Chapitre 1 659
Lex ne tira aucune conclusion hâtive. Bien qu'il existât une certaine ressemblance, des différences significatives subsistaient. Pour commencer, au lieu d'une notification apparaissant dans son propre champ de vision, il s'agissait davantage de la projection d'une invite.
D'après ce qu'il pouvait en juger, il lui faudrait interagir avec elle d'une manière ou d'une autre pour véritablement commencer, ou plutôt initier le défi. Autant qu'il pût le voir, quiconque se trouvait là avec lui aurait également été en mesure d'apercevoir cette projection ; elle ne lui était donc pas spécifique.
Aucun signal sonore n'accompagnait l'apparition de la projection, bien que le fait qu'elle surgît juste devant lui et suivît le moindre de ses mouvements signifiait qu'il ne pouvait la manquer. S'il fermait les yeux, la projection apparaissait au sein de son sens spirituel, et s'il scellait celui-ci, elle se manifestait directement dans son esprit, garantissant que n'importe quelle race, quels que fussent ses sens, aurait été capable d'interagir avec elle.
Enfin, et c'était là le point le plus significatif, la police d'écriture était seulement similaire, non identique. Contrairement aux notifications du système, qui s'affichaient en anglais, le texte sur cette projection était rédigé dans une langue ancienne que Lex pouvait comprendre intrinsèquement, indépendamment de son traducteur universel.
Au lieu de réagir à la projection, Lex se tourna vers la fresque, car il avait remarqué un autre détail intéressant.
Sur la peinture se dressait une figure imposante — mi-homme, mi-serpent — dont les yeux antiques débordaient d'une connaissance céleste. Lex eut presque l'impression que la figure l'observait à travers la fresque, tout comme lui-même l'examinait sur celle-ci.
Son torse était musclé et buriné, vêtu de robes fluides marquées de symboles sacrés. En réalité, ces symboles ressemblaient presque à des caractères de matrice aux yeux de Lex. S'il n'était pas certain qu'il s'agît de caractères de matrice, c'était parce que le souvenir de ces signes ne cessait de s'échapper de son esprit, glissant comme s'ils tentaient de s'évader d'une prison.
De longs cheveux blancs retombaient sur ses épaules, et ses mains, tendues devant sa poitrine, semblaient emprisonner un orbe lumineux.
C'était précisément cet orbe qui attira l'attention de Lex, car c'était un symbole qu'il avait souvent vu sur Terre : le Yin et le Yang, également connu sous le nom de Taiji.
Sur la fresque, le Taiji était entouré d'un total de huit séries de caractères, chaque série composée de trois rangées horizontales droites, contenant soit une ligne pleine, soit une ligne brisée en deux en son milieu. Lex ne reconnaissait pas ces lignes, mais il sentait que l'image dégageait une puissance telle que le simple fait de la contempler ajoutait un poids à son existence même.
C'était une sensation étrange, ce poids. Lex ressentait presque ce fardeau comme une bénédiction, car sa présence l'aiderait à bâtir une fondation plus solide et plus ferme pour sa culture. En même temps, il sentait que s'il ne parvenait pas à supporter ce poids, celui-ci deviendrait rapidement une malédiction, allant jusqu'à causer sa perte.
Lex reporta son attention sur la figure. Sa moitié inférieure serpentine s'enroulait sous lui, sa longue silhouette sombre et écailleuse ancrée dans la terre comme l'axe de la création. Des caractères dorés, rappelant une fois de plus à Lex des caractères de matrice, dérivaient autour de lui tels des esprits, chacun représentant une puissance immense et inconnue.
L'être mi-homme, mi-serpent était clairement le personnage central de la fresque, mais il n'était pas seul. Un autre personnage figurait à ses côtés, mais dissimulé derrière des vêtements blancs et un voile rose ; rien de lui n'était visible, hormis ses yeux, qui semblaient très humains et très semblables à ceux de l'homme-serpent.
Lex, bien entendu, n'avait aucune idée du genre de ce personnage et supposait simplement qu'il s'agissait d'une femme en raison du voile. Il pouvait tout aussi bien s'agir d'un homme.
Tous deux se tenaient dans une vallée profonde et menaçante, sous des nuages sombres. Sans que cela fût explicitement énoncé, la scène et le cadre de la fresque suggéraient que les deux personnages étaient en grand danger. Un péril indicible rôdait, prêt à les terrasser. Simultanément, il semblait que l'homme-serpent eût une mission capitale à accomplir.
Lex étudia la fresque un long moment, et plus il l'observait, plus les détails mineurs qu'il avait manqués jusque-là devenaient évidents. Par exemple, les ombres projetées par les deux personnages ne correspondaient pas à leurs corps. Par exemple, la fresque était bien éclairée, alors que les nuages sombres auraient dû la plonger dans l'obscurité. Par exemple…
Lex ferma les yeux et détourna son attention de la fresque. À chaque détail qu'il apprenait, une infime parcelle de poids s'ajoutait à son âme. Pour l'heure, ce poids était négligeable, mais Lex souhaitait préserver autant de sa capacité que possible. Qui savait combien de fresques il rencontrerait ?
Bien que découvrir les détails minutieux de la fresque pût l'aider à percer quelque secret caché, il se contentait pour le moment de saisir le thème majeur ou l'histoire globale de chaque fresque.
Lex leva la main et pressa doucement l'option « Initier le défi » sur la projection, et sentit une impulsion de puissance voyager depuis la projection vers la ville qui l'entourait. Le texte de la projection commença à s'estomper, et de nouveaux caractères prirent sa place.
Lex eut la chair de poule en le lisant, bien qu'il ne comprît pas tout à fait pourquoi. C'était comme s'il marchait sur une couche de glace très fragile, et que le moindre faux pas la ferait rompre, le précipitant dans l'abîme.
Le texte disait :
« Réalité et Fantaisie. Ciel et Terre (Enfer). Ordre et Chaos. Un équilibre parfait est une illusion, et pourtant le déséquilibre est l'ordre naturel de l'univers — ne serait-ce que parce que le changement est constant. Mais l'illusion du chaos et du déséquilibre n'est qu'une illusion, car l'univers préfère l'équilibre.
Voyez au-delà de la réalité et de la fantaisie, identifiez le ciel et la terre, et apportez l'équilibre entre l'ordre et le chaos. Utilisez uniquement les caractères du Livre des Changements. »