celle d'un fabricant moyen.
« Le problème, c'est que même si ta marque est plus importante, ton échelle est trop petite. Quels sont tes plans ? »
« Tout d'abord, j'ai l'intention d'arrêter mes ventes. Mon Marc-Antoine est trop dépassée, je compte donc mettre à jour le modèle. Attends-toi à de sacrées améliorations, une fois que j'aurai terminé. »
« C'est une bonne chose. Le principal argument de vente du Marc-Antoine est son prix. Pour un Mécha avancé, ses performances sont malheureusement insuffisantes. Si tu parviens à combler l'écart avec les modèles les plus dominants du marché, je suis sûr que tu attireras un flux constant de commandes. »
Ves acquiesça. Ils savaient tous deux que le Marc-Antoine ne pourrait jamais rivaliser avec les modèles Dernière Génération qui dominaient le marché. En améliorant ses performances, ils espéraient tous deux que sa renommée fulgurante suffirait à détourner une partie de la clientèle.
« J'ai également revu ma politique de prix et de labels. » ajouta Ves, en envoyant un document d'une page présentant trois labels distincts. « Comme je prévois d'agrandir mon atelier, je vais confier la fabrication à mes employés. Les Méchas qu'ils fabriqueront ne seront pas aussi solides que les miens, mais je veillerai à ce qu'ils respectent la fiche technique. »
« C’est ton label Argent, je vois. Un bon choix de nom. L'argent est traditionnellement associé à des produits de valeur, mais abordables. Cela correspond bien à des produits destinés au marché de masse. Tes clients n'auront pas d'attentes irréalistes, pour tes produits les moins chers. »
« Le niveau supérieur est le label Or . Il s'agit des Méchas fabriqués personnellement. Comme tu le sais, je ne veux pas le faire trop souvent. Étant donné que la valeur de ma marque a augmenté, je pense qu'une augmentation de 50% par rapport au label Argent est viable. Es-tu d'accord ? »
Marcella réfléchit à voix haute. « C'est une question difficile. Je peux faire une étude de marché, mais il vaut mieux mettre cela en œuvre directement, et voir combien de clients sont prêts à payer. Je comprends l'intérêt, mais le prix est très proche du plafond maximal acceptable. »
Si Ves se trompait, ils pourraient toujours ajuster le prix. Marcella avait le dernier mot concernant le prix de vente, elle ne considérait donc ses suggestions que comme des recommandations.
Son expression se transforma en un froncement de sourcils, lorsqu'elle aborda le troisième label. « Même si le marché acceptera facilement les deux labels précédents, le label Rubis sort des sentiers battus. Non seulement tu factures 75 % de plus que le prix de base, mais tu imposes également une commande de 4 Méchas. Je ne sais pas si tu le sais, mais nous offrons régulièrement des remises, lorsque les clients en commandent plusieurs. »
« Je sais que tu es perplexe, mais mon label Rubis vaut vraiment son prix. Il s'agit d'un service exclusif destiné à répondre aux besoins des escouades et des Corps de mercenaires soudés. Tout comme je l'ai fait pour Vincent Ricklin, je consacre une grande partie de mon temps à apprendre à connaître mes clients et à personnaliser mes créations en fonction de leur profil. Cela ne vaut pas la peine de faire tous ces efforts pour fabriquer un seul Mécha. En fixant un montant minimum, je peux utiliser mon temps de manière plus efficace. »
Ves ne dit pas qu'il souhaitait développer son Facteur X. Lors de la finale de la compétition, il avait été frappé par la façon dont le trio de Méchas identiques renforçaient mutuellement leur aura. Il voulait explorer ce phénomène, et le transformer en un avantage commercialement viable. Si ses spéculations s'avéraient exactes, son label Rubis pourrait devenir son plus grand trésor.
« Je te tiens au courant, mais ne t'attends pas à ce que quelqu'un se montre intéressé. » répondit Marcella, avec une pointe d'hésitation. « Pour l'instant, tu dois battre le fer tant qu'il est chaud. Le marché a la mémoire courte. Avant de disparaître complètement, tu devrais trouver un moyen de consolider ta réputation. »
« Comme je te l’ai dit, je vais reprendre le Marc-Antoine. Une fois que j'aurai vendu suffisamment de Méchas d’Or et d’Argent, j'ai l'intention d'acheter un compresseur d'alliage. »
« Ces appareils coûtent assez cher. Tu peux en trouver un d'occasion pour environ 300 millions de crédits, mais je ne te recommande pas ça. Les compresseurs subissent des pressions extrêmes. Ils s'usent plus rapidement que n'importe quelle autre machine, dans un atelier. »
« C'est vrai, mais la marge de bénéfice du Marc-Antoine est trop limitée. Il y a deux façons d'augmenter mes revenus. Premièrement, je peux augmenter mon échelle de production. Le problème, c'est que ça coûte encore plus cher. Je préfère choisir la deuxième option, et apporter une petite amélioration à mon atelier afin de pouvoir produire un Mécha de meilleure qualité. »
« Tu veux créer et vendre un variant du Auguste-César, c'est ça ? »
« C'est le seul choix que j'ai. » acquiesça Ves. « J'ai beaucoup progressé, je suis donc confiant dans ma capacité à mener à bien cette création. J'ai déjà préparé le terrain, et j'aurai un nouveau modèle prêt dans quelques mois. »
La marge de bénéfice du Marc-Antoine était dérisoire, par rapport à celle du Auguste-César. Plus vite Ves commencerait à intégrer la compression d'alliages dans ses modèles, plus vite il accumulerait suffisamment de crédits pour financer le développement d'un modèle entièrement original.
Marcella semblait intriguée. Elle réfléchit à ses paroles, avant de formuler une réponse. « Tu devrais d'abord te constituer un historique. Une fois que tu auras prouvé que tu peux gagner un revenu stable, tu devrais demander un autre prêt afin d'acheter un tout nouveau compresseur d'alliages. »
« Quoi ?! » Ves se leva de son siège. « Je dois encore rembourser ma dette actuelle ! »
« Ta dette a cessé d'être un fardeau il y a longtemps. Dis-moi, combien d'efforts dois-tu fournir pour rembourser tes intérêts annuels ? »
« Je peux couvrir le paiement avec quelques ventes. »
« Cela signifie que ton entreprise est sous-endettée. La dette n'est pas un monstre effrayant, Ves. C'est un outil que tu peux utiliser pour financer l'expansion rapide dont tu as toujours rêvé. Tu n’as pas besoin d'être patient et d'économiser lentement le montant nécessaire. Tu peux prendre un raccourci, en maximisant ton effet de levier. »
« Je détiens toutes les parts de mon entreprise. Si je me plante, j'en assumerai seul les conséquences. »
« Qu'est-ce qu'une ou deux faillites, pour un entrepreneur ? Tu es encore jeune. Es-tu si peu sûr de toi que tu n'as pas la confiance nécessaire pour passer à l'étape suivante ? Je te croyais génial. »
Marcella avait également raison. Ves avait récemment pris beaucoup d'assurance. Il avait de grands espoirs, quant à son potentiel de revenus futurs. S'il parvenait à convaincre la banque de lui accorder quelques centaines de millions de crédits, il pourrait alors accélérer son agenda d'au moins un an.
« D’accord. Je prendrai rendez-vous avec la banque dès mon retour. » dit Ves avec conviction. Même si la banque restait sceptique, Ves n'hésiterait pas à user de son statut pour faire pression.
Alors que Ves mettait fin à sa conversation avec Marcella, il réfléchit à ce qu'il devait encore acquérir. L’Auguste-César utilisait un système d'armure extraordinaire, dont la fabrication nécessitait plus qu'un compresseur en alliage.
« Je vais devoir également me procurer une machine de traitement chimique. Les plaques d'armure doivent d'abord être traitées à l'aide d'une formule chimique brevetée, avant d'être compressées. Sans accès à une telle machine, je ne pourrai pas garantir de bons résultats. »
Les compresseurs d'armure pouvaient encore être achetés sur le marché libre. Quant aux Machines de Traitement Chimique (MTC), elles étaient généralement entre les mains des grands acteurs. Pour en obtenir une, il fallait avoir de bonnes relations. Heureusement pour Ves, la Société Clifford lui fournissait un tel canal. Il trouva plusieurs magasins sur le marché de la Société qui vendaient des MTC à des prix abordables.
« Je dois juste économiser 50 mérites. »
Même en tant que Chevalier, Ves devait travailler dur pour gagner ses mérites. Les missions les plus lucratives l'obligeaient soit à s'engager pour des années, soit à se rendre directement sur un champ de bataille. Il n'avait pas le courage pour ces missions, alors il attendait patiemment d'autres opportunités.
Ves apprit que la salle des missions de la société proposait parfois des missions urgentes. Ceux qui acceptaient ces missions devaient souvent faire face à des situations difficiles. Les récompenses étaient généreuses, et les risques gérables.
« J'espère pouvoir décrocher une mission qui me convienne, dans les mois à venir. »