Chapitre 1 071
Ves réserva le reste de la journée pour assimiler toutes les nouvelles compétences et sous-compétences qui lui avaient été insufflées.
En règle générale, plus une compétence coûtait cher, plus elle déversait de connaissances dans son esprit.
Son Intelligence accrue lui permettait de supporter cet afflux colossal de connaissances, mais leur ampleur même lui pesait encore beaucoup. Et cela n’arrangeait rien que Ves portât déjà un fardeau : le fragment spirituel augmenté de Qilanxo !
Malgré les désagréments, Ves endura la pression et s’efforça de traiter l’afflux de connaissances du mieux qu’il put. D’innombrables théories et formules liées aux systèmes de propulsion et de vol envahirent son esprit, où elles s’installèrent au cœur de son répertoire.
Vint ensuite le savoir relatif à la technologie de polarisation. Ves en apprit les principes. Le module de polarisation présenté pour la première fois par le professeur Ventag n’avait plus rien de mystérieux à ses yeux ! Il possédait désormais des bases suffisantes pour modifier sa conception initiale !
Une foule d’idées s’épanouirent dans son esprit, et il prévoyait déjà de revoir de nombreux aspects de l’ébauche de son super-chevalier spatial de taille moyenne. À la lumière de ses connaissances nouvellement acquises, le nombre de défauts qu’il avait introduits dans son ébauche était franchement embarrassant !
« Rien que pour ça, ça valait déjà la peine de dépenser tous ces points de développement ! »
Ves était très impressionné par l’étendue des connaissances que lui avaient apportées ces compétences et sous-compétences coûteuses. Il ne se sentait plus comme un novice dans la conception de méchas spatiaux ! Même ceux qui concevaient des méchas spatiaux depuis des dizaines d’années n’auraient peut-être pas pu égaler la profondeur du savoir qu’il avait acquis en quelques heures !
Pourtant, toutes ces compétences ordinaires faisaient pâle figure à côté de ce qu’il considérait comme le joyau de sa liste d’achats.
Acheter une Maîtrise dans l’arbre des compétences du Système ne se résumait jamais à lui insuffler un ensemble de connaissances. Non, le Système ne s’en contentait pas. Il prenait plutôt possession de son esprit, le faisait voyager dans le passé — voire dans une réalité parallèle — et le forçait à s’immiscer dans la tête d’un pilote de mécha d’autrefois !
Que le Système se livre à une simulation complexe ou à un véritable voyage dans le temps, Ves devait reconnaître que l’expérience était extrêmement efficace. Quand il avait accès à tous les processus de pensée conscients et inconscients des pilotes de mécha, aucun détail ne lui échappait !
Il hésitait tout de même à entreprendre sa Maîtrise pour l’instant. Il n’était de retour dans son entreprise que depuis moins d’un jour et ne pouvait pas se permettre de la laisser sans gouvernail trop longtemps.
En outre, la durée d’un parcours de Maîtrise semblait entièrement laissée au hasard. Le temps qu’il passait dans le passé correspondait à celui durant lequel il restait inconscient dans son époque.
Si le Système lui jouait un mauvais tour et le retenait plusieurs jours dans son parcours de Maîtrise, son entreprise et ses proches commenceraient à se demander où il avait disparu. Même avec Lucky pour monter la garde, ils pourraient décider d’entrer de force dans son laboratoire.
« Je devrai bien planifier mon absence, et seulement après m’être occupé de quelques affaires urgentes. »
Maintenant qu’il était de retour dans l’entreprise, il ne pouvait pas la laisser poursuivre sa trajectoire actuelle sans intervenir. Ves décida de remettre sa Maîtrise à plus tard et de régler d’abord d’autres affaires.
« Allez, Lucky. On va d’abord faire un tour dans le coffre-fort, puis on ira à l’atelier de production. »
Ves descendit jusqu’au niveau le plus bas du complexe manufacturier et entra dans le grand coffre-fort, presque vide. Il se dirigea vers la partie où se trouvait son générateur de bouclier. Après avoir déverrouillé le coffret qui renfermait ce puissant équipement, il examina l’objet en forme de ceinture qu’il tenait entre ses mains.
« Il est si petit, léger et fin. »
Jusque-là, il avait considéré son générateur de bouclier comme un produit de la magie plutôt que de la science. Au regard de ses connaissances scientifiques et techniques, il lui semblait impossible de concentrer autant de pouvoir protecteur dans un dispositif aussi léger et fin !
Pourtant, après trois ans de séparation, le générateur ne lui paraissait plus aussi mystérieux. Sa compréhension de la technologie de polarisation lui fournissait une base pour saisir le fonctionnement de sa version plus avancée. Même l’incroyable quantité d’énergie nécessaire pour maintenir l’effet protecteur devenait explicable.
« Bien sûr, même si je peux deviner les principes de fonctionnement, il est beaucoup trop tôt pour que je conçoive et construise mon propre générateur de bouclier. » Il ricana.
L’examen du générateur lui fit apprécier encore davantage sa valeur. C’était une application extrêmement coûteuse de la haute technologie. Ves n’osait même pas demander combien il avait coûté au maître Olson pour le lui offrir.
Au passage, il prit aussi son multiscanner Vulcaneye, même s’il ne pensait pas en avoir besoin tout de suite. Il l’accrocha à sa ceinture à outils, presque vide.
« Il faudrait que je pense à remplir ma ceinture d’outils et de gadgets, comme la dernière fois. »
Cela lui rappela une autre récompense obtenue lors de la même mission du Système qui lui avait valu dix billets de loterie dorés.
Il plongea son esprit dans son Inventaire intangible et examina le seul autre objet qu’il contenait, à part l’Amastendira.
[Bon d’amélioration spéciale (Machine)]
Ce bon peut être appliqué à tout objet répondant à la définition de « machine » et le fera passer en profondeur à un rang supérieur. Plus la machine est petite, plus l’amélioration sera importante. Ce bon est moins efficace sur les machines avancées et complexes.
À vrai dire, Ves avait oublié ce bon d’amélioration spéciale, faute d’avoir trouvé une bonne occasion de l’utiliser. Sa description avait des airs de piège, comme c’était souvent le cas avec le Système.
S’il l’utilisait sur un objet très avancé comme l’Amastendira ou même Lucky, l’amélioration serait si marginale que rien ne changerait vraiment.
S’il l’utilisait sur quelque chose de médiocre, même s’il en tirait un résultat intéressant, il aurait pu obtenir quelque chose d’équivalent par des moyens plus conventionnels.
« Rien ne presse, je n’ai pas besoin d’appliquer ce bon à quoi que ce soit pour l’instant. »
Il conservait également une invitation virtuelle en bronze pour la Fondation de l’Aile des Anges. Il l’avait obtenue auprès de l’odieuse Église de Haatumak, mais cela n’en diminuait pas la valeur.
Le Pacte des Cinq Parchemins soutenait certainement la Fondation de l’Aile des Anges en coulisses, mais celle-ci était peut-être sa seule source d’améliorations biologiques et génétiques rares dans les confins galactiques.
Ves n’avait pas non plus oublié l’implant cérébral Archimedes Rubal. Il promettait d’immenses avantages pour ses facultés cognitives, notamment sa mémoire. Le problème, c’était qu’il ne lui faisait pas confiance en l’état. Il devait engager un spécialiste fiable pour vérifier sa bioprogrammation et s’assurer qu’elle ne contenait aucune porte dérobée.
« J’ai tellement de choses à faire. » Il soupira.
Il regrettait de devoir laisser ces merveilles de côté, mais ne voyait aucune bonne occasion de les utiliser pour le moment.
Après avoir récupéré dans le coffre-fort ce qu’il voulait, il prit les ascenseurs sécurisés jusqu’à l’atelier de production.
La dernière fois qu’il avait visité le niveau où se déroulait toute la production de la LMC, celui-ci était presque entièrement vide.
Ce n’était plus le cas. Avec une ligne de production Dortmund, cinq lignes Benson et onze lignes Hanover, l’atelier était aussi animé et bien organisé que les installations manufacturières du Groupe Kadar-Neyvis !
Des centaines de techniciens en méchas travaillaient par roulement dans l’atelier. Ves constata avec satisfaction qu’ils semblaient motivés, consciencieux et efficaces.
Des gardes en uniforme des Services de sécurité Sanyal-Ablin patrouillaient dans les différents halls qui abritaient plusieurs lignes de production. Cette vue fit légèrement froncer les sourcils à Ves.
Il savait qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que les Avatars du Mythe rivalisent avec les compétences d’une entreprise de sécurité professionnelle de la Coalition du Vendredi. Former des gardes spécialisés exigeait beaucoup de temps et d’efforts. Mettre en place un dispositif de sécurité virtuelle fiable en demandait encore davantage.
Malgré ces contraintes, Ves n’était pas très rassuré à l’idée de laisser une entreprise étrangère accéder aussi largement au cœur de sa Deuxième Compagnie de Méchas. Il espérait ne pas devoir dépendre éternellement d’une société de sécurité extérieure, surtout une fois que son entreprise et lui-même auraient gagné en importance.
Tôt ou tard, son existence attirerait l’attention de la Coalition du Vendredi. Les Services de sécurité Sanyal-Ablin étaient issus du Clan Konsu, l’un des nombreux partenaires de la Coalition.
La structure de la Coalition du Vendredi lui rappelait les duchés fragmentés du Royaume de Vesia. À une différence près : ses membres étaient si incapables de s’entendre qu’ils n’avaient jamais élevé l’un des leurs au-dessus des autres.
Plutôt que de la considérer comme un État de seconde zone uni et cohérent, il était plus juste d’y voir une alliance permanente de puissances querelleuses.
C’était un autre sujet qu’il aborderait lorsqu’il annoncerait son prochain projet de bouleversement de l’entreprise.
Guidé par un garde des Services de sécurité Sanyal-Ablin, Ves trouva le chef technicien Cyril Hockett en train de superviser l’entretien de l’une des nouvelles lignes de production Hanover de l’entreprise.
« Elle est superbe, pas vrai ? » lança le chef Cyril après lui avoir souhaité la bienvenue. « Même si son prix est élevé, à mon avis, la Hanover vaut chaque crédit dépensé. »
« C’est certainement une machine conçue pour aller vite. »
Ves le voyait immédiatement à sa taille et au nombre de machines spécialisées qu’elle comprenait. La ligne Hanover ne s’appuyait pas sur son imprimante 3D pour fabriquer toutes les pièces d’un mécha. Elle confiait plutôt certaines étapes spécialisées à des machines dédiées, beaucoup plus efficaces.
Le principal avantage, c’était que la ligne de production pouvait fabriquer plusieurs pièces différentes en parallèle, ce qui permettait de gagner beaucoup de temps. Les machines spécialisées, dédiées à la fabrication des blindages, des structures de soutien, des composants délicats, des puces de processeur et d’autres éléments, faisaient toutes un bien meilleur travail, car chacune n’avait besoin d’exceller que dans un seul domaine.
À l’inverse, les imprimantes 3D des lignes Dortmund et Benson, qui en constituaient le point de départ, devaient fabriquer tant de pièces différentes qu’il était impossible de les optimiser pour exceller dans un domaine particulier. Leur polyvalence était à la fois leur plus grande force et leur plus grande faiblesse.
Bien sûr, acquérir une seule machine capable de tout faire assez correctement coûtait bien moins cher que d’en acheter plusieurs en répartissant les tâches. Même si chaque machine coûtait moins cher qu’une imprimante 3D complète, la quantité nécessaire à la ligne Hanover en faisait tout de même un investissement colossal !
À mesure que le chef Cyril lui expliquait les particularités des lignes Hanover, Ves les apprécia un peu plus. Même s’il regrettait la décision de s’endetter pour financer cet investissement, leur cadence de production élevée compensait largement la dépense ! Tant que les commandes continueraient d’affluer, les machines finiraient tôt ou tard par rapporter leur prix !
Ves n’était toutefois plus étranger aux techniciens en méchas ni à la gestion d’une unité de production. Son expérience chez les Vandales flagrants et au sein du Groupe Kadar-Neyvis lui avait apporté de nombreuses idées qu’il avait hâte de mettre en pratique dans sa propre entreprise.
Il aborda d’abord sa principale préoccupation. « J’ai entendu dire que la qualité moyenne de nos méchas à étiquette argentée avait baissé. Qu’avez-vous à dire pour votre défense, chef ? »
Le chef Cyril haussa les épaules. « On fait de notre mieux, mais c’est difficile de garantir la qualité quand on travaille à une telle échelle. »
« Ce n’est pas suffisant, chef. » Ves se redressa et croisa les bras. « Expliquez-moi pourquoi la qualité a baissé. »
Le chef jeta un regard de biais à son patron, comme s’il craignait d’aborder le sujet. Mais l’attitude calme et ferme de Ves ne lui laissa aucune échappatoire.
Soit le chef répondait à la question, soit Ves lui arracherait la réponse à coups de poing, s’il le fallait ! Contrairement à ce qui se passait avec le Système, Ves ne comptait pas laisser ses subordonnés se défiler !
Maintenant qu’il était de retour, Ves voulait faire comprendre à toute l’entreprise qu’il était bel et bien aux commandes !