Chapitre 108
Chapitre n°108 – Société Clifford
Traducteur/Checker : SP76
Les structures virtuelles construites au sommet et autour des montagnes étaient remarquablement diverses. Certaines avaient la forme de temples anciens, tandis que d'autres s'inspiraient d'architectures plus modernes.
« Tu te demandes pourquoi il y a autant de styles différents, pas vrai ? La Société n'a pas pour habitude d'imposer des contrôles stricts. Après tout, nous ne sommes pas le clan Konsu. Chaque membre au-dessus du rang d'Écuyer a le droit de placer une structure permanente dans cette chaîne de montagnes. Plus ton rang est élevé, plus ton espace personnel est important. »
Il s'avéra que la Société Clifford classait ses membres selon une hiérarchie simple.
Le niveau le plus bas était celui des Écuyers. Ils formaient le groupe le plus important, car chaque année, bon nombre des 500 meilleurs participants au concours ouvert de Leemar choisissaient de les rejoindre. Ils n'avaient qu'un accès de base aux ressources de la Société, mais pour les créateurs ayant peu d'expérience, c'était une oasis dans le désert. Ils devaient gagner des mérites en accomplissant des missions, afin de pouvoir payer des services plus exclusifs.
Le rang supérieur était celui des Chevaliers. Les Écuyers étaient rarement promus à ce rang. La plupart des apprentis, des disciples, et des créateurs de rang intermédiaire réguliers étaient des chevaliers. Ils exerçaient une influence considérable, et bénéficiaient d'un accès plus étendu aux bibliothèques exclusives de la société, à la salle des missions, et aux conférences réservées.
Comme Ves était entré dans la société avec ce rang, Horatio lui donna une meilleure idée de ce à quoi il pouvait s'attendre avec ce statut.
« Ne te donne pas la peine de te mêler aux Écuyers, sauf si tu veux qu’ils fassent quelque chose à ta place. Tu peux créer une mission dans la salle des missions et y joindre une petite récompense. Je peux te garantir que des centaines de petits garnements se précipiteront pour accomplir ta tâche. »
Il semblait qu'Horatio avait une très mauvaise opinion d’eux. Compte tenu de la composition hétérogène du top 500 de cette année, Ves comprenait son mépris. En raison du format étrange du concours, de nombreux créateurs non qualifiés s'étaient glissés dans le classement. Ces chanceux stagnaient probablement par la suite, en raison de leur manque de talent et d'éthique professionnelle.
« Il vaut mieux interagir avec vos pairs. Chaque Chevalier est un individu exceptionnel qui a mérité son rang. Bien que tu puisse gagner des mérites de manière ennuyeuse en accomplissant des missions, il est plus pratique d'échanger des connaissances ou de l'aide avec tes collègues. »
Lorsque Horatio le guida vers la salle des missions, Ves comprit pourquoi il évitait d’y aller. La plupart des missions adaptées aux Chevaliers duraient des mois, voire des années.
Il s'agissait notamment de missions telles que donner des cours particuliers à un enfant gâté jusqu'à ce qu'il obtienne son diplôme dans un domaine. Une telle mission rapportait 50 mérites à celui qui la menait à bien après cinq ans.
« Ne sous-estime pas une telle quantité de mérites. Bien qu'il n'y ait pas d'équivalent direct en cols, tu peux considérer un telle somme comme un million de cols. »
Cela signifiait qu'un seul mérite valait au moins cent millions de crédits brillants ! Il pouvait fabriquer quatre Marc-Antoine avec autant d'argent !
« En tant que Chevalier, tu as droit à 10 mérites par année standard. Il s'agit simplement d'argent fictif, pour dépanner. Pour illustrer la valeur d'un mérite, jetons un coup d'œil aux bibliothèques. »
Le complexe bibliothécaire de la Société occupait tout un plateau. Plusieurs structures gréco-romaines différentes offraient différents niveaux de connaissances. La Bibliothèque des Étoiles était destinée aux Écuyers, et contenait des livres et des articles allant du niveau de Novice au niveau d’Apprenti. Un chevalier avait un accès illimité à tous les livres.
La Bibliothèque de la Lune offrait des connaissances plus approfondies. Les livres et articles de son catalogue étaient d'un niveau supérieur à celui des manuels que Ves avait précédemment achetés sur le marché libre. La grande majorité de ses livres étaient destinés aux Compagnons, mais l'étage supérieur proposait également des livres de niveau supérieur.
Les Chevaliers comme Ves devaient échanger des mérites pour obtenir une copie virtuelle d'un livre. Il ne pouvait les recevoir que sur des tablettes sécurisées spéciales, afin de protéger les connaissances. Ces tablettes étaient dotées d'un cryptage sophistiqué et d'autres formes de protection contre la copie.
Leur fonctionnement était très étrange. Si Ves voulait lire un livre, il devait avaler une capsule neuronale spéciale adaptée à son ADN, qui reconfigurait temporairement ses nerfs optiques pour lire les motifs absurdes affichés sur la tablette. Son cerveau interprétait alors automatiquement les lignes et les symboles ondulés en mots lisibles.
La Société ne fournissait que 20 capsules neuronales aux Chevaliers. Cela signifiait que Ves ne disposait que de vingt tentatives pour lire un manuel entier. Il devait payer davantage de mérites, s'il voulait obtenir un autre lot de capsules neuronales.
« Comme tu peux le voir, Ves, les livres de niveau débutant ne coûtent qu'un mérite aux Chevaliers. Les livres plus avancés coûtent entre 5 et 50 mérites. Quant aux livres de niveau supérieur, n'y pense même pas tant que tu n'as pas accumulé au moins 1000 mérites. »
Même Ves devait accomplir une mission de dix ans, s'il voulait gagner une telle somme. Certaines missions étaient mieux rémunérées ou plus courtes, mais elles comportaient également beaucoup plus de dangers. Certaines de ces missions plaçaient les participants au cœur de conflits actifs !
Après avoir quitté le bâtiment, Horatio conduisit Ves devant la plus magnifique des bibliothèques. « La Bibliothèque du Soleil est le Saint Graal de la faculté de développement mécanique de Leemar. Chaque professeur de l’ITL a fait don d'au moins un livre. Au fil des ans, la quantité de connaissances accumulées est impressionnante, même si la plupart sont dépassées. »
« As-tu déjà eu l'occasion d’en lire un livre ? » demanda Ves avec curiosité. Horatio semblait plutôt âgé. Il devait avoir travaillé sous les ordres de Maîtresse Olson pendant de nombreuses années.
Horatio bombait le torse. « J'ai accompli une mission cruciale pour Maîtresse Olson, il y a quelques années. J'ai obtenu le droit d'accéder à un seul livre de la Bibliothèque du soleil. Oh, tu ne peux pas imaginer la brillance qui imprègne chaque page ! Découvrir l'essence de leurs spécialités est une chance extraordinaire ! Ah ! » Il toussa maladroitement, lorsqu'il réalisa que ses émotions avaient pris le dessus.
Il retrouva rapidement son sang-froid en tant que senior amical. « Les connaissances contenues dans cette bibliothèque sont extrêmement dangereuses pour les jeunes créateurs comme toi. À moins d'avoir acquis beaucoup d'expérience et d'avoir fortement affiné ta philosophie, tu ferais mieux d’y renoncer. »
Ves acquiesça, tout en restant quelque peu sceptique. Comment quelque chose d'aussi innocent que des livres pouvait-il perturber l'esprit d'un créateur de Méchas ?
Ils descendirent la chaîne de montagnes et entrèrent dans l'une des villes. Contrairement au mélange éclectique des sommets, la ville ressemblait à un véritable château médiéval. Des personnages simulés animaient la scène, mais tous ignoraient les membres de la Société comme s'ils n'existaient pas.
« C'est ici que les Écuyers peuvent louer une maison ou une boutique virtuelle. Ce n'est pas l'environnement le plus harmonieux, mais cela suffit à la plupart d'entre eux, s'ils souhaitent faire la promotion de leurs services. »
De nombreux Écuyers avaient installé des boutiques ou des étals proposant des marchandises, en échange de mérites. Ils montraient également leurs capacités dans l'espoir d'être embauchés par quelqu'un qui avait des mérites à dépenser.
En voyant ces talentueux créateurs s'abaisser pour quelques mérites, Ves comprit à quel point le monde pouvait être brutal. Les Écuyers qui rejoignaient la Société Clifford commençaient au bas de l'échelle, et devaient se battre pour gravir les échelons. Cela lui rappelait les conditions difficiles que les étudiants de l’ITL devaient endurer pour survivre.
« Ces Écuyers font d'excellents laquais, si tu manques de main-d'œuvre. La Société nous lie tous ensemble. Les règles sont très strictes envers ceux qui violent les contrats conclus dans son cadre. »
Ils arrivèrent à la destination finale de leur visite. Horatio avait conduit Ves dans un bazar haut de gamme, où des Chevaliers et des personnes de rang encore plus élevé avaient installé leurs propres boutiques.
Presque tout pouvait être échangé contre des mérites. Des plans de Méchas aux épaves très avancés, avec suffisamment de mérite, on pouvait tout avoir. Ves écarquilla les yeux, lorsqu'il s'arrêta devant un magasin vendant du matériel de fabrication.
« C'est une imprimante 3D correcte. » remarqua Horatio en regardant la machine. C'était une imprimante standard courante dans la Coalition. « Elle ne m'intéresse pas, mais elle devrait répondre à tes besoins. »
Le prix élevé de 500 mérites découragea Ves. Il n'y avait pas beaucoup de moyens pour lui de gagner autant de mérites rapidement. À contrecœur, il abandonna ces jouets brillants, et suivit Horatio qui lui montrait les magasins les plus remarquables.
La visite prit fin lorsqu'ils arrivèrent à une fontaine. Horatio fouilla dans sa poche et en sortit un ticket de mérite. Il le jeta dans la fontaine sans hésiter.
« On dit qu'on peut avoir de la chance, si on jette des mérites dans la fontaine. » Horatio sourit à Ves qui semblait perplexe devant ce gaspillage. « Tu penses peut-être que je jette un objet virtuel dans une fontaine virtuelle pour rien. Si tu crois que le multivers est figé et obéit à un ensemble défini de lois physiques, alors tu as peut-être raison. »
Ves comprit où il voulait en venir. Il s'agissait peut-être même d'une sorte de test caché.
« Je pense que nous n'avons fait qu'effleurer les mécanismes de notre réalité. Nous avons encore beaucoup à apprendre. » dit-il en jetant sans remords un précieux mérite dans les eaux de la fontaine. Intérieurement, il gémit à cette perte. Il ne lui en restait plus que 9.
Son guide ne dit rien, et se contenta d'observer. Une fois le ticket complètement immergé, il commença à flotter. « C'est tout pour cette petite visite. Prends soin de toi, et travaille dur pour devenir un créateur de Méchas de rang Compagnon. Une fois ce niveau atteint, tu auras accès au Jardin de Titane, le portail exclusif de Carmin. Il n'est pas aussi animé que le reste de la Société, mais il offre des ressources exclusives qui t’aideront à progresser. »
Le Jardin de Titane existait à la fois comme portail virtuel et comme lieu physique sur la planète natale de Maîtresse Olson. Maîtresse Olson devait son ascension rapide au groupe Vermeer, mais sa véritable allégeance était plus complexe. Elle s'était associée de manière proactive à des maîtres d'autres groupes au sein de la Coalition, et avait maintenu une position neutre dans toutes les guerres de territoire intra-Coalition. En substance, elle était la bienvenue partout.
Même si Ves pouvait gravir les échelons de la Société, cela restait un moyen pour le Groupe Carnegie d'exercer une influence sur lui. Cela deviendrait compliqué, s'il s'impliquait dans les relations politiques complexes entre les différents groupes.
S'il devait faire un choix, il valait mieux qu'il privilégie le Groupe Vermeer. Néanmoins, en tant qu'étranger, Ves espérait rester en dehors de ce bourbier, tranquillement développer ses Méchas dans la République Brillante.
« Pour l'instant, essaie de tirer parti de ce que la Société a à offrir. » conseilla Horatio à Ves, avec sincérité. « Les ressources qu'ils offrent aux créateurs de Méchas de rang inférieur sont assez complètes. Assure-toi de développer des bases solides, et de développer tes spécialités étape par étape. Même si tu ne dois pas te précipiter, j'espère que tu atteindras le niveau de Compagnon dans une dizaine d'années au maximum. »
Ves n'avait pas besoin de demander ce qui se passerait s'il ne répondait pas à cette exigence. En tant que déshonneur pour son Maître, il serait déchu de son statut d'apprenti, et rejeté comme un déchet.
« Compris. Je m'assurerai de travailler aussi dur que possible. »
« Encore une chose. Si tu es bloqué dans tes études, n'hésite pas à me contacter, pour des conseils. Note bien que mon temps est également limité, tu ferais donc mieux d'avoir des mérites à la clé. »
Cela lui laissait une porte de sortie, s'il se trouvait vraiment dans une impasse. Ves ne s'attendait pas à consulter Horatio souvent, car il comptait sur le Système pour améliorer ses compétences. Bourrer son crâne comme un humain avait perdu tout son intérêt, puisqu'il lui suffisait de dépenser quelques PC pour maîtriser parfaitement une nouvelle compétence.
« Bon, je vais probablement essayer d'apprendre avec les livres, car je manque de PC. »
Une fois Horatio parti, Ves quitta également l'environnement simulé. Il pourrait emprunter des livres plus tard. Il devait d'abord terminer ceux qu'il avait achetés.
Après avoir livré tant de batailles à Leemar, Ves ressentait le besoin de consolider ses nouveaux acquis en revisitant certaines théories qu'il ne comprenait pas complètement. C'était un bon moyen de passer le temps, pendant que le Barracuda faisait route vers la République Brillante.