Chapitre 1 439
La première journée de briefings dura dix heures, après quoi Lex et les autres furent renvoyés afin qu'ils puissent se reposer et assimiler les informations. Pour des immortels, dix heures étaient loin d'être suffisantes pour les épuiser ; en réalité, cette pause leur permettait de discuter et de réfléchir, entre eux et avec leurs équipes, à la manière dont ils allaient procéder.
Lex, lui aussi, avait matière à réflexion. Durant la majeure partie du briefing, Lex trouva que les lois et les règles étaient sensées et équitables, mais qu'une fois accumulées, cette équité se transformait en un environnement extrêmement contraignant.
Les règles n'étaient pas les mêmes pour les locaux et pour les invités, et il était juste que ces derniers ne compliquent pas la vie des premiers. Cependant, l'impression qui se dégageait de ce premier briefing était que le peuple Artica se montrait extrêmement protecteur envers lui-même et son royaume, et qu'il ne souhaitait en réalité la venue de personne, bien qu'il y fût contraint.
Malgré leurs très nombreuses restrictions, Lex pouvait déjà deviner que, pour le meilleur ou pour le pire, le royaume Artica était destiné à devenir incroyablement populaire — si les voyages inter-royaumes devenaient pratiques.
Comme tout autre royaume majeur de l'univers, le royaume Artica possédait des trésors et des matériaux uniques qu'on ne trouvait nulle part ailleurs, mais plus important encore, il permettait à certains individus de contourner totalement les goulots d'étranglement !
Bien sûr, ce n'était pas si simple, car tout cultivateur souhaitant sauter cette étape devait affronter le Royaume du Défi. Mais même si ce dernier affichait un taux de mortalité de 90 %, ce qui n'était pas le cas, Lex imaginait déjà des cultivateurs venus des quatre coins de l'univers, bloqués dans leur progression, trouver un moyen de parvenir jusqu'au royaume Artica.
Diable, si le royaume Artica n'avait pas purement et simplement interdit à quiconque d'utiliser son territoire pour accéder au rang de Seigneur du Dao, Lex pouvait imaginer que d'innombrables Immortels Célestes auraient déjà migré en masse.
Lex trouvait tout cela fort intéressant, et cela lui donna quelques idées pour son propre royaume de Minuit, bien qu'il ne pût rien mettre en œuvre pour le moment.
Ce qui piqua le plus sa curiosité, cependant, furent les dangers ambigus du royaume Artica. Ils furent évoqués à plusieurs reprises, mais jamais clairement explicités.
L'une des raisons pour lesquelles le royaume semblait si soudé, autant que Lex pût en juger, était que l'ensemble du territoire faisait face à une sorte de danger imminent et ultime, si immense que seule une unité totale permettait d'y survivre.
La nature exacte de ce danger n'avait pas été mentionnée ; il fut seulement précisé que la banque et le peuple Artica veilleraient à ce qu'aucun incident lié à ce danger ne survienne durant l'Expo.
Mais malgré l'inhospitalité dont ils faisaient preuve au sein de leur propre royaume, les Artica avaient clairement l'intention de s'étendre rapidement à travers l'univers, ayant déjà occupé des dizaines de royaumes plus petits et immatures autour du leur.
D'après ce qui avait été brièvement mentionné, ces royaumes satellites externes étaient développés pour servir de centres commerciaux, où le royaume Artica s'allierait à d'autres forces de l'univers.
« Avez-vous appris quelque chose d'intéressant ? » demanda Lex à Gerard et Velma une fois rentrés chez eux. Bien qu'ils eussent été ensemble, ils n'avaient guère conversé ; il était donc possible que l'un ou l'autre eût appris quelque chose par ses propres moyens qu'il souhaiterait partager.
« Je peux spéculer, mais rien de concret », répondit Gerard. « En me basant uniquement sur les informations fournies, je peux avancer que la relation entre la banque et le peuple Artica n'est peut-être pas aussi excellente qu'on veut nous le faire croire. Si c'était le cas, les règles ne seraient pas si strictes, et la banque n'aurait pas insisté sur le fait qu'elle ne prendrait la défense de personne. Cela indique un certain manque de confiance, ou peut-être qu'ils ne veulent pas tendre leurs relations en demandant des faveurs inutiles. »
« Je pense aussi que leur royaume a pu être infiltré par le passé, causant un certain chaos, d'où leur extrême vigilance envers les étrangers. Si ces détails ont de l'importance, alors pour en savoir plus, il nous faudrait étudier les premières interactions du peuple Artica avec le reste de l'univers, et voir comment cela s'est déroulé. »
Velma hocha la tête, puis prit la parole à son tour.
« Beaucoup de gens dans la salle n'ont pas pris la menace du peuple Artica très au sérieux, et non parce qu'ils sont trop confiants en leur propre puissance. C'est plutôt parce que, si les Artica peuvent représenter une menace pour chacun d'entre eux individuellement, il leur est impossible de les affronter tous ensemble. Il semble y avoir un accord tacite entre eux pour faire pression sur le peuple Artica. Il est probable qu'il s'agisse d'une manœuvre de sondage, et si la banque s'est si clairement dédouanée de toute responsabilité, c'est parce qu'elle s'y attend et veut observer la réaction des Artica. »
« Voilà qui remet en question leur alliance », marmonna Lex en disséquant le comportement de la banque. En apparence, la banque semblait alliée au peuple Artica, mais d'après ce qu'il avait compris, elle exerçait également des pressions pour imposer cette Expo, laquelle servirait indirectement d'opportunité pour tester leurs capacités et leur comportement.
C'était une conspiration à ciel ouvert, mais ce qui mettait Lex le plus mal à l'aise, c'était de se demander : si la banque était prête à agir ainsi envers ses soi-disant partenaires, pourquoi se montrait-elle si aimable avec l'Auberge de Minuit ?
Ou peut-être n'avaient-ils tout simplement pas encore révélé leurs intentions. Après tout, la banque collaborait probablement avec le peuple Artica depuis des centaines, voire des milliers d'années. Ils avaient pris leur temps pour tendre ce piège. Avec l'Auberge de Minuit, les choses ne faisaient que commencer. Ce fut un témoignage de son immense maîtrise de soi qu'il ne fronçât pas les sourcils. L'Auberge de Minuit s'aventurait dans des eaux plus troubles que jamais, et le danger qu'il devait désormais jongler était plus grand encore.