Chapitre 1 617
La fin des Jeux de Minuit ne pouvait guère être qualifiée de grand final. Ce ne fut pas un moment de tension, empreint d'imprévisibilité. Au contraire, c'était une issue que tout le monde voyait venir. Pourtant, cela ne rendait l'événement ni moins divertissant, ni moins significatif.
Il y a quelques années, ces insectes avaient semé un chaos indicible à travers le royaume d'Origine. Ils avaient été altérés de telle sorte que leur sang devenait corrosif pour l'espace, détruisant de vastes segments du royaume et rendant sa croissance instable.
Pour un royaume ayant le potentiel de devenir un royaume Majeur, une telle instabilité était inacceptable ; les Henali s'étaient donc lancés dans une grande traque contre eux, ainsi que contre l'organisation qui les élevait.
Bien entendu, l'histoire derrière ces jeux était connue de tous les spectateurs. Si elle était intéressante, c'était le cadre même des jeux que tout le monde appréciait bien davantage. En opposant les insectes à des armées venues d'innombrables mondes — des armées de niveau similaire, afin qu'aucun camp n'ait l'avantage sur l'autre — les jeux créaient un spectacle parfait.
Certains pourraient qualifier cela de cruel : forcer des armées à s'affronter, risquant leur vie pour des ennemis qui n'étaient pas les leurs. Certes, la majorité des spectateurs se souciaient peu de ce genre de considérations, mais certains pouvaient le penser. L'Auberge, dans une certaine mesure, avait même une réponse toute prête pour eux.
Tout d'abord, aucune des armées n'avait été contrainte au combat. Toutes s'étaient portées volontaires pour participer.
Ensuite, pour beaucoup d'entre elles, il s'agissait d'une occasion unique de s'entraîner, mais aussi d'obtenir une progression tangible de leurs pouvoirs et de leur culture. Tant d'entre eux se trouvaient bloqués par des goulots d'étranglement dans leur culture, manquaient de ressources pour progresser, ou peut-être de techniques appropriées. Il se pouvait même que leur talent inné fût limité.
En participant aux Jeux de Minuit, ils pouvaient, par leurs propres efforts, attirer des dons et des cadeaux de la part des spectateurs, et surmonter les barrières qui entravaient leur chemin. Dans un univers où la nature de l'existence était intrinsèquement injuste, offrir une telle opportunité n'était pas seulement une immense miséricorde, c'était presque un acte de sainteté.
Bien sûr, beaucoup ne partageaient pas nécessairement ces sentiments. Mais puisque telle était la vision de l'Auberge, ils n'avaient d'autre choix que de l'accepter.
Une fois la bataille finale conclue, un moment de paix et d'étrange réticence s'installa. Nombreux étaient les participants et les spectateurs qui ne souhaitaient pas voir l'événement s'achever si vite. Pourtant, il n'y avait rien à faire.
L'armée qui avait livré l'ultime bataille fut téléportée à l'Auberge de Minuit. Toutes les autres armées ayant terminé leurs combats plus tôt s'y trouvaient déjà, attendant, récupérant, se reposant.
Dès l'arrivée de la dernière armée, un immense colisée apparut dans le ciel, bordé de statues de guerriers de chaque race ayant pris part aux jeux. Mais chose étrange, le colisée était hors de portée. Personne ne pouvait s'y rendre, ni même s'en approcher en volant.
C'était comme s'il n'existait que pour être vu et admiré, et non pour y pénétrer. Mais cela n'avait pas vraiment de sens…
Il n'y eut cependant pas le temps de réfléchir, car des projections de l'arène, située au centre du colisée, apparurent devant tous les regards.
Le spectacle était époustouflant, et pas seulement en raison de la finesse de l'arène, de son architecture élaborée ou des peintures murales suggestives en arrière-plan, illustrant des scènes du spectacle culturel des premiers Jeux de Minuit.
Non, ce qui coupa le souffle à tout le monde, ce fut la vision de l'Aubergiste, assis en tailleur sur la scène, les yeux clos.
Cela faisait si longtemps que l'Aubergiste n'était pas apparu en public que le voir soudainement surprit beaucoup de monde. Mais pour la plupart, c'était la première fois qu'ils le voyaient ; s'ils eurent le souffle coupé, c'est parce qu'il était évident qu'il ne s'agissait que d'une projection du véritable Aubergiste, qui cultivait quelque part ailleurs.
Une fine brume était presque visible, parcourant sa peau avant de se fondre dans son corps, au rythme de sa respiration.
La simple vue de cette brume choqua presque tous les spectateurs, leur donnant la chair de poule, comme s'ils avaient vu quelque chose qu'ils n'auraient pas dû voir. Comme pour souligner ce point, l'aura qui émanait de cette brume ne ressemblait à rien de ce que la plupart des occupants de l'Auberge avaient pu ressentir.
Il n'y en avait que deux dans l'Auberge pour reconnaître cette brume — la même qui nourrissait le corps de Lex et le guérissait.
Lorsque Lex avait décidé d'agir dans l'urgence, c'était un mélange de son incapacité à réfléchir profondément dans son état et de sa conscience que tout ce qui se trouvait dans la jungle était exceptionnellement rare ou puissant.
Il avait l'intention d'utiliser les objets de son environnement comme récompenses, de se servir de l'aura de la jungle pour accroître son prestige, et d'ajouter une part de mystère supplémentaire au passé de l'Aubergiste.
Bien qu'il fût désespéré et qu'un acte aussi risqué eût pu mal tourner, la situation finit par se dérouler exactement comme il l'espérait — bien mieux qu'il n'aurait jamais pu l'imaginer.
Wu Kong contemplait l'image de l'Aubergiste dans un silence complet, aucune émotion ne transparaissant sur son visage. Ses pensées, pour une fois, étaient totalement dissimulées. Il ne fit même pas une plaisanterie à ce sujet.
Ailleurs dans l'Auberge, un Démon leva les yeux vers la projection et commença à transpirer abondamment, la peur et la panique se lisant sur son visage. Le Démon n'hésita pas un instant avant de quitter l'Auberge. Il ne pouvait se permettre le moindre retard pour transmettre son message.
Dès son retour à Garvitz, le Démon utilisa immédiatement un trésor pour demander une audience d'urgence avec son seigneur, Ballom.
« Qu'y a-t-il ? » demanda le Seigneur du Dao, apparaissant soudainement devant le Démon. « As-tu enfin réussi à entrer en contact avec le singe ? »
« Non, mon seigneur », répondit le Démon. « C'est l'Aubergiste. Il est apparu devant tout le monde… il est apparu… il… »
Ballom fronça les sourcils et posa une main sur l'épaule du Démon, le calmant de force.
« Parle. Que s'est-il passé ? »
« L'Aubergiste est apparu devant tout le monde, en train de cultiver dans de la Brume de Dao », dit le Démon, son corps tremblant malgré l'intervention de Ballom.
« L'aura est indubitable. C'est de la véritable Brume de Dao, et il y en a bien trop. C'est comme s'il déclarait à l'univers qu'il venait de tuer plus d'un Seigneur du Dao. Pas étonnant que son vrai corps ait disparu de… »
Ballom frappa immédiatement le Démon, figeant son corps et son âme, de peur qu'il ne termine sa pensée.
Ballom brûlait d'envie d'entrer lui-même dans l'Auberge pour contempler le visage de l'Aubergiste. Malheureusement, tant que ce singe fou se trouvait à l'intérieur, aucun autre Seigneur du Dao n'aurait la folie d'y pénétrer.
Il ne pouvait s'empêcher de se demander qui avait osé s'en prendre à l'Aubergiste. N'avaient-ils pas été un peu trop impatients ? Il n'y avait même pas un million d'années que l'Aubergiste était apparu. Pourquoi une telle précipitation ?
Quiconque était derrière tout cela… avait clairement payé un prix fort.
À l'intérieur de l'Auberge de Minuit, l'Aubergiste ouvrit les yeux, et un poids soudain s'abattit sur toute l'Auberge.