Chapitre 1 872
Lex connaissait très bien les caractères. Ils étaient comme de faibles empreintes de lois présentes au sein de la réalité et contenaient un pouvoir caché. Il les utilisait pour créer des matrices, qui s'auto-alimentaient et pouvaient produire des résultats incroyables. Même le Livre des Changements contenait des caractères nouveaux et uniques que Lex pouvait étudier.
Pourtant, les caractères sur cet obélisque étaient très différents.
« Qu'est-ce que tu regardes, le jeunot ? » demanda le premier caractère sur lequel Lex posa les yeux, sa voix effaçant une trace de pollution qui s'était glissée dans l'esprit de Lex sans qu'il s'en aperçoive. Elle semblait agressive, portant en elle un ton réellement provocateur, comme si elle espérait que Lex lui donne une raison de répliquer. Pourtant, une forme de bienveillance s'y dissimulait, semblable à celle d'un vieil homme grincheux qui détestait les enfants bruyants, mais qui veillait secrètement sur eux.
« J'observe l'histoire », répondit Lex avec désinvolture, bien que son regard glissât déjà sur de nombreux autres caractères gravés sur le monument devant lui.
Au cours de ses recherches, Lex avait découvert que cette forme de tribulation spirituelle était propre à la race humaine, et qu'elle témoignait des avantages d'appartenir à une race puissante, ou du moins à une race dotée d'une histoire puissante.
Cet obélisque était une sorte de monument ou de registre de l'histoire de la race humaine, formant un pouvoir unique auquel on ne pouvait accéder que pendant une tribulation spirituelle. Lire l'obélisque était censé être impossible, car il était écrit dans une langue morte, dont le sens était protégé par certaines lois. Pourtant, les humains pouvaient interagir avec les caractères malgré tout.
Pendant la tribulation spirituelle, l'esprit de tous les êtres était transporté dans un espace unique à travers leurs rêves. Cet espace était empli d'une pollution invisible et indétectable qui érodait lentement leur esprit. Ils devaient survivre dans cet espace pendant de longues périodes, exposés à cette pollution, et maintenir leur intégrité spirituelle en endurant ou en luttant contre cette corruption.
Selon de nombreuses théories, cette pollution était en réalité l'influence corruptrice de certaines lois incroyablement obscures et arcaniques. D'autres prétendaient qu'il s'agissait de l'influence d'un certain Dao. Quoi qu'il en soit, cette pollution n'aidait en rien l'esprit, mais lutter contre elle, y résister ou l'expulser de son esprit renforçait l'âme, constituant ainsi le seul moyen de tirer profit de la tribulation spirituelle.
En théorie, cette tribulation était simple. En pratique, elle était extrêmement dangereuse. L'un des meilleurs moyens de survivre à la pollution était de posséder un esprit fort, mais un esprit plus puissant entraînait également un rêve plus long, et donc une exposition accrue à la pollution, rendant la force d'esprit inutile. C'est précisément pour cette raison que Lex prenait cette tribulation si au sérieux, car son immense puissance se retournerait contre lui dans ce cas précis.
L'existence de la tribulation spirituelle devint ainsi l'un des plus grands obstacles pour les cultivateurs désireux de parcourir le chemin de la culture. Comme la force d'esprit ne suffisait pas à résister à la pollution, tous les êtres explorèrent de nombreuses autres méthodes, avec des succès variables.
Certaines races avaient évolué spécifiquement pour supporter cette pollution. D'autres avaient développé des techniques permettant de rafraîchir constamment leur esprit, endurant la pollution sur de plus longues périodes. Les races les plus puissantes avaient mis au point des méthodes uniques pour surmonter cette épreuve.
Que cet obélisque se soit formé naturellement ou qu'il soit le résultat d'une action délibérée des humains, nul ne le savait. Tout ce qui importait, du moins pour les humains, était qu'en interagissant avec les caractères de l'obélisque, on pouvait purifier la pollution de son esprit.
L'existence de l'obélisque était une triche monumentale qui aidait immensément les humains, et pourtant, la létalité de cette tribulation ne pouvait être sous-estimée. Pour la plupart des Immortels humains, cet obélisque était la seule chose qui rendait la réussite de cette épreuve vaguement possible, et non une certitude.
Après tout, cette tribulation — et la pollution qui l'accompagnait, quelle qu'en soit la nature — était née du socle et de la structure même de l'univers. Quelques astuces et triches mineures ici et là pouvaient faciliter la tâche, mais elles ne pouvaient absolument pas effacer la difficulté réelle de la tribulation elle-même.
Lex avait quelques idées sur la manière de réussir la tribulation, bien qu'il ne pût tester aucune de ses théories avant l'épreuve elle-même. La première et la plus évidente était d'utiliser sa propre capacité de guérison pour soigner son esprit, mais dans ce rêve, cela semblait impossible. Il essaya, mais sans succès.
Vint ensuite l'idée de revêtir la Domination comme une armure protectrice. Pour la toute première fois, non seulement la Domination ne l'aida pas, mais elle aggrava sa situation. Cette aura ne pouvait résister à la corruption et augmentait simplement la surface par laquelle la pollution pouvait affecter directement son esprit ; il laissa donc la capacité s'estomper.
Il pensa alors à sa technique de culture, outil toujours fiable contre tout ce qui était nuisible. Mais il s'agissait d'un rêve, et il n'était là qu'en esprit. Peu importe ses efforts, il ne parvenait pas à utiliser sa technique de culture, et ne pouvait donc pas se rendre immunisé contre la pollution.
Puis, il tenta d'utiliser son dogme, et à sa grande surprise, cela fonctionna. La raison de cet étonnement était qu'il était bien établi que la corruption n'était pas une loi en soi, et qu'en général, les dogmes n'avaient aucun effet sur elle. Il ne pouvait pas déterminer précisément pourquoi son dogme semblait fonctionner — les raisons pouvaient être multiples. Peu importait, le résultat était là. La corruption était silencieuse et subtile, ne révélant pas sa présence à sa cible avant qu'il ne soit trop tard. Bien que Lex ne sentît rien l'affecter, il savait qu'elle était là. C'était une autre raison pour laquelle la corruption était si dangereuse : généralement, on ne pouvait pas la ressentir, et lorsqu'elle était assez présente pour être perçue, l'esprit était déjà trop atteint pour pouvoir réagir.
En utilisant son dogme, Lex fut capable de percevoir la quantité de corruption qui l'entourait et celle qui s'infiltrait en lui ; la révélation le stupéfia. Ce n'était pas la quantité de corruption autour de lui qui était surprenante. Le problème était qu'elle se déversait en lui comme s'il était un trou noir, l'aspirant aussi vite que possible, au point qu'un courant s'était formé parmi toute la corruption environnante.
Ses pupilles se rétractèrent lorsqu'il réalisa à quel point sa situation était périlleuse. Selon ses recherches, il existait quelques bonnes pratiques pour lutter contre la corruption. La première consistait à utiliser une technique de méditation ou de visualisation pour raffiner ou renforcer l'esprit. La seconde était de tirer parti de tous les avantages raciaux disponibles, ce qui, dans son cas, était l'obélisque. La troisième était de prier l'univers, ou, pour les croyants, leur divinité respective, et d'espérer survivre.
Lex n'était pas du genre à prier Bob, alors il se concentra sur les deux premières. Après avoir utilisé toutes ses capacités et compétences, Lex détermina que seuls son intention d'épée et son dogme étaient utiles, ce qui était assez surprenant compte tenu de sa polyvalence.
Le dogme aidait à percevoir la corruption mais ne pouvait l'influencer, tandis que son intention d'épée lui permettait de réduire la vitesse à laquelle la corruption pénétrait en lui, sans toutefois pouvoir l'arrêter complètement.
Il ne lui restait plus qu'à utiliser l'obélisque pour purifier sa corruption et, globalement, à faire preuve de ténacité. Heureusement, Lex possédait un autre avantage sur absolument tout le monde : son traducteur universel lui était une fois de plus utile, lui permettant de lire les caractères sur l'obélisque.
Ce qui était écrit n'était pas un grand secret, ni un registre détaillant quoi que ce soit sur l'obélisque. Les caractères n'étaient pas non plus ceux utilisés pour les matrices. Au lieu de cela, chaque caractère était en réalité un nom. Lex se concentra sur un caractère au hasard, attirant également son attention. « Que veux-tu, gamin ? » demanda le caractère, sa voix apaisant une fois de plus l'esprit de Lex et purifiant une trace de corruption. Généralement, les caractères ne parlaient qu'une seule fois, et s'il ne répondait pas à chacun d'eux, le suivant ne lui adresserait pas la parole. Cependant...
« Pas grand-chose, Sir Charles Henry Reginald III », dit Lex en s'adressant au caractère. « Je me demandais juste pourquoi ton nom figure sur l'obélisque. »
Pendant un instant, le silence régna. C'était attendu, mais Lex espérait quelque chose de plus alors qu'il continuait de fixer le même caractère. Après quelques
secondes, son espoir devint réalité.
« Tu... tu peux lire mon nom ? » demanda Reginald, sa voix soudainement empreinte de choc. Cette fois, sa voix eut un effet purificateur plus puissant sur Lex, comme une récompense pour
avoir réussi à faire parler le caractère une seconde fois.
« Oui, Reginald, et je ne pouvais m'empêcher de me demander pourquoi ton nom est sur l'obélisque ? Pourquoi tous ces noms sont-ils là, en fin de compte ? »