Chapitre 1 636
L'air était lourd d'une tension palpable, une atmosphère solennelle emplissant la pièce de bois. Des lueurs magenta vacillaient depuis les lanternes, dansant à travers la pièce, ne faisant qu'accentuer la gravité de la situation. Du moins, c'est ce que s'imaginait Bob. Étant partiellement daltonien, il n'avait aucune idée de l'apparence du magenta et se figurait simplement que toutes les couleurs étaient en réalité magenta, mais qu'il était incapable de les percevoir.
Car n'était-ce pas là la définition du daltonisme ? Il ne voyait pas une certaine couleur, et en voyait une autre à la place. Il était donc convaincu que tout ce qui était glorieux était magenta, tout comme tout ce qui était génial et épique. Le fait que Bob ne se fiât pas à ses yeux pour percevoir les couleurs, mais utilisât plutôt ses sens spirituels qui percevaient toutes les teintes, indépendamment de toute tare biologique de ses yeux, était totalement hors de propos. En fait, ce fait était marron — tout comme tout ce qui était médiocre et sans intérêt.
Le minuscule capitaine assis devant Bob, dont le corps irradiait une puissance totalement immunisée contre les capacités de ce dernier, et dont les bras minuscules contenaient plus de force que des crêpes, n'était pas marron. Non, il était assurément magenta.
« J'ai une mission pour toi, mon plus fidèle et loyal confident, mon plus digne de confiance des suiveurs, doté du pelage le plus épais et le plus magnifique qui soit », déclara le capitaine, la voix empreinte d'une douleur et d'une mélancolie indicibles. « C'est une mission que je ne peux confier qu'à toi, son importance est totalement magenta. Il existe de nombreux marrons qui se dresseront sur ton chemin, qui tenteront de t'entraver, qui vendront leur âme à la damnation juste pour ajouter un iota de difficulté à ta route. Mais leur nature marron ne saurait ternir ton magenta, et c'est pourquoi je ne peux confier cette tâche qu'à toi seul. »
Bob se sentit touché par la confiance du capitaine, ce qui fit monter les larmes à ses yeux. Il posa sa patte sur son cœur et s'exclama : « Je jure devant les cieux et la terre, qu'il n'existe aucune puissance dans cet univers qui m'empêchera d'accomplir votre tâche, capitaine ! Vous êtes plus glorieux que le soleil et les étoiles, plus magnifique que... »
« Je t'en prie, Bob, ton éloquence est des plus magenta, et c'est le point fort de ma journée, mais tu dois réserver ta splendeur pour la tâche ardue qui nous attend », dit le capitaine, son altruisme brillant une fois de plus. Bob n'avait pas manqué de remarquer comment il sacrifiait ce qu'il aimait le plus, écouter Bob, pour le bien commun. C'était on ne peut plus magenta de sa part.
Le capitaine plongea son regard dans celui de Bob, communiquant une confiance et même une dépendance indicibles.
« Nous sommes au bord d'un moment d'une importance universelle », dit le capitaine en se levant et en se retournant. Il croisa les mains derrière son dos et contempla le lointain avec nostalgie.
« L'équilibre même entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres, entre les crêpes et les lundis, est en péril. Des forces des plus insidieuses conspirent contre nous. »
Le cœur de Bob manqua un battement.
« Non, comment est-ce possible ? » demanda-t-il, impuissant. « Comment peuvent-ils conspirer ? »
« Oh, c'est tout à fait possible », répondit le capitaine. « Ils conspirent assurément, et il n'y a qu'un seul moyen de l'empêcher. Tu dois rassembler ta puissance, l'accumuler au maximum de tes capacités, et la préserver. Lorsque nous arriverons dans le Royaume d'Artica, tu devras utiliser ta vision impeccable pour percer ses faiblesses, identifier l'événement précis qui causerait les plus grandes répercussions, et le laisser se dérouler. »
« Il est crucial qu'un tel événement ne conduise pas à un massacre ou à des dommages de masse, mais il est tout aussi important qu'il provoque des ondes de choc à travers l'univers. Penses-tu en être capable ? »
Le poids de tout ce qui était bon et sacré dans l'univers tomba sur les épaules de Bob, le baignant dans une couleur encore plus magnifique que le magenta. Il était désormais… rose layette !
« Ne vous inquiétez pas, ô capitaine, mon capitaine », s'exclama Bob en s'inclinant si bas que son front toucha le sol. « J'accomplirai cette mission, même si cela doit me coûter la vie ! »
Sur ces mots, Bob, progéniteur des chats dramatiques et membre de l'équipage pirate de Jack, la Divinité de l'Entropie, et Sugar Rushes, Premier des chats dramatiques, Destructeur des lundis et Sauveur des crêpes, sortit, investi d'une mission glorieuse. L'univers ne serait plus jamais le même, il en fit le serment.
Jack, resté dans la pièce, regarda Bob d'un air étrange. Pour une raison quelconque, il eut le sentiment que la conversation qu'il avait eue avec Bob et celle que Bob avait eue avec lui étaient deux échanges totalement différents. Il espérait simplement que Bob se souviendrait de ce que Jack lui avait dit.
Pour leur arrivée dans le royaume d'Artica, il avait demandé à Bob de provoquer une petite perturbation, à peine perceptible, afin qu'ils puissent jauger les effets de ses paroles sur ce royaume avant de planifier une perturbation bien plus importante par la suite.
De cette façon, Jack pourrait d'abord se concentrer sur son accession à l'immortalité, puis sur l'accélération de la naissance de l'objet Nexus et la mise en place d'un moyen d'y accéder.
D'une manière ou d'une autre, durant ce laps de temps, il devait également trouver un moyen de transférer la Chambre de la Renaissance de Lex à Jack, accompagnée d'une goutte de sang de Lex, sans aucune interaction réelle entre les deux.
Il souhaitait utiliser le sang de son corps principal plutôt que celui de son corps de fée car, eh bien, il était assez attaché à son corps principal, ainsi qu'à son identité d'être humain.
Cela fait, Jack se rassit, en tailleur, et commença à méditer, s'efforçant de renforcer son esprit. Il aurait besoin de toute sa force mentale pour surmonter le fardeau de sa puanteur une fois que les dragons seraient partis.
Inaperçu de Jack et de Bob, un dragon nain de couleur violette était assis dans la même pièce, observant tout ce que Jack disait et faisait.
Contrairement à ce que son nom suggérait, Orgueil n'était pas trop fier pour espionner une fée mortelle afin d'en apprendre les secrets. Il ne ferait pas d'efforts particuliers pour les découvrir, mais il ne s'en abstiendrait pas non plus tant que la fée se trouvait devant lui.
L'intérêt soudain des fées pour le déclenchement de troubles universels le rendait un peu curieux. Il pourrait lui aussi faire quelques petites choses pour que cela se produise. Il se demandait pourquoi c'était si important.